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Les noms de lieux.

Les 700 pages d’une étude d’Anne Cavignac, Les noms de lieux du canton de Blanquefort, 1968, 3 tomes, 700 pages, École nationale des chartes. (AD 33. ref : BIB SU 12 (9) sont résumées ici ; toutefois, nous avons retenu principalement les informations qui concernaient la commune de Blanquefort. Nous avons rajouté entre crochets des observations pour une meilleure compréhension. Pour les personnes qui chercheraient l’origine des noms de lieux de leur commune, il est possible de consulter la table des matières du tome 3.

Nous proposons de commencer par le résumé du chapitre 15 : Étude et conclusions linguistiques, p. 381-418, qui présente l’ensemble de la recherche sur les toponymes de Blanquefort en particulier. « Bien que l’influence française se fasse parfois sentir, dans les traitements phonétiques des voyelles en particulier, la langue du canton de Blanquefort se rattache au gascon, mais alors que les voyelles suivent généralement les règles du gascon, il existe une quantité de phénomènes se rapportant aux consonnes que les règles habituelles tenues pour caractéristiques de ce dialecte ne peuvent expliquer.

Dans le vocabulaire des noms de lieu, le français n’entre vraiment qu’au XVIIIème siècle et plus systématiquement dans le plan cadastral de 1843. Le latin est la principale source des racines les plus productives en noms de lieux. Cependant, leur proportion varie selon la signification du nom de lieu : elles sont la minorité parmi les racines qui décrivent le relief, le sol, où dominent des racines plus anciennes, mais les racines latines représentent au moins les 2/3 du vocabulaire relatif à l’eau, à la forêt, aux plantes sauvages, à l’agriculture, les 3/4 de celui relatif aux animaux, aux animaux, aux lieux habités, à la vie économique, aux chemins, à la psychologie ».

Les racines germaniques produisent peu de noms de lieux, mais se retrouvent en langue française.

Les racines celtiques, ibéro-celtiques et gauloises, bien que très inégalement réparties dans les regroupements méthodiques ont formé le plus grand nombre de noms de lieux après le latin. Les termes préceltiques ont formé des noms de lieux qui désignent principalement le relief, la nature du sol ; la base pré-indo-européenne est la mieux représentée : cars, cala, pierre, employée pour l’idée de hauteur, queyron, idée de dureté du sol ou d’un chemin et la végétation issue du sol. Relevons seulement que le suffixe « os » est une survivance de la langue antérieure à celle des Celtes, solidaire de celle des peuples de l’Espagne du Nord (Saumos, Pudos, Bernos…)

Le vocabulaire du canton de Blanquefort se rattache aux régions ibériques ou aquitaniques par un certain nombre de mots dont l’origine est parfois obscure : barrano - barrière, gorge - ravin, tasta - hêtre, bré - aubépine… Des termes issus du latin ont le sens attesté en Gascogne, et en Saintonge, ainsi que dans la région de Bordeaux : palue - terre marécageuse, estey - chenal, cornau - village, ruga - ruisseau, carrasson - échalas issu du grec, et enfin jalle issue du pré-indo-européen ».

Tome 1 p.1-278 : Présentation géographique du canton de Blanquefort : géographie, peuplement, histoire, langue.  3 parties : la nature, l’homme et la nature, la société, suivies d’une étude et de conclusions linguistiques.

1° Partie : La nature.

Chapitre 1 : Le relief.

1. Les hauteurs : Montalieu, XVIIIème siècle, est sans doute déformation de Monteuil, Montheys, qui vient du latin « Montes ».

Le puch indique une élévation, une hauteur, mais peut servir aussi pour désigner un « talus ripuaire » le poujau ou le puch de Maurian, mais le plus souvent il ne s’agit que de la dénivellation causée par le passage d’un cours d’eau.
Parfois, le talus ripuaire est nommé par le latin « coste », montée au sens de pente qui forme limite. « Au Pontet » à Blanquefort indique la présence d’un cours d’eau. Le nom est aussi employé dans le sens de limite.

Le latin « insula » désigne les îles de Grattequina, de Duras, de la Jalle : « L’Isle » de Blanquefort (XVIIIème siècle).

On rencontre parfois quelques oronymes pré-gaulois : Duk, tuc, truc (la hauteur). Tujean ou Tucjean ou Tuyan désigne un endroit qui surplombe la zone marécageuse à Blanquefort.

Mal (escarpement) est de base méditerranéenne ainsi que mate ou matte ; dans notre région, il a le sens de terre d’alluvions, et par extension plante, engrais, chaussure pour marcher dans la vase. Le nom de « Mataplane apparait à Blanquefort pour la première fois en 1299, au XVIème siècle, c’est un fief qui se nomme « le Motheplan (1521) et « Motheplane » en 1580. « Mataplan » est situé sur la rive gauche de la jalle de Blanquefort, à la limite de la zone marécageuse. Les Collomates : un nom des lieux-dits de la palu.

Le mot « mothe » considéré comme pré-celtique (colline) : en pays marécageux, tout le long de la Garonne, les châteaux se construisaient sur des « mottes » naturelles ou artificielles. La « Mote de Canteret » (1488) à Blanquefort.

D’autres bases pré-indo-européennes indiquent le relief : les lieux-dits « le Queyron » (1576), « au Cayron de Putz » (1560) dans la paroisse de Blanquefort viennent de la base pré-indo-européenne « cara » pierre, mais possibilité aussi de « caire » issu du latin « quadrus » au sens d’angle.

2. Les plaines : les étendues planes, comme étant les plus courantes, sont les plus pauvres en mots qui les désignent.

On rencontre un terme général déterminé par un adjectif : « Terrelade » (1574) composé avec « lad » étendu : « Port de Terrelade ».

3. Les dépressions : ancien français « baisse » vallée, chemin creux qui a donné « Bayse Mignoune » ou Béchade, Bache… Le latin « vallis » a donné « Valade ». L’ancien gascon possède « barat », baradat espace entouré de fossés.

Origine incertaine pour Lagorce au Taillan, « la petite Gorce » et le « Pessin de la Gorce » (1547) à Blanquefort.

Les hauteurs fournissent le vocabulaire le plus riche et le plus ancien (16 racines sur les 26 qui désignent le relief).

Chapitre 2 : La nature du sol.

1. Sols divers : un adjectif indique la nature du sol : « Terre nègre » ou « Maisons rouges » à Blanquefort (XVII° siècle) ou encore la végétation : le latin « viridis » vert a formé « la Berdaca » ou « la Berdaque » entre autres.

La nature compacte du sol a donné « Terrefort » marne où domine l’argile : « Terrefort du Petit Linas » (1549), « Terrefort de Saulesse » (1541).

Autres sols : le latin « arena » sable a donné « Lareney » (1574). Le latin « argilie » argile Ardiley », les « Ardilleys de Breilan » (1515).

Le sable du latin « Sabulones » indique la nature du sol mais aussi l’extraction : les « Sables de Chante-coucou », les « Sables de la Rue », etc.

La marne, du gaulois « margile », explique « les Marnières ».

