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Les métiers et conditions de vie au XVIIIème siècle.

À la fin de l'ancien régime, les chemins, tous chemins de terre, peu ou pas entretenus, étaient sillonnés de profondes ornières transformées en fondrières par les pluies. C'est pourquoi les seuls moyens de transport usités étaient la charrette attelée de bœufs ou les animaux de bât. Dans la lande, la situation était pire car la végétation de bruyère, brandes, ajoncs et fougères recouvrant tout, on ne distinguait le chemin que très mal. En outre, ces plantes faisaient trébucher les animaux et leur taillaient les pieds, écrit un témoin. Voici par exemple l'état du chemin du Temple, avant l'établissement de la chaussée actuelle, tel que l'ont vu nos parents dans leur jeunesse, au milieu du XIXème siècle. Les bœufs, accouplés sous le joug, passaient toujours â la même place, traçant ainsi deux pistes (roubdes) parallèles séparées par une haie de brandes ou d'ajoncs que les animaux évitaient soigneusement. On conçoit aisément, d'après cette description, que la circulation d'un véhicule attelé d'une seule bête de trait fût impossible. Le grand chemin de Saint-Médard à Bordeaux était moins négligé car les services du moulin à poudre du Roy veillaient à ce qu'il fût maintenu en bon état. C'est ainsi que le Contrôleur général d'Ormesson (le ministre des finances de nos jours) ayant signalé à l'Intendant de Tourny la nécessité de faire des réparations à ce chemin (6 septembre 1745), ce dernier lui répond 15 jours plus tard qu'il a pris les mesures nécessaires. L'année suivante, l'adjudicataire général des poudres se plaint de nouveau, et Tourny lui écrit qu'il s'est rendu-compte personnellement de la situation et qu'il va donner des ordres en conséquence. On sait par l'enquête sur les corvées faite en 1785, que la corvée royale, les prestations de cette époque, était faite sur le chemin de Saint-Médard à Bordeaux. C'est peut-être grâce au meilleur entretien de ce chemin que les bouviers pouvaient apporter le bois au marché tenu le mercredi à la place Dauphine. Les communications avec Bordeaux étaient donc relativement faciles mais on ne saurait en dire autant de celles qui se faisaient dans les autres directions. Et cependant, on allait chercher du foin à la Palu, comme nous l'apprennent plusieurs documents, en suivant Lou Carnin Daou Hen (chemin du foin) qui passe au Poujeau de la Gale et franchit le Cagaréou en cet endroit, à la limite de Saint-Aubin et du Taillan. Si la majorité des habitants ne s'éloignait guère de son village, il y avait des gens qui se déplaçaient parfois beaucoup pour leurs affaires : la présence de deux Auvergnats marchands de toile et de dentelles est signalée à Gajac en 1706. Malheureusement, les documents nous font défaut à ce sujet et les rares renseignements connus sont bien peu de choses. Ils nous permettent cependant de deviner quelques parties de la vie de nos ancêtres qui étaient moins attachés à leur champ qu'on ne le prétend souvent.

En voici une preuve : bien que l'agglomération du bourg ne fût pas très peuplée, elle était le siège d'une activité commerciale importante comme le montre un document rédigé par la municipalité le 25 frimaire an III (16 décembre 1795). On y lit que « de temps immémorial se tenaient au Bourg quatre foires annuelles les 5 mai, 9 juin, le 20 août et 12 novembre. Elles duraient un jour chacune. » Le champ de foire était la garenne de M. Delmestre, située au sud du grand chemin de Bordeaux, en face du château le Bourdieu, tout comme de nos jours. Le document cité ajoute : « le bétail exposé vient des Landes et des communes voisines : ce sont des chevaux, juments, bœufs, vaches, porcs, truies, ânes, ânesses, mules, mulets. »

En même temps, on apprend qu'il y avait un marché les dimanches et jours de fête. Ce marché ne pouvait se tenir sur la place actuelle qui était alors le cimetière mais seulement sur l'eyre située au devant des maisons Peychaud, la Bélarde et Jean Beau (Peychaud, veuve Baquey et Darriet actuellement), seul emplacement disponible dans le bourg et bien à portée de tous marchands et acheteurs allant à la messe.

