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La Grande Guerre.

Le 1er août 1914, la France décrète la mobilisation générale.

À Saint-Médard-en-Jalles, dans les camps militaires, les détachements des 144e et 57e régiments d'infanterie rejoignent Bordeaux pour être envoyés sur la Sambre. Au cours du conseil municipal du 23 août, on note l'absence pour mobilisation ou affectation à la poudrerie, du maire Henri Martin et des conseillers Firmin Montignac, Alexis Puyo et Charles Goubet.

Des mesures d'urgence s'imposent pour l'alimentation en pain de la commune. Faute de farine, les services de la préfecture débloquent cinq cents sacs de blé qui seront moulus par les deux meuniers restants. Ces fréquentes pénuries se perpétuent durant tout le conflit. Ainsi, en novembre 1918, soixante tonnes de pommes de terre, des haricots, des lentilles, des pâtes et du charbon sont encore attribués à la commune.

Un hôpital municipal est créé dans un local de la grand-rue du bourg mis à la disposition par le directeur du commerce l’Aquitaine, sous le couvert de la préfecture et des services de santé de la 18ème région militaire. M. William Martin est administrateur, M. Jules Ornon comptable. Sous la responsabilité des infirmières majors Mmes Macé et Feydit, des bénévoles, Mmes Maffart, Eyquem, Baquey, Chevallereau, Superville, Martin et sa fille Henriette, prodiguent des soins à une trentaine de blessés.

Avant de partir au front en novembre 1914, le maire Henri Martin tient, en faisant ses adieux aux conseillers, à leur demander de bien vouloir aider le plus possible Éloi Dugay, adjoint, qui va reprendre la direction de la commune.

Au cours du premier semestre de 1915, tandis que les troupes françaises lancent des offensives en Champagne et en Artois, l'État sollicite pour l'agrandissement de la poudrerie la location de terrains situés au lieu-dit Sesca avec promesse de vente ; cette dernière se concrétisera après la fin de la guerre. Il existe, à proximité du champ de foire, un petit atelier d'assemblage d'obus à main-d' œuvre essentiellement jeune et féminine. Les munitions sont entreposées à la poudrerie et dans la poudrière de Berlincan.

En février 1916, la bataille de Verdun éclate, des mesures sont à l'étude pour assurer une rigoureuse surveillance de la poudrerie. La circulation sur les chemins bordant l'usine, et en particulier le vicinal n° 8 qui relie Saint-Médard-en-Jalles au camp de Caupian, est supprimée, faisant disparaître de ce fait de nombreux débits de boissons. Il est également question de renforcer les sentinelles et les contrôles aux entrées, en particulier pour les ouvriers extérieurs à l'entreprise qui travaillent à l'agrandissement de la poudrerie.

Au moment de la mobilisation, l'effectif de la poudrerie est d'environ 1 900 personnes ; deux ans après, il atteint 8 500 dont 4 700 militaires mobilisés, 600 civils, 2 500 femmes, 600 Annamites. La population de Saint-Médard passe de 5 000 à plus de 12 000 habitants. En juin 1916, le service de santé de la région militaire décide la fermeture de l'hôpital municipal du bourg et de l'infirmerie installée depuis mars 1915 dans la salle de l'école de garçons de Sérillan.

La même année, l'offensive franco-anglaise sur la Somme et l'interminable bataille de Verdun sollicitent courage et vaillance de nos poilus. Pendant ce temps, le préfet de la Gironde informe notre municipalité « qu'il y aurait lieu, vu la durée imprévue de la guerre, de permettre les représentations de cinéma, concerts et fêtes mais de ne pas prolonger la fermeture des débits de boissons et cafés au-delà de vingt et une heures afin d'enrayer dans la mesure du possible les progrès de l'alcoolisme ».