2. Sols durs et caillouteux : le latin « petra », pierre, est à l’origine des « la Peyre »… Roc à l’origine des « Arroques » vient de la base pré-indo-européenne « cara », pierre.

Grave issu très certainement de la base pré-indo-européenne « cara », pierre, a donné les nombreuses formes : grave, gravette, gravière (lieu d’extraction)… propice à la culture de la vigne.

« Klappe » tas de pierres a formé les noms de lieux-dits comme « le Clapeau » ou « Clapaus » (1510).

3. Terrains aqueux, pacages, padouens : le français « marais » du francique « mariak » donne de nombreux toponymes « Marais des Michelles », « Marais du Liquard »… Le terme général employé ultérieurement est le latin « palus » « Pallu de Blanquefort «  (1580), étendue de marécages.

Le latin « lutum », boue, forme « loute » et « Lout » (1575), et Ludon, Ludenne…

Le gaulois « mors », mare, doit être à l’origine de l’ancien gascon « mor », et du français « marais » ; « au Morar » (1503) à Blanquefort ou « le rieu de Morar » (1516).

« Naude », peut-être gaulois ou pré-celtique, désigne un terrain rendu marécageux par la proximité d’un cours d’eau (voir « Nauve » (XVIIIème siècle), ruisseau d’écoulement à Blanquefort.

« L’italo-celtique ou le celtique « lim » puis latin « limanis » (chemin, frontière), gascon lomou, lomagne, lamaigne, le bourg de « Lalemaigne » (1570) au Taillan, noté « la Limagne » dans la carte de Masse (XVIIIème siècle) a été traduit par Belleyme par la graphie « l’Allemagne » et depuis interprété comme nom de pays ; pendant la guerre de 1914-1918, lors de l’invasion de la Belgique, on l’a débaptisé et transformé en « la Belgique ».

Une variante de la base pré-indo-européenne « barre » forme « bard », boue, comme « la Bardisse » (1587) à Blanquefort, tout proche de la jalle.

Chapitre 3 : L’eau.

1.  Formation par onomatopée et expressions imagées : le latin « balneara » est à l’origine du béarnais « bagnada », action de se baigner, et a donné « banha », ou « Bagnolet ».

2.  Eaux stagnantes, sources et cours des ruisseaux : le latin « lacus » forme lac, lagune, lagunesse, lagunar. Le latin « stagnu », ancien occitan « estanh » a donné « estang » et on trouve à Blanquefort « Lestaing du Luc » (1575) et « Lestanh du Luc » (1506).

Le latin « vivarius », vivier, a formé « le Vivey » (1503) ou « le Vibey » (1571).

On peut rapprocher « la Bouyre » à Blanquefort de l’ancien français « boire », enfoncement d’une rivière dans sa rive.

Le latin « fonts » fontaine a formé un grand nombre de toponymes, comme Lafont, Fontaine, Fontanieu. À Cachac, « le Canau de la Fon » (1572) est à rapprocher de « la fon Bigorte » (1580). « La fon du Castet » (1583) à Blanquefort se trouve sur le cours de la jalle ou alimente un ruisseau, un simple fossé ou une surface d’eau comme « la Font deu Vivey » (1516).

« Bullers », bouillonné, est peut-être à l’origine de « Bouglon » (1565) et « Bouglonet » (1548).

Le latin « ripe » désigne le bord du cours d’un ruisseau et est à l’origine du village de Blanquefort « Larivière » ou « la Ribeyre » (1575).

Au bord des cours d’eau, se trouvent des moulins alimentés par une écluse, du latin de basse époque « excluse », d’où « à l’Ecluse » (1686) au moulin de Canteret.

Plusieurs lieux-dits témoignent d’une activité portuaire à Blanquefort : « Port de Maubert » (1686), « de Gorbelhe » (1541), « de Saulesse » (1547), « de Terrelade » (1579), « au Port Layron (1576), « Port du Roy » (XVIIIème siècle), « au port du Roy » (1577)…

3. Cours d’eau naturels et artificiels : le latin « rivus » est à l’origine de rieu, riu, rue, ruisseau…

Le latin « canalis » désigne des cours d’eau à l’époque moderne avec ses formes dialectales « Lacanneau », « Lacanau » (1516)… ou encore « Cane », conduit d’eau, fossé.

Le latin « arius » a formé « area », terre défrichée, aire puis place (peut-être rattachée à une racine antérieure). À Blanquefort, « la jale de la Leyre » (1420).

Le mot générique qui semble propre à la région pour désigner un cours d’eau d’une certaine importance est « jalle » sur lequel se sont formés de nombreux lieux-dits dès 1298 (« devert la Jale »), « entre deux Jalles » (1688), « la Jalle de Plassan » (1542) ou « la Jalle de Saulesse » (1542). Le nom déformé a vraisemblablement formé « Geles », dans le « Bois de Geles ». Le mot « jalle » peut venir du pré-indo-européen « cale, care » (longue explication des transformations du mot p. 105-120).

Sur les 43 racines ayant trait à l’eau sous diverses formes, 25 sont issues du latin, apport gaulois ou celtique relativement modeste, puis le pré-indo-européen, mais des racines restent obscures.

Chapitre 4 : La forêt, évolution, vestiges.

La forêt occupe une place importante en Gironde.

1. Collectifs d’arbres et d’arbustes : le latin « lucus », bois sacré, a donné « au Luc » (1422) attesté à Blanquefort, et désigne sans doute des possessions de la maison noble du Luc. Autres mots : le latin « silva » forêt, le germanique « busk » baguette, puis bosc, bosquet, « le Bouscat », le mot buisson a formé entre autres « bouchon »…

2. Essences diverses : acacias, sureau, coudre, aulne, « aux Aulanars de Breilhan » (1311), châtaigner, arbousier : « arbuteux » « Arboudeau » (1575), sorbier, frêne, « caronus », charme, a formé « Carpinet » (1574), pin « pinus » a formé à notre époque « les Pins », le tilleul « Tilh », « Taillan », orme, hêtre du latin « facus », mais aussi nommé en ancien gascon « taste » d’origine obscure [non cité ici « Taste Claouey », une terre de Blanquefort vers Breillan], le chêne, principale essence avec le pin sylvestre de la forêt primitive, comme le latin « cassanus » mais aussi le gaulois « tanno », chêne, qui a donné « au Tannaïs » ou encore le « garrig » qui a donné « Garric », garigue, au garrigey… Le pré-indo-européen « taukinu » a donné tauzin, chêne blanc, ou taudin ; les aulnaies, les saules, les trembles du latin tremulus « le Trembley » (1506), les osiers, les aubarèdes qui ont donné le nom d’un village de Blanquefort, vîme a donné « au Vimeney », le saule que l’on retrouve dans Solesse orthographié : Saulesse, Saulesse (1580)…

Le gaulois « verne » a donné les formes gasconnes ver ou bern et encore « le bernada » (1545), Wikipédia [Le verne ou vergne est un arbre également connu sous le nom d’aulne.

