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La vente du château de Gajac.

La vente par Michel de Montaigne le 22 décembre 1786, suivie par différents inventaires du mobilier du château de Gajac

Un épisode de la vie de la seigneurie de Gajac.

Le 22 décembre 1786, Michel de Montaigne vendit toutes les possessions qu'il avait dans Saint-Médard. L'acte fut signé par Michel de Montaigne, chevalier, baron de Saint-Médard, et Dame Marie Daugeard, veuve de Messire Gabriel de Bacherot, chevalier, conseiller au Parlement. Michel déclare que ces biens lui appartenaient un quart de son chef et les trois autres quarts par donation faite par la Demoiselle de Montaigne, sa tante, le 15 may 1783 par devant Séjourné Aîné, héritiers de feu Bertrand de La Salle qui les tenait par succession de Dame Marie, icelle fille de M. Henry de Montaigne, conseiller au Parlement.

La vente comprend les terres, baronnie et seigneurie de Saint-Médard en Jalles, Gajac et Corbiac et domaines en toute nobilité situés dans la Sénéchaussée de Bordeaux, consistant en haute, moyenne et basse justice, droits de greffe et nominations d'Officiers, teniers d'exporle, lots et ventes, droits d'échange, redevances, cens, rentes, droits de protection ou droits de retenue féodale, droit de boucherie à un ou plusieurs étaux, loyers et autres droits et devoirs seigneuriaux, cividage, châteaux, bâtiments, moulin à eau moulant farine, fossés ou douves, eaux vives, garennes, pignadas, vignes, terres labourables, prairies, pacages et vacans, maison dans le bourg ou s'exploite actuellement le droit de boucherie relevant du prieuré de Saint-James et quelques pièces de praierie situées dans la palu de Parempuyre et enfin toutes autres propriétés répandues dans d'autres paroisses circonvoisines et tous autres droits honorifiques. Ensemble tous les chevaux, bestiaux gros et menus, outils aratoires, semences, vaisseaux vinaires, meubles qui se trouvent dans les châteaux et bâtiments...

La terre et seigneurie de La Mothe Gajac tenue à foy et hommage de l'hôtel commun de la Ville de Bordeaux sous le devoir d'une paire de gans comprenant la (seigneurie) directe et tous les droits de justice sur les villages de Gajac, Bosc et Magudas, la propriété du château, bâtiment, terres, domaines, moulin à eau et foulon et vacans enclavés dans les confrontations portées dans une transaction passée avec la Ville… le tout quitte et franc de tous les arrérages des susdites rentes dûes audit titre d'hommage jusqu'à ce jour.

Ladite vente est faite pour 200 000 Livres... Savoir ce qui relève des jurats 100 000 Livres... Madame de Basterot paya comptant 140 000 Livres et promit de verser le solde dans le délai de 6 mois. L'enregistrement de cet acte coûta 241 Livres à Duprat, notaire à Bordeaux. La prise de possession eut lieu le 24 décembre par Marc de Foucher, écuyer et praticien « par su libre entrée dans ledit château, l'église de Saint-Médard, le susdit moulin (de Gajac) le local où se distribuent les justices, fonds et domaines ».

Le curé de Mérignac décrit comme suit les honneurs dus dans l'église au Seigneur haut justicier « je me transportais à la grand porte revêtu de l'aube et de l'étole je lui présentai l'eau bénite. Je les accompagnais (les Jurats) dans leurs bancs et au prône j'exhortais le peuple à prier pour ces Messieurs que je nommais séparément » (État-Civil Mérignac, 24 octobre 1762). Mme de Basterot appartenait à une riche famille parlementaire qui avait contracté des unions avec d'importants personnages; c'est ainsi que le 14 may 1770 fut signé le contrat de mariage de haut et puissant Joseph Marie, vicomte de Ségur, chevalier, guidon des gensd'armes de la garde ordinaire du Roy, fils du haut et puissant Seigneur Joseph, comte de Ségur, chevalier, vicomte de Cabanac, baron d'Arsac et de Belfort, et en partie de Parempuyre, etc. et Catherine de Basterot, fille de Messire Gabriel de Basterot, chevalier, conseiller du Roy en la Grand Chambre du Parlement de Bordeaux, seigneur de Valeyrac, Gadet et de la maison noble de Dignac et autres places ». Ce Ségur sera héritier universel des biens de son père sous la réserve de la légitime de droit et coutume pour son frère puîné et encore de 80 000 Livres à prendre sur l'universalité des biens. Sa mère lui donne la moitié de ses biens propres et en outre 100 000 Livres en avancement d'hoirie. Ségur père et mère nourriront et logeront les futurs époux, cinq valets et domestiques ainsi que les enfants à naître du mariage. Ils leur feront en outre une rente annuelle de 5 000 Livres. Basterot donne 400 000 Livres de dot à sa fille et sa femme 50 000 Livres à prendre sur leurs biens présans et à venir mais seulement après leur décès. En attendant, ils leur feront une rente de 8 000 Livres pour les ayder à s'entretenir honorablement et suivant leur rang et condition. Enfin, pour l'achat des bijoux et pierreries le futur donne 10 000 Livres à Mlle de Basterot qui en disposera à son plaisir et volonté, pour ce qui elle trouvera à propos. En outre, il lui fera une rente de 2 000 Livres par an sa vie durant.

