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1940- Les réquisitions de logements

La vague de réquisitions d’immeubles la plus durable est celle des troupes allemandes qui remplacent ou chassent les réfugiés.

Comme dans toute la zone occupée, les habitants du canton de Blanquefort ont eu à loger des soldats allemands chez eux à partir de juillet 1940.
Les immeubles ou chambres ont pu être réquisitionnés temporairement, ou bien pour des durées très longues, nécessitant alors le départ définitif des occupants de l’époque. L’article 18 de la convention d’Armistice stipule que les frais d’entretien sont à la charge des autorités françaises. La préfecture de la Gironde, par une circulaire du 1er août 1940, précise les « règles pour le paiement d’indemnités de réquisition concernant le logement et le cantonnement des troupes d’occupation ».

C’est à la mairie de dresser les ordres de réquisition et les preuves des paiements, le tout dans un va-et-vient permanent avec les services préfectoraux

observations

Le prix du dédommagement, avec les frais d’éclairage, de nettoyage, l’eau, la fourniture des draps et des serviettes, ainsi que le service inclus s’élève à 8 F par jour pour les officiers, 6 F pour les sous-officiers et 4 F pour les hommes de troupe.

Le courrier présenté ci-contre, transmis par le maire de Blanquefort au préfet de la Gironde, le 23 mai 1944, fait le compte des réquisitions : 24 châteaux réquisitionnés, la plupart depuis 1940 ;
85 ordres de réquisitions mensuels, officiers et sous-officiers ; l’établissement Saint-Michel pour 300 personnes ; de nombreuses chambres isolées pour 480 réfugiés de Bacalan et l’Organisation Todt, soit plus de 900 personnes.

Pour ces réquisitions, la mairie de Blanquefort a acheté : 276 traversins à 20 F, 300 châlits à 120 F, 240 couvertures ordinaires à 63 F, 290 couvertures de qualité supérieure à 110 F, 1 700 draps de lits à 60 F, 100 séries de casseroles à queue émail, 120 écumoires, 280 marmites, 140 moulins à café Japy n° 2, 127 pelles à poussière en tôle noire, manche de fer, le tout pour 190 540 F.

Les unités allemandes étaient vraisemblablement les mêmes que celles qui stationnèrent à Bordeaux, venant de la côte Atlantique, ou encore des unités de passage, en repos. La Kriegsmarine (marine de guerre), la Luftwaffe (aviation), et des unités de l’infanterie et de l’artillerie ont séjourné à Blanquefort, mais aussi des membres de l’Organisation Todt, des entreprises privées, des ingénieurs et des civils allemands.

« Nous avons logé en 1941, comme nous avions une maison assez grande, un Allemand. Ça n’a pas duré très longtemps. C’était un officier ou un sous-officier. Il était logé dans une petite chambre. Il a été très correct et très poli. Toutes les propriétés des environs étaient occupées et ce n’était pas très facile quand il y avait un grand cantonnement pour les gens qui vivaient sur place. »

« À Caychac, il y avait cinq maisons qui étaient occupées par les Allemands. »

Un passage important de troupes allemandes nécessite des réquisitions exceptionnelles, pendant 5 jours en mai et pendant 20 jours en juin-juillet 1941 :

* du 21 mai au 25 mai 1941 et du 21 juin au 11 juillet 1941, l’école des garçons et des filles du Bourg ;

* du 21 au 25 mai 1941 et du 21 juin au 11 juillet 1941, la mairie de Blanquefort, avec ses meubles et matériels, et le parc de Carpinet par la formation L 09536 :
- le hall de la mairie pour le corps de garde de l’unité ;

- la grande salle de la Justice de paix pour des bureaux ;

- le cabinet du Juge de paix pour l’infirmerie de cette unité ;

- le parc de la mairie pour loger 60 camions et matériel divers d’artillerie, (canons, tracteurs) ;

