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Magudas.

Autrefois, une route toute droite franchissait la Jalle et menait directement au centre de Saint-Médard. Dans les années 1939-1940, de nombreux terrains ont été expropriés pour permettre l'extension de la poudrerie ou le « moulin », comme disaient les anciens : c'étaient les vignes et les terres les plus fertiles que possédaient les habitants de Magudas. La route a été fermée et les gens de ce village se sentirent encore plus isolés, encore plus rejetés du centre. Il fallait désormais contourner quatre cents hectares, soit en passant par Corbiac, la route « noble », celle qu'on empruntait pour les événements familiaux (baptêmes, mariages, obsèques), soit en passant par Caupian, circuit plus court mais moins apprécié.

Les routes d'alors n'étaient pas goudronnées mais seulement gravées ou en terre et parsemées de nombreux trous et ornières : « On pourrait y faire couver les poules » plaisantaient les anciens. En pénétrant, dans le village, on voit des maisons longues et basses : les échoppes girondines, toutes identiques, qu’un potager agrémenté de quelques fleurs séparait de la route. À présent, un carré de gazon le remplace. Dans les années 1910-1920, les familles les plus aisées ont refait la façade de leur maison qui était entièrement bâtie en pierre de Caupian jaune, friable et riche en fossiles. Elles l'ont surélevée et reconstruite en pierre de taille sculptée.

Pendant la première moitié du siècle, il n'y a eu que peu de constructions nouvelles. Depuis 1968, deux grands immeubles de quatre ou cinq étages bâtis sur l'ancienne sablière dominent les maisons anciennes. Ils sont assez peu accueillants, au contraire de l'autre cité H.L.M. du village, « les Sablons » construite aussi en 1968 et constituée de petites maisons basses aux toits en terrasse. Plusieurs cités pavillonnaires s'étendent maintenant au sud et à l'ouest du village : le Vignalot, le Parc de Magudas et le Domaine de la Forêt, ont considérablement augmenté la population.

Récemment, le centre a été élargi, transformé et embelli. Autrefois, il était à la croisée des chemins, devant l'alimentation générale-bureau de tabac-bar, chez Méan Lescarret. Pendant la guerre de 1940-1945, la croix de fonte sculptée fut cassée d'un coup de sabre par un sous-officier allemand ivre qui avait fondé une famille dans le village. Les habitants s'en sont plaints et on n'a plus jamais eu de nouvelles de l'officier allemand « Lutz » envoyé sur le front russe. Pour les Rogations, cette croix restaurée était magnifiquement fleurie et ornée de plantes vertes que les habitantes apportaient. La procession allait de ferme en ferme où de petits reposoirs étaient disposés. La commune a acheté les terrains derrière la croix : un potager et un étendoir. Elle a ainsi pu aménager la place mais la croix a dû être déplacée. Elle est maintenant reléguée dans un angle, près des « Cidex ». Tous les ans pour Pentecôte la place se couvre de manèges et attractions diverses. C'est la fête votive qui a survécu à toutes les péripéties du siècle. Sous la houlette de Jean Rinco, des jeux sont organisés pour les enfants ; les concours de belote, de pétanque et le vin d'honneur attirent beaucoup de monde.

Tout près se trouve l'ancienne école. C'est une simple maison d'habitation devant laquelle s'étend une cour ombragée par deux marronniers et des robiniers centenaires. Dans les années 1945-1950, l'instituteur M. Carrié incitait ses élèves à cultiver un potager. Les enfants vendaient à leurs parents les légumes ainsi que les lapins qu'ils élevaient et, avec l'argent, ils faisaient des voyages. Ils sont allés à Lacanau, à Etsaut dans la vallée d'Aspe. La nouvelle école a aussi pour origine une ancienne maison d'habitation achetée par la mairie en 1951. Elle a longtemps servi de logement de fonction et abrite maintenant une bibliothèque et divers bureaux et salles dépendant de l'école. D'abord, sur l'emplacement d'anciens étendoirs, deux classes ont été construites, chacune flanquée d'un préau. En 1955, une cuisine, un réfectoire et deux autres classes ont été bâtis. En 1968, ce sont six nouvelles classes qui ont été nécessaires pour accueillir les enfants des deux cités H.L.M. Comme les constructions avaient pris un peu de retard, trois classes étaient provisoirement logées sous des grandes tentes de l'armée installées en face de l'école et trois autres classes, soit quatre-vingt dix élèves, partaient chaque matin dans un bus plus que vieillot et s'installaient dans l'ancien réfectoire désaffecté de la poudrerie près du centre de Saint-Médard. La verrière du toit ayant depuis longtemps perdu son étanchéité, il fallait, au gré des averses ou des rayons de soleil, déplacer les bureaux. Des demi-cloisons en contre plaqué séparaient les trois salles. Les instituteurs avaient établi ensemble leur emploi du temps : si l'un d'eux parlait, les deux autres profitaient de la leçon, mais devaient obligatoirement faire en même temps un travail silencieux.

L’achat par la mairie de la propriété Baudrous a permis de loger dans la maison les trois classes déplacées. En même temps, la maternelle a été construite, la grange a été aménagée en salle polyvalente et des terrains de sport créés sur l'espace attenant. La construction de l'école de Corbiac en 1976 a allégé considérablement l'effectif scolaire de Magudas. Les salles de la maison Baudrous ont été libérées. Le centre social s'y est installé avec annexe de la mairie, halte-garderie, centre d'aide aux devoirs et diverses animations très appréciées par la population.