Du gaulois uerno-, uerna (cf. breton gwern, irlandais fern) d'abord lieu humide, marais, marécage, puis par extension, aulne, verne, arbre qui peuple les endroits humides et le voisinage des cours d’eau. Sans doute apparenté à un thème pré-celtique wer-, désignant l'eau ; occitan vern(a), appellation méridionale de l'aulne vert], le peuplier et ses différents noms dont puble, pible, et une variante régionale breule, brule, brel…

3. Broussailles et arbrisseaux : les mots latins « laurus, laurier, ou « spine » arbrisseau, aubépine ou « rumice », ronce qui a donné « les Arroumes » à Blanquefort, le latin « acrifolius », houx, a donné « agraulon », le latin « subatretus » a donné en ancien béarnais « soustra », terrain couvert d’ajoncs et de genêts, le germanique « brustian », petite branche, a donné « sur le Brostey d’Arbodau » à Blanquefort , le gaulois « brucus » bruyère a donné Bruges…

Un mot d’origine obscure, propre au Sud-ouest a désigné l’aubépine : Bré : variantes : Brès, Brède, Broc (buisson d’épines), « au Bret » (1574) Aubret... à rapprocher du gaulois « brucus », bruyère.

Chapitre 5 : Plantes sauvages et friches.

1. Plantes aquatiques : le latin « malleus » a donné « les Mailloques ». On trouve aussi les joncs, les ajoncs, les jaugues, les roseaux, les fougères…

2. Plantes sauvages et diverses : herbe folle, la barbue, violette, glaïeul, chardon, fougère, ortie, etc. (« camerouge » s’explique vraisemblablement par le nom vulgaire du géranius robertin, persicaire pyramidal, surnom de la perdrix, par extension de sens…)

3. Friches : terre inculte, friche, désert, le vide, sol pauvre, etc.

Le gaulois « patu », du latin « patere » a donné « padoen » terre vacante, « le paduen de Blanquefort » (1530), surtout les lieux marécageux. Un mot général : la lande [terre impropre à la culture]. À Blanquefort, un hameau est désigné ainsi « le cornal de la Lande » (1541) et les diminutifs « le Landot » et « la Landotte » ainsi que « la Landille » et encore « l’Andouille », « Landouille ».

2° Partie : L’homme et la nature.

Chapitre 6 : Terres cultivées – production.

1. Défrichements : le latin « fenestre » désigne un petit coin dépourvu d’arbres dans la forêt et disposé pour tendre des pièges, la pièce de terre ainsi nommée confronte toujours un cours d’eau : « aulx fenestres » (1586) à Blanquefort, nommé également « à la Ribeyre » ; « les finestres de Prat » (1550) confronte « le rieu corrent », il s’agit du même lieu-dit. Plus souvent, le nom du défrichement décrit l’instrument employé, hache, houe ou le feu « le cremat ». Un verbe latin peut décrire le travail du défrichement.

Un autre mot latin « tractare » donne « treytin », marais, terre inculte, puis terrain nouvellement défriché, d’où « au Treytin » (1578), le « treytin d’Estèbe de Breillan » (1571). Bien d’autres mots sont à l’origine de toponymes : les mots latins : essart, labor, fudir, et le celte artigue.

2. Noms généraux de terres cultivées : le franc « domaine » et le latin « cause » désignent aussi un domaine : cause de l’ostau de Gorbeilhe (1509). Peut-être les noms des lieux-dits « marais du fond », « métairie du fond » se réfèrent-ils au latin « fundus » bien fondé. Le français « quartier » vient du latin « quartus » et désigne une terre ou une partie d’un hameau ou d’un village. Le latin « campus » désigne de la terre ou de la vigne, des sols, il forme le diminutif « campot » (XVIème siècle). Bien d’autres mots issus du latins : terre, locus, platea, part, truncus…

3. Situation des parcelles : on retrouve les prépositions : sous, sus, sur, devers, vers, derrière, devant… ou les adjectifs : bas, haut, grand, petit, ou les noms : coin, bout, milieu… « barrail du milieu ».

Le gaulois « mediolanum » au sens de clairière, défrichement, se retrouve dans le toponyme « majoulan » (XVIIIème siècle) qui apparait pour la première fois dans le nom d’origine « P. de Maiclano » (1174). Divers noms de lieux en sont issus : « grottes de Majolan », « jalle de Majolan », « jalle de Mayolan » (1550), « moulin de Majolan ».

« La notion de contigüité : de manière générale, les parcelles sont délimitées par des ruisseaux, des fossés, des chemins : aussi les mentions d’aboutissants sont-elles le plus souvent très vagues et les termes employés très généraux. Le partage des terres s’effectuait dans le sens de la longueur ; c’est pourquoi les bien-fonds touchent généralement par les côtés à des propriétés de la même famille, tandis qu’aux deux bouts, à l’un et à l’autre cap, ce sont souvent soit des chemins, soit des propriétés d’autres familles » (Brutails J.A. Introduction au cartulaire de Saint-Seurin, Bordeaux, 1897, p. XXVI). Le mot « cap » apparait dans les bourgs avec un sens très net de limite.

On trouve encore les points cardinaux, le latin « extrême », les lieux ombragés, le vent, l’isolement, la bonne situation de la parcelle : « Bel-Air » (XVIIIème siècle), Bellevue, Belvéder (1821). On trouve encore « à Bonne Nuyt » (1595) à Parempuyre ou « à Malenuyt » (1548) à Blanquefort (issus du latin « nox »).

4. Formes des parcelles : le latin « quadrus », angle, coin, a formé « au Cayre » (1577), « au Queyre » (1473) ou « exquadrus » qui a formé équerre « les escarrets », etc. Un adjectif diminutif : « esquerron » 1541), « Lesquerron » (1568) à Blanquefort à l’ouest de la « croix de pierre », carrefour important. On trouve aussi quadratus, longus, rotondus, corrigis qui a donné courrège, champ étroit et long, cauda la queue, angulus angle souvent lié à l’existence d’un chemin, aiguille, canthus qui a donné canton, le latin cornu (1191) qui forme corne, cor (XVIII° s), « à Corn » (1507) ou encore à « Cornallet » (1507), confinis : limite…

5. Mesures agraires, mesures diverses : le même mot peut avoir le sens de mesure agraire ou le sens spécialisé ou général d’origine de parcelle. Le latin « caput » tête (ancien provençal cabot) a formé « à Cabots » (XVIIIème siècle), « à Cabot » (1553). À Blanquefort, ce mot est peut-être un sobriquet. Nombreux exemples… Le nom de lieu « Barjolles » est un dérivé du gaulois « barga », barge, meule de foin.

6. Limites, clôtures, terrains clôturés : ce sont souvent des fossés qui servent à l’écoulement de l’eau et isolent en même temps. Plusieurs exemples dont des mots gaulois… Le latin « claudere » forme le claus, enclos (« le Clos ») et de nombreux diminutifs. Le pré-indo européen « Barra » est très utilisé en toponymie et donne « barreau », « barrail » (1561). Le barrail tend à désigner exclusivement un pré entouré de fossés d’écoulement des eaux, bordés parfois de rangées d’arbres. Dès le XVIIIème siècle, le barrail est un pacage. « Borne », mot français issu du gaulois, donne « la borne de Seurin » au XVIème siècle à Blanquefort.

