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Saincric, un homme aux multiples fonctions.

Il fut tour à tour, curé, maire et notaire.

Ce curé révolutionnaire a été honoré dans un ouvrage du G.A.H.BLE en 1989, 200 pages. Nous ne présenterons ici que ce qu’en avait écrit en 1952, Guy Dabadie dans son livre « Blanquefort à travers les siècles ».

Saincric, curé.

M. Saincric paraissait porter aussi allégrement l'écharpe que l'étole.

Il tenait à sa paroisse où il jouissait d'une saine popularité. Les paroissiens assistaient volontiers aux offices, le régiment patriotique était de toutes les cérémonies et les revenus étaient honnêtes.

Voici ce que touchait l'abbé Saincric en 1790 de la part des habitants :

- 30 tonneaux de vin à 100 livres le tonneau              3 000 livres

- 60 boisseaux de froment (14 livres le boisseau)          840   -

- 40 boisseaux de seigle (9 livres le boisseau)               360   -

- 20 boisseaux d'avoine (6 livres le boisseau)                120   -

- 20 boisseaux de blé d'Espagne (8 livres le boisseau)  160    -

- 18 agneaux                                                                   127   -

-  8 charretées de paille et de froment                            120   -

-  4 boisseaux de mongettes et de fèves                          48   -

-  2 quintaux de chanvre                                                   50   -

Casuel                                                                             200   -

Il avait passé en 1788, un bail avec le fermier des dames de l'Annonciade et lui vendait son vin à raison de 100 livres le tonneau.

Mais il avait, par contre, de lourdes charges :

Il avait un vicaire et lui donnait                                 700 livres

Il avait également comme frais :

Imposition                                                                     68  -

Vingtièmes                                                                  440  -

Fondation                                                                     50  -

Pauvres                                                                      700 -

Cheval pour le service de la paroisse                         300 -

Réparations annuelles                                                  30 -

Déduction faite de ces charges, il lui restait, en 1791, pour son traitement, la somme de 974 livres 4 sols.

Cet état de revenus était affiché à la porte de l'église, à la demande même de M. Saincric, cela sans doute pour couper court aux propos malveillants.

Le 10 mars et le 13 avril 1791, le pape condamna définitivement la constitution civile du clergé et la loi du serment. L'abbé Saincric eut-il quelques hésitations ? On ne le sait : en tout cas, il écrivit le 26 janvier 1791 : « Je soussigné, curé de Blanquefort en Médoc, déclare être dans l'intention de prêter serment exigé par les décrets de l'Assemblée Nationale de tout fonctionnaire public et de me concerter avec les officiers municipaux du lieu et du jour de la prestation du dudit serment. »

Le dimanche 30 janvier 1791, M. Saincric montait en chaire dans l'église paroissiale où étaient assemblés les notables et les citoyens de Blanquefort. Levant la main droite, il déclara qu'il jurait de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui lui était confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout son pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblé Nationale et acceptée par le roi. Il ajoutait, pour tranquilliser sa conscience : « Serait-il possible qu'en faisant ce serment, vous et moi eussions trahi les devoirs de notre sainte religion ? ».

Saincric, maire.

Durant les six premiers mois de son mandat, M. Saincric signa généralement tous les actes et toutes les délibérations de la municipalité : « Saincric, curé-doyen de Blanquefort ». Bientôt il ne mentionna plus qu'en de très rares circonstances sa qualité de curé et il signera simplement « Saincric, maire » et toujours... avec les trois points maçonniques.

En mai 1791, les sieurs Barada et Jean Guillot-Chatillon sont autorisés à ouvrir une école.

Dans la séance du 21 août 1791, la municipalité « désigne les portes et murailles de l'entrée de l'église de Blanquefort, situées au couchant et, dans le village de Caychac, le mur du midi de la chapelle dite Saint-Ahon, pour être lesdits lieux exclusivement destinés à recevoir les affiches des lois et des actes de l'autorité publique ».

Il y avait beaucoup de pauvres à Blanquefort à cette époque-là. L'excellent M. Taveau convoitait un chemin qui coupait en deux ses propriétés. Il proposa à la municipalité de lui céder ledit chemin, moyennant quoi il s'engageait à donner 2 000 livres pour les pauvres. À l'unanimité, on accepta cette proposition. On ouvrit, en outre, au bénéfice des miséreux, une souscription « que ferait courir M. Fillon, officier municipal ».

Parmi les 56 propriétaires et bien-tenants, qui signèrent ce procès verbal, figurent pour la première fois les noms d'un Dulau, prêtre, ancien chanoine de la cathédrale de Bordeaux retiré à Blanquefort, et de Dulamon, propriétaire du château du Luc.

