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Messieurs de Poitevin, de Lavie, de Bryas, de Borelli, une lignée d'hommes illustres.

Marquis de Lavie.

A la fin du XVIIème siècle, Gabriel, Maurice de Lavie devint propriétaire du château du Taillan à la suite de son mariage avec Anne de Poitevin, fille de Maître de Poitevin, Chevalier, Trésorier Général de France. Leur fils, Jean, Charles de Lavie, né en 1698 à Bordeaux, occupa le siège de Président de la première chambre des enquêtes et fut membre de l'Académie de Bordeaux. II écrivit de nombreux ouvrages estimés de Droit Public et de Morale. II mourut en 1773. Son fils, Paul, Marie, Arnaud de Lavie, né en 1747 et appelé marquis de Lavie, hérita du château. II fut président à mortier du Parlement de Bordeaux de 1768 à 1790. II jouissait du Droit de Haute Justice. Député de la noblesse aux États-Généraux pour la Sénéchaussée de Bordeaux, il se réunit au Tiers-État, proposant de suspendre l'ordination des prêtres, de réglementer le traitement des curés et dénonça les agissements des moines dans les départements de l'Est. Rentré à Bordeaux après la dissolution de l'Assemblée Nationale, il fut arrêté par la commission militaire, écroué au Fort du Hâ, le 17 septembre 1793. Mais son libéralisme le fit bientôt acquitter, le 14 mars 1794. Par la suite, il fut élu député de la Gironde, le 25 vendémiaire an IV (18 octobre 1796) et devint Haut-Juré à la Haute-Cour nationale de Vendôme le 25 germinal an IV (16 avril 1797). Cette élection fut annulée le 18 fructidor de la même année (6 septembre 1797), car entachée de royalisme. Finalement, il renonça à la politique et se retira au château du Taillan où il mourut le 22 mai 1800. Sa fille, Georgina de Lavie, hérita du château et épousa le marquis de Bryas.

Marquis Charles de Bryas.

Né à Heslin dans le Pas-de-Calais en 1785, Charles de Bryas fut un agronome et un homme politique avisé. Ancien officier de Dragons sous le Second Empire, il entame sa carrière politique girondine en 1828 comme membre du Conseil Général de la Gironde, poste qu'il occupera à maintes reprises jusqu'en 1851. II fut maire de Bordeaux de 1830 à 1831 et député de la Gironde de 1831 à 1837. Il est l'un des fondateurs du dépôt de mendicité. Devenu propriétaire du château du Taillan par son mariage avec Georgina de Lavie, fille de M. de Lavie, président au Parlement de Bordeaux, il s'intéressa à l'amélioration des terres de culture de sa propriété. Dans ce but, il mit au point un procédé de drainage des terres qui lui valut une grande notoriété dans le monde de la science agronomique. Les terrains drainés du château du Taillan furent l'objet de nombreuses visites de spécialistes venus de France et d'Europe. Ses travaux ont été publiés sous le titre : Exposé des travaux de drainage et de dessèchement exécutés par M. Charles de Bryas dans sa propriété du Taillan. II a également écrit un ouvrage en deux volumes intitulé : « Études pratiques sur l'art de dessécher les marais et diverses impressions de voyage », (Éditions Ledoyen, Paris 1857). De son mariage avec Georgina de Lavie sont nés trois enfants : Le comte Eugène de Bryas, élève de l'École polytechnique, marié dans l'Indre et député de ce département sous le Second Empire, mort en 1858. Le comte Julien de Bryas, élève de l'École Polytechnique, mort en 1848. Anne Françoise Caroline, mariée au vicomte Charles de Borelli, général de division. II est souligné que ces MM. de Bryas, père et fils, ont beaucoup contribué à la fondation du syndicat qui a dirigé le dessèchement des marais de Bruges et rendu de signalés services.