Enfin, de la même source, il ressort que les productions de la paroisse consistent en « vin, seigle, très peu de froment, blé d'Espagne (maïs), millet, mongettes, patates et légumes potagers ». En 1795, 99 journaux trois-quarts été ensemencés en grains. La culture du froment et celle du millet ont complètement disparu, tous les autres subsistent. D'après notre arrière-grand-père la pomme de terre aurait été cultivée tout d'abord à Gajac mais on ne sait à quelle époque ; quoi qu'il en soit une espèce de pommes de terre était appelée Gajaque, il n'y a pas bien longtemps encore. Deux officiers municipaux (nous dirions aujourd'hui deux adjoints) Ramond et Dugay fils, l'agent national Bérard (fonction qui n'existe plus, elle équivalait à celle du ministère public) ont signé ce document. Il faut admettre que l'attestation de ces trois notables lui confère un caractère de sérieux, d'exactitude incontestable. C'est la première statistique agricole connue dans notre commune. On ne saurait affirmer que les statistiques du même genre établies dans ces dernières années soient aussi exactes. Pourtant, il semble que le rédacteur a voulu s'amuser car dans l'énumération du bétail exposé sur le champ de foire il mentionne chaque fois les femelles après les males à propos de chaque espèce, ce qui paraît superflu car même sous l'ancien régime, les champs de foire ont toujours été ouverts au bétail de l'un ou l'autre sexe indistinctement.

Un autre renseignement précieux est fourni par cette statistique : en 1795 la population s'élevait à « 1 358 citoyens et citoyennes ». Pour la première fois, nous avons un chiffre précis. Les dénombrements de l'ancien régime s'appliquant aux feux et aux naissances, il fallait multiplier les nombres ainsi obtenus par des coefficients : 4 ou 4,5 pour les feux, 25 pour les naissances ce qui donnait en fin de compte des résultats très approximatifs.

Depuis la fin de l'ancien régime plusieurs métiers alors exercés dans la paroisse ont disparu. Tout d'abord les tisserands qui n'étaient pas moins de trois dans la paroisse. Il y en avait encore à Gajac sous le second Empire, au coin de la Carreyre et de la place coupe-gorge, place située sur le bord nord de la Carreyre. Les matières premières ne manquaient pas pour l'approvisionnement de leurs métiers car la Lande produisait de la laine en grande quantité provenant de nombreux troupeaux du pays. De plus, on cultivait le chanvre au Camp Bas de Gajac, dont chaque famille importante possédait une parcelle. On faisait rouir le chanvre dans la Jalle près de la rive gauche, un peu en amont du déversoir du moulin encore vers 1880.

Les laveurs de laine ont disparu eux aussi après un siècle et demi d'existence et même davantage. En 1709, Ramon, marchand couverturier, possédait déjà un bien près de Gajac acheté à Mme Gaussens, lieudit Carles. 60 ans plus tard un autre Ramon aussi marchand couverturier, place du Marché Neuf, acheta à Hosteins, vigneron au Monteils, paroisse de Pessac, un bsitué « près de Gajac » pour le prix de 1 400 livres. Depuis lors, chaque année, les laveurs de laine, recrutés un peu partout, arrivaient à la belle saison. Après entente avec le meunier, fermier du moulin, les Ramon installaient un fourneau sur la rive droite de la Jalle, en amont du gué, à peu près sur l'emplacement du lavoir actuel près du pont de pierre. On faisait bouillir la laine dans un bain de lessive contenue dans une grande chaudière en cuivre après quoi elle était lavée à grande eau. Les laveurs, immergés dans l'eau de la Jalle jusqu'à mi-jambe, brassaient à deux mains la laine contenue dans de grandes corbeilles d'osier placées devant eux flottant sur le liquide de manière à la débarrasser du suint et de toutes les saletés. Puis, on étendait la laine ainsi dégraissée et blanchie sur l'herbe des prairies avoisinantes. Enfin, une fois sèche, on la mettait à l'abri dans le grand hangar en moellons construit en 1704 et dans lequel on a installé des logements voici quelque temps déjà. Carles fut laveur de laine après Ramon vers 1820. Son nom est resté au quartier qui plus tard a été bâti sur les terres du Bourdieu de Mlle Gaussens et auprès de son habitation. Il existe encore un corps de bâtiment et un puits à margelle sculptée vestiges de celle-ci. L'industrie du lavage de laine se maintint à Gajac jusque vers 1880, époque où elle fut transportée à Villenave-d'Ornon. On imagine aisément l'animation qui régnait à la belle saison au gué de Gajac avec ce rassemblement des laveurs, les allées et venues de la Jalle au hangar, de la Jalles aux prairies, ce grouillement de gens autour du fourneau, les bavardages des laveurs qui devaient interpeller bruyamment les voyageurs traversant le gué comme plus tard les blanchisseuses provoquaient à pleine voix et jusqu'à perdre haleine les soldats en train de défiler sur le pont de pierre.

