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Les conditions de vie des réfugiés au château Breillan.

Nous pouvons revivre une grande partie de l’histoire de ce château grâce aux différentes observations qu’il a suscité. Nombreuses en effet sont les sources d’information : archives municipales, départementales, archives militaires de la rue de Cursol à Bordeaux, archives nationales de la gendarmerie et plusieurs témoignages d’anciens Blanquefortais.

Retenons ici les procès-verbaux de la gendarmerie, conservés aux archives nationales de la gendarmerie.

- 1ère série concernant les pensionnaires de l’hospice de Nancy :

PV 247 du 5 juillet 1940 : infraction à la loi sur ivresse publique. B. Emile, 63 ans sans profession, pensionnaire à Breillan : « Il est exact que hier soir j’étais en état d’ivresse. Si j’ai causé du scandale et injurié un officier allemand, c’est parce que je n’ai pu me contenir ».

PV 333 (texte complet) du 20 septembre 1940 à 19 h : M. Cardineau Gaston, 48 ans, capitaine, en disponibilité, propriétaire du château Breillan à Blanquefort, fait la déclaration suivante : « Le 27 novembre 1939, la préfecture de la Gironde a réquisitionné le château de Breillan, ma propriété sise à Blanquefort pour y installer des vieillards de l’hospice Saint-Julien de Nancy réfugiés par suite des hostilités. Le titre de réquisition attribuait uniquement à l’administration des hospices du Bouscat la jouissance du château, c'est-à-dire 34 pièces logeables et 12 pièces destinées à plusieurs services (débarras, douches, waters, etc.), soit au total 46 pièces. À aucun moment, la réquisition ne donnait droit au pavillon, au parc et aux pelouses. J’ai été sous les drapeaux jusqu’au 1er juillet 1940. Au cours de permissions antérieures, je m’étais aperçu qu’une quinzaine de fagots de bois de chauffage avaient disparu et en avait fait l’observation à M le directeur M. Alcachbury, directeur au Bouscat de l’hospice Chayrel. Les dits fagots avaient été débités aux abords de la cuisine du château ainsi que l’avait constaté M. Alcachbury. Celui-ci m’avait répondu alors que l’hospice avait l’usage du parc et qu’on pouvait y prendre du bois mort. En ce qui concerne le bois mort, j’avais donné l’autorisation verbale de le ramasser. Mais par la suite, j’ai remarqué que cette autorisation était dépassée largement car je me suis aperçu que de nombreux arbustes de plusieurs essences étaient coupés pour être convertis en bois de chauffage. J’ai fait constater à nouveau à M. Alcachbury que les abus continuaient et que pour les faire cesser, j’interdisais le ramassage du bois mort. Le directeur n’en a tenu aucun compte et a prescrit des corvées régulières de bois mort. C’est ainsi que de nombreux arbustes ont été à nouveau détruits en juillet et août, ce qui représente pour le parc un préjudice considérable. J’ai fait, en outre, remarquer que la clôture du parc constituée par du grillage métallique de 1 m 50 de haut avait été coupée et affaissée en plusieurs endroits, permettant le passage des vieillards qui se plaisent à circuler sur toute la propriété. Je signale à ce propos que des vieillards cueillent des raisins dans les vignes avoisinant le château ont été surpris par mon épouse et M. Varvarais, mon régisseur. Ceci s’est passé la semaine dernière. Profitant d’un déplacement d’un mois que j’ai fait à l’île d’Oléron, le directeur a fait transformer une partie de la pelouse située devant la façade principale du château en jardin potager, prescrivant au régisseur de ne plus mettre à l’avenir sur ladite pelouse une jument et son élève pour pacages. Je considère ce dernier fait comme une violation très nette du droit de propriété. D’autre part les vieillards qui logent dans le pavillon contrairement à la teneur du titre de réquisition, sont envahis par la vermine (puces et poux) et de ce fait risquent de contaminer mes enfants et nous-mêmes puisqu’une simple cloison sépare les deux appartements du pavillon. Les water-closets du pavillon ont été pris par les vieillards et je ne peux plus m’en servir, ce qui me gêne considérablement. Ces pensionnaires font beaucoup de bruit la nuit et troublent le sommeil des membres de ma famille à tel point que notre situation dans le pavillon devient intenable. Je signale également ainsi que je l’ai fait constater à M. Alcachbury que les vieillards se mettent nus pour enlever leurs puces et leurs poux, sans distinction d’endroit tant dans le parc que devant le château ou bien à l’intérieur de ce dernier, où on les voit nettement aux fenêtres. J’estime que ces faits sont très inconvenants, surtout qu’ils sont vus de mes enfants et des enfants de mes ouvriers. Les faits signalés ci-dessus sont pour la plupart et à l’exception du jardin potager de confection récente, consignés dans un constat dressé par Maître Basser, huissier à Bordeaux, 20 rue de la Devise, en date du 13 août 1940. Je tiens ce constat ou sa copie à la disposition de la justice le cas échéant. En conséquence je dépose une plainte contre l’administration des hospices civils du Bouscat pour violation de propriété, destruction d’arbustes et de clôture et abus divers énumérés dans ma déposition.