Tous ces hauts personnages si riches étaient exempts d'impôts, comme appartenant à la noblesse. Aussi, la colère augmentait contre ces privilégiés qui ne participaient pas aux charges du Royaume et ce sera là une des causes de la Révolution, peut-être la principale. Enfin, à la suite de la vente du 22 décembre 1786 est effectué l'inventaire du mobilier du château de Gajac dont voici quelques extraits :

L'inventaire du mobilier du château de Gajac, en 1786.

Voici quelques extraits de cet inventaire effectué à la suite de la vente du 22 décembre 1786 :

Vases sacrés et ornements nécessaires au service divin dans une chapelle domestique : 250 Livres

18 lits dont 4 de maître, 4 pour femme de chambre, 1 pour le régisseur : 1 000 L

Batterie de cuisine : 100 L

4 fusils... vaisseliers : 50 L

18 armoires, 6 bureaux certains très anciens, une douzaine et demie de draps de lits, torchons etc. : 624 L

18 boisseaux de bled d'Espagne, 16 boisseaux de seigle, 3 boisseaux de millet : 276 L

1 âne, 1 cheval blanc, une paire de bœufs de 8 ans, 4 vaches, 200 brebis : 2 100 L

Colombier : 150 paires de pigeons : 120 L

20 paires de chapons, poules et poulets : 30 L

2 met de pressoir en chêne avec leurs trappes et vis en fer : 500 L

3 cuves faisant ensemble 10 tonneaux cerclés en bois : 180 L

Douils, entonnoirs, panniers de vendange : 110 L

Les bois pour faire deux roues de moulin et deux cuves qui écouleront chacune 10 tonneaux : 300 L

8 barriques de râpe pour les valets : 24 L

4 charrettes de foin : 110 L. - Total : 6 600 L

Arrérages des lots et ventes et droit d'indemnité à réclamer sur le moulin à poudre de Saint-Médard, fixés à la somme de : 13 400 L. - Total général : 20 000 L.

[à titre approximatif, 1 livre de 1786 = 11,5 € de 2007]

Peu de temps après avoir pris possession du château de Gajac, Mme de Basterot demanda à l'Archevêque de Bordeaux d'avoir une chapelle en sa demeure « supplie humblement Marie Daugeard, veuve de M. Barthélémy de Basterot, conseiller au parlement, ayant acquit de M. de Montaigne la terre et château de Gajac, sollicite une grâce dont les précédents possesseurs ont toujours joui : d'avoir une chapelle domestique vu l'éloignement de l'église et les difficultés de passer dans des chemins couverts de sable. Supplie de bien vouloir faire constater l'état de la chapelle et d'accorder le renouvellement de la permission ». Signé Daugeard de Basterot.

Voici la réponse : Vu la présente nous sommes transportés au château de Gajac et avons constaté que la chapelle est â l'extrémité des bâtiments sans communication extérieure. On y parvient par une petite cour fermée qui ne sert à aucun usage... La chapelle qui nous a paru grande est en bon état... Elle est ornée de plusieurs beaux tableaux. Celui de l'autel représente le Sauveur méditant sur les instruments de la Passion. Les autres qui sont plus précieux représentent la descente de Croix, l'Adoration des Mages et Jésus enseignant dans le Temple. Il y a aussi plusieurs petits tableaux de dévotion et un bénitier. Sur l'autel, est un crucifix de cuivre argenté, il y a deux flambeaux, une pierre sacrée recouverte de 3 nappes, un missel et un calice qui quoiqu'antique est encore en bon état d'argent en son entier. 3 aubes, 2 cordons, 12 purificatoires, 1 paire de burettes en verre avec la cuvette en faïence. J'estime que la permission peut être accordée. Fais le présent procès verbal, le 17 mars 1787. Signé Camiran, Vicaire Général. Il est à remarquer que Mme de Basterot n'invoque pas à l'appui de sa requête, l'impossibilité de franchir la jalle au moment des crues.