7. Légumes et céréales, pacages : les cultures de subsistance sont assez pauvres, mais la vigne et l’élevage sont plus importants. Rave, navet, courge, oignon, fève, avoine, blé, mil, millet, seigle, lin, luzerne, foin (Birehen XVIIIème siècle), et encore des zones aménagées en pacage, le pré du latin « pratus », le plus souvent « prat » (1524), pré est souvent complété par des adjectifs, et le diminutif « prade ».

8. Fruits, arbres fruitiers : olive, fruit de « fructus », « viridis » vert, puis vergier et verger, « Vergey et Bergey », « pirum » poire, prunier, noyer, figue, vigne, plante au sens de jeune vigne, plantier, treille, des noms de cépage comme le merlot, cavaillon, vime, carrasson… [nombreux exemples cités].

Le latin a le plus souvent été à l’origine des noms de défrichements et de terres cultivables ; quelques mots pré-indo-européens ou celtiques (artigue) ou gaulois (mediolanum) subsistent ; latin encore pour la situation et la forme des parcelles, les limites et clôtures. Le pré-indo-européen « barre » forme de nombreux noms de lieux comme barrail.

« Le plus grand nombre de racines décrivant la campagne et l’agriculture sont latines (87 sur 122). Quelque mots antérieurs se trouvent principalement dans le vocabulaire des limites et clôtures et à un moindre degré dans celui des défrichements et des mesures ».

Chapitre 7 : Les animaux.

« Sur 58 racines désignant les animaux, les métiers qui les concernent, les constructions qui les abritent, 45 remontent au latin ; les autres sont des mots français, des mots dialectaux issus du germanique, du gaulois (« taxo », blaireau), et quelques mots régionaux. Leur étude montre que le canton de Blanquefort était un pays de chasse (oiseaux), l’élevage y était pratiqué de façon traditionnelle… Très souvent, un nom d’animal est passé dans la toponymie par l’intermédiaire d’un sobriquet ».

1. Animaux sauvages : le latin « cuniculus » a donné « conilh » et plusieurs noms de lieux au XVIème siècle à Blanquefort. Lièvre, putois, loup, renard… Le gaulois « taxo », blaireau. Oiseaux sauvages… Le « racouchet », roitelet, du latin « rex », a comme diminutif « roupitet » (XVIIIème siècle) ou le roupit avec le sens de rouge-gorge. Bécassine issu du latin « beccu » bec. Le latin « vannus » van est à l’origine de Vanneau. Le « trabuchet » espèce de piège. Emploi péjoratif de noms d’insectes, taon, mouche, grillon, fourmi, toile d’araignée : « le Tiscot » est formé sur Tisca, agacer.

2. Animaux de trait : bœuf et âne (chemin des ânes) mais aussi des sobriquets issus de noms d’ovins : Lagnet vient d’agneau, « la Crabette » (XVIIIème siècle) de capre chèvre et crabot chevreau, le Soutey » ou Sotey (1509) issu de subtulu, loge ou toit à porcs. Des meutes de chiens de chasse sont attestés dans « la Cagnarde » issu du latin « canis » chien et « cagnade » bande de chiens. Poules, coqs, dindon, héron. Les pigeons sont élevés dans des constructions issues du mot latin « colombarius », nombreux noms : coulom, coulons, coulomb, collon, colomb, coullomet, « au Couloumey de Maurian » (1578). Le latin « palumbu » la palombe a formé palomey (1525), paloumey…

Chapitre 8 : Aspects psychologiques.

1. Composants verbaux : un nom d’animal, et souvent d’oiseau, entre en composition avec un verbe :

- avec le verbe chanter : alouette : Cantelaude ; coucou : Cante coucut et Chante-coucou, grue : Chante-grue, merle Cantemerle, on trouve encore Canteloup, Cantegric.

- avec le verbe bire du latin « vibrare » (tourner) : Birehen, mais aussi Virehin, et avec le bouc ou le bélier : « Bire Cornard »,  « Virecorne », « Virebouc ».

- avec le verbe pissière formé d’onomatopée, on trouve « Pichelebre » « Pichevin », petit vin, piquette.

- avec le verbe gratter du germanique « Kratton », on compose des noms désignant de petits monticules : « Grattecap » (XVIIIème siècle), ou « Gratte qui n’a » qui a désigné une île avant de s’étendre à toute une propriété.

2. Noms de lieux affectifs : les noms de lieux expriment parfois les pensées de l’homme qui regarde, qui travaille, qui possède un bien :

- noms de lieux péjoratifs : l’adjectif latin « malus » introduit une nuance péjorative : malartic, malegrave, « à la croix de Mauconseilh » (1586), maugrange…, perdere, crapare briser, latin soie, sedos, gerçures de la peau « la cedos » (1571).

- noms à caractère laudatif : fréquent comme beau et belle, mignon de minet chat mais aussi déformation issue de magnus « Baise mignoune » où baise n’est pas un verbe mais un substantif qui signifie vallée. Le possessif traduit le sentiment de satisfaction, mais il est parfois ironique.

« Le latin « abundare » est à l’origine de noms de lieux « à Abondant » (1575), « Labbodan » (1575), « à Vandant » (1549). Il est curieux de constater que ce lieu se trouve à Cachac ; or sous l’Ancien Régime, nous trouvons l’équivalence Cachac et Saint Ahon (Sanctus Abundus). Faut-il rapprocher ces formes qui ont eu une évolution phonétique différente ? »

3. Noms légendaires : voir légende attachée au château de Blanquefort qui aurait été construit par une « dame blanche »….

Chapitre 9 : Les lieux habités.

19 termes sur 27 à l’origine des noms de lieux habités sont issus du latin, 3 sont germaniques… L’habitat a tendance à se grouper en hameaux situés le long des principaux chemins situés sur les coteaux.

1. Demeures seigneuriales : logis ; castellus a désigné les châteaux-forts et les simples résidences seigneuriales, son dérivé « castellare » a donné castera ; le latin « tabula » a donné « taule » qui désigne des résidences seigneuriales. Le francisque « sal » en lien avec le pré-indo-européen « cala » pierre a donné de fréquentes noms de lieux « à la Salle » (1577)…

2. Habitations, unités d’exploitation : le latin « mensions » désigne des lieux d’habitation d’importance variable : maisonneuve, maisonvieille, les maysons…

Très fréquent : « mayne », issu du latin magnus désigne une partie bâtie et ses annexes, au XVIème siècle, il correspond à une forme d’habitat groupé ou une unité d’exploitation dans un hameau : « Mayne du Pont » (1509) ou « Mayne de Gorbeilh » (1550) à Blanquefort. Dérivé en ile ou ieu, il donne « Maignieu », ou « Meynieu », « au Magnan » (1578). Le mayne serait à l’origine d’une maison-mère, d’une famille, la résidence de son chef. Un synonyme de mayne est « staticus » qui a donné « Lestaige » (1570). Le latin « hospitalus » maison a formé l’oustau, oustalot… Le latin « Cohors », cour, a formé au XVIème siècle le village de Grand Gorce au Taillan. Le latin « Casa » chaumière, a formé Lacasse, Lacase. Le dérivé « Bordile » du germanique « bord », planche, a un sens de maison : « le Bourdieu de Cimbats » (1551), unité d’exploitation assez conséquente. Sur le latin « medistatus » a été formé le dérivé moderne « métairie » qui apparaît dans le cadastre de 1843 : « meytairie de Mr Daste » (1575) et au XVIIIème siècle la « métairie de l’Ecluse », la « métairie du milieu ». Le latin « bovaris », villa, a formé Labaury, la Borie ; « à la Borie de Brelhan » (1512, « à la Borie de Mauryan » (1548), ainsi que des diminutifs.

