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Les premiers lavoirs.

Origines.

La consultation des archives municipales et départementales ne nous a pas permis de déterminer avec précision la date d'implantation de lavoirs en général sur notre commune. En effet, seuls figurent sur ces documents les lavoirs construits par décision du conseil municipal. Nous pouvons facilement imaginer que chaque propriétaire de terrain en bordure de ruisseau, pouvait construire un abri à usage personnel et de ce fait, non inventorié.

Selon notre recherche, ce serait aux environs de 1820 que fut décidée, dans de nombreux villages de France, la construction de bâtiments conçus spécialement pour le lavage du linge.

Dans une correspondance de décembre 1819 adressée au comte de Tournon, alors préfet de la Gironde, par Jean Eyquem, maire de Saint-Médard-en-Jalles, il est mentionné un emplacement «...servant de tems immémorial de lavoir aux habitans du village de Gajac...», et quelques lignes plus bas «...monsieur Caries, habitant de Gajac comme ayant depuis plus de quarante ans un lavoir pour le lavage de laines établi dans cet endroit...». S'agit-il du premier lavoir sur la commune appartenant à un particulier ? Rien ne permet de l'affirmer. En juillet 1821, le maire Berninet signait un arrêté concernant l'interdiction de se baigner dans le bassin existant devant la partie supérieure du moulin à poudre, afin de ne pas gêner les savonneuses. Ce n'est qu'en 1823 qu'apparaît la mention d'un lavoir communal, en bordure de la Jalle, à proximité de la poudrerie. Puis, en juillet 1847, une décision municipale, signée de François Peychaud, adjoint au maire Jérôme Justin Delmestre, interdisait la baignade dans les «...lavoirs et abreuvoirs publics qui sont à l'est et à l'ouest de la poudrerie, à celui du pont Courau, et au pont de Gajac...». Sur le cadastre de 1843 (section G dite d'Issac) figure le lavoir de M. Balguerie, près du pas du moulin vieil sur la Capette (affluent de la Jalle). Toujours dans le domaine privé, sur un plan daté de juillet 1864, relatif à l'atelier de mégisserie de Poplineau à Gajac, figurent le lavoir susnommé, et celui du sieur Duban.

Tout ceci laisse supposer, malgré les renseignements fragmentaires que nous possédons, qu'il n'était pas indispensable pour les édiles de s'investir impérativement dès les années 1851-1852, comme nous en avions émis l'hypothèse. Néanmoins, en novembre 1864, vu le nombre croissant de blanchisseuses, le maire Frédéric Thévenard «...communique au conseil ses projets d'établissement de lavoirs publics recouverts sur tous les bords de la Jalle où se pratique le blanchissage du linge dans cette commune...», mais il ajourne la présentation des plans et des devis en attendant «...une situation plus favorable de nos finances fortement engagées par un vote récent du conseil...».

Il s'agit, en l'occurrence, de la réfection de l'église qui s'effectuera quelques années plus tard. De 1866 à mai 1871, trop rapidement pour pouvoir prendre d'importantes décisions, se succèdent quatre maires :

• Jérôme Delmestre (de juillet 1866 à son décès en avril 1870)

• Fabien Maizonnobe (d'avril à novembre 1870)

• Toussaint Balestic (de novembre 1870 à janvier 1871)

• Frédéric Delmestre (de janvier à mai 1871)

• Puis à nouveau Fabien Maizonnobe jusqu'en novembre 1878.

