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Les blanchisseuses.

Origines.

Si, sensiblement depuis 1820, nous pouvons raisonnablement admettre la présence de lavoirs sur notre commune, un recensement, non exhaustif de l'état civil, nous permet de déceler les premières blanchisseuses « professionnelles » en activité, plus tardivement.

- le 5 août 1840 : Antoine Lasserre, né en 1815 à Sainte-Hélène, cultivateur, demeurant à Saint-Médard-en-Jalles, épouse Marie Briffeille, blanchisseuse, née le 16 septembre 1818 à Saint-Médard-en-Jalles.

- le 24 septembre 1843 : Jean Tonnelle épouse Marie Balade dont le père Pierre Balade, quarante-six ans, est poudrier et la mère Catherine Feydieu, quarante cinq ans, est blanchisseuse.

- le 7 mai 1846 : Armand Ramon, né en 1820 et habitant Gajac, épouse lui aussi une blanchisseuse, Jeanne Aumailley, née le 4 septembre 1825 à Saint-Médard-en-Jalles.

blanchisseuse

Ainsi commence la liste que l'on croyait interminable des blanchisseuses du terroir, qui furent extrêmement nombreuses au début du siècle, puisque d'après les archives municipales, relatées dans l'ouvrage « La parole des anciens » de mai 1988, on en dénombrait deux cent cinquante en 1896-1899, deux cent trente huit en 1901 (dont cent dix-huit à Gajac), puis quatre-vingt-deux en 1926 (dont vingt-cinq à Gajac) pour une population en 1896 de trois mille huit cent quatre vingt dix habitants, en 1901 de quatre mille deux cent cinquante et un habitants, et en 1926 de cinq mille cent trente cinq habitants. En constante diminution, nous arrivons à mars 1965, où sur les listes électorales, seule la candidate Marthe Remazeilles pouvait encore s'enorgueillir d'exercer la profession de blanchisseuse. Était-ce, à Saint-Médard-en-Jalles, l'ultime descendante officielle de la dynastie des lavandières ? Dans la commune, depuis la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, l'activité économique de ce qui n'était qu'un village (entre trois mille et cinq mille cinq cents habitants) reposait essentiellement sur la poudrerie (datant de 1660), sur les nombreux métiers de la forêt toute proche (bouviers, résiniers, tonneliers, sabotiers, scieurs, ligotiers...), sur les exploitations agricoles (maraîchers, viticulteurs, éleveurs, « les pasteurs de moutons », les apiculteurs, ces « gardiens d'abeilles »), l'artisanat et le commerce local. Mais aussi sur la blanchisserie dont nous avons pu précédemment noter l'importante activité, et qui représentait en 1901 suivant la même source d'informations, près de vingt et un pour cent des activités professionnelles.

Rôle - travail.