Et, cependant le 29 janvier 1735, on avait dû ensevelir dans le cimetière d'Eysines une femme de la paroisse de Saint-Médard « à cause de l'inondation ». Peut-être l'interruption du passage de pied et de cheval ne survenait-elle que dans les très fortes crues et par suite rarement ? Puis, le 4 juillet 1788, Mme de Basterot fait dresser le procès-verbal de visite des bornes et limites des terres de Corbiac, Gayac et Saint-Médard ce qui conduit à indiquer les limites de la Seigneurie de Gayac ; elle était bornée au Nord par la jalle, à l'est par la Seigneurie du Thil (les Ardileyres, terrain creusé de grands trous par l'extraction d'argile de chaque côté du chemin du Thil, un peu avant le passage à niveau du chemin de fer économique, appartenaient à Gajac) avec cette particularité que les terrains compris entre les fossés de Gamarde, du Dehez et la Jalle étaient des propriétés particulières (parmi lesquelles se trouvaient deux prairies appartenant au Seigneur de Gajac) dépendant toutes de la seigneurie de Gajac, au Sud par la limite de la paroisse de Saint-Médard dont la séparaient les landes ou vacans de Bosc et Villenave ; à l'Ouest, par la Seigneurie de Corbiac, fossé de la banlieue entre deux ? Le fossé passe à l'est de Corbiac, descend à l'Ouest du Poujeau du crabey ou de Roux à Pudovüs, traverse la propriété Chaumet -Superville, arrive au pas du Riou de la Janette ainsi dénommée au XVIIème siècle (remplacé depuis la guerre de 1914 par un pont de pierre sur le chemin de Berdus et se jette dans la Jalle un peu en amont du moulin entre notre jardin et la terre affermée à Marchanseau-Dupuy. Mais les évènements révolutionnaires démolissent l'état des choses existant et à la matrice du rôle de la contribution foncière dressé par les Officiers municipaux de la paroisse de Saint-Médard pour fixer la somme à supporter en 1791, on lit : Section A du levant ci-devant Gajac, Art. 4 la Dame Daugeard, veuve du Seigneur de Basterot, portée par 55 articles faisant une contenance totale de 277 journaux et donnant un revenu total de 3785 L.

Une note des archives fait connaître l'état des différentes cultures : Prés : 19 journaux - Bois taillis : 116 journaux - Vignes : 18 journaux – Landes : 7 journaux - Terres labourables : 28 journaux - Maisons et Jardins : 14 journaux - Pins : 18 journaux - Brulière ou aubarède : 5 journaux - 2 moulins affermés : 2 000 Livres (Caupian 400 L Gajac 1 600 L)

La note ajoute : quant aux rentes viagères et perpétuelles de la municipalité de Saint-Médard n'en connaît pas attendu que les titres ont été mis sous scellé. Enfin, la veuve Basterot ne jouit du Moulin de Caupian que depuis le commencement de la présente année (1798). En effet, le 11 juin 1792, la municipalité écrit aux membres du district à Bordeaux que la veuve Basterot a émigré, qu'elle a fait dresser l'inventaire de son mobilier et de ses fonds. Ramond, homme d'affaires du château est mis comme gardien. Le 11 janvier 1793, Mme de Basterot et son gendre de Ségur furent portés sur la liste des émigrés ce qui entraîna la confiscation de leurs biens. On dressa un deuxième inventaire le 30 nivose An II, à la requête d'un commissaire envoyé par le District.