En novembre 1875, une demande est formulée auprès du conseil municipal, à titre privé, par le sieur Castaing André de Gajac, pour l'établissement sur les bords de Jalle d'un hangar de 20 m² de superficie « destiné à servir d'abri à sa femme et pour la faciliter dans son industrie du blanchissage ...». Accord donné par les membres du conseil municipal moyennant une taxe annuelle de dix francs, payable au nom du receveur communal. Nous trouvons également mention, en août 1877, du lavoir couvert le long de la Jalle sur la propriété de M. Baquey. En novembre 1877, le lavoir communal du Pont Rouge, appelé parfois de Berri, semble prendre corps, puisque le maire Fabien Maizonnobe présente un devis pour la couverture d'un lavoir à établir en ce lieu, d'un montant de mille six cent quatre-vingt seize francs. N'ayant pas d'autre précision, pouvons-nous considérer ceci comme étant son acte de naissance ? Oui, car deux ans après, un crédit sera voté par le conseil municipal pour travaux à réaliser sur ce lavoir. De 1881 à 1885, après de nombreuses transactions entre la municipalité et l'administration des poudres, l'acquisition de terrains par cette dernière entraîne la suppression des lavoirs dits d'amont et d'aval à Gabachot et l'achat par la municipalité de Charles Chaumel, d'un terrain appartenant à Madame Veuve Despax pour la construction d'un lavoir communal. C'est la naissance du lavoir du Gabachot, appelé aussi du «113 », numéro d'un bâtiment de la poudrerie, démoli en 1969 et situé à proximité de l'ancienne usine de lavage de laines Salières et de l'actuelle rue Jehan Dupérier. Autres lavoirs de la commune dénombrés en 1895 : celui de Caupian avec voie d'accès du chemin de Candale à la Jalle, sans autre description, et celui de Milavie, près du Thil, utilisé par les blanchisseuses de Germignan, à la limite du Taillan-Médoc.

En revanche, aucune note, à titre communal, des lavoirs d'Issac ou de Magudas. En ce qui concerne Gajac, là encore les archives municipales n'offrent aucune trace de vie ni de mort de lavoir communal dans ce quartier, sauf concernant celui des années 1927-1928 dont nous parlerons ultérieurement. Selon des personnes nées en ce premier quart du XXème siècle, il n'y eut jamais de lavoir entre celui du Pont Rouge et le moulin de Gajac. Ces « vieilles paroles » affirment également que, sur la rive gauche de la Jalle, entre le pont et la bergerie de la famille Castaing, il y avait deux lavoirs (dont un à Chevallereau) situés en face de l'actuelle piscine, et qui permettaient aux blanchisseuses du Camp des Lanciers de profiter de l'eau pure de la Jalle. En face de ceux-ci, côté piscine, à proximité du petit pont de bois, inauguré pour le bicentenaire de la Révolution française, se situait un très grand lavoir, derrière le corps de bâtiments formé par « l'Élysée » et les commerces annexes. Le lavoir, sous lequel pouvaient travailler 15 à 25 personnes, appartenait, selon toute vraisemblance, à des propriétaires de Gajac. Sont souvent cités les noms de Elissalde (qui n'a pas entendu parler de Zénie, dite « la mère lunettes »?), de Louis Lagurgue, propriétaire du restaurant « les Charmilles » (actuel bar-tabac) et de Charles Dupuy, propriétaire de l'actuelle pharmacie Gadret, conseiller municipal à la fin du XIXème siècle, commerçant et figure emblématique du quartier. Puis de ce lavoir, toujours sur la rive droite de la Jalle et jusqu'à l'actuel lotissement dit « Le Baladot » (rue Florian et rue Nodier) bien avant le Pas Jallès et Le Thil, s'égrenait une multitude de lavoirs privés, construits sur d'étroites bandes de terrains, parfois de « la largeur d'une brouette chargée de linge » et aujourd'hui exploitées en jardins potagers ou d'agrément. Emplacements sensiblement parallèles au cours de la Jalle, la place de Gajac (place de la Liberté), celle de la Carreyre, et la rue Maurice Duport (ancien chemin rural de Gajac à Eysines), offraient la possibilité à ses habitants de posséder un lopin de terre descendant en pente douce vers le ruisseau, et par voie de conséquence, d'y établir un abri pour le blanchissage. Ils furent très nombreux à le faire et nous ne pouvons ici, à défaut de dresser une liste exhaustive, que nous contenter d'énumérer quelques patronymes maintes fois évoqués : les Toumilhac, Adeline Deris, Jean Déniges, Arnaudine Dupuy, Dumont, Montignac-Caudéran, Capuron-Andron, Jeanne Delprat dite « la Périqorde », Duluc, Pelletan, Daix, Jeanne Salmon, Lestage-Montaudon, voire encore Castaing au « Baladot » où venaient laver entre autres Albanie Bouchon, Élyse et Charlotte Dongey, les « cordonnières », Suzanne Duprat, Marie Roux, Yvonne Rafis... C'était le dernier lavoir avant le moulin du Thil. L'ultime lavoir que nous avons connu à Gajac, fut décidé et édifié par la municipalité d'Antonin Larroque au pied du pont, sur la rive droite de la Jalle, sur l'actuel terre-plein entre le pont et la piscine. En août 1927, Élie Courbin est chargé par le maire de procéder à une étude en vue de la construction d'un lavoir à Gajac. En octobre de la même année, la décision est prise par le conseil municipal et l'adjudication des travaux fixée au 6 novembre. Le charpentier René Berlan ayant été seul soumissionné pour la construction de cet édifice, le maire est chargé de lui faire consentir sur son devis un rabais de deux cents francs. La construction s'effectuera certainement dans le premier trimestre de 1928 puisqu'en avril des demandes de location de place sont formulées et, en décembre de la même année, est décidée, par le conseil municipal, la pose d'une ampoule électrique pour suppléer la bougie et la lampe à acétylène. Cependant l'effectif des blanchisseuses diminuait déjà, ce qui fit écrire à l'opposition, lors de la campagne électorale des municipales de 1929 : « le maire a mal agi en construisant un lavoir pour quelques blanchisseuses ». Ce bâtiment sera détruit trente ans après.