En 1848, le vieux marquis de Bryas se fourvoya quelque temps avec les socialistes. Il quitta la France, laissant ses domaines à sa fille et à son gendre, le général de Borelli et mourut en 1866. Le blason en pierre du marquis est exposé dans les chais du château. Le vicomte Charles de Borelli, fils du lieutenant général Jules de Borelli, ancien Pair de France, est né à Paris en 1797. Entré au service militaire comme surnuméraire aux gardes du corps du roi Louis XVIII, dans la Compagnie du maréchal de Raguse en 1814, il passa par tous les grades et devint en 1851 général de division. Il se distingua particulièrement pendant les campagnes d'Espagne (1823) et au siège d'Anvers (1832) où il commanda la colonne d'assaut du Fort Saint-Laurent, dont la prise décida la reddition de la place. Il fut conseiller général pour le canton de Grignols de 1858 à 1866. Comme distinctions honorifiques, il fut élevé au grade de grand officier de la Légion d'honneur, à ceux de grand officier de l'Ordre de Léopold de Belgique et Officier de l'Ordre de Saint Ferdinand d'Espagne. Il mourut à Paris en 1874. Son fils, Emmanuel, Raymond de Borelli lui succéda.

Emmanuel-Raymond de Borelli.

Pour tous ceux qui l'ont connu, quelle figure attachante que celle du vicomte Borelli ! Soldat et poète, il fut l'un et l'autre, toujours parmi les meilleurs. Plein d'esprit, de bravoure, de gaieté et d'entrain, il resta la perfection du type de « Cadet de Gascogne » rêvé par Rostand ; il avait pris pour devise celle des anciens princes de Galles : « Je sais », et la jugeait la plus belle de toutes. Né en 1837 au château du Taillan, Raymond de Borelli était le fils du général Charles de Borelli, petit-fils du lieutenant général Jules de Borelli, ancien pair de France, et, par sa mère, du marquis de Bryas ancien maire et député de Bordeaux, aussi resta-t-il Bordelais de cœur. Sorti de Saint-Cyr en 1858, entré au 26éme chasseur à cheval qu'il ne quitta qu'en 1874, il partit joyeux pour la guerre d'Italie ; plus tard, avec sa verve méridionale, il expliquait à sa façon le but de la campagne :

« C'était en mil huit cent cinquante neuf ; la France,

A faire des heureux occupait son loisir ;

Nous avions des amis à mener à Florence ;

On se battait pour eux, et puis pour le plaisir...».

À Solférino, une balle lui traversa la poitrine ; il y fut décoré n'ayant encore que vingt et un ans. En 1870, il fit la campagne dans l'armée de Metz, et en 1871, prit part au second siège de Paris. En 1872, étant officier de la légion d'honneur, il épousait Mlle Gabrielle d'Angosse, fille aînée du marquis d'Angosse, et, cédant à son caractère indépendant, donnait sa démission en 1874, alors que le général de Sonis, inspecteur de cavalerie, le portait au choix pour un quatrième galon, demandant au général de vouloir bien retenir cette faveur pour un camarade qui pourrait en profiter. Il était retiré, en été, dans le Béarn, trop près de la frontière espagnole, car, entendant le canon, il voulait voir.

« Le goût, en ce temps là, me vint d'être carliste.

Cela dura guère, et je quittai le jeu,

Mais j'ai toujours pensé, n'étant point moraliste,

Qu'il faut avoir tout fait, ou fait de tout un peu ».

Comme il le dit, cela dura peu : en 1855, il fut nommé lieutenant-colonel, commandant le 18ème régiment territorial de cavalerie à Bordeaux. L'inactivité lui pesait trop.

En 1883, il reprit du service dans la légion étrangère, comme capitaine en titre étranger, et partit pour l'Algérie, puis pour le Tonkin, où il fut cité deux fois à l'ordre de l'armée. La première fois, ce fut pour le combat de Ynoc (19 novembre l884) avec la mention : « s'est fait remarquer par la vigueur et l'entrain avec lesquels il a enlevé sa compagnie dans le mouvement tournant qui a décidé le succès de Ynoc ».