Le citoyen Maire fut invité à convoquer le conseil général de la Commune de Saint-Médard en Jalles par 3 heures a procédé à la nomination que notre mission les indique. Jean Laporte, maire, André Ramond et Jean Montignac Officier municipal et Jean Lestage notable ont réuni les suffrages pour nous aider et se transporte en notre compagnie à l'effet de procéder à l'inventaire... » Il est semblable à celui dressé en 1792. La plupart des détails sont sans intérêt. A noter seulement :... 9°chambre de garde : un lit qui appartient au garde. 10° chambre dite de la justice : 2 lits composés chacun de deux matelas, une paillasse, un lit de plume avec traversin, contrepointe et rideaux assortis. Tenture en tapisserie de Bergame, un miroir, un buffet, deux tableaux représentant Thémis, déesse de la justice et Christ nu, paravent en toile. 11 ° Dans une tour attenant aux archives est deux fers pour les prisonniers. 14° chambre occupée cy-devant par la veuve Basterot. Un lit avec paillasse, deux matelas, un lit de plume, un traversin, rideaux gris le fond du dedans rouge. Une couchette, un paravent, chenets, trumeau de cheminée avec sa glace, un canapé, deux petites bergères, trois grands fauteuils de taffetas et de paille, une commode à quatre tiroirs avec une glace au dessus, un petit bureau peint en vert, deux petites tables à écrire, 5 écrans trois tableaux au dessus des portes et une tapisserie de laine à grands personnages. 15° cabinet de toilette dans une des tours : trois armoires, une table de nuit avec un pot de chambre, une chaise percée, un bidet, une grande cafetière, 1 poêlon de fer blanc, trois petites boites de toilette couvertes de damas rouge. 3 tableaux sur toile et un fauteuil ; à côté un petit salon à manger… Nous sommes descendus à la cave où il y a les barriques vides (elles étaient pleines lors du précédent inventaire). 5 mannequins à bouteilles les unes vides les autres pleines... Dans la chapelle, il y a 12 tableaux grands et petits, 10 chaises, un autel garni de 3 nappes, un mauvais tapi. Dans la chambre dite des Archives est une armoire avec 121 assiettes de grès, 72 de porcelaine, 7 soupières de fayance, 39 tasses, 3 teyeres, 16 petits verres à pied en cristal, 1 calice d'argent et 2 chandeliers arentés etc. Plus dans une des tours, celle du couchant, est des vieux papiers qui sont des titres du procès concernant la ci-devant noblesse et les droits cy-devant féodaux et comme leur volume est fort grand, y ayant au moins une charetée nous avons mis le scellé sur la porte d'entrée. Nous avons établi pour séquestres les citoyens Jean Coiffard, logé près de la barrière dudit château et Pierre Turon, logé à La Gurgue (archives municipales Q 805). Les fonctions de ces séquestres ne devaient pas être une sinécure car en outre de la surveillance du mobilier, il fallait assurer celle de 2 000 faissonnats, 2 000 bourrées qui se trouvaient au levant du château, de 173 brebis avec 30 agneaux formant le troupeau, 20 barriques de vin logées dans le chai situé près de l'écurie. À côté des bourrées et des faissonnats, il y avait 400 pierres de taille qu'on pouvait subtiliser moins facilement que tout ce qui avait été inventorié. Il est probable que les archives furent détruites, incendiées devant le château d'après une tradition un peu vague.

L'inventaire de fonds des émigrés n'en fait pas mention, mais il faut reconnaître que cet inventaire n'est pas terminé. Sous cette réserve on peut admettre que les haines séculaires contre les droits seigneuriaux, avivées encore si possible par la perte des procès engagés à diverses reprises par les habitants, ne pouvaient laisser passer cette occasion si favorable de mettre à néant ces vieux terriers. Le mobilier fut mis en vente à partir du 17 germinal An II ainsi que le constate le procès verbal signé Laporte maire, Dugay, Ramond, officiers municipaux, Bérard agent national, Antoine Coulomb commissaire » le 17 germinal an second de la république une et indivisible, le conseil général de la commune de Saint-Médard en jalle assisté par le commissaire nommé par ladite municipalité a procédé et assisté à la vente des effets mobiliers de la veuve Basterot émigrée et s'est rendu au lieudit Lamothe Gajac... Parmi les acquéreurs figurent des habitants de Saint-Médard. Maizonnobe, aubergiste, achète 6 chaises en bois pour 6 Livres, un petit lit à baldaquin 67 Livres, une table de nuit et un bidet 8 Livres 10 sols. Dugay est acquéreur d'un lit à lange pour 162 Livres. Castaing André achète 6 chaises de bois qu'il paie 16 Livres 10 sols et un fauteuil qui lui coûte 10 Livres. Delmestre achète deux plateaux avec 12 tasses et soucoupes 17 Livres. Benezet un grand lit 215 Livres. Béchade se contente d'un tableau représentant pierre pour 1 Livre. La vente fut suspendue le 20 germinal pour permettre aux habitants de fêter les 80 volontaires qui lui avaient été adressés par le Général Darnaud et renvoyée au lendemain matin 9 heures. Il est probable que cette vente ne devait pas avoir beaucoup de succès car le 21 nivose an II, la municipalité envoyait au district un état approximatif des effets mobiliers restant. On y trouve : 1 paire de bœufs estimés 1 000 Livres, 4 vaches 800 Livres, 130 brebis, moutons ou agneaux 2 000 Livres, 6 barriques de râpe 120 Livres, 2 charettes de paille 24 Livres, 2 petites cuves d'environ 3 à 4 tonneaux 600 Livres, 6 bastes12 Livres, 2 comportes 10 Livres, 2 gargouilles 30 Livres, 2 trappes et une vis de fer 250 Livres, 4 peles de bois 4 Livres. Le cheptel et les vaisseaux vinaires n'avaient pas trouvé preneurs.