Un lieu de rencontre.

Le lavage du linge étant une tâche dévolue aux femmes, depuis la nuit des temps, il est de ce fait logique que le lavoir, ou tout autre point d'eau utilisé, soit le lieu de rencontre et de réunion de la gent féminine. Même sur les cartes postales nous n'apercevons aucune silhouette masculine, hormis lors de corvées militaires. Les hommes choisissaient de se réunir auprès de la forge du maréchal-ferrant ou au café, à l'auberge pour converser, consommer ou encore jouer. C'était leur « chapelle » à eux. Le lecteur a certainement compris, mais nous tenons à le préciser, il ne sera question, en ces lignes, que des emplacements ou lavoirs au bord des ruisseaux et nullement de ceux qui furent construits dans les buanderies particulières au moment de la Belle Époque. Les bords de Jalle et leurs lieux de travail occupaient une place prépondérante dans la vie de ces femmes. Lieu de rencontre, de communication entre toutes ces personnes de conditions sociales semblables et modestes qui découvraient pêle-mêle les nouvelles communales, les événements bordelais ou nationaux et élaboraient à leur manière, une revue de presse, un bulletin d'information, le journal parlé de la paroisse. Et l'on peut raisonnablement penser qu'étant fort loquaces, elles avaient toutes leur mot à dire sur les événements aussi sérieux et souvent dramatiques que l'affaire Dreyfus, la séparation de l'Église et de l'État, la grippe espagnole de 1918-1919, les deux guerres, en particulier la Grande, ou encore la fermeture de l'église en l'absence du curé, les Croix-de-Feu, le Front populaire, sans oublier les rivalités politiques entre les municipalités Martin et Larroque, les mouvements de lutte des poudriers et bien d'autres sujets encore. Le lavoir était aussi l'endroit où l'on chantait beaucoup, peut-être l'éternel « Temps des cerises » ou « La Madelon » ou encore les refrains de l'époque. Mais c'était encore le parloir où tout se disait, tout se racontait avec rires et larmes, où toutes les joies et peines quotidiennes étaient mises à nu. On évoquait l'espoir, les naissances (dont les dates étaient minutieusement contrôlées), les maladies, les craintes, les décès... les cœurs causaient entre eux, et ainsi s'épanchaient. C'est aussi en ce lieu, que se dévoilaient les premières rencontres faites au bal, les amours des uns, les secrets d'alcôve des autres, se nouaient et se dénouaient les intrigues. C'était la plus diversifiée, la plus prisée et surtout la plus croustillante des rubriques en ce salon du XIXème siècle. Les commérages foisonnaient, les langues se déliaient, car elles n'étaient pas infirmes de cet organe charnu nos lavandières, à tel point que certains auteurs n'hésitaient pas à les qualifier de « moulins à paroles siégeant dans la chambre des députés ». Abandonnons cette image caricaturale du lavoir, car force est de constater qu'il demeure avant tout le site où « nos » blanchisseuses s'échinaient de nombreuses heures dans des conditions parfois laborieuses.