3. Dépendances, maisonnettes : le latin « appendere », et le gascon « apent », bergerie. Le latin « granice », grange, forme des noms de lieux au XVIème siècle : « à la grange de Montaigne » (1587), « Grangeot » (XVIIIème siècle). Le latin « camere » a formé « les Crambes » (1548), « Crambottes » et « Petites Crambottes ». Autres mots : cabane, loge, jardins, hutte, chalet…

4. Hameaux : le français « bourg » désigne l’agglomération située autour de l’église paroissiale : « au bourg d’Eysines » (1547), et sa forme dialectale « au Bort » (1587) ; il désigne aussi des hameaux : « au Bort de Maurian » (1547). Le latin « vicanus » (de village, bourg) a formé le hameau du « Vigean », Vigant (1556), Bigean, Viyan… Le latin « villa » a formé de nombreux noms de lieux d’où village dont un synonyme est le « cornau ». Le latin « cornu », angle, a formé « Corn » (1507) et le latin « cornalis » a pris la signification de hameau (cornau est plus fréquent : 57 cornaux pour 38 villages) : « Breilhan » (1477 et 1575) « Cachac » (1547). Certains anciens cornaux sont antérieurs au XVème siècle (généralement les noms en ac ou en an : « Cachac », « Cayssac » (1339), « Breilhan de Brilan » (1447), « Breilhano » (1400). Des cornaux sont devenus des noms de lieux : « cornau des Claux » (1550), « cornau du Dess » (1521), « mayne de Carpinet » (1587). Un cornau peut avoir plusieurs noms, un seul surgit. Certains noms subsistent à la disparition du cornau comme « Calendine » (XIVème siècle) puis Calendrin. Le « village du Prat » (1576) disparaît au XVIIIème siècle au profit de son doublet, le « village de la Rivière » (1563, 1686) qui subsiste de nos jours comme hameau « Larivière).

Chapitre 10 : La vie économique.

« Le latin est à l’origine de la plupart des racines qui ont formé les noms de lieux se rapportant à la vie économique : 16 racines latines sur 19 pour une racine gauloise « caio » chai et le pré-indo-européen « cars » dans grave. Les principales industries se trouvent sur les grands chemins. À leur exception, l’activité humaine a un caractère nettement rural (prédominance du moulin, du pressoir). L’artisanat de type traditionnel révèle une vie économique assez autarcique ; de nombreux noms d’objets ont formé des noms de lieux par « l’intermédiaire de sobriquets ».

Les industries modernes sont peu représentées : « la Boyauderie ».

1. Industries extractives, matériaux de construction : ce sont surtout le sable et le gravier qui sont exploités dans le canton de Blanquefort. Le latin « sabulo » a donné naissance « aux Sables » et ses dérivés. Le pré-indo-européen « caro », pierre, a donné grave et les lieux d’extraction comme « gravette », mais ce peut être aussi la nature du terrain, ou encore fosse, carrière. Le latin « tagula » forme taule, tauiline, « teulyne » ainsi que « les Tuilières », « la Teuillière » (1574)… Les industries forestières : résine, charbon…

2. Industries agricoles : moulin : « moulin de Canteret » (1431) et « le moulin de la Gealle » (1354) et moulinet, moulinasse. Pour le vin, le pressoir, le chai…

3 Métiers divers : le latin « faber » forgeron et forge, ou « ferru » fer ; « furnus » forges. « Galochet », « les Galochers » (XVIIIème siècle) issu probablement du gaulois « gallus », caillou. « Gabarey, « à la bory du Gabarey » (1574) ou sous la forme féminine « à la Gabareyra » (1458), fabriquant ou propriétaire de gabarre, issu du latin « carabus ». « Coutery » (1572) du latin « culter », coutelier. Peu de métiers du commerce : le marchand, mercatel. Le médecin, le mage du latin « magus ». Le latin « corbicula » (corbeille) donne Corbeil, « à Gorbelhe » (1541) ». « Pichey » (1542), piche, mesure de capacité du grec Pikos. « Picornau » (1437) vient de bigorne, côté aigu de l’enclume.

Chapitre 11 : Les chemins.

1. Termes généraux : le latin donne « carreyre, carreyra ». « Via », la voie, a donné de nombreux noms de grands chemins qualifiés souvent par des adjectifs, grand, communau, public, ou des substantifs : du Roy, de la jalle... Le latin « linearis » a donné « limes » frontière, limite… et plusieurs noms de lieux correspondent toujours au passage de grands chemins : « Linars » (1311), Linas… Les noms de lieux » à la Monedeyre » (1580) à Blanquefort font plutôt penser à une famille de bourgeois de Bordeaux au XIIIème siècle. Le chemin peut tourner, du latin « tornare », tourner « au Tournau » (1571), mais le mot chemin s’accompagne d’adjectifs ou de périphrases : « le chemin à bœufs et à charrettes » (XVIIIème siècle) à Blanquefort ; il est profond, long… Ils mènent souvent à l’église (cleyseu, gleirier, gresau). Ils rappellent les itinéraires de procession. Voir « le chemin des morts » à Blanquefort. Ils reçoivent les noms des personnes qui l’empruntent ou à qui ils appartiennent. Ils sont chemin des moulins, des ânes, du foin, de la palu, des bouviers,… communaux, publics, du roi,… Ils sont anciens, et qualificatifs de destination « chemin du château de Blanquefort à Parempuyre »… Les chemins ont donné naissance à de nombreux toponymes.

2. Termes techniques : le latin « petra » a donné peyrat qui s’applique aux chemins empierrés. Les mots levée, chaussée désignent des chemins bordés de fossés. La chaussée donne caussade. « Rupta », « cingare » ceindre, la passe, la digue…

3. Les chemins de service ou de servitude : de nombreux chemins de service sont en relation avec le travail de la terre : bessanier ou rontau ou frontau. Ils indiquent une voie de communication mais aussi une limite de lieux-dits, de fiefs, de paroisses…

4. Chemins et places communes : un grand chemin prend le nom de grande carreyre en traversant un bourg et les chemins secondaires prennent le nom de rue, ruette, accompagnés de déterminatifs : les entrées, les sorties, les espaces libres (les places) ; les aires (les eyres ou Leyres).