Le blanchissage du linge fut de tout temps, comme nous l'avons déjà dit, l'apanage des femmes. Pour distinguer toute personne œuvrant en ce domaine, on utilisait le terme général de blanchisseuse, qui englobait à la fois celui de lavandière, plus poétique peut-être, et ceux de savonneuse et de laveuse, vocables peu usités, mais indiqués sur les cartes postales de l'époque. Le métier de blanchisseuse se transmettait de mère en fille : « je suis blanchisseuse, tu seras blanchisseuse ! ». Dès le plus jeune âge, les enfants (les garçons jusqu'à l'adolescence) accompagnaient leurs mères ou grands-mères sur les berges des ruisseaux, ou dans les prés aménagés en étendoirs. Ceci constituait, dans la prime jeunesse, le gardiennage de l'enfant sur ces terrains de jeux et devenait pour la fillette, tout naturellement, l'apprentissage du métier qui, soit dit en passant, ne nécessitait aucune qualification particulière, si ce n'est une solide condition physique. Et il était fréquent de voir trois générations de blanchisseuses courbées sur les planches à laver « pour sortir leur gagne-pain ». Le rôle tenu par la blanchisseuse était déterminant et sa présence, dans la vie quotidienne, quasi-permanente. Néanmoins, les hommes participaient, en fonction de leurs disponibilités professionnelles et de leurs affinités personnelles aux tâches hebdomadaires, quotidiennes ou ponctuelles. Ils se rendaient utiles en charroyant de la maison au ruisseau, les brouettes de matériel, de linge (alourdi au retour par le poids de l'eau), en manipulant sacs, bastes ou autres matériels pesants, notamment lors de la préparation des charrettes pour les livraisons, en « montant la lessive », ou encore en plaçant les cordages sur les piquets d'étendoirs, ou en ramassant le linge à la hâte. En outre, ils devaient annuellement couper le bois nécessaire à l'alimentation « des peyrolles de lessit » et de l'âtre domestique. Lorsqu'il en existait une dans le foyer, l'aide masculine, même sporadique, était fort réconfortante pour la gent féminine. Car, non contentes d'être des blanchisseuses à temps plein, comme nous dirions aujourd'hui, ces femmes devaient assumer quotidiennement les multiples tâches de la maisonnée. Souvent, l'élevage de quelques volailles, le jardinage d'un lopin de terre procuraient de minces compléments pécuniaires au modeste salaire obtenu dans des conditions plus que laborieuses. De la prime aube au crépuscule, souvent sans repos dominical, hormis les offices religieux et les interdits du vendredi saint et des Rogations, l'emploi du temps des blanchisseuses se révélait chargé tout au long de l'année. La loi Millerand du 30 septembre 1900 abaissant à onze heures la durée journalière légale du travail, n'eut, à n'en pas douter, aucune incidence sur l'horaire quotidien des savonneuses. Les fortes chaleurs d'été et les risques d'insolation devaient se conjuguer harmonieusement avec la fraîcheur de l'eau de source. En période hivernale, le fait d'être, lors des températures négatives, alternativement au contact de l'eau froide et des lessives chaudes, engendrait sur les mains de ces ouvrières, engelures et crevasses. Nombreuses et douloureuses brûlures aux articulations des doigts, ainsi que coupures saignantes ne se cicatrisaient qu'au printemps. De plus, siégeant de longues heures devant la planche à laver, courbées, les pieds emmitouflés, chaussées de sabots dans une baste protectrice, ou bien à genoux, dans une boîte à laver garnie de paille, elles ressentaient à la longue des fourmillements, crampes et courbatures. Passons sous silence les refroidissements, maux de gorges ou de dos. Et que dire du linge trop souvent habité par les puces et les poux ? Infiniment plus sérieuses se présentaient les maladies contagieuses citées dans les premières lignes de cet opuscule. La manipulation du linge sale, maculé de « taches honteuses » ou de déjections, offrait un terrain très propice à la propagation du choléra, et ce, malgré l'utilisation du puissant antiseptique qu'est l'eau de Javel. Le contact permanent avec l'humidité, ainsi que le surcroît de travail doublé de malnutrition et parfois d'alcoolisme, pouvaient favoriser le développement de la tuberculose pulmonaire appelée aussi phtisie. Rappelons que les bacilles de ces deux maladies furent découverts en 1882-1883 par le médecin allemand Robert Koch (1843-1910) et que toutes les blanchisseuses que nous avons connues, n'eurent pas à craindre ces deux fléaux, pratiquement inexistants au cours de leur vie professionnelle. Enfin, terminons ces quelques lignes consacrées à la santé des lavandières de la commune, par une initiative du conseil municipal, qui dans le courant de février 1931 « accepte de faire imprimer au compte de la commune cinq cents brochures, travail du docteur Guillot (médecin ayant exercé à Saint-Médard-en-Jalles durant trente-cinq ans, sensiblement de 1924 à 1959, date de son remplacement par le docteur Masseran), concernant les mesures à prendre pour le lavage du linge en vue de l'hygiène publique et des blanchisseuses elles-mêmes ». À cette date, étant donné la diminution déjà bien amorcée de l'effectif des blanchisseuses, nous sommes en droit de penser qu'il s'agit d'une des ultimes attentions portées par les édiles locaux à l'égard de leurs laborieuses concitoyennes.

Habillement.

Ce n'était certainement pas le souci de l'élégance qui demeurait la préoccupation essentielle des blanchisseuses, sobrement et même pauvrement vêtues, elles portaient pour besogner toutes les gammes de vêtements rapetassés qu'elles pouvaient encore utiliser. Jamais de linge neuf, il y en avait si peu, et c’eut été dommage... Coiffées de chapeaux en paille de riz à la saison estivale, de mouchoirs ou fichus de madras en période hivernale, elles étaient vêtues de chemisiers, corsages, blouses, tabliers, robes longues et pèlerines de couleurs sombres en toutes saisons. Les blanchisseuses portaient, afin de se protéger lors du lavage et du rinçage, un tablier en toile écrue, doublé d'un sac en toile de jute, retenus à la taille par une très solide ficelle... Dans leurs sabots de bois, certainement quelques « esclops » de chez Aristide Mingeon, elles étaient souvent nu-pieds, ou en chaussettes ravaudées, parfois en feutres ou chaussons de basane, car les bottes en caoutchouc n'avaient bien entendu pas encore fait leur apparition.

Matériel.