C'était effectivement leur lieu de travail, au même titre que le fournil du boulanger, la « poudraille » du conjoint, l'usine du « métallo » ou le bureau du « rond de cuir », et c'est là que le linge crasseux était non seulement blanchi, mais aussi purifié.

Description.

Le lavoir était un bâtiment en bois de forme rectangulaire ressemblant à une halle ou à un hangar. De dimensions très variables, il allait de l'individuel (deux ou trois places) au collectif abritant de quinze à vingt cinq personnes, coude à coude, sur les rives du ruisseau. D'épais piliers, généralement de chêne ou d’acacia, renforcés par des consoles métalliques, souvent protégés de l'humidité par des pierres de taille ou des dés de ciment, supportaient une rudimentaire charpente en chêne ou en pin des Landes, avec toiture en bâtière et tuiles creuses. L'expérience ayant démontré que les toitures munies de tuiles creuses, maçonnées au mortier, offraient une excellente résistance aux mauvaises conditions atmosphériques, il nous est facile d'imaginer que l'argile extraite et façonnée par la tuilerie Gravey de Saint-Aubin-du-Médoc, dès le milieu du XIXème siècle, servait à couvrir en majorité les lavoirs de la commune de Saint-Médard-en-Jalles. Ces abris exposés aux quatre vents bénéficiaient toutefois de protections contre les intempéries, essentiellement vers l'ouest, grâce à des panneaux de planches en pin ou des auvents rabattables. Sous ces constructions, au sol rarement aménagé si ce n'est par le dépôt d'un simple lit de grave, aucune dalle ne protégeait les pieds des lavandières, et a fortiori, aucun aménagement spécifique ne facilitait l'accomplissement de leur besogne. Aussi, est-ce essentiellement à l'aide de la brouette, que s'effectuait le transport du linge et du matériel, de la maison d'habitation au rivage et suivant les dires des témoins, ce n'était pas une mince affaire.

Location.

Nous n'avons aucun document tangible permettant de connaître les conditions de location des lavoirs privés. Nous avons cependant cru comprendre qu'à Gajac, Charles Dupuy, dont nous avons parlé précédemment, marchand de son état et présumé propriétaire de lavoirs, facilitait l'accès de ce lieu, moyennant l'achat de savons, lessives, brosses et autres ustensiles de son commerce. D'autres, certainement, devaient s'échanger mutuellement des services, en travaux domestiques quotidiens ou encore saisonniers dans le secteur agricole. En ce qui concerne les lavoirs communaux, les municipalités louaient des emplacements de lavoirs, fort prisés, aux blanchisseuses qui les sollicitaient. Nous avons retrouvé traces, dans les comptes administratifs de la commune durant les années 1880-1890, de locations appelées indifféremment ferme, droit de plaçage ou encore droit de lavoir. Par ailleurs, les délibérations des conseils municipaux nous renseignent sur ces procédures :

• en juillet 1886, « approbation par le conseil du droit des blanchisseuses occupant des places au lavoir public du Pont Rouge »,

• « M. Lurine Marcel, prévient le conseil qu'à partir du 1er janvier 1917, il n'est plus locataire de deux places qu'il occupait au lavoir du Pont Rouge »,

• « Madame Veuve Lecan, Mlle Alice Montignac et Monsieur Pierre Cargou qui ont pris des places en septembre au lavoir 113, paieront quatre francs par place pour l'année 1920 »,

• janvier 1926 : « diverses demandes de location de loges aux lavoirs communaux ayant été faites, sur la proposition de la commission, le conseil décide d'agrandir ces lavoirs afin de pouvoir donner une suite favorable à ces demandes et porte à trente francs par an la location des places » et ceci à compter de la date du 1er janvier 1927.

