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Les assemblées et la vie quotidienne au XVIIème siècle.

L'ancienne France ne fut pas complètement asservie sous le despotisme, comme tant d'écrivains l'ont écrit. Les assemblées communales, manifestation primitive de la liberté de discussion des affaires publiques, existaient aux époques les plus reculées du Moyen-âge.

Le droit de les convoquer appartint d'abord au seigneur, puis le juge le remplaça, et ensuite le syndic. Le dimanche était consacré aux prières et aux affaires communales. Les convocations étaient faites par sergent de justice qui allait « d'huis en huis ou de pot en pot » ; d'ordinaire, les réunions se tenaient sous le porche de l'église et, si le temps ne le permettait pas, dans l'église même.

On votait les dépenses pour l'église, le presbytère, les chemins, les ponts ; on nommait le syndic (les syndics étaient les agents des communautés rurales qui n'avaient point d'administration municipale), les collecteurs de tailles. On s'occupait surtout de l'administration des biens communaux. Ces biens consistaient, la plupart du temps, en terrains en friche, en marais ou pâturages, sur lesquels le seigneur avait reconnu aux habitants de leurs villages des droits d'usage ou de propriété. À Ludon, ils étaient considérables et fort bien délimités, depuis la transaction de 1644 entre le seigneur d'Agassac et les habitants.

Pour lire cette transaction, cliquez ICI.

Après la délibération de l'assemblée, le vote avait lieu à haute voix. Ainsi, tout se passait au grand jour, souvent avec simplicité et bonhomie, quelquefois avec violence et tumulte. Rétif de La Bretonne nous a décrit l'assemblée communale de sa petite paroisse de Sacy où l'on entend parfois, de la part d'énergumènes, « des menaces atrosses, des orreurs ». Espérons qu'à Ludon, les choses se passaient d'une façon plus calme. La transaction de 1644 est, pour nous, le type de la décision prise par la communauté rurale. Notons qu'à cette époque, Ludon ne possède pas encore de syndic et c'est à Pierre Fau, notable marchand au bourg, que le notaire royal remet la sommation.

Il ne semble pas qu'il y ait eu d'école à Ludon au XVIIème siècle. Très peu de gens savent lire et écrire ou même signer leur nom. L'instruction publique est assurée par l'église, si on peut parler ainsi, c'est-à-dire que le curé donne quelques leçons à ceux des enfants les plus intelligents qu'il a autour de lui. Il en est de même pour l'assistance publique. Elle est pratiquement nulle. Les hospices ou maladreries sont rares ; c'est le clergé qui donne des soins aux pauvres. Les malheureux vivent de la charité privée ; on pratique assez largement les devoirs de l'hospitalité. Nous avons vu que les décès de nomades ou d'inconnus dans les granges sont relativement fréquents ; la mendicité est, en effet, une plaie du temps. Il est vrai que, les secours de l'État faisant défaut, la profession de mendiant était reconnue légalement, lorsqu'il était avéré qu'on n'en pouvait exercer d'autre.

Ainsi, la vie s'écoule sans histoire entre l'église et le château. Les difficultés de communication compliquent l'existence au point que quiconque n'a pas un cheval à sa disposition ne dépasse guère les limites de la paroisse. La ville est proche, mais la grande route qui y mène n'existait pas encore et l'ancien chemin de Bordeaux, qui passait à l'extrémité de la garenne de La Lagune, et au milieu du parc de Malleret, n'était pas fameux. Une carte de 1714, par G. de l'Isle, n'indique que la Lébade comme route dans le Médoc, et encore jusqu'à Lesparre. Voici la description peu attrayante que donne un voyageur d'une route royale à cette époque : « C'est une grosse affaire de ne pas s'égarer, les fougères, bruyères et autres plantes de ce genre, couvrent tout et cachent la route, si bien qu'on ne la distingue plus ; et puis, la végétation la rend peu praticable, parce qu'elle fait trébucher les chevaux et leur taille les pieds ».

Parempuyre était complètement isolé de Ludon ; il n'y avait, dans la palu, que des carreyres ou carrières, impraticables en hiver. La meilleure voie de communication est encore la route qui relie Macau à Ludon, en partant du château d'Agassac pour s'arrêter au port de Macau. C'est à ce port, et non à celui du Despartins, comme on l'a prétendu à tort, que les habitants de Ludon portent leurs marchandises. Les transports par eau sont d'un usage courant à cette époque ; c'est par bateau que l'on porte le corps du vieux seigneur de Cantemerle à Bordeaux en 1679. Les chemins de la palu sont dans un état affreux et, cependant, nous y trouvons des exploitations agricoles qui appartiennent, pour la plupart, à des Bordelais. Citons un sieur Lacombe à la palu en 1651 ; Arnaud Morange, époux d'Isabeau Carsolle, qui habitait Gillet en 1653. On découvre ainsi l'origine probable du nom des propriétés actuelles. M. Bréthous, avocat au Parlement et docteur régent en l'Université de Bordeaux, habitait à l'ermitage en la palu ; M. Meytivier, président à la Cour des Aides, au cap de Ramond. Simon Millanges, imprimeur bordelais, est propriétaire à La Garoste. Les relations avec le dehors sont rares, à cause du mauvais état des chemins et le commerce local peut difficilement s'approvisionner. Mais le colporteur y supplée. Il pénètre, la balle sur le dos, jusque dans les moindres villages. Il vend couteaux, ciseaux, parfums, foulards, mercerie, colliers de verre, croix d'or et d'argent. II a un grand succès et ses affaires resteront longtemps prospères. On voyait encore des colporteurs à Ludon à la fin du siècle dernier. Ils ont maintenant disparu. II y avait bien, malgré tout, quelques marchands sédentaires au bourg, vraisemblablement des aubergistes, des marchands de comestibles et de draps, et certainement un boucher qui était Arnaud Fau. Cette famille Fau, dont le nom revient sans cesse au cours du XVIIème siècle, semble avoir tenu une place de première importance à Ludon. Ils étaient trois frères, Pierre, Arnaud et Jean, tous marchands. Ils ne semblent pas avoir rempli de charge publique, mais ils étaient des notables. Ils marièrent leurs filles dans les meilleures familles du pays ; quant aux garçons, ils abandonnèrent vite le négoce pour la robe. Nous trouvons, en 1677, un Jean Fau juge d'Agassac et, en 1702, un Pierre Fau procureur au Parlement de Bordeaux.

Nous trouvons encore, comme bourgeois à Ludon au XVIIème siècle, en 1692, Jacques Malescot, procureur au Parlement, qui habitait le bourg de Ludon ; en 1693, Pierre Bégou, marchand à Bordeaux, époux de Marie Robert, fille de Bernard Robert, marchand au bourg de Ludon, et Peyronne Lastaigner ; en 1694, Bernard Capbern, bourgeois de Bordeaux.

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p. 75-78.

 

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