* du 18 juillet 1942 au 15 novembre 1942, l’ école de Caychac de la classe des filles, la classe enfantine, plus le logement de l’ institutrice, Mme Gabrielle Vergier : 4 pièces, dont 2 chambres à coucher, 1 salle à manger et 1 cuisine ; les frais de déménagement du mobilier scolaire et du mobilier de l’ institutrice sont à la charge de la municipalité. Au départ des troupes, le constat des dégâts établi pour cette école mentionne : vitres brisées, commutateur et lampes électriques brisés, serrures ne fonctionnant plus, clés perdues, etc. ; un tableau noir descellé, le second couvert de peinture et inutilisable ; pour le mobilier de l’institutrice : table de cuisine, pieds cassés, objets disparus : 1 faitout fonte émaillée, 1 seau, tasses à thé et soucoupes, cuillers métal, encrier de bureau, 1 stylo.

« L’école de Caychac a été réquisitionnée, on est allé faire la classe au presbytère. J’ai passé le certificat en 1943 et de suite j’ai été travailler la terre, mais je suivais des cours à Saint-Michel en 1944 et quand Saint- Michel a été réquisitionné à son tour on est allé au Petit Cercle. »

En 1942, les aménagements nécessaires pour 2 classes au presbytère et dans la salle de Caychac coûteront 4 242 F.

Il y eut deux types de réquisition : soit la totalité de l’immeuble, soit une chambre ou deux. L’officier ou le sous-officier allemand, ou plus tard les personnels civils de l’Organisation Todt, vivaient sous le même toit que la famille française, partageant les parties communes. On peut imaginer toutes les situations, allant du silence glacé et méprisant à une coexistence plus pacifique, voire un peu conviviale, peut-être une fois une amourette. La situation n’a pas dû être toujours facile.

« Nos amis Montbel avaient une propriété à Fleurennes, qui a été occupée. Les Allemands leur avaient laissé deux ou trois chambres alors qu’ils étaient une famille nombreuse, une cuisine et une salle à manger. Le reste du château était occupé et ce n’était pas très amusant. M. de Montbel   avait un setter irlandais, qui était très beau. Il était nourri par les Allemands qui s’étaient attachés à ce chien. Et le chien, lorsque les Allemands sont partis, les a suivis ! Il s’était attaché à eux et il n’était pas question de patriotisme pour un chien ! Seuls comptaient ceux qui lui donnaient à manger !»

« Mes parents avaient une grande maison avec plusieurs chambres, avec le courant électrique et la salle de bain. On a eu à loger des officiers allemands. On a gardé très longtemps une dame qui était responsable de l’Organisation Todt, et 2 officiers allemands. Ils avaient une chambre chacun, ils arrivaient le soir et repartaient le lendemain. J’apprenais l’allemand et j’étais fière de le parler. Ces gens étaient corrects. Ils cherchaient plutôt à se faire oublier car, vous savez, la Russie ne devait pas tellement les tenter. On avait une indemnité qu’on recevait de la mairie.»

Le coût des aménagements dans les lieux réquisitionnés pour les troupes d’occupation va être très important du fait des exigences de l’occupant en matière de confort et d’ hygiène.

Ces travaux vont faire l’objet d’un suivi par un agent administratif municipal de la mairie de Blanquefort, et ce jusqu’ à la fin de la guerre.

prsentation

Procédure de la réalisation d’achats ou de travaux : le commandant de la formation allemande, qui vient de s’installer dans un lieu réquisitionné, notifie par oral à l’employé municipal les travaux à entreprendre. La mairie se charge de les faire exécuter. La municipalité prend aussi en charge un personnel auxiliaire et occasionnel, distinct et indépendant du personnel municipal ordinaire, qui est employé à divers travaux, tels que tous services hospitaliers et ménagers ; il comprend en outre divers corps de métiers pour l’ entretien, la réparation et l’ adaptation des locaux et immeubles occupés comme charpentier, cimentier, terrassier, manœuvre, gardien de nuit, femme de chambre, interprète, chef de travaux, maçon, menuisier, chaudronnier. Dans les frais facturés, on trouve même la location d’un cheval, avec pour conducteur Abel Robert.