Vers la fin de l'Ancien Régime (et sans doute auparavant), l'élevage des abeilles était très développé dans la région. Il n'y avait guère de famille marquante qui ne posséda un « apier » plus ou moins important. Les « apiers » étaient les plus souvent situés dans les immenses Landes communes, à proximité d'un cours d'eau. Un fossé large et profond les protégeait contre les incursions du gros bétail. On trouve encore dans les bois (autrefois landes rases) des fossés entourant un terrain rectangulaire ou rond sur lequel était jadis installé un apier.

On en connaît un encore habité, situé au sud-est de la lagune du Sourbey, c'est l'apier entouré d'un fossé circulaire, à cheval sur la limite de notre propriété et de la propriété Départ qui appartient à cette famille. Un homme d'Issac, Jean Séguin, qui décéda en 1723, y est qualifié de gardeur d'abeille. L'existence de cette fonction prouve l'importance qu'avait l'élevage des abeilles à cette époque. Il évoque aussi le souvenir poétique des Géorgiques qu'on ne se saurait pas attendu à trouver ici. En 1774, deux habitants de Martignas achetaient le miel des apiculteurs de Saint-Médard.

Les moulins à eau de la paroisse étaient en pleine activité. On en comptait quatre : Bonneau à M. de Ségur, Seigneur de Belfort, Caupian à M. de Ségur, Gajac à Mme de Basterot, Le Thil à M. de Chassaing, seigneur du Thil. Tous ces propriétaires louaient leurs moulins à des meuniers par bail passés devant notaire pour une durée fixée généralement à cinq ans.

Certaines clauses notamment celles relatives à la conservation des ouvrages et des digues pourraient être reproduites textuellement dans les baux modernes. Le prix varie bien entendu suivant les moulins : il est de 800 livres pour Bonneau et Caupian affermés au même meunier, de 1 200 livres pour Gajac affermé à Tanays, marchand de Bordeaux, qui le sous-loue aussitôt 1 500 Livres à Estève, meunier de Bonneau en 1764. En 1775 et 1790, Gajac est affermé 1 200 livres, plus 400 livres pour les prairies. Le fermier possédait parfois des mulets pour le transport des sacs, d'autres fois ils appartenaient au propriétaire du moulin. 4 mulets estimés ensemble 500 livres servaient au moulin de Caupian et Bonneau en 1790. Ils étaient la propriété de M. de Ségur. Ainsi, assuré d'un long avenir, le meunier pouvait s'occuper de sa clientèle. Il visitait les villages et fermes isolées pour prendre livraison du grain et rapporter la farine. La tête coiffée d'un bonnet de laine blanche, juché sur le mulet de tête, il conduisait une file de mulets, harnachés de bâts de chaque côté desquels étaient disposés des supports ou des paniers pour le transport des sacs. La tournée ne s'effectuait pas seulement dans l'intérieur de la seigneurie dont dépendait le moulin mais aussi à l'extérieur et cela sans difficultés.

Il n'en allait pas de même lorsque la petite caravane circulait dans Saint-Aubin car alors surgissait fréquemment une mésaventure qui vaut la peine d'être contée. M. de Raoul, conseiller au Parlement, seigneur de Saint-Aubin, possédait un moulin à vent situé près du carrefour de la Vierge, au nord du chemin allant de ce carrefour à Mounié, à peu près à l'emplacement de la gravière actuelle. Or, il arrivait que par suite des caprices du vent ce moulin ne pouvait donner satisfaction certaines fois aux besoins des vassaux de M. de Raoul. Ceux-ci se trouvaient alors pris dans l'alternative ou de subir la famine ou de s'adresser à un meunier étranger à la seigneurie. Il va de soi que le seigneur ne pouvait raisonnablement s'opposer à la venue de cet intrus mais cette obligation le jetait hors de ses gonds. Ce personnage, d'un tempérament irascible, devenait furieux à la vue de la caravane étrangère cheminant sur ses terres et la canne haute il se ruait sur le meunier lui administrant une bonne volée jusqu'à ce qu'il eût mis pied à terre.