Je demande à M. le Procureur de la République à ce que tous ces abus cessent et les dommages qui m’ont été occasionnés et que j’estime à 6 000 francs environ me soient remboursés. Je demande également l’évacuation immédiate du pavillon qui n’a jamais fait l’objet d’une réquisition et qui m’est indispensable pour le logement de ma famille et qu’une clôture soient installée aux abords du parc de façon à interdire l’accès aux pensionnaires de l’hospice ».

13 février 1941 : découverte du cadavre de Charles R. Mort naturelle, inanimé dans un fossé, congestion, aucune blessure suspecte (rapport du docteur Castéra). C’est un des pensionnaires du château Breillan ; l’établissement n’est pas clôturé, les pensionnaires sortent tous les jours sans autorisation.

5 avril 1941 : découverte d’un cadavre, un pensionnaire de l’hospice de Breillan, Émile de M., né le 3.01.1867, de Mulhouse, veuf, qui avait disparu dans la nuit du 31 mars 1941. Rien d’anormal aux alentours du cadavre.

PV 295 du 12 juin 1941. Menaces de mort, victime Mlle Lacouture, auteur P. Mlle Lacouture Berthe, 23 ans, infirmière, château Breillan à Blanquefort déclare : « En l’absence de M. Berthon, sous-directeur de l’établissement, je le remplace. Hier soir, jour de sortie des pensionnaires dont la rentrée est fixée à 17 h 30, un vieillard du nom de P. n’est rentré qu’à 23 heures. Les portes étant fermées, il a frappé, j’ai du me lever et j’ai vu de la fenêtre du 1er étage qu’il s’agissait de P. en état d’ivresse. Lui ayant fait observer que ce n’était pas une heure pour rentrer, il m’a traité de tous noms tels que fumier, vache, putain… Devant de tels propos et pour le calmer, car il réveillait tout le monde, j’ai tenté de lui lancer le contenu d’un pichet d’eau mais je l’ai manqué. Comme il continuait à frapper à la porte et à menacer de sa canne, j’ai fait appeler Mme Oger, homme à tout faire, qui ‘a fait rentrer. En montant dans sa chambre, j’ai entendu qu’il disait : Mme L., je vous aurai les côtelettes… ! Il a ainsi parlementé tout seul et comme il continuait à être bruyant, je lui ai servi un sirop et un cachet et il s’est arrêté. Ce matin, j’ai fait part à M. Alcacheburu, directeur des hospices civils du Bouscat et il m’a ordonné de le priver de vin et de tabac, ce que j’ai fait. Au repas de midi, il ne lui a pas été servi de vin et m’en a demandé la raison. Je lui ai répondu que j’exécutais un ordre, à quoi il a répondu en me montrant un couteau de poche ouvert à manche blanc : « je vous aurai les côtelettes », propos qu’il a prononcé plusieurs fois. J’étais à ce moment seule sur le palier. Cet après-midi, il est sorti sans autorisation, pour rentrer un instant après, mais c’est Mme. Oger qui l’a reçu. Quelques instants après, il m’a réclamé la bouteille de vin en menaçant de tout casser si je ne la lui donnais pas. Il m’a encore invectivé et comme il s’est mis à table, il m’a à nouveau présenté le couteau ouvert en disant : il sortira pour vous. Je l’ai prié de placer le couteau dans sa poche, il s’est exécuté. Je porte plainte car je crains qu’il ne mette ses menaces à exécution. Je le connais depuis trois mois que je sui là et je le crois capable d’accomplir son geste ».