5. Carrefours, passages de ruisseaux, haltes de chemins : lieux privilégiés, marqués par des croix ecclésiastiques ou seigneuriales. Le latin « furca » fourche a formé Hourcq, Horque, Forcas. Un carrefour peut être désigné par l’indication du nombre de chemins qui s’y croisent : « aux troys camins » (1575). Les passages de ruisseaux sont indiqués par le gué, du latin « vadum » ou plus encore du latin « passus », pas. Palanca planche, « pons » a donné tous les ponts… Les haltes de chemins : arrêt, barrière, du pré-indo-européen barre, mais encore garde, guet. À Blanquefort, la « peire de mortieu » est au XVIème siècle sur le grand chemin de Cachac à la palu et le toponyme, « la croix de pierre » (XVIème siècle) indique la présence d’une pierre au sud-est du bourg.

6. Rapports entre les chemins et les noms de lieux : des chemins conservent les noms de lieux disparus. Le chemin est une limite par rapport à laquelle s’implantent les noms de lieux.

« Les termes désignant des chemins sont issus le plus souvent du latin. Le mot le plus employé est carrière (chemin ou place, toujours dans les agglomérations). Le mot gaulois « chemin » reflète tous les aspects de la vie locale, mais le plus souvent la destination… Le terme « via » semble désigner des grands chemins, souvent anciens. Les termes techniques sont plus intéressants, souvent issus du latin… Les petits chemins, toujours issus de mots latins, sont souvent en liaison avec le travail agricole ; ils entrent le plus souvent dans la catégorie des « chemins de service ou de servitude ».

Les places des bourgs sont désignées par des termes généraux issus du latin : « adjacens » (être contigu, se toucher) a donné naissance au nom d’une paroisse : Eysines ; le latin « area » a désigné un espace non bâti, des petits chemins, des cours d’eau.

Les carrefours sont des lieux privilégiés, les termes qui les désignent sont issus du latin : « boucque » par exemple ou d’expressions françaises.
La traversée d’un ruisseau par un chemin a donné de nombreuses formations issues du latin.

Les chemins importants étaient jalonnés de gites d’étapes, des postes de surveillance dont certains étaient désignés par des termes issus du germanique : garde, guet, gueyte, du grec ha, parfois de pierres.

Le chemin influence très souvent l’assise d’un nom de lieu. On peut citer comme autres toponymes routiers : Linars, Segonnes, et Barrière qui se rapporte aux péages ».

Tome 2 p. 279-488

3° Partie : La société.

Chapitre 12 : Le droit et la société.

Pas de trace toponymique du servage bien qu’il soit développé dans le Bordelais à la veille de la guerre de Cent Ans. Tendance à l’association dans des communautés rurales, avec utilisation de l’adjectif « commun, communau », qui peut avoir un caractère religieux ou professionnel. Les droits d’usage sur les biens communs, les padouens, ont évolué… Le francisque « al-od », qui signifie propriété complète a formé quelques noms de lieux à partir du mot « alleux » (voir Gaujac, Plassan, « à la Deymere » (1581). La seigneurie a fortement marqué la toponymie : fief, feu (du francisque fehu, bétail). Certaines parties de la réserve seigneuriale ont transmis leurs appellations à des noms de lieux : « le Dehes » (1507) ou garenne (étymologie discutée) qui forme la garenotte. La seigneurie judiciaire aussi : le latin « pilorium » forme « Pilereau,… Lestrapade, potence, chaffaut, tour d’observation, Guillotine… Les dimes sont dérivées du latin « decimus » : « Mayne de la Dixmière de Lansac » (1580) « à la Deymere » (1574). Autres noms : parage, tenure, agrière qui est une redevance annuelle proportionnelle à la récolte (du latin « ager »).

Seigneuries d’origine : le château de Blanquefort (description p.285.286).

Curgan est attesté en 1541, maison des Durfort, Agassac (Ludon), Cantemerle (Macau et Ludon), Maurian (Blanquefort) nom propre d’origine du XIIème siècle : « Gumbardus de Maurian » habite Blanquefort. Aux XIV et XVème siècles, la seigneurie appartient à la famille Andron de Bourg, appelée au XVIème siècle de Lansac. Le nom de Maurian se maintient jusqu’à nos jours, tandis qu’au XVIème siècle, on trouve le nom de lieu épisodique « au Mayne de la Dixmière de Lansac » (1550). Le nom propre Andron apparaît en toponymie sous la forme « Andraud » (1550). Le « barrailh de Makanan » (1547) appartient à Etienne de Makanan, bourgeois de Bordeaux en 1495 qui le tient des Durfort. Bussac (le Haillan) et Bussaguet, Thil à Saint-Médard-en-Jalles, Tiran (le Taillan et Médard-en-Jalles), Jales (Saint-Médard-en-Jalles) dont la toponymie a conservé le souvenir jusque dans les paroisses voisines comme à Blanquefort le « bois de Geles » ; le nom de lieu dérivé de jale, petite rivière a donné le nom propre apparu dès 1305, la paroisse Sancti Medardi de Jales est connu en 1275.

Le mot jalle est de base pré-indo-européenne.

Grailly à Blanquefort, fief de la maison noble de Mauvesin que l’on retrouve dans « à la Salhe de Mauvesin » (1548). Ornon, Ferron. Seigneurie du Luc à Blanquefort attestée en 1367, d’où les noms de lieux « au Luc » (1442). Les possesseurs de Beautiran avaient des biens à Blanquefort, d’où : « Botiron » (1489), « à Boutiron » (1592). La famille de Pontac a également laissé son nom dans la toponymie : « Pontac » (XVIIIème siècle), « Grand Pontac » (1843), « Petit Pontac ». Lamothe à Ludon, Lamothe-Gajac.

Motheplane ou Matalan à Blanquefort : « le feu de Mataplana » est attesté en 1389 ; cependant, dès 1299, existe un nom propre d’origine : « Petrus Willelmi de Mataplana ». Du XVI au XVIIIème siècle, les formes « Motheplane » (1541 et carte Belleyme) alternent avec «Matheplane » (1580), « Mataplane » (carte de Masse) ; au XVIème siècle, on trouve également le nom de lieu : « Barrail de Bonnevin » (1577).

Senilhac et Malleret au Pian.

Au début du XVIème siècle, on trouve le nom propre d’origine « Alaydis de Brelhano » (1400), maison noble de Blanquefort qui devint possession des Vaquey de Salleboeuf d’où Vacquey, Bacquey…

La toponymie a sans doute gardé des noms concernant la classe des marchands et des bourgeois comme les Colom et les Soler (Soley en 1561) à Blanquefort. Autres noms : Lalande, Caupenne, Plassan, Pichon… Montaigne, Gobelet « à Gobelet » (1574), Carle. Les parlementaires aussi : Pichon, Pontac, Lavie, Ferron. On trouve encore Dupaty, Dillon, Boutaut, Ravezies.

« À Cabotte », « estey de Cabot » (1541) à Blanquefort désigne des noms de lieu se rapportant à des gahets ou cages ou encore « au Mayne de Torragoilh » (1549) au Petit Linas font référence aux gahets, aux lépreux qui habitaient des quartiers isolés (voir gaye, goy, gabe, gudey ? et surtout « gaba » gorge, italo-celtique ou antérieure.)

