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La chronique de la commune durant le Consulat.

On nous assure « que 1 900 habitants sur 2 000 ne consommaient point de viande de boucherie et n'avaient point d'autre boisson durant le courant de l'année qu'une eau acidulée ». Seuls trois ou quatre petits marchands faisaient commerce.

Quant aux foires, elles étaient très peu fréquentées. Elles avaient lieu, jusqu'en 1806, les 26 brumaire, 14 floréal, 5 fructidor. Après cette date : le premier dimanche de mai, le plus prochain dimanche du 8 septembre, le plus prochain dimanche du 11 novembre.

Par ailleurs, avant la messe du dimanche, se déroulait, devant la partie existante de l'église, un marché de « quelques volailles et quelques herbes potagères » qui ne durait qu'un quart d'heure. C'est dire que la situation matérielle du peuple n'était guère florissante.

Les dépenses communales pour l'an X se montaient à 894 francs 30 centimes. La commune ne possédait même pas de logement pour le maître d'école, M. Ferry, à qui elle octroyait 50 francs par an d'indemnité compensatrice. Le Conseil était si pauvre qu'il refusa, le 5 prairial an XIII, la construction de ponts sur la Jalle, à l'endroit appelé aujourd'hui « les quatre ponts ». On franchissait la rivière en bateau à cette époque. Le 13 prairial, eut lieu à Blanquefort la fête du couronnement de l'Empereur. Annoncée au « son de la caisse », elle donna lieu à des feux de joie pendant que la jeunesse envahissait deux salles de danse et que 25 vieillards bénéficiaient de repas gratuits.

Les mendiants pullulaient. Pour différencier ceux de la commune et les étrangers, on fit fabriquer, pour les premiers, des médailles en cuivre destinées à les reconnaître. Le bureau de charité fut aussi constitué par des conseillers municipaux et des dames bienfaitrices et qui eut pour tâche de porter des secours à domicile.

Mais si pauvre qu'elle fut, la commune n'hésitait pas à dépenser de grosses sommes pour la reconstruction de son église et la construction d'un nouveau cimetière, ce dernier étant jugé comme lieu religieux à cette époque. Malheureusement, les travaux ne commencèrent qu'en 1806 au lieu de 1804. Durant ces deux années, les matériaux nécessaires avaient augmenté de 1/2 à 2/3 suivant leur qualité.

Et la vente des communaux du Cabot ne suffisant pas, on institua un octroi sur ces bases :

Foires, marchés : 5, 15 ou 25 centimes, suivant les emplacements.

Boucherie: 3 francs par bœuf, 1 franc par veau, 1 franc 50 centimes par porc, 0  franc 50 centimes par mouton, 0 franc 25 centimes par agneau.

Les cabarets de vin devaient verser 1 francs 25 centimes par an et les bals 2 francs.

De plus, une lettre du ministre de l'Intérieur du 19 juin 1810 vint réprouver la vente du Cabot et prétexta que le plan établi pour la reconstruction de l'église n'était pas le même que celui de 1790, allégation d'ailleurs inexacte.

Les inhumations à l'ancien cimetière cessèrent en 1809 et des arbres furent plantés sur son emplacement. D'autre part, il fut décidé qu'il n'y aurait plus désormais qu'un rang de marchands sur la rue le long de l'ancien cimetière et que les autres seraient placés sur « ledit ancien cimetière ».

Depuis le 1er mai 1808, le Conseil municipal était ainsi constitué : M. de La Goublaye, maire ; MM. de Martignac père, Pepe, Meyer, Muratet, de Matha, Duportail, Saincric, Caussade, Réaud et Antoine Tartas, membres. Le 17 septembre 1812, M. de Matha devint maire en remplacement de M. de La Goublaye, décédé. Dans ce Conseil figurait le sieur Caussade qui exerçait la médecine en collaboration avec M. Barada. Voici des extraits d'une de ses notes pour une famille : « 7/4/1806. - Une visite et fourni deux doses d'ipécamentéra pour la femme : 1 franc 10 centimes - 11/4/1806 - Visite et fait une saignée au pied de ladite : 2 francs 80 centimes. - 14/4/1806 - Visite et fourni une médecine à ladite : 2 francs 10 centimes. - 11/9/1806. - Visite pour lui et pour sa femme ; fourni pour lui une médecine et, pour sa femme, une taupette de potion calmante et antispasmodique et une once de quina : 9 francs. - 28/9/1806. - Visite et fourni un vomitif pour son fils aîné : 1 franc 10 centimes. - 10/5/1807. - Visite, fourni et appliqué un large emplâtre de vésication à la nuque et au cou à lui : 2 francs 10 centimes. - 11/5/1807. - Visite, la levée et le pansement de vésication ; fourni deux onces d'onguent de la mère et une once de bisilicum pour lui : 2 francs 14 centimes. - 22/10/1807. - Visite pour la troisième fille menacée d'avoir un dépôt dans la face « idiaque » interne : 1 franc. - 2/1/1808. - Visite pour ladite et l'extraction d'une dent à sa mère : 2 francs 04 centimes.»