• Durant cette même année on relève la demande de Madame Bellocq, du Gabachot, pour location d'une place.au lavoir central, ainsi que celle de Madame Duvignère. Ces places seront accordées dans l'ordre des demandes déjà faites. Le lavoir de Gajac étant construit, on peut lire, à la date du 15 avril 1928 : « Le conseil donne avis favorable aux demandes de location au lavoir de Gajac de Messieurs Gaury deux places - Henriot deux places - Delort une place - Veuve Triscos une place - Robin une place - Veuve Duluc une place ». Le prix de la location de ces places est fixé à trente francs par an. Pour 1928, le prix sera de vingt francs seulement.

- Le conseil municipal accepte de louer à partir du 1er janvier 1930 à « Monsieur Pagan Amédée, les places occupées par Monsieur Rumeau Charles, au lavoir du Pont Rouge, dont la cessation date du 31 décembre 1929 ».

Étaient également loués par la commune, les étendoirs, ces surfaces herbeuses, parfois munies de piquets d'acacia, permettant avec adjonction de fils, de cordes, d'étendre le linge.

• Ainsi en octobre 1893, « le maire soumet au conseil le plan des emplacements situés à Gamarde et devant servir à l'étendage du linge ; ces emplacements devant avoir chacun six cents mètres environ, soit au nombre de vingt-sept. Le conseil approuve le plan, fixe le prix de chaque emplacement à douze francs l'an. »

• « Le conseil municipal autorise en mars 1894 l'étendage du linge sur le champ de foire... ainsi qu'à Gabachot... moyennant un loyer annuel de douze francs par lot de six cents mètres environ» Mais le conseil en juin 1904 « veillera à ce que les vaches cessent de pacager sur le champ de foire et sur la prairie réservée aux blanchisseuses au lavoir de Gabachot ».

- Le 18 novembre 1923, le conseil décide qu'à partir du 1er janvier 1924 le prix des étendoirs sera ainsi fixé :

• Gajac : M. Laborde - dix francs

• Corbiac : M. Etienne Martin - dix francs ; M. Parenteau - cinq francs

• Magudas : Boyrie - soixante francs, soit quinze francs les six cents mètres ; Alcide Martin - quinze francs, soit quinze francs les six cents mètres.

• Camp des Lanciers : Armand Daurat, - soixante quinze francs

Le 22 janvier 1926, Mme Veuve Bouchon à Gajac ayant abandonné l'étendoir du Pas Jallès, Mme Veuve Duport a demandé à le louer. Le conseil fixe le prix de cette location à trente francs l'an.

• En février 1927, demande de location d'étendoirs aux Ardilleys formulée par MM. Edmond Gérard et François Rambert. Coût cinquante francs l'an.

• Le conseil municipal accepte de louer à Bunurut Bertrand à Gajac, en avril 1928, un étendoir en prolongement de celui loué à Lapierre au prix de trente francs l'an. « Avis favorable est donné à la demande de location d'un étendoir à Gajac formulée par M. Garon Jules, à partir du 1er janvier 1933 pour un prix de trente francs l'an, ainsi qu'à M. Ducamin.» Enfin, pour terminer cette énumération, non exhaustive, à la date du 8 novembre 1934, « le conseil accepte de louer pour étendoir deux morceaux de terrain situés à Gajac, l'un à M. Garon Jules, l'autre à M. Bouchon Alcide au prix de trente francs par an, à partir du 1er janvier 1935 ».

Nous avons pu constater combien les emplacements des bords de Jalle étaient prisés par les lavandières, certaines venant même du centre bourg. Mais que dire des étendoirs, plus rares et difficiles à obtenir, d'un coût élevé et souvent très éloignés des lieux de lavage ?