La panoplie de « nos » savonneuses, ou suivant le jargon militaire, armement individuel du combattant, avait pour pièce maîtresse la planche à laver. Appelée aussi planche à frotter, elle se présentait sous l'aspect d'une simple planche unie ou avec cannelures, souvent munie de deux pieds à l'arrière permettant une utilisation sur un support occasionnel tel que baille, baste ou margelle de lavoir. Plus « confortable », le banc à laver, ou planche à quatre pieds dont les deux de devant, légèrement plus courts, offraient un plan oblique permettant à l'utilisatrice de travailler modérément courbée. La « boîte à laver » ou « garde-genoux », ou « caisse-à-genoux » était un genre de caissette rectangulaire ouverte sur une largeur, munie d'un sac, d'un coussinet ou garnie de paille qui permettait à la laveuse d'opérer à genoux, en bordure du ruisseau, ou sur les pierres d'un lavoir. Les tréteaux ou chevalets « hauts sur pattes » supportaient le linge lavé, rincé, dégoulinant d'eau. Tout ce gros matériel, ainsi que le linge à laver ou à rincer, bien évidemment étaient entassés dans les vaisseaux de vendange utilisés dans le Médoc, tels que bastes, bailles, paniers divers, afin d'être acheminés de la maison vers le plan d'eau, généralement à l'aide de brouettes. Mais existaient également, de fabrication locale, des chariots à roulettes, sortes de petits tombereaux tirés par le cheval, appelés trams, certainement par analogie avec le moyen de locomotion reliant Saint-Médard-en-Jalles à Bordeaux depuis avril 1900. En aucun cas, les blanchisseuses partant en expédition ne devaient omettre d'emporter le battoir en hêtre, la brosse dite de chiendent, le savon de Marseille, dont pour l'anecdote Charles Dupuy débitait les grands pains au fil à couper. Également indispensables, les lessives Picot, Phénix ou Saint-Marc achetées en coopérative ou encore chez les Turonnettes... Et que feraient-elles sans un peu d'eau de javel dans un fond de « gardale », et surtout sans les petites boules magiques de « bleu » qui donnaient déjà au linge, l'éclat et la blancheur immortalisés, un siècle plus tard, sur le petit écran par la médiatique lavandière la mère Denis...

À Bordeaux.

Le lundi était, à Bordeaux, le rendez-vous commercial des exploitants agricoles et forestiers, mais aussi des blanchisseuses qui lavaient le linge pour les habitants de cette ville. Sur la route empierrée de Saint-Médard-en-Jalles à Bordeaux, dès l'aube, s'étirait une interminable procession de charrettes à deux roues tirées par des chevaux. Parmi celles-ci, les charrettes de linge à ridelles des blanchisseuses, hautement bâchées, semblables à celles des cow-boys du Far West. Personnellement, j'ai encore en mémoire la bâche verte au nom de Duvernet que je rencontrais vers Magudas dans les années 1960-1965... Ce long cortège s'égrenait paisiblement avant de trouver, à la « Cage verte », près des Pins Francs, les premiers pavés qui annonçaient l'entrée dans la commune de Caudéran. Au milieu du XIXème siècle, les boulevards de Bordeaux n'existant pas (ils datent dans ce secteur de 1863-1867), les Saint-Médardais pénétraient en ville, au niveau de la future « barrière » par le chemin du Haillan (actuellement avenue Charles de Gaulle) que prolongeait « le petit chemin de Bel-Orme » (cours Marc-Nouaux) avant de rencontrer la rue Mondenard. D'autres préféraient quitter le chemin du Haillan au niveau de Bel-Orme, pour prendre la rue de la croix Blanche, la rue Cap de Ville, puis les allées Damour (place des martyrs de la Résistance) à deux pas de la place Dauphine, c'est-à-dire l'actuelle Place Gambetta, sans se soucier ou peu, ni les uns ni les autres, des sens obligatoires ou interdits, ou encore des stationnements gratuits ou payants, autorisés ou non... Tous les quartiers de Bordeaux recevaient ainsi, le lundi, la visite des blanchisseuses de l'agglomération, et les communes de Blanquefort, Pessac, Eysines et son quartier Le Haillan (commune depuis 1867) ainsi que Mérignac et même Martignas et Saint-Jean-d'Illac fournissaient leur contingent. Saint- Médard-en-Jalles et ses « satellites » en particulier Gajac et Magudas, couvraient une large circonscription, bien que difficilement limitable, s'étendant sur les quartiers de l'Ecole Normale, du Parc bordelais, des boulevards et barrières de Saint-Médard et du Médoc, puis le centre ville, Saint-Seurin, Fondaudège, le jardin public, les Grands-Hommes, Gambetta, les Chartrons et leurs immeubles cossus, sans, bien entendu, aucune exclusivité. Les blanchisseuses possédaient une clientèle très hétérogène : de nombreux particuliers (commerçants, bourgeois plus ou moins aisés), mais surtout des restaurants, des hôtels, des cliniques, des hôpitaux, des maisons de santé, voire des ordres religieux. Le départ pour Bordeaux s'effectuait de bonne heure puisqu'il fallait tenir compte de deux heures au moins de trajet, parfois davantage, suivant les conditions atmosphériques (la pluie et les pavés glissants, ainsi que le gel handicapaient les chevaux), avant de se présenter aux portes de la grande cité. Arrivées dans le quartier, en une rue coutumière, les savonneuses, deux ou trois par carriole, abandonnaient celle-ci et parcouraient à pied les artères limitrophes afin de livrer à domicile les sacs de linge propre et collecter le travail à faire durant la fin de la semaine en cours. Le linge mis dans des sacs blancs ou de couleurs, parfois confectionnés dans d'anciennes toiles de matelas, portait en évidence un signe distinctif pour chaque cliente. Il s'agissait de marques à l'encre de Chine, de lettres ou d'initiales brodées au point de croix, ou encore de coton de couleur. Lors de la prise du linge au domicile du client, un relevé qualitatif et quantitatif était consigné sur un registre appelé le carnet de pratique. Rappelons qu'au siècle dernier une pratique était le nom qui désignait un client - en usage courant jusqu'en 1950-1960. Ce livret permettait donc, aux deux protagonistes, de pouvoir contrôler les va-et-vient des différentes pièces de linge et également à partir de 1930 environ, servait de base de facturation. En effet, c'est sensiblement à cette époque que le travail, payé mensuellement suivant un forfait préalablement établi, devint rémunéré uniquement à la pièce de linge blanchie, ce qui, soit dit en passant, entraîna une partielle diminution des tâches. Le règlement de tous ces travaux s'effectuait, comme il se doit, en espèces sonnantes et trébuchantes, Ouvrons ici une parenthèse pour signaler les difficultés rencontrées par les savonneuses auprès des clients indélicats. Lors d'un litige survenu au cours d'échanges matériels ou de paiements, et ceci après moult discussions, elles ne bénéficiaient d'aucun recours et n'avaient nulle chance d'obtenir réparation du préjudice commis. Souvent travaillant individuellement, sans inscription à la chambre des Métiers, la blanchisseuse ne souscrivait à aucune assurance indemnisant les détériorations ou pertes de linge, et n'adhérait à aucun syndicat pouvant éventuellement conseiller ou aider. Le client restait roi... sa parole prévalait !... L'itinéraire Saint-Médard-Bordeaux était, selon les récits des octogénaires ou nonagénaires de la fin du XXème siècle, jalonné d'écuries ou tout au moins de lieux permettant l'alimentation et le repos des hommes et des animaux en toute quiétude. Etaient fréquentées, semble-t-il, les auberges relais du Pin Franc, de la mère Besse, celle de Saint-Seurin, tenue par un Saint-Médardais, le père Balestic, ou encore celle de Bel Orme, des allées Damour, et bien d'autres certainement... On libérait l'animal de son attelage, et attaché à un anneau mural, il pouvait à loisir, durant un couple d'heures se reposer et absorber avoine, foin ou eau proposés par son propriétaire. Durant ce temps de semi-liberté, des femmes couraient le quartier tout proche, afin de continuer la distribution et le collectage des ballots de linge chez les pratiques, tandis que d'autres déjeunaient. Seules, quelques privilégiées pouvaient se permettre de consommer au restaurant, tandis que la majorité se devait de déguster, sur le pouce, le frugal repas préparé la veille, à base de saucisson, pâté, « frottée à l'ail », œufs durs, pain et vin ou encore le plat fait maison, réchauffé dans la gamelle. En été, peut-être comme les lézardes paresseusement au soleil, en hiver, certainement recroquevillées dans la charrette, avec écharpe et bonnet de laine, emmitouflées dans une cape ou une pèlerine, au creux des sacs de linge... à moins qu'une pratique ne leur offre l'hospitalité... Et puis à nouveau, l'attelage du cheval, le départ vers d'autres quartiers et les circuits pédestres jusqu'au début de l'après-midi. Ainsi se déroulait l'harassante journée du lundi. De retour au village, pas avant dix-sept ou dix-huit heures voire plus tard, il fallait inexorablement dételer le cheval, le soigner, rentrer la charrette et la décharger de son lourd fardeau. Si l'horaire le permettait, on commençait alors à trier le linge (on dit ici « détrier »), c'est la première opération du cycle normal du blanchissage.