La seconde fois, ce fut à la suite du siège de Tuyen-Quan (1885), aux côtés du commandant Dominé et de Bobillot, avec une autre mention : « Bravoure chevaleresque. A, par son entrain et sa présence constante aux postes les plus dangereux, exalté la valeur morale de la troupe qu'il commandait ». M. de Borelli fut d'ailleurs, le seul survivant des quatre capitaines qui prirent part à la défense de cette forteresse. Une seconde fois, il refusait le quatrième galon à Tuyen-Quan. Il était parti pour se battre sans aucune ambition ; et quand le général Brière de l'Isle voulut le faire chef de bataillon, il demanda qu'on voulût bien ne pas penser à lui. Un sous-officier, dégradé la veille pour peu de chose, était à ses côtés : « Mon général, dit le capitaine de Borelli, le galon que vous me faîtes l'honneur de m'offrir, mettez-le sur la manche de ce pauvre garçon, je vous en prie... » Ce fut fait, et de Borelli fut récompensé par le titre d'Officier Français, l'attribution personnelle de drapeaux, et de croix ou de médailles militaires pour tous ceux de ses camarades d'armes qu'il désigna. En 1888 et 1889, il fut capitaine en Algérie, au 3ème zouaves, puis renommé lieutenant-colonel dans l'armée territoriale. Proposé pour la croix du commandeur dans la Légion d'Honneur, le général André, ministre de la guerre, lui attribuait le 14 juillet 1902 cette dignité ; une croix de commandeur étant vacante au titre territorial. La nomination de M. de Borelli ne parut pas à l'Officiel. Une haute influence avait obtenu la radiation : Françoise de Borelli, fille aînée du commandeur désigné par ses soins, était entrée au couvent de la Visitation de Rouen. La croix disponible ne fut pas attribuée. Dès 1883, il avait envoyé au concours biennal de poésie de l'Académie Française son poème « Sursum Corda » ! Alexandre Dumas fils, rapporteur du concours, prit connaissance des vers de M. de Borelli, envoyés de l'Extrême-Orient, l'œuvre attira l'attention et la sympathie de l'homme de goût sévère qu'était Dumas. Voici, du reste, comment dans la préface « d'Alain Chartier » délicieuse pièce en un acte et en vers qu'il prit sous son patronage, Alexandre Dumas rend compte de ses impressions : « En 1883, le sujet de poésie proposé par l'Académie Française était « Sursum Corda » ! Chacun des auteurs met son nom dans une enveloppe cachetée, annexée à la première page de son manuscrit. Je faisais partie de la commission, je tombai sur une pièce dont la physionomie extérieure me frappa tout d'abord. Mes yeux furent éblouis tout de suite par la physionomie des caractères. Toutes mes fibres de graphologue tressaillirent d'aise et de pressentiment, tant ce manuscrit avait, avant qu'on en lût un seul mot, une allure crâne, fine, individuelle. Si l'homme qui a cette écriture fait de mauvais vers, me dis-je, je vais avoir un grand étonnement. Je lus la première strophe :

« Non loin de Raphidim, lieu hanté des grands fauves,

où le roc effrité vibre dans l'air en feu,

Tout un peuple en exode et que menait son dieu,

Sous le vol tournoyant des gypaètes chauves,

Dormait d'un sommeil lourd et rêvait au Nil Bleu ».