Ce hobereau exigeait que les meuniers de Saint-Médard marchassent à côté de leurs bêtes aussi longtemps qu'ils voyageaient sur ses terres. J'imagine que nos ancêtres devaient avoir l'œil aux aguets lorsque passé le bois de Cante-Coucut (Chante Coucou) ils débouchaient sur les terres de l'irascible seigneur. L'anecdote suivante bien que sortant du cadre de ce travail, fait connaître les sentiments des habitants de Saint-Aubin pour leur seigneur. Un jour, M. de Raoul et le seigneur de Saint-Médard (le narrateur ne précisait pas davantage) revenaient de Blanquefort en suivant Lou Camin Daou Ben (chemin du Foin) à cheval. Ils allaient franchir le Cagaréou à la Bache de Lacoumbe lorsqu'un coup de mousquet fut tiré derrière un buisson et la balle coupât les rênes du cheval de M. Raoul. Ce que voyant le « seigneur de Saint-Médard » dit à ce dernier : « Bougre, Ragouil, coume tes paroissiens té saluden ! Adieu ! » (Bougre, Raoul, comme tes paroissiens te saluent ! Adieu !) Et, piquant des deux, il abandonna son compagnon si mal vu de ses vassaux. Et cependant, ce Raoul si coléreux ne dédaignait pas d'assister comme témoin au mariage de Pierre Dugay, garçon forgeron, avec Pétronille Peychaud, fille de feu Pierre et Marie Danet. Seul, il signe Raoul mais non les autres témoins qui ne savent pas écrire : Pierre Dongey et Jean Basque dont les noms sont encore portés dans le pays et qui étaient des roturiers (19 février 1754). Ce petit fait montre qu'au XVIIIème siècle les relations des nobles et de leurs sujets étaient généralement empreintes de confiance et d'une certaine familiarité. Ces détails étaient racontés par notre arrière-grand-père. Mais en 1797, il n'avait pas connu l'ancien régime par lui-même mais sa grand-mère, fermière du moulin de Gajac en 1776 et 1790 ainsi que son père avaient eu affaire à la famille de Montaigne d'abord, puis à Mme de Basterot plus tard. C'est d'eux qu'il tenait ces anecdotes et bien d'autres encore sur l'irascible Raoul. Quant aux seigneurs de Saint-Médard, ils en avaient transmis un souvenir tout différent : celui d'un bailleur ayant avec son preneur des rapports parfaitement corrects auxquels il n'y avait rien à reprendre.

Le métier de tonnelier était très pratiqué la fin du XVIIIème siècle car on soignait et dégustait fort bien les vins à cette époque. Andraut de Gajac, qui se maria en novembre 1777 avec Magdeleine Castaing, était un tonnelier pas ordinaire à en croire les deux anecdotes racontées par notre bisaïeul, son neveu : Andraut travaillait dans un chai de Bordeaux ; bien des gens en font encore autant. C'était un dégustateur réputé. Un jour, ses camarades décidèrent de mettre son talent à l'épreuve. Justement, un lot de barriques était rangé devant la porte du chai attendant que le vin fût goûté puis agréé avant de le loger à l'intérieur selon la coutume. À l'insu d'Andraut, ils introduisirent un gros clou dans un fût puis refermèrent soigneusement la bonde. Le dégustateur arrivant à cette barrique déclara que son contenu avait un goût différent de celui des autres fûts et qu'il était impossible de rattacher ce goût à quelque chose de connu. On conçoit aisément qu'après cette épreuve la réputation d'Andraut, dût pas mal augmenter ! Il fut par la suite tonnelier de M. Raoul, seigneur de Saint-Aubin, le colérique personnage si mal vu des meuniers... ainsi que de ses « paroissiens ». Un jour qu'Andraut était dans le chai du château de La Salle en train de tailler une douelle, Raoul lui adressa des reproches au sujet de son travail. Le tonnelier les prit très mal ; comme Raoul était très violent et Andraut assez vif, le ton augmenta vite. Enfin, Andraut, exaspéré, le taille-fond en l'air, se lança vers son seigneur, criant qu'il allait le fendre en deux. Raoul, terrifié, prit la fuite, poursuivi par son tonnelier toujours menaçant et criant sa même menace. Mais Raoul, qui connaissait bien dans les coins et recoins son château, put échapper à son poursuivant. Andraut revint chez lui peu rassuré sur les suites de son incartade. Grâce aux relations qu'il avait conservées à Bordeaux on lui trouva une place sur un bateau et il partit en Amérique. On n'a jamais eu de nouvelles de cet émigrant Gajacais.