Ainsi, jusqu'à la fin des hostilités, on relève dans les délibérations du conseil municipal des redevances payées sur les recettes des spectacles « pour les droits des pauvres » par Larroque et Larme pour le cinéma, par Moréno pour son cirque, par Courtay, Falet, Nerval pour le théâtre et par Mme Legoff pour les concerts. La circulaire préfectorale prescrit également de réglementer la prostitution, mais les membres du conseil estiment qu'il n'y a pas de mesure de préservation à prendre, la commune ne possédant ni maison de tolérance, ni maison de passe. Cependant, en raison du grand nombre de femmes employées à la poudrerie, « les mœurs sont relâchées et la débauche règne, mais la prostitution proprement dite n'existe pour ainsi dire pas ». Elle semble pourtant se propager puisqu'en 1917 les autorités militaires demandent un terrain pour la construction d'un local pour visiter les prostituées.

En mai 1918, notre municipalité refuse la création d'une maison de tolérance, mais en juillet le ministre de la Guerre en approuve une, spécialement réservée aux militaires...

En juillet 1917, le gouvernement américain choisit le port de Bordeaux comme base pour le transport et le ravitaillement de son corps expéditionnaire. Des Américains s'installent au camp de Souges en décembre, créent une infirmerie-hôpital de cinq cents lits, une école d'aérostiers, un camp d'aviation. Ils disposent aussi d'un important dépôt de matériel et de munitions à Moulin-Bonneau, desservi par un branchement ferroviaire de la ligne Bordeaux-Lacanau. Ils séjourneront jusqu'en juillet-août 1919.

Le 29 juin 1917, l'inspecteur de l'Académie de Bordeaux informe par écrit le préfet, qu'à Saint-Médard-en-Jalles « une classe provisoire a été ouverte le 3 novembre 1915, pour la durée de la guerre ». Cette classe a été installée dans un local de l'ancien café Bénazet qui ne réunit pas toutes les conditions d'hygiène exigées par les règlements, mais on n'en a pas trouvé d'autre. Mlle Martin y exerce, à titre provisoire, les fonctions d'intérimaire pendant toute la durée de la guerre, comme beaucoup d'autres jeunes filles.

Le 15 janvier 1918, le préfet de la Gironde accepte pour raison de santé la démission de M. Éloi Dugay premier adjoint, remplaçant le maire Martin mobilisé. Le 20 courant, le second adjoint Jules Delaube est appelé à remplir les fonctions de maire. Étant donné son âge avancé, l'éloignement de son domicile et ses occupations, deux conseillers municipaux sont désignés pour l'aider dans sa tâche, Jules Ornon et Firmin Montignac.

En plus des malheurs de toutes sortes causés par la guerre, la commune fut le théâtre de nombreuses épidémies : en juin 1915 rougeole et scarlatine, en juillet 1915 angine diphtérique, en août et septembre 1916 dysenterie et enfin dans les derniers mois de la guerre la grippe espagnole.

Le 11 novembre 1918, c'est l'armistice, la fin d'une hécatombe sans précédent dans l'histoire de notre pays. Le conseil municipal envoie à M. le président du Conseil « l'adresse » suivante : « Ce dix-sept novembre mil neuf cent dix-huit, les membres du conseil municipal de Saint-Médard-en-Jalles, réunis en séance ordinaire sous la présidence de M. Delaube adjoint, remplaçant M. Martin, maire mobilisé, adressent à M. Clemenceau, président du Conseil des Ministres, et à M. le maréchal Foch, généralissime des armées alliées, tous deux à jamais inséparables dans l'histoire glorieuse de notre France libérée, l'hommage de leur admiration et de leur reconnaissance. « Vive la France, vivent les Alliés, vive la République. »

Le 16 février 1919, c'est le retour, parmi l'assemblée communale, du maire Henri Martin. Il adresse « ses condoléances attristées aux victimes de la guerre et surtout aux parents de nos braves enfants de Saint-Médard tombés au service de la patrie ». Il rend ensuite hommage à ceux qui ont bien voulu le remplacer et principalement à MM. Éloi Dugay, Delaube, Ornon et Montignac qui ont assumé un travail difficile et délicat, en particulier pour le ravitaillement de la commune, malgré le manque de transport et avec une population en progression constante.

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 48-51.

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