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Pierre Rouillard.

Le XXème siècle vit ses derniers instants… et à cette occasion, nous vous invitons à un petit voyage dans le temps... Il était une fois un enfant qui vivait dans un petit village entouré de marais, peuplé de vignes et de seulement 2 500 habitants. Les grenouilles y chantaient, tout le monde se connaissait, et le tramway y venait...

L’enfance de Pierre, surnommé « Pierrot » mais aussi « Le counic » : âgé de 75 ans, Pierre Rouillard, agriculteur, est né à Blanquefort, au lieu-dit de la Picherie, au cœur des marais. Il passe son enfance à vadrouiller à vélo dans son petit village, entre vignes et champs... Puis, sa vie prend un autre détour avec la guerre, qui l'éloigne... Plus tard, c'est le retour à la ferme familiale, dans son Blanquefort natal où il fonde une famille et devient conseiller municipal. Aujourd'hui, juste avant de basculer dans le siècle prochain, nous publions son témoignage, plein de fraîcheur et de verdeur, qui nous plonge aussi dans l'histoire de notre commune.

À la ferme : déjà sous la Révolution, son aïeul Jean, producteur de lait, est installé à Blanquefort, rue de la forteresse. Les métiers de la terre et de la vigne sont une tradition familiale : on est maraîcher, viticulteur, producteur de lait ou tonnelier. Souvent même, on exerce plusieurs métiers à la fois : son père, Matthias, devient propriétaire de 5 fermes, crée un restaurant au Barail neuf... « dans lequel venaient se restaurer les commis employés au moment des fenaisons, et ainsi l'argent donné d'un côté revenait dans le bas de laine de l'autre ! Vous voyez, c'étaient des commerçants, ils n'avaient peut-être pas une grande éducation, ils savaient lire, ils ne voyageaient pas tellement loin, mais ils savaient compter... Il était aussi producteur de lait, que les femmes (il avait huit sœurs) partaient vendre, en voiture à cheval, à Bordeaux... et il possédait également une boucherie-charcuterie avenue de La Libération à Bordeaux. » C'est dans la ferme de la Picherie, que Pierrot naquit, mis au monde par la sœur de Marguerite Dumora, la sage-femme de la commune. Mais dès ses 8 jours, l'enfant déclare le tétanos et c'est le docteur Castéra qui le sauve en lui administrant l'un des premiers vaccins antitétaniques…

À l'école : vers 7 ans, on lui offre son premier vélo, on lui apprend à s'en servir... et dès qu'il y parvient, on lui annonce que maintenant il doit aller à l'école ! « Avant, j'étais trop petit pour me rendre à l'école du Bourg à pied... Au total, il y avait 25 élèves à l'école des garçons. L'école des filles était bien évidemment séparée de celle des garçons... et ce, par un grand mur. Evidemment, je n'ai pas connu la maternelle et j'ai donc tout de suite appris à lire et à écrire... Au début je pleurais... moi, je préférais aller à la vadrouille dans le marais ! Les premiers jours d'école, on m'a accompagné et ensuite on m'a lâché tout seul... Évidemment, la circulation n'avait rien à voir avec aujourd'hui ; il n’y avait pas de danger. En 1936, j'ai passé mon certificat d'étude mais je ne voulais pas aller au lycée : du marais, il fallait aller jusqu'à l'actuel rond-point chez Gégé pour prendre le tramway, laisser le vélo, aller tout seul jusqu'au Bouscat, revenir le soir... Alors mes parents ont trouvé une solution : puisque j'étais capable d'aller en vélo à l'école communale, je serai bien capable d'aller au Bouscat, à l'école complémentaire pour passer le brevet ».

Les loisirs : « le jeudi après-midi, je jouais au club de football du Bouscat et on allait au stade bordelais, jouer au rugby à treize. Il fallait aussi aller au catéchisme pour la communion ! Le samedi, on allait à l'école, alors il restait un peu de temps libre le dimanche, après la messe et les vêpres. Je restais aux marais, je vadrouillais avec les chasseurs, j'allais à la pêche aux grenouilles : il y en avait de partout dans les chenaux, au printemps, elles coassaient, c'était la cacophonie... c'est fini maintenant, les cigognes et les hérons ont tout dévoré. Dans la jalle, au marais, on pêchait les anguilles mais la pollution en a bien détruit... on pêchait aussi des carrelets avec une fourchette et un bâton... il y avait des bancs entiers de goujons, mais cela a disparu. Vers 14 ans, on allait draguer à Majolan. Il y avait une petite guinguette où on pouvait boire de la limonade... on faisait les zigotos, on rencontrait les « étrangères», les filles des autres communes. » Puis, la guerre est là, et comme il le dit : « Tout est terminé ». Durant ces années de conflit, l'adolescent devient adulte, s'engage dans la résistance, devient pilote... Après ces années pleines d'orages et de peurs mais aussi de grandes amitiés, il revient au pays, désœuvré... mais il faut bien s'occuper de la ferme. Plus tard, il verra l'arrivée des premiers tracteurs du Plan Marshall et il sera élu conseiller municipal en 1952. Il n'a alors que 27 ans, ce qui lui vaut de la part du conseil municipal le surnom de « le counic ». C'est ainsi, qu'il participera à la création de la zone industrielle aux côtés de Jean Duvert (maire de 1945 à 1971), assistera à la venue de nouveaux Blanquefortais... « À Saturne, les terrains étaient agréables et les prix avantageux : on pouvait les acheter 2 ou 3 francs tout urbanisé, avec l'eau, le gaz, l'électricité, sur l'avenue de l'Europe... ». Dites Pierrot, racontez-nous aussi la vie aux lavoirs, la grande inondation de 1952, les premières automobiles... et bien évidemment, il continue son histoire... intarissable comme le marais où il est né.

Source : Blanquefort-infos, 2000.

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