Les étapes du blanchissage.

En préambule à ce chapitre, il nous semble utile de souligner que nous avons rencontré au cours de notre enquête, d'anciennes blanchisseuses, de divers âges, professionnelles ou occasionnelles patronnes ou salariées, travaillant à des époques différentes avec des méthodes disparates, et dans des conditions matérielles dissemblables. Nous devons également rappeler qu'il n'existait aucune formation technique pour exercer ce métier et que l'apprentissage sur le tas laissait libre cours à l'inspiration et au savoir-faire de chacune des jeunes femmes. Aussi, nous avons essayé de réaliser une synthèse de ces entrevues hétérogènes, afin de traduire avec le maximum de véracité, les difficultés endurées par les savonneuses dans l'accomplissement de leur tâche. Depuis des siècles, les étapes du blanchissage sont restées immuables et se présentent, encore de nos jours de la manière suivante :

- le tri

- l'essangeage, appelé ici le trempage

- le lessivage ou le coulage

- le savonnage

- le rinçage

- l'essorage

- l'étendage

- le séchage

Le tri.

Le tri consistait à effectuer la séparation des pièces de linge par catégories de finesse, de couleur, d'utilisation ou de degré de saleté. Il est bien évident que l'on ne pouvait traiter de manière identique mouchoirs et draps, chemises à jabot de dentelle, tissus froufroutants et bleus de travail, ou encore tabliers de bouchers. Aussi, dès le retour de Bordeaux, les blanchisseuses se mettaient en devoir de vider le contenu des sacs récoltés chez les pratiques et de répartir le linge, chacune à leur manière et d'une façon sûrement arbitraire, tout en respectant cependant quelques grandes classifications énumérées ci-dessous

- les draps, où nous notons en passant, les broderies réalisées sur quelques uns.