Exemple d’achats et de travaux :

- 29 août 1940, à Florimond, Solesse et Peybois, pour les formations des projecteurs : 30 matelas pour loger 10 soldats dans chacune de ces bases ;

- 24 septembre 1942, chez Vergneaud à Peybois : pose de l’installation électrique dans les écuries pour 302 170 F ;

- 2 novembre 1942, pharmacie Menard : pose d’une menuiserie sur la devanture ;

- 6 novembre 1942, au café Poitreau : obstruction d’ une porte entre le café et le local occupé par la formation 20.536 F ; à la maison Dugrava : remplacement d’ une pierre de gond, pose d’ une vitre, réparation d’ un volet, tapisserie d’ une pièce ; pour la maison Gélie, place de l’ Église, remplacement de 2 vitres et installation d’ une étagère en bois ;

- janvier 1944, maison Labatut : 14 841 F de travaux de remise en état du chauffage pour l’utilisation du bain et du chauffage de la chambre à coucher.

travaux

La   commune   de   Blanquefort   engage   ainsi 32 966, 35 F de dépenses pour l’emploi de cent personnes, au cours de la période allant du 9 au 16 novembre 1940 ; 80 % environ des autres travaux sont réalisés par l’entreprise de travaux publics Sacer, place du Parlement à Bordeaux.

En règle générale, chaque fois qu’une formation allemande s’installe dans un lieu réquisitionné, le commandant demande la révision générale de l’ installation électrique, la vidange des fosses, la révision de la toiture, la reprise des peintures et des tapisseries, l’installation de sanitaires et des toilettes intérieures. Puis des travaux particuliers sont commandés, en fonction du lieu et de la formation.

La mairie demande le 24 mai 1941 une avance de fonds de 200 000 F à la préfecture de la Gironde afin de payer les entreprises qui travaillent pour les troupes d occupation.

Le service départemental chargé du suivi des réquisitions est situé au 4 rue Poquelin Molière, à Bordeaux.

 

etat franais

 

Selon une belle formulation administrative : « à la suite de difficultés rencontrées pour le visa de factures par les autorités locales », à partir du 18 février 1942, la procédure va être davantage contrôlée par l’instauration d’un registre sur lequel une trace des bons signés par les autorités allemandes sera consignée. Les demandes de travaux des différents postes de Kommandantur
sont alors transmises par un système de bons à la mairie pour qu’elle engage les travaux. Les factures sont envoyées à la préfecture, à charge pour elle de payer les entreprises.

Qui dit réquisition dit dédommagement financier : c’est une avalanche de lettres suivie de la constitution de dossiers de réclamation. Le problème sera d’ ailleurs cadré par plusieurs instructions officielles relatives au paiement des indemnités de logement et cantonnement des troupes d’occupation. Les calculs d’indemnisation sont établis sur plusieurs pages avec
des exemples détaillés. Du reste, pour certains propriétaires, une bonne réquisition vaut mieux qu’une mauvaise location.

PV n° 330 du 25 juin 1941 : déclaration de Jean S., demeurant au Luc Dulamon à Blanquefort : « Lorsque M. L. a dit qu’il ne voulait pas me louer la maison en raison de ma nombreuse famille, j’étais seul avec lui ; cependant il a ajouté qu’il préférait que l’immeuble soit réquisitionné.» Déclaration de Jules E., 26 ans, métallurgiste, demeurant à Blanquefort chez S. : « J’ai simplement entendu M. L. dire qu’il ne voulait pas louer la maison et qu’il préférait qu’elle soit réquisitionnée. De cette façon, l’immeuble lui serait remis en état.»

 

Texte et illustrations extrait du livre « Années sombres à Blanquefort et dans ses environs 1939-1945 », Catherine Bret-Lépine Henri Bret, publication du G.A.H.BLE, 2009, pages 191 à 198.


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