Accueil
Le Canton
Blanquefort
Eysines
Parempuyre
Le Pian-Médoc
Ludon-Médoc
Macau
Saint-Médard-en-Jalles
Le Haillan
Le Taillan-Médoc
Saint-Aubin-de-Médoc
Bruges
-------------------------------
-------------------------------
Mode d'emploi
-------------------------------

Lettre d'information




Joomla : Porte du Médoc

Rechercher sur le site

Un conflit autour de l'eau  : l’affaire de Cap-de-Bos.

Le 9 août 1874, lors de la séance du conseil municipal, un élu signale les études faites pour le jaugeage des eaux de la source de Cap-de-Bos par la ville de Bordeaux. Il attire l'attention du conseil sur l'intention de la ville de capter ladite source, ce qui causerait à la commune les plus grands dommages. Le conseil demande au maire d'avertir le préfet de l'opposition de la commune. Elle s'oppose, « par tous les moyens légaux en son pouvoir à ce que cette source soit détournée de la Jalle qu'elle alimente seule en été ».

Vingt-cinq ans après, en octobre 1899, le maire communique au conseil municipal l'arrêté préfectoral du 7 courant, prescrivant une enquête pour le captage de la source de Cap-de-Bos et nommant M. Brant, géomètre expert, commissaire enquêteur. Le dossier complet, traité avec les communes de Caudéran et du Bouscat, est joint avec notice explicative de la Société Lyonnaise, plans, devis, etc.

Après examen des pièces présentées, le conseil municipal, à l'unanimité, maintient sa protestation contre le captage de la source. Il dénonce tout d'abord l'accord avec les deux communes précitées, géographiquement mieux situées pour bénéficier des eaux de Bordeaux : « Saint-Médard n'a pas à satisfaire aux besoins primordiaux des villes, leurs puits valent les nôtres. »

D'autre part, la canalisation, du Haillan à Caudéran, posée sur le chemin de grande communication n°107, le plus fréquenté peut-être du département et encombré par les rails du tramway, rendrait cette voie tout à fait impraticable, particulièrement lors des réparations de conduites.

Ensuite, la quantité d'eau fournie gratuitement par la société d'exploitation, pour les besoins des établissements communaux, ainsi que le nombre de points d'eau pour les habitants, sont jugés insuffisants. Or « le sol de la commune est des plus ingrats, et si la population qui était de 3890 habitants en 1896 dépasse actuellement 4000, presque tous vivant à l'aise, ce n'est pas à son sol qu'elle le doit, mais bien à ses eaux qui alimentent les divers établissements, cultures et industries qui font sa richesse : les moulins, la poudrerie, le camp de Caupian, le champ de tir, le commerce du lait, les cultures maraîchères et enfin et surtout le blanchissage du linge ». On imagine mal les conséquences qu'aurait le captage de cette source, la seule qui demeure immuable dans son débit au cours des ans.

Un mois après, vu le nombre de signatures recueillies à la mairie par le commissaire enquêteur, vu les protestations de la poudrerie, du chef du génie, des médecins, pharmaciens et vétérinaires des communes de Bruges, Eysines et Blanquefort, le conseil municipal maintient totalement la délibération du 22 octobre 1899.

Cependant, en septembre 1900, la Société Lyonnaise des eaux fait procéder à de nouveaux sondages. Pour le conseil municipal, ces travaux ne peuvent être exécutés en vue du captage étant donné qu'une nouvelle enquête est en cours. Diverses études sont régulièrement faites dans la forêt de Candale. En septembre 1902, des dégâts sont causés par les agents de la compagnie, celle-ci verse à la commune une somme réparatrice en février 1903.

Mais à la fin du mois d'août a lieu l'enquête qui provoque à nouveau de vives protestations. Les mêmes arguments invoqués en 1899 sont effectivement repris. Il y est ajouté que « ce projet n'est qu'une entreprise financière n'ayant d'autre but que de rapporter le plus d'argent possible, en vendant l'eau fort cher aux riches habitants de ces communes (Caudéran et Le Bouscat), sans le moindre souci des intérêts du plus grand nombre, les pauvres ». Pour ces motifs, le conseil maintient sa position, en associant pleinement celles des docteurs Eyquem, Ferrier et Castaing, du commissaire enquêteur du maire, et insiste pour l'obtention de compléments d'enquête auprès des communes intéressées (Le Taillan, Blanquefort, Bruges) et du ministère de la Guerre. « En juin 1904, le maire Frédéric Delmestre annonce, au cours du conseil, le gain en première instance du procès de Cap-de-Bos. Le tribunal a déclaré par jugement du 25 mai que la Société Lyonnaise ne pouvait faire acte privatif de propriété sur la fontaine de Cap-de-Bos, sur les chemins qui y aboutissent et sur la Jalle. »

Au cours du conseil du 11 février 1906, le maire informe ses collègues que, par arrêt du 27 décembre 1905, la cour a confirmé le jugement du tribunal civil donnant gain de cause à la commune. Un décret d'expropriation pour cause d'utilité publique est toujours possible mais la Lyonnaise des eaux devra indemniser la généralité des habitants et réviser ses offres. Finalement, le 25 juin 1906, un décret déclare d'utilité publique l'organisation d'un service d'eau pour l'alimentation des communes de Caudéran et du Bouscat, au moyen du captage, du canal d'amenée et de la distribution des eaux de la source de Cap-de-Bos. « Le jugement d'expropriation ayant été rendu le 28 août 1907 », la Lyonnaise a fait, au maire, des offres concernant la valeur des terrains expropriés pour le passage de la canalisation, de la source à l'usine de Berdus (8 940 mètres). Enfin, on lit, dans les délibérations du 22 décembre 1907 : « L'affaire de Cap-de- Bos est terminée.

Le jury d'expropriation a condamné la Société Lyonnaise à payer aux ayants droit la somme de 55 000 francs pour prix de la source », quant aux terrains expropriés, pour le canal d'amenée à l'entrée de Candale, la question a été réglée à l'amiable. « La commune recevra la somme de 4 152 francs au lieu des 2 537 précédemment offerts. »

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 45-46.

joomla template