- le linge de corps de couleur blanche (chemises de jour et de nuit, combinaisons, culottes, sous-vêtements féminins...), tout ceci constituant la savonnade.

- les chemises d'hommes et les caleçons de couleur claire formaient ce que les blanchisseuses appelaient le fonds blanc.

- les flanelles et tricots de laine,

- les serviettes de toilette, éponge ou nid d'abeilles,

- nappes et serviettes de table, ainsi que tissus en éponge de couleur (appelé « le rouge » ) étaient nettoyés hors bugeoir,

- les torchons,

- les chiffons, les guenilles souvent nommées dans la région les gueilles,

- les blouses blanches très sales (celles des pâtissiers, charcutiers et même corps médical),

- les blouses de couleur, les chaussettes, les bleus de travail...

- le linge menstruel...

- les mouchoirs... et certainement d'autres linges disparates, la liste ne pouvant être exhaustive.

L’essangeage.

Essanger, c'est, suivant la définition du dictionnaire : « décrasser le linge avant de le mettre à la lessive ». Dans la région, on utilisait plus couramment le terme de trempage. Suivant le tri précédemment effectué et sans entrer dans de fastidieux détails, notons que les différentes catégories de linge étaient placées dans des peyrolles, bastes ou bailles contenant de l'eau, souvent additionnée de détergents. En fonction du degré de malpropreté, ces linges trempaient soit dans de l'eau froide avec du gros sel pour dégorger les tissus, soit dans une eau légèrement savonneuse, ou encore dans l'eau bouillante contenant des cristaux de soude ou de lessive. Ainsi, durant des heures, parfois depuis la veille au soir, ces linges étaient, dès le mardi matin, savonnés au savon de Marseille, frottés très énergiquement, brossés et nettoyés dans l'eau froide, en un mot décrassés, prêts à être, suivant les cas, introduits dans le bugeoir.

Le lessivage ou coulage.

Lessiver le linge, c'est le soumettre à la double action de la chaleur et des sels alcalins. Ceci se réalise par l'action d'une eau très chaude sur des lessives de cendres (carbonate de potasse) ou cristaux de soude (carbonate de soude). Le coulage de la lessive à la cendre de bois, en vigueur encore dans notre commune jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, consistait à mettre le linge au contact de l'eau, à une température avoisinant l'ébullition, avec de la cendre de bois, généralement de pin, le chêne et le châtaignier étant exclus de par leur composition tannique. Cette cendre recueillie dans les cendriers des cuisinières à bois, devait être nettoyée de ses impuretés (débris de bois, charbons...) et passée au crible. Mise dans des sacs de tissus usagés, elle siégeait au fond du bugeoir, mais fut progressivement remplacée par les lessives de marques « Picot » et « Phénix ». En langage local, monter la lessive, c'était préparer le cuvier ou bugeoir pour l'accomplissement de la principale phase du blanchissage. On remplissait le bugeoir d'eau froide jusqu'à moitié, non sans avoir installé au fond de celui-ci une tuile protectrice devant le trou d'écoulement, et on mettait le ou les sacs contenant la cendre de bois. On disposait uniformément les linges dans le bugeoir, en prenant la précaution de placer les draps contre les parois de celui-ci, et la « savonnade », linge essangé au centre. Puis, au-dessus de celle-ci, au milieu du cuvier, le linge décrassé le matin même, lui aussi à part, comme certains articles, enveloppé de tissus protecteurs. L'ensemble était couvert de vieux draps ou toiles grossières, appelés garniture, puis encore au-dessus, se plaçait le linge de couleur pouvant bouillir (mouchoirs, serviettes de table et de toilette...) également coiffé d'une autre garniture. Ainsi se terminait la préparation du bugeoir. Dans le même temps, on dissolvait, dans une peyrolle remplie d'eau froide, des cristaux de lessive. On ajoutait à ce mélange, des râpures de savon de Marseille, également dissoutes mais en eau chaude. Grâce au foyer à bois, situé sous la peyrolle, ceci était porté sensiblement à ébullition. Alors, commençait cette opération débutée généralement le mardi matin, et qui consistait, durant dix à douze heures, à arroser à l'aide du carat ou pot à lessive, l'ensemble du linge placé dans le cuvier en bois. Ce liquide, nommé lessif passait à travers les lacis des tissus et s'écoulait, grâce à une ouverture pratiquée dans le bas du bugeoir et aménagée d'un tuyau, directement dans la peyrolle, elle-même chauffée en permanence. Ainsi, maintenu durant d'interminables heures à une température proche de l'ébullition, ce lessif était inlassablement versé sur le linge contenu dans le bugeoir, jusqu'au moment où, la couleur brune du liquide et l'odeur dégagée, très caractéristique paraît-il, autorisaient à considérer le coulage terminé. Ensuite, le bugeoir était à nouveau recouvert de vieilles toiles, afin que le linge puisse s'imprégner de sa chaleur, c'est ce que les blanchisseuses de chez nous appelaient le bouissement. Les nombreuses manipulations et la chaleur ambiante, faisaient du mardi, une journée fort harassante. Généralement, le mercredi matin, on procédait à l'ouverture du bugeoir, et de ce fait, on pouvait considérer que le lessivage ou coulage, principale opération de la bujade (nom gascon de la lessive) était terminé. Le linge subissait et subit toujours, simultanément, avant l'étendage, trois autres opérations :

Le savonnage.