Que se passa-t'il par la suite ? Chacun des documents contenus dans le dossier de Mme de Basterot compris dans les biens des émigrés (archives départementales Q 805) ne l'indique. Il est certain que le château ainsi que les dépendances furent visités minutieusement, de fond en comble par des gens dont l'hostilité à l'égard du seigneur était certaine aussi peut-on penser que s'ils avaient découvert quoique ce soit qui pût lui être imputé ils n'auraient pas manqué de le signaler. Or rien de tel ne figure dans l'un ou l'autre des deux inventaires. Il ne reste du mobilier seigneurial que les trois tableaux au dessus des portes qui se trouvaient dans l'appartement de Mme de Basterot. Les tableaux faisant corps avec la boiserie, on aurait dû arracher celle-ci pour les emporter et c'est peut-être par cette raison qu'ils sont encore à la même place ou les ont vus les auteurs des deux inventaires. L'un deux représente un homard sur un plat rectangulaire à bords sinueux orné d'un large filet bleu foncé sinueux lui aussi, le second un paysan une faucille à la main en train de faire la moisson, coiffé d'un feutre noir à larges bords comme en portait mon arrière grand-père, vêtu d'une longue veste noire. Le peintre devait être un amateur à en juger par certaines fautes notamment dans la perspective.

Grâce à ces tableaux on peut se rendre compte que l'appartement de Mme de Basterot était situé dans le corps de logis tourné vers le midi et certainement fort agréable par son exposition du côté du soleil. Les boiseries qu'on y voit, ainsi que dans d'autres pièces, les manteaux de cheminées, les ferrures datent du XVIIIème siècle. D'autre part, des quatre corps de bâtiment entourant la cour intérieure, trois furent élevés d'un étage au XVIIIème siècle. Et de grandes baies modernes remplacèrent les fenêtres à meneaux. Une pierre sculptée provenant de ces fenêtres était encastrée dans le mur en moellons de la grange à foin du moulin. L'immense muraille qui entoure l'enclos du château fut bâtie vers 1700.

Par conséquent de grands travaux furent effectués au château de Gajac vers la fin de l'ancien Régime. Qui les commande ? Les demoiselles de Montaigne ou Mme de Basterot ? Cette dernière possédait une grande fortune, était entourée d'un important personnel domestique (maître d'hôtel, homme d'affaires, garde etc.) ; on peut supposer qu'elle avait fait de grands projets de construction, arrêtés par la Révolution, comme le prouvent les 400 pierres de taille qui se trouvaient près du château en 1792. Il est donc très probable que la restauration du château La Mothe Gajac fut faite par ses ordres entre 1787 et 1791 mais on ne connaît pas de document relatif à cet important travail. Il faudrait parcourir le livre de dépense des domaines de Gajac et autres en Médoc de 1786 à 1790 pour être fixé à ce sujet (fonds des émigrés archives 803 à 807).On lit dans le procès verbal de visite de la chapelle daté du 17 mars 1787 « on y parvient par une petite cour fermée de murailles qui ne sont à aucun usage » c'est la cour quadrilatérale dont fait déjà mention l'inventaire de 1574.