« L’ascension de la bourgeoisie bordelaise enrichie par le négoce est surtout nette à partir du XVème siècle ; elle transforme la société possédante du canton de Blanquefort. Deux familles en sont d’ailleurs originaires : celle des d’Alhan dès la fin du XIIème siècle, celle des Eyquem au XVème siècle…

À un nom propre d’origine, succède fréquemment un nom de maison noble au Moyen-âge… On note une certaine permanence dans les noms de lieux issus de noms propres du XVIIIème siècle à nos jours ».

Chapitre 13 : La religion.

Très peu de traces du culte protestant.

1. Eglises paroissiales : nous ne savons rien des origines des paroisses avant le XIIème siècle… la plupart ont été rebâties au XIXème siècle (peu de restes anciens sinon Macau, Saint-Médard-en-Jalles et Saint-Aubin). Plusieurs changements d’emplacements.

Mais il est précisé par ailleurs (p. 39) que des paroisses du canton ont été formées aux VII et VIIIème siècle : Saint-Martin de Blanquefort, Saint-Pierre de Parempuyre et Saint-Seurin du Pian. Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin, Saint-Hilaire du Taillan, Notre-Dame de Macau seraient plus récentes et dateraient des XI et XIIIème siècle.

2. Transferts d’églises paroissiales, lieux de cultes secondaires : il est question de l’emplacement d’une ancienne église de Blanquefort « à Cayssac ou Mayne de Seurin » (1577)… Chapelles, cimetières, « à la rieu de Pelegrin » (1516), fontaines consacrées…

3. Lieux de sépulture, lieux consacrés : lieux de sépulture : à Blanquefort le nom de lieu « à la Peyre de Mortuy » (1756) sur le chemin de Queyssac, à Bregnays et à la Rivière, «  à la Peyre de Mortay » (1561) ; il s’agit d’après l’abbé Baurein d’une pierre placée sur la sépulture d’un mort. Existence à Blanquefort du « grand chemin où les morts passent » ou « chemin par lequel on porte les corps morts à la paroisse de Blanquefort » qui traverse le Puch des Calandrins et se dirige vers Cachac.

Les croix (du latin crux) : à Blanquefort, deux croisements très importants de part et d’autre du bourg sont marqués par des croix : au nord-ouest, « la croix de Sotey » (XVIème siècle) et « la Croix de Chafaud » et « la Croix de Robert Guilhem » au croisement des chemins de Bordeaux à Linas et de Cachac à Blanquefort, tandis qu’au sud-est du bourg se dresse « la croix de la pierre », une croix s’y dresse encore de nos jours.

Deux croix de procession sont attestées comme telles, l’une au XVIème siècle « la Croix de la Grave » au hameau du Lout à Blanquefort, sur le « chemin qui va au rieu où l’on fait dire le saint évangile », l’autre au XVIIIème siècle à Ludon au hameau de la lagune sur le « chemin de la procession »… Les croix de carrefour ont du servir de croix de procession…

4. Titulature des paroisses, culte des saints, traditions populaires, noms mystiques : les paroisses les plus anciennes : Saint-Martin d’Eysines et Ludon…

Saint Nicolas à qui est dédiée une église à Blanquefort au XIIème siècle, en lien avec la lèpre…

Certains noms propres sont formés du nom d’un saint « Saint Aon » (1341).

5. Institutions charitables, prieurés : hospitalis, prieurés, sauvegarde…

6. Biens d’Eglise : apostolus, monachus, monastère, chapellenie, gleyze.

Peu de traces… en toponymie.

Chapitre 14 : Noms de personnes.

Les noms propres entrent pour une large part dans la formation des noms de lieux, sous forme de noms de famille, prénoms ou sobriquets.

1. Surnoms et sobriquets (nombreux exemples)

- d’ordre physique, en particulier la couleur de la peau ou des cheveux. Le germanique « blank » a formé un sobriquet devenu patronyme, de même le germanique « brun », les mots latins « maurus » maure, brun foncé, noir et « niger » noir. Le sobriquet ou le surnom peuvent porter sur l’aspect physique général, un détail corporel…

- d’ordre moral, parfois issus du physique. Peu sont laudatifs. Le latin « astrucus » né sous un astre favorable entre en composition avec un nom générique « Peyrestruc », « à Puch Astruc ». La plupart des sobriquets ou surnoms sont péjoratifs ou défavorables, ou encore ironiques ou métaphoriques

- sobriquets tirés de l’âge ou de la parenté : « magnus » qui donne maignan. Le filleul « au Mayne de Pey Fillon » (1567) ; et à Blanquefort, les doublets «  Hilloles » (1574), « Hilholet » (1547)…

- sobriquets issus de la fonction : le latin « bajalus » portefaix, le français « messier » huissier donne le nom de lieu « Massard ».

- sobriquets obscurs : le latin « rex » forme de nombreux noms de lieux : roy, roi, rouy, rey… « à la croix dau rey », des églises, des chemins, assez souvent à la limite des propriétés…

2. Noms propres d’origine, noms ethniques, noms allogènes, noms de lieux importés

- noms propres roturiers tirés du lieu d’origine

Les noms propres d’origine attestent fréquemment les noms de lieux, en particulier les hameaux : « Hélie de Gorbels » porte le nom d’un centre d’habitat devenu village en 1587. « Arnaud de Lemainha » du « village de Lalemaigne » (1561)

- noms ethniques : peu nombreux car la population est relativement stable ; « breton », « picard », « l’Anglais » « chemin du Flamand » (XVIIIème siècle), nom de lieu fixé lors des travaux de Conrad Gaussem, exécutés à partir de 1599 par une colonie flamande ; « le lombard ».

- noms allogènes, introduits à l’occasion des guerres ou sous forme d’immigration comme les mots anglais issus de la guerre de Cent ans : « Berlinquam » (1431), « à Talabot » (1560). Des noms de lieux peuvent être transportés à l’intérieur du canton même : à Blanquefort, Linas représente aujourd’hui un écart, au XVIème siècle ce nom s’étendait fort loin et on distinguait le Petit et le Grand Linas. Ce peut être aussi une indication de dépendance : terre de la maison noble de Linas. Les paroisses voisines peuvent être à l’origine de noms de lieux empruntés : « Yssan » (1365) à Blanquefort se rapporte à la seigneurie d’Issan à Cantenac. Mourlan, Mirande… ou encore de pays et localités étrangères.

3. Anciens noms de baptême (nombreux exemples) :

- noms germaniques (époque franque)

La racine « bard » géant a donné « au Bardin » (1550) ; « ber » ours avec « hard » forme « à Bernart » (1581), « Barrail Bernard ». « Gori », lance, forme « Mongireau » ; « Maru », célèbre, en composition forme « à Marotte » (1571) ; la racine « rad », conseil, donne en composition : « red-hari » « Ratay », « à Ratey » (1503), « Arratey » (1371) ; « sig », victoire.