Entretien.

Exposés à toutes les intempéries et à tous les vents, trop souvent inondés en hiver, justifiant l'interdiction d'accès, les lavoirs communaux des bords de Jalle nécessitaient beaucoup d'entretien et de nombreuses réparations; nous ne citerons ici que quelques interventions :

• le 16 février 1879, le conseil vote un crédit supplémentaire pour travaux exécutés au lavoir communal du Pont Rouge construit il y a à peine deux ou trois ans ! Ce lavoir devait être particulièrement vulnérable, puisqu'en novembre 1890 il y a «obligation de procéder à diverses réparations », avec rappel en mars de l'année suivante, et mise en adjudication le 20 octobre 1895,

• encore lui, le 21 novembre 1909, « le lavoir du Pont Rouge est en mauvais état, il serait urgent de réparer la toiture et mettre de la grave ; le conseil délègue Messieurs Charlot et Eyquem pour visiter les lavoirs et rendre compte au conseil des réparations qu'il y aurait à faire »,

• à la date du 11 février 1912, on peut lire, toujours dans les délibérations du conseil municipal «réparation à neuf du lavoir demi-démoli contre la poudrerie ». Il doit s'agir du lavoir de Gabachot, dit aussi du « 113 »,

• en septembre 1919 le conseil municipal décide de consolider le poteau du lavoir dit du « 113 », et renvoie à plus tard les réparations du lavoir du Pont Rouge,

• de ce fait, le 15 septembre 1935, « le conseil autorise le maire à passer un traité de gré à gré avec M. Berlan René, charpentier pour la réparation du lavoir du Pont Rouge, la dépense s'élevant à environ deux mille cinq cents francs ».

Après les bombardements aériens de la seconde guerre mondiale et en particulier celui de la nuit du 29 au 30 avril 1944, les lavoirs communaux furent particulièrement endommagés. Lors de la séance du 11 janvier 1948, le conseil municipal constate les nombreux dégâts et envisage la restauration. « Le lavoir situé près de la poudrerie a été éprouvé par le bombardement, aucun constat n'a été fait au titre des dommages de guerre, des réparations urgentes s'imposent. Deux solutions envisageables. - réparations sans démolir les deux travées aval, en soulevant la toiture en changeant les pannes cassées. - démolition de ces deux travées en récupérant les matériaux pour la réfection des travées restantes. Monsieur le maire propose au conseil d'adopter cette deuxième solution qui évitera l'achat de tuiles. Il faudra fermer la façade ouest. Cette proposition est adoptée par le conseil municipal. Le lavoir situé au Pont Rouge a été également très éprouvé par le bombardement et aucun constat n'a été fait. Il convient de « réfectionner » la toiture et de remplacer environ deux cent cinquante tuiles qui ont été volées. Il faudra également fermer en planches les deux pignons nord et sud, et remettre les quatre portes qui manquent ».

Aussitôt un appel d'offre a été lancé auprès des entrepreneurs de la commune et le 29 février de la même année, les travaux sont confiés à M. Jossomme pour un montant de 68 843 F devant M. Berlan 69 500 F et M. Roux 69 686 F. Et le 18 avril 1948, « Monsieur le maire donne connaissance, au conseil municipal, d'une lettre du service de la Reconstruction, admettant le classement des lavoirs communaux dans les dommages de guerre ».

Disparition.