Actuellement, cette cour est fermée non par des murailles mais par des locaux d'habitation bâtis postérieurement à 1787, tous par Mme de Basterot. Le « livre de dépense » qui est aux archives fournirait peut-être des détails intéressants sur ce point. Les biens de Mme de Basterot, émigrée, furent confisqués et mis en vente au profit de la Nation. Pour attirer les acquéreurs on les morcela comme suit : le château avec l'enclos attenant, 33 parcelles de diverses natures, le moulin de Gajac, celui de Caupian enfin le Castéra. Cambon acheta le château avec 75 journaux attenants et 21 parcelles, Sérizot en acquit 5, Bénézet le même nombre (Bénezet avait acquis la métairie des Augustins à Bos en 1791). Le château estimé à 20 000 Livres monta à 91 500 Livres. Le montant total des acquisitions de Cambon s'éleva à 119 900 Livres contre une estimation de 22 420 Livres ; mais il y a lieu de tenir compte de la dévaluation de l'Assignat entre l'année d'estimation et la vente.

D'Hirribaren devint propriétaire du moulin de Gajac, le 4 messidor an IV, et Roche, déjà possesseur du domaine de Belfort, acheta le moulin de Caupian le 27 frimaire an IV ; enfin, Chotard eut pour lui le Vieux Castéra. » Tous ces individus, écrit Marion, étaient des spéculateurs bordelais activement mêlés à toutes les affaires auxquelles put donner lieu la vente et l'affermage de biens nationaux. La petite propriété ne trouva aucune occasion de se développer par le fait des ventes nationales. Les bordelais s'emparèrent de la plus grosse part et éliminèrent l'élément local. » C'est seulement au XVIIIème siècle que ce dernier acquit peu à peu toutes les parcelles ayant fait partie de l'ancien domaine seigneurial. Marion note que plusieurs des acquéreurs habitaient rue Saint-Rémi tout à côté les uns des autres ce qui est une raison de plus pour croire que ces gens-là opéraient de concert : par exemple le 4 brumaire an IV, Cambon revendit à d'Hirribaren une partie des biens qu'il venait d'acquérir. On peut se demander si c'est par crainte que les paysans n'achètent aucune terre seigneuriale. Peut-être, car ils s'étaient comportés autrement lors de la vente du mobilier confisqué. Faut-il supposer que les objets ainsi acquits pouvaient facilement se dissimuler alors que les immeubles ne risquaient pas de passer inaperçus ?

Dans les pièces produites au sujet de l'indemnité payée aux émigrés en 1825, appelée quelquefois le milliard des émigrés, on voit que les biens vendus par la Nation et appartenant à Mme Veuve de Basterot née Daugeard produisirent 1 679 771 Livres. Par arrêté du conseil de préfecture de la Gironde du 5 septembre 1825, l'indemnité revenant aux héritiers fut fixée à 1 036 832 Livres mais il y eut des suppléments. Les héritiers de Mme de Basterot, de M. le Comte et de Mme la Comtesse de Ségur Cabanac étaient : M. de Ségur de Bellot, de Ségur Cabanac et Mme de Ségur, vicomtesse de Vershamon. (Série Q 1173 Lettre S). Le 19 floréal an III, Cambon fut mis en possession de son nouveau domaine par le conseil général de la commune. Peu de temps, après se produisit un événement comique auquel il ne s'attendait pas : le 17 thermidor sur plainte les Officiers municipaux Delmestre et Lasserre, firent arrêter Labuzan dit Pignon de Corbiac surpris en train de voler du bois selon une attitude invétérée des gens de ce village; mais Pignon ayant déclaré qu'il « se foutait de la Loi » a tellement aggravé son cas « qu'on décide qu'il sera désarmé et conduit à la prison de Gajac ». Aussitôt, le citoyen Bahr (il habitait à Corbiac une maison qui appartenait dernièrement à Giraudeau, dit gros Lucire, puis à son gendre Faugeroux ; elle est située tout à côté du mur de clôture de notre propriété. La porte d'entrée est cintrée), commandant de la garde nationale en compagnie de Martin Delomme, Rauzan sergent et Thomas Marchanseau, volontaire, conduisent le délinquant au château de Gajac où ils trouvent le citoyen Cambon se prélassant dans son nouveau domaine. Ils demandent la clé de la prison à Cambon mais celui-ci peu désireux de loger l'indésirable personnage répond « que la clé n'était pas en son pouvoir ». Les représentants de la force publique très embarrassés par cette réponse, reviennent avec leur prisonnier au Temple de l'Être suprême où siègent les officiers municipaux qui décident « comme la commune n'a aucune maison publique pour la détention des coupables nous l'avons renvoyé avec ordre de se rendre à première réquisition. » Et l'un deux, Delmestre, donne 10 sous pour sa journée à cette forte tête. Quelques jours plus tard, Pignon reconnaît sa faute devant le conseil général et celui-ci décide « vu sa nombreuse famille d'en passer par ce qui a déjà été fait et que le prochain jour ou la garde nationale sera réorganisée, ses armes lui seront rendues si jusqu'alors il n'y a pas d'autre plainte contre lui ». La prison seigneuriale de Gajac était définitivement désaffectée. La Seigneurie de Gajac avait fini d'exister.