Déclaration de Mme Veuve Oger Rolande, née Rozès, 32 ans, infirmière à l’hospice qui complète ses informations et conclut : « De l’avis des pensionnaires et des personnes de service, cet homme est capable de mettre ses menaces à exécution ».

Rapport des gendarmes : « Nous avons interpellé P. et comme il était surexcité, nous l’avons gardé à vue dans la chambre de sûreté. Le 18 juin 1941 à 9 heures, il nous a déclaré : « Je suis P. Henri, 62 ans, hospitalisé à Breillan, né à Fabriano Italie le 3 août 1878, marié, huit enfants, illettré complètement, perçoit une retraite comme mineur accidenté, naturalisé français. Je reconnais que j’étais pris de boisson avant-hier soir, lorsque je suis rentré à l’hospice vers 22 heures. Si je sors sans autorisation, c’est que je n’ai pas suffisamment à manger. J’ai menacé de mon couteau de poche Mlle Lacouture parce qu’elle m’avait supprimé le vin, le tabac et même le pain. Cela s’est produit une ou deux fois, je ne me souviens pas d’avoir insulté. Je reconnais avoir dit à Mme Oger en lui montrât le couteau ouvert alors qu’elle me donnait des soins, que j’étriperai le capitaine, c’est-à-dire M. Alcacheburu, directeur des hospices du Bouscat, le sous-directeur de l’établissement où je suis, Mlle Lacouture et enfin Mme Oger ».

Il promet de ne pas mettre ses menaces à exécution…

M. Berthon René, 21 ans, sous-directeur de l’hospice du château Breillan à Blanquefort déclare : « Je viens de rentrer et Mlle Lacouture m’a fait part de l’incident P., objet de votre enquête. Ce pensionnaire est dans l’établissement depuis 18 mois ; il s’est fait remarquer parfois lorsqu’il buvait plus que de raison. Pour couper court à tout incident nouveau, je vais faire des démarches pour le changer d’établissement ».

- 2ème série concernant des faits divers dont beaucoup de vols.

PV 305 du 29 avril 1942 constatant des dégâts par les troupes d’occupation dans une prairie de 14 hectares du château de Breillan. Déclaration de M. Cardineau, Gaston, 49 ans, propriétaire. « Depuis un mois, une compagnie d’infanterie allemande, 120 à 130 hommes, exécute des manœuvres dans ma prairie… Préjudice subi : 50 000 kg de foin minimum. Je ne suis actuellement en possession d’aucune réquisition justifiant l’emploi de mon terrain par les troupes d’occupation ».

PV 266 du 27 juillet 1940 : M. Cardineau Gaston, 48 ans, capitaine, commandant le camp d’internés civils de Bassens, actuellement en disponibilité : « Le mardi 13 juillet, le sergent chef Foussier m’a rendu compte qu’au cours d’une perquisition effectuée à son domicile par la 11ème de Mérignac, les gendarmes l’avaient obligé à leur remettre des bons d’armement et des devises étrangères représentant la somme de 35 500 francs, appartenant aux internés civils, valeurs que j’avais confiés à ce sous-officier, lors de la dissolution du camp le 1er juillet, en prévision de mon détachement à l’île d’Oléron. Je viens de recevoir des instructions du général commandant de la 18ème région, me faisant connaître la destination de ces valeurs. Ces bons et devises doivent être remis à ma disposition ».

PV 323 du 22 juin 1941 constatant un vol de dentelles et d’effets dont la victime est Cardineau Gaston, 49 ans, propriétaire du château Breillan contre D. Rolande, 52 ans, qui travaillait au château.

PV 554 du 30 septembre 1941. Vol de raisins dans les vignes de M. Cardineau Gaston, 49 ans, propriétaire du château Breillan : « J’ai personnellement surpris quelques vieillards de l’hospice de Breillan sortant du clos avec de nombreuses grappes dans les mains… Je manifeste mon étonnement de voir à peu près chaque jour le fait se renouveler… »

PV 46 du 27 janvier 1942 constatant dégâts à récoltes sur pied (des choux) par un troupeau gardé. Il s’agit (à nouveau) de Cardineau et Mme Blanche Cardineau, née Baudrier, 42 ans, propriétaire à Breillan à Blanquefort en conflit avec les voisins R. et P. Mme Cardineau était sur une petite voiture attelée d’un âne. Mme Cardineau note qu’ « une vieille femme qui gardait ses vaches s’est mise à gesticuler et crier très fort dans un langage que je n’ai d’ailleurs pas compris ».