Nous l'avons dit et ne cesserons de le répéter, le travail des blanchisseuses était très ingrat. Accompli quotidiennement dans des circonstances exécrables (horaires démesurés, manipulations lourdes et fréquentes, risques sanitaires, conditions atmosphériques trop souvent mauvaises), ce labeur accordait la possibilité d'une rémunération, lorsqu'il y en avait une, permettant à peine de se sustenter frugalement. À titre indicatif, et manions ces chiffres avec une extrême précaution, en 1912 le gain journalier d'une blanchisseuse, souvent établi en fonction du nombre de bastes de linge propre oscillait, d'après l'ouvrage « La parole des anciens », autour d'un franc cinquante, alors qu'en 1914, le kilogramme de pain coûtait quarante à cinquante centimes suivant les régions de France et celui du bœuf, viande la moins chère, plus de deux francs. Aussi lorsqu'après les « munitionnettes » de 1914-1918 (ainsi étaient appelées les femmes travaillant dans les usines de guerre), la poudrerie ouvrit ses portes, le personnel féminin s'y engouffra. Pour toutes ces femmes dont les pères, époux, fiancés ou frères eurent le triste privilège d'avoir leur nom gravé, dès 1922, sur le monument aux morts de la commune (près de cent cinquante noms pour une population de 5 046 habitants en 1911), il était primordial d'essayer de réagir, de maintenir ce qui subsistait de la cellule familiale, en un mot de vivre ou au moins de survivre. Certaines donc, furent embauchées à la poudrerie, bénéficiant de l'emploi de proximité, ce qui leur permettait d'effectuer par ailleurs quelques travaux occasionnels et surtout de jouir d'une rémunération décente (deux francs cinquante par jour, d'après les sources indiquées plus haut). D'autres, n'ayant peut-être pas les mêmes possibilités ou aptitudes, durent ou préférèrent aller à Bordeaux solliciter un emploi de domestique. Elles devinrent servantes, lingères, repasseuses, cuisinières ou femmes de chambre dans les maisons bourgeoises, les hôtels ou les maisons de santé. Ainsi nombreuses furent les femmes de la commune à abandonner, après la Grande Guerre, le travail de blanchisseuse, pour rechercher un emploi moins pénible et plus rémunérateur, afin de pallier l'absence, au sein du foyer, de l'homme disparu. Outre cet exode communal et progressif, nous devons signaler, quelques années avant la seconde guerre mondiale, la création à Saint-Médard-en-Jalles de deux blanchisseries industrielles : en 1933, Dugay à quelques encablures du château de Gajac et Delest en 1935 à Hastignan, près du chêne de Tanéou.

Enfin, un équipement ménager révolutionnaire devait rendre les lavoirs obsolètes et les lavandières inutiles, il s'agit, bien entendu, de la machine à laver le linge. Née au milieu du XIXème siècle, conçue électriquement en 1901 par l'américain Alva J. Fisher, elle commença à prendre place dans les foyers français en 1960-1965, soit près de cent vingt ans après sa création. Et c'est au cours de cette même décennie, en décembre 1967 plus exactement, que Roland Lurine créa dans le hameau de Magudas, l'unique entreprise de blanchisserie industrielle qui subsiste encore en notre commune, et dont les employés, une quarantaine, viennent de fêter les six lustres. Aussi, délabrés, délaissés, classés inutiles puisque non fréquentés, les lavoirs ne tardèrent pas à disparaître du paysage au fil des ans, surtout ceux des particuliers, qui s'étaient déjà éteints avant les sombres heures de 1940. Seul, le lavoir communal de Gajac, construit en 1927-1928, demeura au service des rares lavandières jusqu'en décembre 1957, date à laquelle la municipalité de Christian Dussedat fit un appel d'offre pour sa démolition afin d'envisager la construction de la piscine. Plus ancien, celui du Pont Rouge fut également condamné au cours de la même séance du conseil municipal «sous réserve que toutes les tuiles reviendront à la commune ». Autre lavoir-communal, celui du « 113 » bénéficia quant à lui, en 1957, d'une restauration, mais ce ne fut qu'un sursis. Il se serait effondré, aux dires des riverains, dans le lit de la Jalle dans les années 1975-1978. De nos jours, seuls les pieux enfoncés dans la Jalle, sur les limites de propriété et visibles lors de l'étiage estival, sont les vestiges de ces constructions disparues et le caquetage des blanchisseuses de Gabachot au Baladot s'est tu à jamais.

Livre de René Daix, Les blanchisseuses de Gajac, Saint-Médard-en-Jalles, éd association du patrimoine de Saint-Médard-en-Jalles, mars 2001, 32 pages.

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