On savonnait toujours en eau chaude.

 Le rinçage se faisait essentiellement dans l'eau froide et de source de préférence, afin d'éliminer toutes les parties savonneuses retenues par le linge. Les eaux de pluie, de source et de rivière, sont des eaux douces qui renferment peu de sels calcaires, et sont donc préconisées pour le lavage et le rinçage du linge.

L'essorage consistait à presser le linge sur les bancs à laver, en évitant de le tordre. Étant donné la variété des tissus, les degrés de saleté, la ténacité des taches, et ce malgré les précédents lavages, ces trois dernières opérations, longues et épuisantes, s'échelonnaient généralement du mercredi au vendredi et s'effectuaient après charroi de matériels sur les bords de ruisseaux, et ce, jusqu'à la Grande Guerre où commencèrent à fleurir les bassins dans les buanderies. Chaque pièce de linge, passant entre les mains de nos blanchisseuses, était savonnée en tous sens avec l'eau chaude du lessif additionnée de savon de Marseille, puis frottée très énergiquement à poings fermés, avant d'être brossée des deux côtés, à l'aide d'une brosse de chiendent. Enfin, le battoir s'en donnait à cœur joie... Rincé dans l'eau pure de nos ruisseaux ou jalles, ce linge était pressé, tordu, avec modération, par des bras et mains vigoureux afin d'en exprimer l'eau. Si des taches rebelles subsistaient, nouveau savonnage, rinçage et essorage, avant l'utilisation, en dernier recours de l'eau de Javel (produit né à la Révolution française). Ensuite, renouvellement du rinçage et de l'essorage toujours manuellement. Placé sur des tréteaux, préalablement recouverts de chiffons protecteurs, le linge s'égouttait quelque peu, avant l'étendage. La savonnade, qui rappelons-le, est le linge fin et essentiellement féminin, subissait les mêmes traitements que les autres catégories de linge, avec en supplément cependant, l'opération de passage « au bleu » dit « l'azurage ». On diluait ou on faisait fondre, dans une baste remplie d'eau froide, un certain nombre de boules de colorant bleu (bleu de Prusse avec acide oxalique ou bleu d'outre-mer, ou encore, bleu de méthylène). L'eau devait à peine être teintée, le bleu ayant le seul but de neutraliser par effet d'optique le reflet jaunâtre demeurant sur le linge après la lessive. Donc, ayant subi dans le bugeoir, l'opération de coulage, la savonnade était lavée dans une eau savonneuse, puis tapée, brossée, avant d'être légèrement rincée et étendue sur l'herbe des prés, de préférence au soleil, tout en subissant de fréquents arrosages. À nouveau rincé abondamment et égoutté, le linge était trempé, pièce par pièce, dans la baste contenant l'eau bleuie avant d'être étendu à son tour pour séchage. Les dernières pièces à ôter du bugeoir étaient les draps. Eux aussi franchissaient toutes les étapes classiques du blanchissage. Cependant, étant donné les dimensions importantes et le poids excessif de ces tissus gorgés d'eau, nos blanchisseuses se heurtaient à des difficultés de manutention dans la rivière, luttant parfois contre le courant, au cours du lavage, du brossage, du rinçage et surtout lors de l'essorage où l'aide de consœurs n'était point superflue. Enfin, les linges, non inclus dans le bugeoir, tels ceux de couleur, les bleus de travail, les guenilles (les gueilles comme nous disons ici) étaient nettoyés séparément avec du lessif, maintenu chauffé dans une peyrolle, et restauré par l'adjonction de lessive « Saint-Marc » et de savon. Et ici encore, avec courage, vaillance, opiniâtreté, sous l'impulsion de solides bras, les couleurs se ravivaient...

Le séchage.