Domaine des R.P. Augustins à Bos : le couvent des Augustins de Bordeaux possédait un domaine dans la Seigneurie de Gajac ce qui est cause qu'il en est question ici. En 1681, une dame Lamassigue leur fit donation d'une métairie (estimée par les experts nommés par le Juge lorsque le Syndic du couvent en prit possession à 3 000 Livres), moyennant une pension alimentaire de 200 Livres par an. D'après la déclaration du prieur des Augustins à la municipalité de Bordeaux ce bien consistait, au moment de la Révolution, en une maison de maître avec son jardin, cuvier avec trois cuves, pressoir, logement du paysan, écuries, granges, une paire de bœufs, 10 vaches et un taureau dont la moitié appartenait au paysan, avec un petit jardin devant le portail et la maison. La contenance était de 90 journaux dont 33 en un enclos planté de vigne en grande partie, le reste en bois-taillis ou terres donnant 9 à 10 boisseaux de seigle par an. M. Buffault (Revue Historique 1935, p.149) écrit au sujet de cette propriété : les religieux ne s'occupaient guère des bois comme on va le voir. Le Maître des Eaux et Forêts Martin fit une visite détaillée des pièces de taillis au cours de laquelle il rappela au père Prieur les dispositions de l'ordonnance prescrivant l'aménagement des bois des ecclésiastiques. Mais le pauvre religieux, éberlué, lui répondit qu'il ne savait pas ce que c'était qu'un aménagement forestier. Toutefois, il obtint peu après l'autorisation de couper 3 arpents de futaie (1 Ha 50) situés dans l'enclos de la maison de Bos. Cette propriété devenue bien national comme étant bien du Clergé, fut vendue au profit de la Nation et acquise par cavalier Bénézet le 3 mars 1791, le prix de vente fut 36 900 Livres sur une estimation de 23 000 Livres. Cet acquéreur la possédait encore en 1815. Depuis lors elle a été morcelée. Le portail en pierre en forme d'arcade, unique dans la région, qui donnait accès à la maison s'est effondré il y a quelques temps. La maison de maître à un étage devant laquelle un grand jardin descendait vers le fossé faisant séparation de la Seigneurie de Gajac et de la prévôté d'Eysines est fort délabrée, une prairie a remplacé le jardin. Rien ne rappelle plus la métairie des Révérends Pères Augustins.

La Confrérie de Gajac et Bos possédait le droit de paduentage (pacage) ailleurs que dans les landes du Thil, de Corbiac, de Magudas, de Mérignac (depuis Capeyron jusqu'à Martignas et plus loin jusqu'à la limite de Lanton). Le 14 juillet 1467, Jean de Foix, comte de Candale et de Benauge, donna à bail aux habitants de Gajac et de plusieurs autres villages de Saint-Médard les terres et bois que l'on a appelé pour cette raison fief de Candale, moyennant 30 sols bordelais de redevance annuelle et 5 sols d'exporle à nuance de Seigneur ou d'afferat. Le bail fut renouvelé à Gajac le 12 novembre 1606, par Pierre Dauch, procureur de Louis de la Valette, duc d'Epernon. Le duc par son mariage avec Marguerite de Foix Candale en 1587 avait hérité des biens considérables qui appartenaient à cette antique maison. Plus tard, le23 juillet 1775, le duc de Polignac renouvela le même bail. Pour accéder à Candale, le bétail suivait une large passe qui commençait à Berdus, se dirigeait droit à l'Ouest au travers du domaine de Lafon et passait ensuite à Bel Air. Le chemin de Berdus, depuis le pont construit sur le ruisseau de la Jeanette subsiste mais la largeur en a été diminuée voici une quarantaine d'années.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.174-181.

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