Magudas s'est beaucoup transformé tout au long du siècle. En 1900, une cinquantaine de familles (environ deux cent cinquante personnes) l’habitaient ; la plupart d'entre elles exerçaient le métier de blanchisseurs. Les lavoirs en bois étaient construits le long des deux ruisseaux qui traversent le hameau venant des landes de Mérignac. Tous les lundis, les charrettes bâchées qui ressemblaient aux chars du Far-West partaient livrer le linge propre à la bourgeoisie bordelaise ou aux hôtels et ramenaient le linge sale entassé dans des sacs. Magudas était vraiment le village des blanchisseurs. Comme le blanchissage donnait beaucoup de travail mais rapportait peu, il fallait, dans chaque maison, un complément de revenus. C'était le plus souvent le chef de famille qui avait un second emploi : soit il travaillait au « moulin », il était « poudrayre », soit il exerçait une activité agricole ou sylvicole et parfois les deux. Les ouvriers de la poudrerie aidaient avant et après leur activité aux travaux du blanchissage. Quant aux autres, après avoir consacré le lundi et le mardi au lavage du linge, ils travaillaient le reste de la semaine dans les champs, ils élevaient deux ou trois vaches laitières, entretenaient et exploitaient la forêt toute proche. À partir du printemps, les vaches étaient conduites dans les forêts communales où seul leur pacage et celui des moutons étaient autorisés, mais pas celui des chèvres. Dans chaque maison, on essayait de vivre en autarcie : on entretenait une petite vigne, on cultivait quelques légumes, on élevait des volailles et surtout le cochon que l'on nourrissait avec « l'eau grasse » (l'eau de vaisselle) et les débris de légumes. Au printemps, on allait couper les jeunes pousses de fougères et les « aoudous » (les asphodèles) que l'on faisait cuire dans la « peyrole » (la chaudière). À l'automne, le porc était engraissé avec les petites pommes de terre et les glands, avant d'être abattu durant l'hiver.

Un certain climat familial régnait dans le village. Les gens s'entraidaient beaucoup pour les vendanges, la « tuaille » du cochon et la fenaison et un banquet clôturait les journées de labeur. Plusieurs fours à pain permettaient aussi de se retrouver et de papoter pendant la cuisson. Chaque famille avait un « chaffre » ; on connaissait beaucoup plus les gens par leur surnom que par leur nom.

Deux ou trois fermes se consacraient entièrement à l'élevage laitier et y ajoutaient une activité liée à ce travail : le commerce du bétail, la vente du lait au porte-à-porte. Les « laitiers » passaient aussi au petit matin dans chaque fermette pour recueillir le supplément de celui qui n'était pas consommé sur place et allaient le vendre en ville.

Trois artisans, toujours à temps partiel, étaient installés à Magudas : un coiffeur, un menuisier qui fabriquait les épingles à linge et le « carassounayre » qui débitait les acacias pour faire les carassons (piquets de vigne) nécessaires aux besoins locaux. L’arrivée des fibres synthétiques et des machines à laver a sonné le glas des blanchisseurs. Les jeunes n'ont pas repris le métier de leurs aînés et, peu à peu, les « ruisseaux » (lavoirs) sont devenus silencieux. Une exception cependant : Roland Lurine a créé une blanchisserie industrielle « Jall'Matic » au village. Elle emploie maintenant environ trente-huit personnes qui lavent et repassent, surtout du linge de location. C'est la seule entreprise du quartier.

Quelques événements ont marqué Magudas. D'abord, les deux grandes guerres qui ont endeuillé plusieurs familles. Aucun ancien n'a oublié les bombardements de « Beau Désert », du camp de Souges, de la poudrerie, ni les explosions des dépôts d'armes d'août 1944 qui ont provoqué l'évacuation du village au départ des Allemands. Les familles entassées sur les charrettes se sont réfugiées au bord de la Jalle à Estigeac ou à Martignas. Beaucoup se souviennent aussi de « l'homme nu », Dans les-années 1941-1942, il hantait la forêt autour du village, s'approchait des habitations et disparaissait mystérieusement dès qu'on le recherchait. Un sentiment de frayeur s'était emparé de la population composée surtout de femmes, d'enfants et de vieillards. La clef de l'énigme n'a été conque qu'à la Libération : il s'agissait d'un prisonnier de guerre russe évadé du camp de Caupian que certains anciens du village abritaient et nourrissaient à l'insu de tous pendant la nuit. Un lundi, caché entre les sacs de linge dans une charrette de blanchisseur, il a pu gagner le quartier Saint-Pierre à Bordeaux où il a été pris en charge par la Résistance. Tout cela paraît très loin maintenant, comme les robes longues de nos grands-mères, les vêtements maintes fois rapiécés et ravaudés, le pain pendu à une ficelle pour ne pas que les rats le mangent dans la masure du Baret, le tambour de Fernand de Pétiète qui appelait la population pour les incendies ou les attaques des criquets en 1945. Le village de Magudas est devenu le quartier de Magudas. Tout un symbole. C'est l'ouverture vers le XXIème siècle.

Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Magudas, par Renée Monchany, p.157-161.

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