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L’évarronneur : sur les traces d’un métier oublié.

Vous vous souvenez peut-être du sonneur, du garde-champêtre ou du fontainier, autant de métiers communaux aujourd’hui disparus. Mais peu connaissent le rôle de l’agent évarronneur nommé par le maire, chargé par arrêté préfectoral d’organiser des « campagnes d’évarronnage » sur sa commune. Même le Petit Robert les a oubliés. Selon son compère Larousse, le nom masculin « évarronnage » vient de varron et définit « la lutte contre les larves de varrons, par pulvérisation de produits chimiques sur la peau des bovins contaminés ». Il y a encore une cinquantaine d’années, ce traitement était appliqué manuellement par des agents évarronneurs.

L’hypodermose bovine.
Egalement appelée la maladie du varron, l’hypodermose bovine est due au développement, chez les bovins, de larves de varrons. Ces mouches pondent en bas des pattes, leurs larves pénètrent dans la peau et transitent dans les muscles. Cette infestation se caractérise principalement par la formation de nodules qui apparaissent au printemps sur le dos des bovins. Du mois de mars au mois d’août, les larves passent par l’orifice du nodule et quittent le dos des bovins. Un nouveau cycle peut alors recommencer et d’autres larves infester le bétail.

Des pertes économiques importantes.

Une croyance fort répandue au XIXème siècle affirmait que le varron ne pondait que sur les plus belles bêtes. Le fait d’être varronné était pour un bovin un brevet de qualité. Mais au début du XXème siècle, des éleveurs plus avisés se rendent compte que les larves de ces mouches portent un tort considérable au rendement de leurs bêtes. Les pertes au niveau national se chiffrent par centaines de millions de bêtes au début des années 40. « Les bêtes parasitées étaient amaigries, affaiblies, ce qui provoquait une chute des productions de lait et de viande, sans compter tous les trous le long de la ligne du dos qui dépréciaient fortement le cuir », témoignent André et Élisabeth Picou, exploitants agricoles retraités, âgés respectivement de 86 et 89 ans. La lutte contre le varron devient alors une préoccupation majeure des éleveurs français.

Des campagnes s’organisent.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un centre national de lutte contre le varron est créé par décret pour mettre en place et contrôler la lutte contre l’hypodermose bovine. Son budget est alimenté par une taxe sur le prix des peaux versée par les tanneurs. Désormais, en Gironde, comme dans chaque département, une commission de surveillance de la lutte contre le varron se réunit chaque année, sous la présidence du préfet, pour fixer les modalités des campagnes à venir. Un arrêté préfectoral impose aux maires d’organiser l’évarronnage sur leurs communes.
Des agents évarronneurs nommés par le maire : ainsi, par arrêté préfectoral du 16 décembre 1946, « est nommé Agent Évarronneur, M. Dedieu Jean, demeurant à Blanquefort et exerçant la profession de maréchal-ferrant ». Bien d’autres lui succèderont : Albert Paillasse, maréchal-ferrant demeurant à Caychac (1947), Pierre Rivière, bourrelier de Caychac (1948, 1949), M. Daugas (1952), André Perrin (1953), Lucien Robin (1960)… ou encore un certain André Picou, nommé agent évarronneur municipal le 10 novembre 1953 : « Nos terres étaient situées sur l’actuel golf de Pessac, nous avions une centaine de bêtes, explique Élisabeth Picou. Mon mari était impliqué au sein du syndicat agricole. Il était assez connu dans le secteur et venait jusqu’à Blanquefort pour aider à faire les foins ». « Nous nous réunissions à la Maison du paysan, située rue Esprit-des-Lois à Bordeaux, poursuit son mari. C’est là qu’on m’a proposé cette mission à Blanquefort. À l’époque, il n’y avait quasiment que des fermes sur la commune ».

Un évarronnage manuel printanier.

L’intervention des agents évarronneurs sert avant tout à couper le cycle d’évolution du varron. Les arrêtés municipaux successifs stipulent ainsi qu’entre le 15 janvier et le 15 mai, « l’agent évarronneur est chargé de visiter, par deux fois, tous les bovidés se trouvant sur le territoire de Blanquefort et de soigner ceux qui sont atteints de la maladie du varron ». « Les soins consistaient à tondre autour des bosses, explique André Picou, et à appliquer de la pommade insecticide fournie par la direction des services vétérinaires ». À partir des années 50, l’utilisation de nouveaux produits de synthèse à base de phosphore va limiter l’intervention des évarronneurs à une unique visite avant le 30 avril de chaque année. « Nous laissions un peu de produit aux propriétaires afin qu’ils poursuivent eux-mêmes le traitement ». Les arrêtés municipaux prévoient que suite à sa visite, « l’agent évarronneur, sur présentation de sa carte de services, perçoit des propriétaires ou de leur représentant l’indemnité à laquelle il a droit, conformément au tarif fixé par arrêté préfectoral. « L’indemnité était calculée en fonction du nombre de bêtes traitées, mais difficile de vous dire à combien elle s’élevait. Entre les francs lourds, légers, puis les euros, je suis perdu… »

L’évarronnage manuel printanier va finalement laisser place dans les années 60 à des traitements préventifs. « Le progrès a libéré les exploitants agricoles. Maintenant tout est mécanique, mais dans les années 50, on faisait encore à la main ». Les progrès ont permis de trouver de nouveaux traitements plus efficaces et la mission des évarronneurs s’est éteinte.

Équinoxes et Solstices, mars 2010, n° 38, p. 28-29. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

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