La municipalité touchait à la fin de son mandat. À la date du 13 novembre, des « avances » furent remboursées se montant à 66 livres 8 sols.

Le 30 novembre, le sieur Olivier succède à l'abbé Saincric comme maire de Blanquefort, Jean Cricq, Jean Bacquey et Bertrand Laloubeyre entrèrent au conseil municipal.

Olivier eut tout de suite à juger les conflits les plus divers. Il ne tarda pas à se lasser puisque, à la date du 15 janvier 1792, il publia l'arrêté suivant :

« Attendu que comme il survient continuellement une quantité d'affaires et que M. le Brun de Lafon, juge de paix du canton de Blanquefort, s'est offert à tenir des séances dans la paroisse pour la commodité des habitants, ladite commune, avec Nous, d'un commun accord, s'est obligée de lui fournir une chambre pour le loger et y tenir ses séances si bon lui semble, et quant à son secrétaire greffier, il sera logé également. »

Cette chambre fut louée le 12 février à Marguerite Dubreuil, veuve Dubourdieu, pour la somme de 100 livres.

Sur ces entrefaites, la pétition adressée au Directoire du département pour la reconstruction de l'église ayant reçu un accueil favorable, on décida d'écrive à divers maîtres de l'art pour leur demander un devis estimatif sur la dépense des travaux.

Blanquefort avait, à cette époque, deux notaires : les sieurs Berninet père et fils.

La commune vivait sa quatrième année de la Révolution sous une avalanche d'arrêtés et de décrets draconiens. Pour la première fois, on voit apparaître, sous la plume du secrétaire de mairie, les termes du nouveau calendrier : « À Blanquefort, le quinzième avril mil sept cent nonante deux, l'an quatrième de la Liberté. »

Tout était réglementé avec une minutieuse sévérité : la pêche, la chasse, le pacage, le pain, le vin, la promenade, la résidence par exemple.

En plus du marché tous les jeudis, il y avait quatre foires par an à Blanquefort : 1° le jour non férié qui suivait la fête de la Chandeleur ; 2° le lendemain du premier dimanche de mai ; 3° le 26 août ; 4° le 20 novembre, veille de la fête de Saint-Martin, dédicace de l'église.

Ces foires avaient lieu sur la place « appelée Leyre où il y a un puits dans le coin, situé près de l'église. »

Elles avaient été instituées à cause de la population de Blanquefort (3 000 habitants environ) et les nombreuses voies conduisant à cette commune facilitaient le commerce. « Le bourg étant peuplé, amplement bâti, et y ayant trois boulangeries et deux boucheries, on peut garantir sûreté et hospitalité aux forains. »

Mais sur le plan national, les évènements se précipitaient. La loi du 8 juillet 1792 demandant aux municipalités de faire l'inventaire des meubles et immeubles des émigrés, sont nommés à cet effet : Pierre Delas, Bertrand Couronneau, Charles Couronneau, Bertrand Bigey et Antoine Videau.

Un confrère vint le rejoindre à Blanquefort. Le 20 mai 1792, « Pierre Dévignes, âgé de 69 ans et 7 moi, ci-devant curé de la paroisse d'Eysines, déclare être dans l'intention de fixer son domicile dans la paroisse de Blanquefort, maison de Mme Hostin, au village de Linas. » Il déclare en outre que sa pension avait été fixée par le district de Bordeaux à la somme de 500 livres. Il se présentera périodiquement devant la municipalité qui lui décerna, ainsi qu'à l'abbé Saincric, un certificat de résidence.

Mais, tandis que ces certificats délivrés à des laïques portent « qu’il réside sur notre territoire depuis x... mois, qu'il ne s'en est point absenté, qu'il y jouit de la réputation de bon citoyen », ce dernier qualificatif est omis dans les certificats décernés aux deux ecclésiastiques.

Et les serments civiques se multiplient. Jamais la Landille ne vit un tel déploiement de force, un tel luxe de Te Deum. On y entendait périodiquement : « Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loy et au Roy », puis « l'on s'avançait vers l'autel de la Patrie ».

Le 15 août 1792, séance houleuse de la municipalité. Il s'agissait de désigner définitivement le champ de foire. Les uns (Mondon, Delas, Fillon, Taste) en tenaient pour « la rue qui conduit du bourg à la Croix de pierre qui est devant le portail de Mme la veuve Beringheim (rue de la République actuelle) ; le maire et deux autres pour « le grand chemin de Galochet » (boulevard Alcide-Lançon actuel) ; Michel Massé tenant pour la Landille. La majorité l'emporta en faveur de la Croix de pierre.