Le 13 mars 1812, lors d'une grosse marée, une brèche fut ouverte par les eaux dans le dispositif de défense. De gros dégâts furent causés par cette inondation jusque dans la descente de Dulamon où de gros travaux furent nécessaires pour réparer la chaussée.

Les réglementations étaient toujours nombreuses et diverses. Elles vont de celle concernant les cabarets (qui devaient être fermés à 9 heures du soir en été, à 8 heures en hiver et durant les offices divins), à celui n'autorisant qu'un seul boucher dans la commune:  Fourton ; en passant par  l'interdiction « du jeu de quilles et autres jeux sur la voie publique ».

Le 9 juin 1811, la naissance du roi de Rome fut célébrée par un Te Deum, des danses, un mât de cocagne, « des fontaines de vin et un feu d'artifice ».

Mais la piété était grande parmi les habitants. Le Conseil annonça le 4 mai 1811 : « Le maire de Blanquefort, ayant été averti par M. le Sous-préfet de l'arrondissement, que Monseigneur l'Archevêque de Bordeaux devait arriver dans la commune mardi prochain 7 de ce mois, il s'empresse d'en prévenir les habitants afin qu'ils puissent témoigner dans cette circonstance leur respect pour la religion et les sentiments que leur inspirent les vertus de ce digne prélat ».

Et la commune, pour arriver à régler les dépenses afférentes aux travaux entrepris, dut vendre les communaux de Cadouin. Elle eut un sérieux différend avec l'architecte Blanchard qui interrompit un instant les travaux, mais une lettre du sous-préfet, en date du 26 août 1814, autorisa la poursuite de ceux-ci.

Ouvrons une parenthèse pour signaler qu'à l'occasion de la prise du pouvoir par Louis XVIII (dont on acheta le buste), une cérémonie eut lieu au cours de laquelle les conseillers prêtèrent le serment suivant : Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue qui serait contraire à son autorité ; et si, dans le sort de mes fonctions ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose à son préjudice, je le ferai connaître au Roi. »

Revenons-en à l'église dont les travaux furent finis en 1816. On décida que les colonnes du péristyle, non encore en place, seraient payées par souscription. Ce qui fut fait, mais les travaux complémentaires traînèrent en longueur, puisque commencés en 1818, ils ne furent terminés qu'en 1820.

De plus, dès 1817, on s'aperçut que les travaux faits au clocher avaient été très mal conçus (manque de charpente, mauvaise ardoise) et que les cloches étaient dans un état pitoyable. Le sieur Chassaigne, couvreur, fut pressenti, présenta un devis et déclara notamment : « Il est jugé plus avant que les châssis soient scellés, construits en italiennes ou persiennes dans le haut, en plein dans le bas avec des guichets et peints à l'huile trois couches... L'horloge sera encadrée avec des planches de peupliers ». Il s'offrit également à entretenir le clocher moyennant 80 francs par an. Son devis fut accepté et on alloua 653 francs pour la réparation du dôme et du clocher en tuiles creuses.

Le 15 mai 1819, le Conseil, souhaitant l'achat d'un nouveau presbytère, adressa cette supplique au roi : « Le Conseil municipal, convaincu de la jouissance qu'éprouve toujours Votre Majesté à venir au secours de ses sujets, ne craint pas de mettre sous ses yeux avec leur confiance filiale, les besoins urgents de cette commune animée de l'amour de son Roi et constamment soumise au Gouvernement. Il ose espérer de la bonté paternelle de Votre Majesté qu'Elle ne sera pas insensible à ses besoins constatés par sa délibération du 27 dernier et qu'Elle lui accordera les secours pour l'aider à compléter la construction de son église et acquérir une maison presbytériale en remplacement de l'ancienne. La reconnaissance de la commune également son dévouement. Les membres composant le Conseil mettent aux pieds de Votre Majesté l'hommage de leur respect le plus profond.»

Louis XVIII fit un don pour le péristyle seulement et le Conseil se contenta de faire pour 500 francs de réparation à la cure.

Guy Dabadie, Blanquefort et sa région à travers les siècles, Imprimerie Samie, Bordeaux, 1952, extraits de p. 118-123.

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