PV 46 du 27 janvier 1942 : Mme Baudier Blanche, épouse Cardineau, 42 ans : « me rendant en voiture à la terre dite « terre noire » pour y prendre quelques choux et pommes, j’ai surpris dans le champ un troupeau de vaches 8 à 10 gardées par deux femmes. À mon arrivée, la plus jeune a rassemblé ses animaux pour les faire sortir du champ. Il m’a semblé qu’un certain nombre de choux (entre 50 et 60) avait été brouté. J’ai reconnu Mme R., voisine de propriété bien qu’elle m’ait dit ne pas s’appeler ainsi ».

M. Cardineau Gaston, 49 ans : « Depuis deux ans environ que je suis propriétaire à Breillan, j’ai eu l’occasion à maintes reprises de rencontrer le troupeau de vaches des époux R. dans mes prairies. Il y a 3 semaines environ, c’était leur cheval qui pacageait dans la prairie de Cila … »

PV 426 du 13 juin 1942 constatant un vol de pommes de terre sur pied, une centaine de pieds arrachés par un malfaiteur, chez Cardineau Gaston, 49 ans, propriétaire au château Breillan… : 80 kilos estimés à 350 francs de préjudice.

PV 685 à 687 du 3 octobre 1942 : Cardineau Gaston, 49 ans, capitaine d’Infanterie en retraite au château Breillan déclare le vol de châtaignes au lieu dit Crognon par deux jeunes gens de 16 à 20 ans, ils étaient porteurs chacun d’une musette contenant 4 à 5 kgs de fruits…

PV pour un maraudeur au lieu dit Clos-Cardinal : musette 4 à 5 k de raisins… « C’est un jeune bordelais dont le père ne s’est pas présenté le lendemain comme je l’avais demandé à son fils… Je porte plainte… les vols de raisins dans mon vignoble depuis quelques jours dépassent la somme de 10 000 F… Ce jeune homme ne m’a pas présenté de pièces d’identité mais il m’a paru sincère ».

PV 752 du 14 août 1943 constatant un vol de raisins. Déclaration de M. Cardineau, 50 ans, propriétaire du château Breillan à Blanquefort : « J’ai remarqué des traces de pas dans ma vigne au lieu dit « l’Archevêque », j’ai découvert que des maraudeurs prenaient du raisin, bien qu’il ne soit pas encore à maturité. Au cours de ma surveillance, il m’a été facile de découvrir que les maraudeurs n’étaient autres que les ouvriers travaillant au blockhaus sis dans la propriété de M. Massart, voisine de mon vignoble… À mon fils qui les interrogeait sur leur nom, ils ont montré le lieu du chantier en disant : « Notre nom, il est ici… » Plusieurs centaines de kilos de raisin ont disparu. Préjudice 12.000 F. Les gendarmes constatent les faits sur la route reliant le hameau de Lagorce au bourg de Blanquefort, à l’angle de la route vers Breillan. Un ouvrier interrogé répond : « J’ai pris quatre grappes de raisin pour manger avec mon pain, n’ayant rien d’autre… ». Le chef de chantier s‘engage à dédommager le propriétaire de la vigne du préjudice subi…

PV 843 du 7 septembre 1943 pour les mêmes raisons dans une vigne prés de son château… Les gendarmes notent que le vignoble est environné de plusieurs chantiers, employant un grand nombre d’ouvriers venant de Bordeaux, Caudéran… Nous avons tendu une embuscade… 5 autres PV à l’identique. À chaque fois, les ouvriers reconnaissent avoir pris 4 ou 5 grappes de raisins…

PV 883 du 20 septembre 1943 de renseignements sur l’affaire du camp de Bassens. Déclaration de Cardineau Gaston, 51 ans, capitaine en retraite au château Breillan à Blanquefort : « Les archives du camp de Bassens ont été brûlées le jour de l’Armistice par le 2ème Bureau de l’Etat-major de la 18ème Région. D’autre part, la comptabilité a été remise à l’officier allemand qui est venu prendre la direction du camp ».