Que disais-je tout à l'heure ? On n'a pas besoin de lire plus de quatre vers pour savoir si l'on a devant soi un véritable poète. Après cette première strophe, je savais donc à quoi m'en tenir, et je continuai ma lecture lentement pour ne pas arriver trop vite à la fin d'une jouissance assurée. Pas un écart, pas une défaillance de rythme, d'image, de pensée, dans les vingt six strophes suivantes. J'annonçai ma découverte à mes compères. Je donnai lecture de ce petit poème. On vota. Mon poète (car je le considérais déjà comme à moi, l'ayant découvert) obtint le prix. Le directeur rompit le cachet de l'enveloppe, et proclama le nom du vicomte de Borelli, que personne ne connaissait, et qui était alors au Tonkin. À son retour, le lauréat vint me voir, et, depuis cette époque, me fit l'honneur et l'amitié de me communiquer, avant le public, tout ce qu'il écrivait. C'est ainsi que je fus des premiers à lire cette ode magnifique et touchante, « Légion étrangère », dont chaque vers donne un battement de plus au cœur ou fait venir une larme aux yeux. Quant M. de Borelli a eu écrit la pièce d'Alain Chartier, il me l'a envoyée en me demandant si je croyais quelle pût être reçue et représentée au Théâtre Français. Cette fois, il n'était plus au Tonkin, il n'était qu'en Afrique. Je lus Alain Chartier, et mon impression fut telle que je portai immédiatement le manuscrit à l'administrateur de la Comédie Française. Claretie eut la même impression que moi ; la lecture devant le comité fut fixée à quelques jours de là, pour donner le temps à l'auteur de demander un congé et de revenir de Constantine. M. de Borelli enjamba la Méditerranée, lut sa pièce aux sociétaires : elle fut reçue à l'unanimité, répétée et représentée avec le succès le plus éclatant et le plus légitime. J'écris cette phrase bien avant la représentation, mais il y a des occasions d'être bon prophète qu'il ne faut pas laisser échapper. J'entends d'avance les applaudissements du public français devant ces beaux vers, d'une forme si pure, d'une grâce si noble, d'un patriotisme si entraînant. Le vicomte de Borelli est non seulement un poète de premier ordre, mais un soldat de premier mérite, en même temps qu'un gentilhomme de première marque. Il a mérité ainsi de la plume et de l'épée d'Agrippa d'Aubigné, et Henri IV pourrait l'appeler son ami sans que l'ingratitude du roi altérât jamais la félicité du capitaine. Il fait la guerre depuis près de trente ans, depuis sa sortie de Saint-Cyr, en Afrique, en Italie, au Tonkin, et la rosette qu'il porte est bien de la couleur de son sang ».

Cet hommage écrit en marge des beaux vers d'Alain Chartier, devait porter bonheur à la pièce de M. de Borelli, et elle obtint la faveur que Dumas lui avait prédite dans sa préface. Il n'est nécessaire d'ajouter que ses interprètes, Mounet-Sully, Mlles Bartet et Légault, contribuèrent à sa réussite. Le 13 avril 1891, les Bordelais, amis de M. de Borelli, firent venir à Bordeaux les artistes de la Comédie Française pour y présenter « Alain Chartier ». Une représentation de gala, organisée par le cercle du New-Club, dont M. de Borelli était un des membres depuis 1869, fut donnée au Grand-Théâtre. Auteurs et acteurs y furent acclamés.

M. de Borelli avait fait paraître en 1887, chez l'éditeur Lemerre, son premier volume « Rana », qui fut couronné par l'Académie Française et qui, depuis longtemps, est épuisé. En 1890, il publia « Arma ». Le général de Galliffet, dans une lettre préface, lui écrivait : « Chantez la guerre, mon camarade, vous êtes son homme, et c'est une agréable façon de nous y accoutumer ». En 1894, il fait paraître « Rimes d'argent », où l'on trouve « Le Jongleur », qui lui valut pour la seconde fois le grand prix biennal de poésie de l'Académie Française. « La fonte du Persée » contenue dans son dernier volume « Les Dactyles » le lui fit décerner pour la troisième fois, fait absolument unique, au moins en ce qui touche les poètes encore vivants, aucun d'eux ne l'ayant eu encore qu'une fois. Décédé en 1906, M. de Borelli a voulu être inhumé au Taillan, dans le tombeau de sa famille, et y fut transporté le 23 juin 1906.

La biographie du vicomte Emmanuel Raymond de Borelli a été communiquée par Mme Barat, de la bibliothèque municipale du Taillan. Extrait des Médaillons Bordelais T. III.

Le Taillan-Médoc, hier, aujourd’hui, Point Info du Taillan, 2 000, p.156-157.

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