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Joomla : Porte du Médoc

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La distillerie clandestine.

À la place du majestueux château Dulamon existait depuis le Moyen-âge un château fortifié qui dominait la vallée de la jalle.

Sur l’emplacement de la vacherie actuelle se dressait une grande étable détruite par un incendie accidentel en 1860 ; des gueux dépenaillés dormaient dans la paille et un fumeur de pipe avait du s’endormir, ventre plein et pipe au bec.

Un riche banquier reconstruisit en 1865 un beau château sur les ruines de l’ancien et plus bas une grande vacherie, celle que nous connaissons aujourd’hui.

C’est d’un vieux conteur blanquefortais, Barthélémy Cornet, que nous tenons l’histoire suivante qu’il tenait lui-même de son grand-père…

Dans les années 1780, une distillerie clandestine avait été aménagée dans la vieille grange en bas du château. La plupart des vignerons de Blanquefort, lassés des nombreux impôts que les financiers du royaume prélevaient sur les paysans de France, s’étaient organisés pour ne plus déclarer aux releveurs des impôts qu’une petite partie de l’alcool distillé qui alimentait les villages des environs, mais surtout que l’on acheminait jusqu’à Bordeaux par des chemins peu connus dans les marais puis en évitant la barrière de l’octroi sur la route du Médoc.

Une dizaine d’hommes se retrouvant au café sur la place de l’église pendant les enterrements où leurs femmes les représentaient, avaient lancé ce pari risqué : « et si on brûlait notre alcool en cachette ? ».

Pari tenu : on ne déclarerait qu’une petite partie du vin en prétextant mauvaises récoltes, trop de pluie qui avait pourri le raisin, maladies de la vigne…

Il fallut s’organiser, mais d’abord se promettre un secret absolu. Une trahison enverrait immédiatement découvrir les galères du port de La Rochelle. On choisit donc la vieille ferme abandonnée depuis des années ; trop de fièvres des marais proches avaient découragé les fermiers successifs. Il fallut en nettoyer une partie, remonter une solide cloison de bois, la dissimuler derrière les outils des champs, de vieilles roues de charrettes, etc. Le matériel fut acheminé clandestinement, de nuit, en plusieurs étapes. On passait par le petit chemin du Lout qui descendait vers les jalles. Pour éviter le bruit, les sabots des chevaux et les roues des charrettes avaient été entourées d’épaisses couches de toile.

La distillerie ne fonctionnait que la nuit pour ne pas se faire repérer par la fumée.

Les gendarmes du roi se doutaient bien de quelque chose. Ils visitèrent plusieurs fois la grange, mais ne remarquèrent rien. Pour que l’odeur d’alcool ne les trahisse pas, les bouilleurs avaient en effet entassé d’énormes tas de râpe provenant de vignes proches.

Dans le village, personne ne trahit les bouilleurs de cru clandestins ; seule, une solidarité sans faille permit de protéger leur vie et celle de leur famille.

La distillerie fonctionna de nombreuses années… jusqu’à la Révolution.

Henri Bret.

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