Toutes les catégories de linge, préalablement triées, subissaient au cours de ces trois ou quatre journées de blanchissage, des opérations quasi identiques, ponctuées par une, commune à toutes, le séchage. Précédemment nous nous sommes rendu compte combien les étendoirs, emplacements où les blanchisseuses étendaient leur linge, semblaient prisés au point d'attendre une vacance, et de s'en disputer parfois le lieu. À Gajac, les espaces verts situés à proximité du pont (datant de 1850) et des lavoirs, ainsi que les terrains de Cantelaude, du Baladot, du Pas Jallès et même au-delà vers Gamarde, étaient « réquisitionnés » et garnis de linge flottant au vent. Faute de place, chaque ajonc, ronce ou losange d'herbe était occupé par le petit linge pour bénéficier au maximum de la chlorophylle des végétaux. Car il faut savoir que certaines de ces savonneuses devaient parcourir de cinq à six cents mètres, parfois plus, poussant des brouettes lourdement chargées, avant de pouvoir étendre le contenu de celles-ci. Les étendoirs communaux ou privés étaient munis, soit d'installations fixes, cordes, fils métalliques tendus entre les poteaux de bois d'acacia, soit provisoires, cordes placées préalablement autour de piquets sédentaires. Les lieux choisis devaient être ventés (pour bénéficier de cet élément nocturne, on étendait parfois le soir) recouverts de sable ou gazonnés afin de réverbérer les rayons du soleil. On utilisait pour l'étendage du linge des épingles de fabrication locale, ayant la forme d'un parallélépipède dont la longueur fendue en triangle permettait de coincer le linge sur les cordes. Pour éviter toute confusion possible, le linge de chaque pratique était délimité sur les fils, grâce à un doublage d'épingles, à un ruban de couleur ou à toute autre marque distinctive. En hiver, afin que le linge bénéficie amplement des rayons solaires, lorsqu'ils étaient présents, les blanchisseuses n'hésitaient pas à changer la face d'exposition de celui-ci en cours de journée. Il va sans dire que les conditions atmosphériques demeuraient le souci majeur des blanchisseuses. À l'époque, naturellement, les bulletins météorologiques étaient peu prolixes, voire inexistants, aussi devaient-elles faire preuve de beaucoup d'observation, de sagesse, de perspicacité, d'intuition, et mettre à profit l'expérience acquise au fil du temps, auprès de leurs aïeules. Se référant au calendrier « des postes », aux almanachs, aux cycles lunaires, observant lune et étoiles, animaux domestiques, elles s'inspiraient aussi des croyances et dictons populaires s'efforçant de les vérifier. « Trois jours de gelée, pluie assurée », « Temps rouge, vent ou pluie », « Aube rouge, vent ou pluie » ou en gascon « Auba roja, vent o pluja », « Quand il se couche rouge le soir, beau le lendemain il se fait voir » mais « Quand rouge est la matinée, pluie ou vent dans la journée », enfin « Quand le chat se débarbouille, bientôt le temps se brouille » et de nombreux autres, souvent exprimés en patois « ce doux ramage gascon » comme disait Montaigne. Les prières ou implorations adressées aux patrons des blanchisseuses, saint Elme ou sainte Marthe suivant les villages, n'avaient pas davantage d'influence sur les desiderata des lavandières, que notre saint Médard, toujours d'un temps incertain, lors de sa venue, le huitième quantième de juin. « S'il pleut pour la Saint-Médard, il pleut quarante jours plus tard, à moins que saint Barnabé ne lui coupe l'herbe sous les pieds » avec pour le dernier vers, ces variantes : « ne vienne lui casser le nez », « ne vienne tout réparer », « tout corriger », « tout arranger ». Il était primordial de scruter en permanence le ciel, de sentir d'où venait le vent, de l'ouest, de l'océan, de consulter la girouette... pour éviter toute désillusion. En quelques minutes, tout l'acquis d'une journée pouvait être anéanti, aussi au moindre « cri de guerre » suivant l'expression des blanchisseuses, il fallait sans se poser de question, tout abandonner, y compris les repas déjà servis et courir en toute hâte vers les étendoirs, afin d'essayer de sauver de l'ire de Dieu, ce qui pouvait l'être. En période de temps clément, le seul souci, était de rentrer le linge, avant le serein, cette humidité ou fraîcheur qui tombe avant la nuit. La journée du samedi était consacrée, si les conditions atmosphériques de la semaine écoulée avaient été favorables, au pliage sommaire des draps et autres importantes pièces. Puis, l'ensachage pour chaque cliente, du linge blanchi, en se référant au carnet de pratiques. Lorsque les intempéries, pluie ou brouillard, n'avaient pas pu permettre le séchage intégral du linge de la semaine, la blanchisseuse se devait de ramener, au moins le linge propre, chez son client, et de prendre le nouveau sac de linge sale, avec l'espoir de pouvoir régulariser ce retard dans les meilleurs délais. Enfin le dimanche, la charrette était de nouveau chargée des nombreux sacs de linge, prête à partir, dès le lendemain, à l'aube... Ainsi se profilait une nouvelle semaine...

Conclusion.

Si j'ai griffonné ces quelques lignes sur les blanchisseuses de « notre » commune et de Gajac en particulier, c'est uniquement et j'insiste sur ces termes, pour clarifier et ordonner, tout ce que j'ai pu glaner sur ce sujet, durant quelques années, tant au cours de différentes lectures et recherches municipales, que lors des rencontres avec les anciens du quartier, dont quelques-uns, hélas, ne sont plus de ce monde. Je ne terminerai pas cet opuscule, sans avoir une profonde pensée pour ma grand-mère paternelle, Anne Prévot, épouse d'Hippolyte, née et décédée à Gajac (1866-1950), qui a pratiqué durant quelques années ce noble métier.

R. Daix - juin 1997. Texte paru en 2001 : Les blanchisseuses de Gajac, Saint-Médard-en-Jalles, 32 pages.

Lexique.

Le banc à laver : il se compose d'une planche épaisse de 4 à 5 cm, sensiblement d'un mètre de long, sur 40 cm de large, soutenue par deux ou quatre pieds suivant l'utilisation (deux pieds lorsqu'il y a possibilité d'appui sur l'avant - lavoir, bassin - ou quatre au bord du ruisseau, et dans ce cas, ceux de devant ont une longueur de 5 à 8 cm).

