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Pierre Brana, un demi-siècle de vie publique.

L’ancien maire d’Eysines raconte son histoire syndicale et politique. Après avoir déjà raconté sa jeunesse bacalanaise, sa guerre d’Algérie et ses cinq mandats de maire d’Eysines vus par le prisme de l’anecdote, Pierre Brana publie à 80 ans le récit de ses cinquante ans de vie publique, commencée comme syndicaliste EDF et achevée comme premier magistrat eysinais et vice-président de la Communauté urbaine.

« L’idée m’a été soufflée par deux universitaires bordelais, Bernard Lachaize et Sylvie Guillaume, qui m’ont fait remarquer que le passage du syndicalisme à la politique était extrêmement rare », explique Pierre Brana, qui partage ce point commun avec un autre Pierre B. « Pierre Bérégovoy et moi avions en effet cette complicité qui a toujours tenu bon même si nous nous sommes souvent affrontés politiquement puisque lui était mitterrandien et moi rocardien. Sa mort m’a bouleversé mais je l’ai peut-être mieux comprise que d’autres, justement par ce passé qui nous réunissait. »

Issu d’une famille d’ouvriers bacalanais, Pierre Brana n’hésite pas à choisir la CGT lorsqu’il débarque comme ingénieur EDF dans les Côtes-du-Nord (désormais Côtes-d’Armor). Il est vrai que le choix est limité puisque la CFDT, qui correspondrait mieux à ce réformiste, n’existe pas encore et qu’il ne veut pas prendre sa carte à la CGC, jugée « trop catégorielle ».

« Même le patron de la CGT-EDF, Georges Hervé, m’a mis en garde pour ma carrière d’ingénieur, qui pourrait pâtir de mon entrée à la CGT. Dans les années 60, être syndicaliste était beaucoup plus risqué qu’aujourd’hui. »

S’il s’épanouit dans son syndicat et en gravit les échelons, Pierre Brana en perçoit aussi les limites pour quelqu’un qui veut changer la vie de ses concitoyens. Ce sont les événements de m68 qui le décident à changer de braquet. Réfractaire au PCF et à la vieille SFIO, il adhère au petit PSU (Parti socialiste unifié), où il rencontre Michel Rocard, qui reste aujourd’hui son ami et sa boussole politique. « Sur le plan personnel, Michel est certes un ami. Mais, sur le plan politique, je n’ai pas suivi l’homme, mais ses idées et sa conception de la vie publique. S’il avait bifurqué, je ne l’aurais pas suivi. »

Pierre Brana suivra Rocard dans tous ses cabinets ministériels, y compris à Matignon. Il sait aussi s’opposer à lui, par exemple lorsqu’il lui déconseille de s’emparer du PS en 1993, épisode qui lui vaudra le calamiteux fiasco des européennes 1994 et la descente aux enfers. « Il est passé de présidentiable à rien du tout », soupire l’ancien député-maire d’Eysines.

brana

Dans son livre, précieux pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux coulisses du Parti socialiste et à l’impitoyable rivalité entre Mitterrand et Rocard, Pierre Brana évoque aussi son passage à la commission des affaires étrangères. « J’ai toujours été passionné par les affaires internationales », dit-il. Ses pages sur le génocide rwandais ou le conflit en ex-Yougoslavie sont passionnantes parce que racontées de l’intérieur.

Et puis, bien sûr, il y a la vie politique locale d’un élu qui a empilé les mandats : député du Médoc, maire d’Eysines, vice-président du Conseil général avec le portefeuille des finances, vice-président de la Communauté urbaine, où cet adversaire du métro version Chaban s’est ensuite occupé des transports sous la présidence Juppé. Il y explique, avec fierté mais sans vanité, comment lui, l’ancien syndicaliste, a justement pu mettre les mains dans le cambouis pour tenter d’améliorer la vie de ceux qui l’ont élu et de ceux qui, c’est arrivé et c’est la loi de la politique, ont voté pour un autre que lui.

Retiré sans regret depuis 2008 de la vie publique, Pierre Brana s’occupe d’art contemporain et, avec sa femme Joëlle Dusseau, écrit des biographies de personnalités de la région qui grattent notre histoire et ont eu un parcours singulier et tortueux, comme Adrien Marquet ou Robert Lacoste. « Nous cherchons le prochain », dit-il.

Pierre Brana, « Du syndicalisme au politique, regard intérieur sur la CGT, le PSU et le PS », Presses universitaires de Rennes, 18 euros.

Article du journal Sud-ouest, 27 octobre 2013, Benoit Lasserre. Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

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