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L’accueil de réfugiés au château Breillan.

 

Novembre 1939 : arrivée des pensionnaires de l’hospice de Nancy à Blanquefort.

Dans le plan de repliement des réfugiés de l’Est et du Nord de la France vers les régions du Sud, le département de la Gironde avait été jumelé avec celui de Meurthe-et-Moselle. Des réfugiés, pensionnaires de l’hospice Saint-Julien de Nancy furent pris en charge par l’hospice Chayrel du Bouscat qui va chercher un lieu d’hébergement pouvant accueillir plus d’une centaine de personnes. (L’hospice Saint-Julien de Nancy est devenu la maison de retraite Saint-Julien, qui dépend aujourd’hui du Centre Hospitalier Régional de Nancy).

Le 25 novembre 1939, un avis de réquisition de la préfecture de la Gironde est adressé à M. Cardineau, demeurant dans l’île d’Oléron et ayant comme résidence secondaire le château Breillan à Blanquefort : « en cas de mobilisation ou de période de tension, le château est susceptible d’être réquisitionné, en totalité, pour les besoins de la Nation ».

Le lendemain, l’état sommaire des lieux du château Breillan est établi par un huissier qui constate que l’immeuble « est en parfait état : 46 pièces dont 33 chambres, avec chauffage central, 160 personnes pouvant y être logées. »

C’est ainsi que le 27 novembre 1939, les pensionnaires de l’hospice Saint-Julien de Meurthe-et-Moselle (Nancy) déplacés du fait de la guerre vont être installés dans le château Breillan sur réquisition de la préfecture de la Gironde.

D’autres réfugiés venant des Vosges, de la Meuse, de la Moselle, du Pas-de-Calais, du Bas-Rhin (dont Strasbourg), des Ardennes, mais aussi de Captieux, Toulouse…

Un procès-verbal de la gendarmerie de Blanquefort, sur plainte du propriétaire du château Breillan, nous permet d’imaginer les conditions de vie de ces hommes et femmes pour la plupart très âgés.

PV n° 333 du 20 septembre 1940 à 19 h : déclaration du propriétaire : «  Le 27 novembre 1939, la préfecture de la Gironde a réquisitionné le château de Breillan, pour y installer des vieillards de l’hospice Saint-Julien de Nancy, réfugiés par suite des hostilités. Le titre de réquisition attribuait à l’administration des hospices du Bouscat la jouissance du château, c’est-à-dire 34 pièces logeables et 12 pièces destinées à plusieurs services. À aucun moment, la réquisition ne donnait droit au pavillon, au parc et aux pelouses. De plus, les vieillards qui logent dans le pavillon sont envahis par la vermine et, de ce fait, risquent de contaminer, mes enfants et nous-mêmes, puisqu’une simple cloison sépare les deux appartements du pavillon. Les water-closets du pavillon ont été pris par les vieillards et je ne peux plus m’en servir, ce qui me gêne considérablement. Ces pensionnaires font beaucoup de bruit la nuit et troublent le sommeil des membres de ma famille ; notre situation, dans le pavillon devient intenable. Je signale également que les vieillards se mettent nus pour enlever leurs puces et leurs poux, sans distinction d’endroit, tant dans le parc que devant le château, ou bien à l’intérieur de ce dernier, où on les voit nettement aux fenêtres. J’estime que ces faits sont très inconvenants, surtout qu’ils sont vus de mes enfants, et des enfants de mes ouvriers. »

Les mauvaises conditions de vie, la faim en cette période de privations générales, le froid pendant les deux hivers très rigoureux de 1940 et 1941, le choc émotionnel de ces personnes âgées déplacées, bousculées, éloignées de leur environnement habituel, furent autant de facteurs dont l’accumulation devint dramatique pour beaucoup de ces réfugiés.

La gendarmerie de Blanquefort sera appelée plusieurs fois au château pour des faits tragiques

  • le 23 juin 1940, suicide d’un pensionnaire, né en 1873 à Strasbourg, par pendaison dans les toilettes, ceinture en cuir accrochée à la conduite d’eau du siège d’aisance ;

  • le 13 février 1941, découverte du cadavre d’un pensionnaire, de mort naturelle, par congestion, inanimé dans un fossé ;

  • le 5 avril 1941, découverte d’un cadavre d’un pensionnaire, né en 1867, de Mulhouse ;

  • le 6 avril 1941, suicide par instrument tranchant, un rasoir probablement, d’un pensionnaire à l’hospice Breillan, né en 1863 à Bouzée, Meuse.

Pour mieux connaître les questions de santé à Breillan, et la mortalité que l’on y a connue, cliquez ICI.

Pour mieux comprendre les conditions de vie des réfugiés, cliquez ICI.

Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Années sombres à Blanquefort et ses environs 1939-1945, Publications du G.A.H.BLE, 2009 et cahier n° 4 « Les 63 réfugiés de Nancy morts au château Breillan à  Blanquefort ».

 

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