La planche à laver : c'est une simple planche de bois rectangulaire, comportant parfois des cannelures dans le sens de la largeur, utilisée pour nettoyer le linge, en appui sur la margelle d'un lavoir ou d'un bassin.

La brosse à linge : elle sert à frotter le linge. Constituée de fibres dures généralement en chiendent, ajustées sur une des faces d'une monture en bois, plate et rectangulaire. Le chiendent : herbe vivace de la famille des graminacées dont les racines séchées sont employées dans la fabrication des brosses.

Le battoir : outil de la blanchisseuse lui servant à battre le linge. Conçu d'une seule pièce dans des bois sans fils, telle hêtre ou le frêne. Ses dimensions sont les suivantes : manche de 25 cm, plaque de 15 à 18 cm sur 20 cm, épaisseur de 2,5 sur 3 cm.

La baste : récipient cylindrique ou tronconique de bois, de contenance variable suivant les fabrications, mais généralement égale au quart d'une barrique, soit 56 litres. Utilisé pour le transport de la vendange, mais aussi pour le linge. Diamètre environ : 45/50 cm et hauteur d'environ : 30/35 cm.

La baille : grand baquet de forme tronconique, obtenu souvent en coupant une barrique en sa partie médiane, employé lors des vendanges, mais également pour les lessives ou encore en réserve d'eau. Diamètre : 65/70 cm, hauteur : 35/40 cm.

Le bugeoir : (de l'occitan bugade : la lessive), cuveau de bois, en hêtre, peuplier ou pin, de forme tronconique, cerclé comme une barrique, d'environ 0,90 m à 1,10 m de haut. Reposant sur sa petite base, ayant au sommet un diamètre de 1,30 m à 1,50 m, il est pourvu, en son niveau inférieur, d'une ouverture permettant le branchement d'un robinet ou d'un tuyau d'écoulement en direction de la peyrolle.

La boîte à laver ou garde-genoux : caissette de bois, ouverte sur un côté, munie d'un sac, d'un coussinet rembourré de paille ou de copeaux de bois (« ripes »), permettant à la lavandière de s'agenouiller au bord de l'eau, afin de travailler « plus confortablement ».

La buanderie : local annexe à la maison pourvu d'un point d'eau et d'un bassin, utilisé pour le lavage du linge et éventuellement pour le séchage. Le bassin de la buanderie servait également chez les maraichers à nettoyer les légumes.

La chambre du linge : pièce de la maison où s'effectuaient le triage, le rangement et le pliage du linge, en vue des livraisons futures.

Le « carot » ou pot à lessive : récipient en tôle galvanisée de forme cylindrique, d'une capacité de cinq à six litres, relié à un manche en bois d'environ un mètre cinquante, et permettant de verser le lessif sur le linge inclus dans le bugeoir. Dimensions du récipient : diamètre, 18 à 20 cm et hauteur de 20 à 24 cm.

Les épingles à linge : de fabrication artisanale, leur longueur est d'environ 9,5 cm et leur épaisseur de 1,6 à 2 cm.

Le lessif : c'est le résultat de l'action de l'eau bouillante sur la cendre de bois criblée et sur la soude circulant au cours du coulage dans le bugeoir. Cette eau de lessive, appelée lessif, est employée à nouveau pour le lavage d'autre linge.

La peyrolle : récipient en fonte de forme cylindrique de 60 à 80 cm de diamètre, de 35 à 40 centimètres de profondeur, d'une contenance d'environ cent litres. Avec ou sans couvercle, la peyrolle permettait de faire bouillir le lessif... et la mangeaille du cochon.

La savonnade : linge de corps, de couleur blanche, essentiellement féminin qui, trié et mis en savon à l'écart des autres linges, sera inclus au centre du bugeoir, et subira, après coulage, l'opération dite de l'azurage.

Remerciements.

Ces quelques lignes sur les blanchisseuses de Gajac n'auraient jamais pu voir le jour sans la participation de nombreuses personnes qui, au cours des années écoulées, m'ont apporté leurs témoignages, et confié leurs documents ou encore leurs matériels. Qu'elles en soient ici chaleureusement remerciées, et en particulier : Mme Simone Bernadas, pour son aide « technique » combien précieuse, M. Pierre Coiffard, « érudit du village » pour son soutien permanent, Mme Josette Miel (archives municipales), mais aussi : Odette Gerron, Marthe Jossomme, Claude Miramont, Madeleine Montaudon, René Toumilhac et les siens, à l'origine de mes recherches... et ceux dont je ne puis plus saluer que la mémoire : Marie-Thérèse Caudéran, Marcel Garron, Cécile Goubert, Marcelle Guilhem, Régis Jossomme, Renée Lafitte, Louis Magrin et René Montaudon.

Livre de René Daix, Les blanchisseuses de Gajac, Saint-Médard-en-Jalles, éd association du patrimoine de Saint-Médard-en-Jalles, mars 2001, 32 pages.


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