Charles Taveau et Antoine Berninet fils furent désignés pour recruter des soldats pour l'armée de ligne. Quand à Mondon, Armand Técheney et Antoine Bonnard, ils furent chargés de visites domiciliaires, devant désarmer tous les citoyens suspects, confisquer les armes et les munitions non déclarées.

Mais la municipalité voulut faire plus encore. Le 7 octobre 1792, elle déclara que « voulant de toutes les manières concourir au bien public et particulièrement à donner à la Patrie des frères d'armes dignes de la Liberté et capables de la défendre ou de mourir, avons pensé que par le concours général des citoyens, nous pourrons former une caisse patriotique, de laquelle on prendrait telle somme qui sera jugée convenable, de donner des gratifications à chacun des frères d'armes qui se présenteront de bonne volonté et ce en témoignage de leur zèle ».

Quatre commissaires passèrent dans les maisons et recueillirent les cotisations destinées à alimenter cette caisse. Ils offraient également une prime de 150 livres aux volontaires qui se faisaient inscrire sur le registre d'enrôlement.

On eut toutes les peines du monde à en recruter six : François Bouchet, Thomas Bonnet, Jean Guillebot, Armand Delas, Jacques dit Tougniou, Louis Constantin, qui rejoignirent leur compagnie, le 15 octobre à Bordeaux.

Le mandat confié à la municipalité Olivier touchant à sa fin, les officiers municipaux portèrent leur note et donnèrent au citoyen Antoine Delas, tambour-major, la paire de pistolets saisie au prêtre Dévignes « pour s'en servir dans le temps de ses fonctions ».

Le 1er janvier 1793 eut lieu le renouvellement du Conseil. L'abbé Saincric fut élu maire à nouveau par 25 voix sur 40 votants. Furent élus officiers municipaux : Pierre Delas, Jean Cricq, Castérat aîné, Dumanes aîné, Jean Cotebise. Mais Castérat « se disant forcé, par une maladie existante chez lui depuis 25 ans, de refuser la place », Joseph David fut élu à sa place.

L'abbé Saincric revint ainsi au pouvoir. En 1790, il avait été élu par 74 voix sur 82 votants ; il n'en réunit plus maintenant que 25 sur 40 votants. Sa fonction lui permettra de multiplier autour de lui les certificats de civisme nécessaires à éviter les arrestations abusives. Une grève des contribuables éclata à Blanquefort en janvier 1793. L'abbé Saincric prit fait et cause pour ses administrés et refusa le rôle de la contribution mobilière, motivant ce refus par un long plaidoyer en six points que nous résumons ici : « 1° Depuis 30 ans, Blanquefort est surchargé d'impôts. Les habitants avaient foi dans le nouveau régime, mais ils constatent mélancoliquement que rien n'est changé ! 2° Il n'existe pas, dans la commune, de richesse mobilière; il n'y a que peu de revenus industriels ; on les écrase en leur demandant 7 200 livres. » 3° On taxe à tort et à travers tous les contribuables sans distinction. 4° Parmi les contribuables inscrits sur le rôle mobilier, il en est qui paient déjà un droit de patente. » 5° La loi demande que les rôles soient rédigés par les municipalités elles-mêmes ou sur leurs yeux. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait ? 6° Le citoyen Saincric tient à faire commune cause avec ses paroissiens. »

Le 12 prairial an II, Saincric dut rendre ses lettres de prêtrise et son titre de curé. Il en fut de même pour le chanoine Dulau, le 4 messidor.

L'an III ne réserva aucun événement d'importance. La vie s'écoula, toujours difficile, dans une ambiance sombre et quelque peu angoissée. Les affaires étaient maintenant gérées par un Conseil cantonal composé comme suit : président : Saincric ; agents municipaux : Jeantillan, Troupenat, Linars ; adjoint : Dardan ; juge de paix : Lebrun ; auxquels venaient se joindre, suivant les ordres du jour, d'autres personnalités, comme les officiers de la garde nationale.

An IV. De son côté, Saincric fut inquiété pour avoir délivré un certificat de résidence au châtelain Lavie. Deux commissaires du canton, « chargés de vérifier ses actes », attestèrent, le 29 frimaire an VI, « qu'ils avaient trouvé chez lui tous les actes dans la meilleure forme et qu'ils ne contenaient aucune clause contraire aux lois de la République ».

Saincric, notaire. il était devenu notaire depuis deux ans (en fait, le 6 pluviose an IV, 26 janvier 1796). On nous le signale, à cette époque, comme étant âgé de 50 ans, taille de 5 pieds 2 pouces, cheveux et sourcils châtains, yeux bruns, nez ordinaire, bouche grande, menton et visage rond.

Guy Dabadie, Blanquefort et sa région à travers les siècles, Imprimerie Samie, Bordeaux, 1952, p. 91-96 et 99-104.

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