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Un collectionneur d’appareils photo.

« Mes 3 000 bébés sont en état de marche » : Maurice Grun, appelé Max, collectionne les appareils photo depuis près de cinquante ans.

Une fois par mois, Maurice Grun nettoie les optiques et déclenche l'obturateur de chaque appareil.

maurice grunPhoto Guillaume Bonnaud

Au bout d'une allée magnifique, quelque part au Taillan-Médoc, Maurice Grun nous accueille dans son non moins superbe jardin. Appelez-le Max. « D'ailleurs, dit-il, même mes employés, quand j'étais opticien au Grand-Parc, m'appelaient tous Max. » Max Maurice : cela claque comme la trompette dans l'intro du « Armstrong » de Nougaro, le ciseau qui taille les arbustes de son domaine, ou encore des photographies prises en rafale cliquetant dans le silence.

Avant de contempler les 3 000 appareils photo qu'il a patiemment acquis depuis cinquante ans, le visiteur ne peut qu'être admiratif des bacchantes de Max Maurice Grun. Les porte-t-il en hommage à Moustache, célèbre batteur de jazz en son temps ? Car Max est aussi féru de jazz. Max est le prénom qu'il s'est choisi, celui qui est resté, depuis le temps où il dirigeait le Black Bottom Jazz Band, qui rythma les premières heures du Jimmy, bar mythique bordelais d'une époque où clichés photographiques rimaient exclusivement avec argentique.

Le père, professeur d'allemand au lycée Montaigne, avant de laisser son nom, Christian Grun, à un amphithéâtre de l'université bordelaise où il enseigna, pourrait être fier du fils : « Il disait toujours qu'il fallait plusieurs cordes à son arc, se rappelle Max. J'avais cinq ans lorsque, avec mon frère Jean-Paul, mon père nous a ouvert les portes de sa passion pour la photo. Je nous revois encore accroupis dans l'obscurité en train d'agrandir des prises de vue. Quand j'étais petit, c'était le seul moment où je pouvais me coucher tard. J'adorais ça ! »

« Il me les faut tous ». Max a conservé l'appareil de son paternel. Un Mamiya des années 70. C'est en 1962, chinant dans le quartier Mériadeck, que Max Maurice Grun fit la première acquisition de sa collection : un Kodak datant de 1880.

Aujourd'hui, même s'il se déclare « nikoniste à fond » (il possède chaque modèle de la marque, de 1860 à 1960), le collectionneur ne s'en tient pas là : « Il me les faut tous, dit-il posément, et chacun de mes 3 000 bébés est en état de marche. » Une fois par mois en effet, Max déclenche l'obturateur de chaque appareil, nettoyant également les optiques. Max le méticuleux. Qui a passé quarante ans au centre commercial du Grand-Parc : « Le samedi après-midi, je fermais la boutique pour le jazz. Les clients comprenaient. » Max la patience : il peut passer trois mois à remettre en état un appareil très ancien. Comme les Pontiac ou les Royer, ces marques françaises qui tenaient le haut du pavé avant l'arrivée des Japonais.

Le bouche à oreille, les petites annonces, les brocantes guident une quête au cours de laquelle ce passionné a constaté que la plupart des appareils sont plutôt bien conservés : « La façon dont les gens protègent leurs appareils est incroyable. Bien rangés dans une armoire. Même sous les bombes, ils en prennent soin. »

Un seul regret : dans cette chasse plutôt fructueuse, un regret, pourtant, mais un seul : « Il me manque le Pontiac Bloc Métal 145 licence française ». À bon entendeur.

Pour autant, le collectionneur n'est pas dupe : « Les gens dans les salons me voient venir. Ils me connaissent. Alors, souvent, j'envoie Maryelle, mon épouse, en éclaireur, incognito, s'enquérir du prix. Ce qui me permet parfois de faire remarquer au vendeur que ce n'est pas le même que celui qu'il lui a demandé, ignorant qu'elle est mon épouse ! »

Max se marre, préférant montrer quelques anciennes photographies en relief, dans un petit bijou de coffret, à faire saliver un brocanteur : des photos de montagne en stéréoscopie, dont il est un spécialiste. « Vous savez, remarque-t-il, technologie électronique mise à part, on n'a rien inventé en photographie depuis 1900. Avec ses images de Paris entre imaginaire et réalité, Eugène Atget [NDLR : photographe du XIXème siècle] reste d'une étonnante modernité. »

Max, qui n'a cité que le nom d'Atget lorsqu'on lui a demandé une référence, commente alors avec un petit sourire : « C'était bien cadré quand même… » Après tout, il a pris quelques milliers d'images : il doit bien savoir de quoi il parle.

Avec son ami Jacques Bouchar, Max vient d'ailleurs de se régaler de 4 000 clichés de carrelets. « À pied, le long de la Gironde et de la Garonne. Il est temps d'ailleurs de les immortaliser parce qu'ils sont dans un triste état. De Pauillac à Saint-Estèphe, c'est vraiment magnifique. »

En mai dernier, Max s'est rendu près de Bâle pour photographier le championnat helvète de trampoline en duo, à la demande des organisateurs. Un défi qui l'a amusé. Tout autant que les suspicions de certains qui s'étonnent de ses fréquents voyages en Suisse, où il conserve des attaches familiales : Maurice s'en moque. Car il est libre, Max ».

Article du journal Sud-ouest, Xavier Dorsemaine, du 24 juillet 2012, Le-Taillan.

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