PV 893 du 23 septembre 1943 constatant un vol de châtaignes. Déclaration de Cardineau Gaston, 50 ans, propriétaire au château Breillan, conduisant le sieur F. Arnaud, 41 ans, paveur à la Compagnie des TEOB, demeurant rue Gambetta à Blanquefort qu’il venait de surprendre à même de lui voler des châtaignes dans sa propriété privée. « Estimant que le bois n’est pas clôturé, il pouvait y venir librement. Je lui ai fait constater que sur l’arbre voisin du châtaigner où il faisait sa cueillette existait une pancarte où il a pu lire avec moi « Propriété privée. Défense d’entrer sous peine de procès-verbal »… F. reconnaît avoir ramassé quatre kilos de châtaignes.

PV 897 du 27 septembre 1943, mais cette fois il y a litige sur l’endroit exact du ramassage et F. présente deux témoins : L. Pierre 57 ans et M. Pierre, 48 ans, cantonnier, qui ramassaient aussi des champignons dans le bois « l’épicerie » à proximité de ceux de Cardineau…

PV 1010 du 13 novembre 1943 : renseignements judiciaires. Déclaration de Cardineau Gaston, 51 ans, propriétaire au château Breillan : « Il m’est momentanément difficile de fournir des précisions sur les auteurs des lettres anonymes… »

PV 1160 du 27 décembre 1943 constatant un vol de denrées. M Cardineau Gaston, 51 ans propriétaire au château Breillan déclare : « La femme de chambre Jeanne F., 25 ans, employée depuis le mois d’avril 1941 a quitté brusquement ma maison mercredi 2 décembre 1943 et n’a pas reparu. Elle avait fait l’objet depuis quelque temps de nombreuses observations pour détournement d’un certain nombre de bouteilles de vin, de pommes de terre et de haricots… À mon avis, elle est complice de certaines mauvaises actions, la moralité de cette femme étant des plus douteuses. Il est bon de mentionner d’autre part que Jeanne F. qu’elle a fait l’objet d’un interrogatoire concernant une affaire de lettres anonymes… Mme Cardineau a eu l’occasion de constater la disparition de linge et d’argent… »

Déclaration de Jeanne F.qui reconnaît le vol d’une dizaine de bouteilles de vin ordinaire, de trois kilos de haricots et deux kilos de pommes de terre… « C’est sur leur demande que j’ai donné ces denrées aux femmes B. et L.  Vu les temps actuels et que les maris de ces femmes sont prisonniers, je reconnais que je n’aurais pas dû obtempérer, mais je me suis laissée convaincre… ».

Déclaration de Mme L. née T. Aline, 31 ans, journalière au château Breillan (élevée par ses parents jusqu’à l’âge de 16 ans) : « Ce vin m’a été remis pour me permettre de faire un peu de fortifiant, je n’ignore pas qu’il était volé au préjudice de mon patron. Etant malade et n’ayant que de l’eau à boire, un jour Mlle F. m’a dit : si vous voulez, je vous apporterai un litre de vin. Je lui ai répondu : oui. J’ajoute que M. Cardineau m’avait dit qu’il me donnerait un litre de vin par semaine. J’ai reçu cette ration jusqu’au mois d’août 1943, mais il ne m’a plus donné le litre de vin par semaine. C’est pour cela que j’ai accepté le vin de Mlle F. ».

PV 195 du 18 février 1944 constatant un vol de vin de la maison Hanappier Peyrelongue dans un dépôt qui fait partie de l’immeuble du château Breillan à Blanquefort (propriétaire M. Cardineau Gaston, 51 ans). Il s’agit de 20 bouteilles de vin blanc « château Suduiraut 1938 ». L’enquête d’après M. Cardineau a fait apparaître la culpabilité de trois soldats allemands en cantonnement à Breillan. Le commandant du camp a payé aussitôt la valeur de ce vin ainsi que d’un deuxième vol. À partir de ces vols, l’officier logeant au château Breillan a fait garder par des sentinelles de jour et de nuit le chai loué. « Je ne puis rien vous dire sur ce nouveau vol. Les soldats allemands cantonnés à Breillan ont quitté le château le 3 février 1944 ».

 

Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Années sombres à Blanquefort et ses environs 1939-1945, Publications du G.A.H.BLE, 2009 et cahier n° 4 « Les 63 réfugiés de Nancy morts au château Breillan à  Blanquefort ».

 

 

 

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