- noms de baptême divers

* de l’hébreu : David, Johannes, Jordanus, Myriam, Jacob, Mathieu, Michaël qui a donné « les Michels » (XVIII°s), Simon, Thomas.

* du grec : Andreas « près Andron » (XVIIIème siècle), Nicolas « au cornau de Nycoulau » (1541), Stephanos.

* du latin : Albanus, Antonius, Benedictus, Blandinus, Dominicus, Florus, apôtre de l’Auvergne au Vème siècle a donné « Florimond », peut-être « Fleurenne » sur une terre dépendant de la maison noble de Gaujac, devenue Fleurenne, Fortis, Germanus, Hilarius, Jovinus, Julius, Laurus, Marcus, Martinus, Maturinus, Paulus, Pierre très courant avec un croisement entre petrus, petra et podium, trois mots donnant indistinctement « Pey » , qui peut s’associer à un autre prénom « à Pey Seurin » (1566), et avec le suffixe « ic » fréquent en gascon forme « Perric » (1516), Salvius, Severus, Severinus, saint mérovingien au culte très connu en Aquitaine forme le patronyme qui se rencontre souvent en toponymie « village de Seurin » (1577), Valerius, Vitalis qui forme vidau, bidon, bidau…, Vivianus qui forme Bibian.

- noms de domaines gallo-romains

À cette époque, ce sont les formations de noms de lieux à partir des noms propres qui l’emportent (voir page 367 sur les noms en ac et en an…)

« Guillemus de Calendine » (XVIème siècle), « Calendrin » du gentilice (nom de famille) Calendinus.
* Les dérivés en ac de noms gaulois qui ont formé des villages sont : Cujac, Issac, et « Brinhac » (1360) à Blanquefort qui a donné « Bregney ».

Les formations sur des noms propres latins sont : Senejac, Bussac, Cachac de « Cayssac » (1339) plusieurs variations venant de Cassiacum de Cassius, Agassac, Gajac, Corbiac, Magudas, Aunac (aulne), Dinassac est ou moderne ou d’origine inconnue, de «  Dinnesac » (1506).

* Des dérivés en anum dont deux sont formés sur des noms propres gaulois : « Breillan », « au cornau de Brilhan » (1471), le nom propre d’origine « Alaydis de Brelhano » (1400) vient de Brigus et Germignan de « P. de Germinhano » (XVIème siècle).

Les autres noms propres sont latins : Altius qui donne le Haillan, Caupian, Cérillan, Maurian (1370) nom propre d’origine (XIIème siècle) issu du latin « maurius », le Pian du latin « lupius », le Taillan (nom du tilleul)…, Plassan « jalle de Plassan » (1542) nom d’une maison noble, dérivé peut-être du gaulois « blattius », « Andrian », prénom chrétien, d’origine grecque.

Les prénoms les plus usuels sont Jehan, Pey, Arnaud, Guilhem…

Le plus souvent, on a nommé un lieu d’après le nom de son possesseur.

La tendance moderne est de personnaliser le nom de lieu en supprimant nom générique et préposition.

Le chapitre 15, Étude et conclusions linguistiques p. 381-418, a été présenté au début du dossier car cela permettait de mieux comprendre l’ensemble de ce travail.

Conclusion.

« Une très faible minorité (5 à 7%) de l’élément permanent de la toponymie du canton de Blanquefort se retrouve dans le plan cadastral du XIXème siècle : en effet, ce plan de 1843 vise à une simplification de noms de lieux ; il n’enregistre plus le nom de chaque pièce, mais celui du toponyme fondamental, tendance en harmonie avec le regroupement de propriété.

Un quart de ces noms de lieux est attesté avant le XVIème siècle : il s’agit le plus souvent de noms de hameaux des XIV et XVème siècles parfois des XII et XIIIème siècles : ce sont des appellatifs : la Forêt, la Gorce, mais aussi très souvent des noms en ac ou en an : Maurian… ou encore des noms de seigneuries d’origine. Ils peuvent encore désigner des lieux remarquables ou des constructions particulières : Hermitage (XIIème siècle), des moulins : Cantaret (XIVème siècle), Majolan (XIIème siècle). La moitié de ces noms de lieux est attesté au XVIème siècle : les appellatifs, surtout des descriptifs, sont très nombreux ou ont trait à la mise en valeur : Lartigue, Tuilerie. Un quart est attesté au XVIIIème siècle : les noms de personne et les surnoms prédominent, les noms de lieux affectifs et les composants verbaux connaissent un grand succès, bien que ce mode de désignation soit anciennement connu.

La toponymie est conservatrice. Les noms de lieux d’une époque correspondent à un stade antérieur de désignation. Dans le plan cadastral de 1843, figurent un nombre considérable de noms de lieux tombés en désuétude aujourd’hui : Calendrin...

La toponymie reste longtemps gasconne. Les plans cadastraux du XIXème siècle enregistrent de nombreuses formations nouvelles de caractère dialectal. Cet archaïsme de la toponymie est très important : les noms de lieux du type « désert » peuvent désigner des défrichements, les noms de lieux du type « bois » désignent des terres cultivées, le nom de lieu « au Prat » désigne au XVIème siècle des vignes.

L’interprétation historique d’un fait toponymique est délicate : l’aire d’extension d’un toponyme nouveau est variable, sa date de formation la plupart du temps inconnue. La toponymie ne peut donc donner que des informations générales. D’une façon générale, on peut dire que pour se maintenir un nom de lieu doit désigner un nom de lieu important ou remarquable, avec bien des exceptions… D’autre part, la microtoponymie a un rythme de renouvellement plus rapide, parfois éphémère. Dans l’agriculture, certains mots sont liés à un mode d’exploitation. Ainsi, le mot « barrail », connu antérieurement se développe beaucoup au XIXème siècle : ce phénomène s’explique par l’abandon de la polyculture ancienne au profit de l’élevage, mouvement qui se dessine déjà au XVIIIème siècle mais qui ne s’inscrit dans la toponymie qu’au XIXème siècle siècle. Autre exemple, le nom générique « plante » qui désigne une vigne. La fortune d’un mot peut être liée à la façon de s’exprimer d’une époque. D’une façon générale, les noms de lieux antérieurs au XVIIIème siècle sont beaucoup plus descriptifs et solidaires de la nature qu’après.

L’élaboration de ce vocabulaire reste mystérieuse. La masse du vocabulaire est d’origine latine et la minorité des racines est prélatine avec une certaine spécialisation : le préceltique désigne le relief, le celtique les terrains aqueux. Le latin a recouvert le celtique pour ce qui est relatif à la vie humaine, mais a laissé subsister des traces de ces langues primitives en ce qui concerne le vocabulaire désignant la nature ».

Appendice : le réseau routier, pages 424-488 : pour le consulter, cliquez ICI.

Tome 3 p. 489-701

Il est constitué d’une table des noms de lieux : p. 489-690, d’un index des racines et des mots-souches p. 691-697, d’une table des cartes p. 696 et d’une table des matières p. 699- 701.

3 cartes représentent – la géologie et les activités économiques – la religion – l’habitat.

Extraits présentés par Henri Bret, mai 2011.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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