Plusieurs autres métiers ont disparu depuis la fin de l'ancien régime ; parmi eux sont les postillons, les cardeurs de laine et les colporteurs. On rencontrait encore des colporteurs dans le pays il y a une trentaine d'années ! C'était pour la plupart des montagnards solides, originaires de l'Auvergne, parfois de l'Ariège, qui descendaient dans la plaine pendant la bonne saison de manière à accumuler le profit de leur commerce avec celui de leurs propriétés foncières. Sobres, économes, doués d'un esprit mercantile très développé, ils passaient dans les maisons, vendant des tissus, du fil, des aiguilles, les almanachs et même des lunettes. On trouve trace du séjour de deux marchands Auvergnats qui vendaient de la toile et des dentelles en 1706. L'un d'eux fut tué et enseveli à Saint-Médard le 2 mars de cette même année. Quelques-uns de ces colporteurs se sont fixés dans le pays. Le plus notoire a été Maizonnobe, dit le compte (surnom resté à sa famille), né dans le diocèse de Saint-Flour, en Auvergne qui faisait le commerce du miel et de la laine dans le pays dès 1774. Par la suite, il devint aubergiste, acheta à Thomson, l'ancien presbytère que Linars avait vendu à ce dernier. Maizonnobe fut la souche d'une très honorable famille qui habita notre commune jusqu'à ces derniers temps.

Pour compléter ses renseignements sur la paroisse à la fin de l'ancien régime, voici quelques chiffres extraits pour la plupart de l'estimation du domaine de Belfort 1790, faite avant le partage entre les deux frères de Ségur du 8 septembre 1791 :

L'homme d'affaires du domaine gagnait                                                                600 livres

Le « garde bois »                                                                                                     300 livres

Une paire de bœufs valait                                                                                        400 livres

Un troupeau de 200 brebis était estimé                                                               2 100 livres

20 paires de poules et de chapons valaient                                                              30 livres

150 paires de pigeons valaient                                                                                 120 livres

Une charrette à foin de Palu valait                                                                           26 livres

Un journal de vigne était estimé                                                                   200 à 300 livres

Et le journal de terre seulement                                                                                50 livres

Le faissonat de chêne valait net le cent                                                                   22 livres

La façotine valait                                                                                                     3 livres 10 s

Enfin le journal de pins de 5 ans                                                                              100 livres

Une journée de labour ou de transport coûtait                                                            6 livres

En 1790, Louis Eyquem achetait une barrique de vin                                             78 livres

Voici un document provenant des archives de M. Bérard Petiton qui donne quelques renseignements sur les prix des transports et des travaux effectués par attelage en 1789.

Mémoire d'ouvrage que jé fait pour Arnaud Fourthon dit Richard en l'année 1789

Le 16 février avoir fait un voyage de bruc (bruyères)                                              2 livres

Ledit jour avoir fait un voyage de fumié                                                                 1 livre

Le 9 juillet avoir fait deux voyages de gerbes de blés                                             3 livres

Le 10 juillet avoir fait un voyage de gerbes de blés                                                 1 livre 1 s

Le 15 juillet une matinée à labourer au Mourra (entre Bos et Gajac)                       3 livres

Le 16 juillet une matinée à labourer aux Camps (à l'est de Gajac)                           3 livres

Le 17 septembre avoir fait un voyage de bourrées des pains (du château)               1 livre

Le 25 septembre avoir été chercher un voyage de blés d'Espagne                            1 livre

Le 18 septembre une journée à semer du blé                                                             6 livres

Le 26 du dit une journée à semer et charrier du fumié                                              6 livres

Total :                                                                                                                     120 l 10 s

À Gajac, ce 15 janvier 1790, Signé Lestage.

Sous l'ancien régime chaque communauté de village était d'une famille qui se gouvernait eux-mêmes, et qui veillait à ses intérêts » (F. Brentrano). Et Richelieu écrit : « Tout village de France est une capitale ». En effet, « L'Ancienne France n'a pas connu le système législatif qui, par les décisions d'une assemblée délibérante ou d'un pouvoir constitué, trace aux hommes les voies à suivre. On vivait à la façon des ancêtres : « les vieux faisaient ainsi. » La coutume, les coutumes, voilà la Loi, une loi durable, indiscutée... « Quant à faire des lois administratives, à régler l'instruction publique, l'État-civil, l'Administration de la Justice, la levée des contributions, s'occuper en un mot de ce qui absorbe en grande partie l'État moderne c'était comme un domaine étranger où le pouvoir du Roi ne s'étendait pas. » (F. Brentano).

Les Français modernes sont-ils plus heureux qu'eux ?

Pour se prononcer à ce sujet, il aurait fallu entrer dans les maisons, assister à une audience du juge de Saint-Médard, connaître l'opinion des gens au sortir des assemblées tenues devant la porte de l'église, être au courant de leurs passions, de leurs goûts, leurs idées, bref pénétrer dans le milieu où ils ont vécu. Mais les archives des frères Bérard, si riches par ailleurs ne fournissent aucun renseignement à ce sujet.

Les archives de la Juridiction ne sont pas Saint-Médard et on sait que la famille Castaing Pierre détient sans droit aucun les papiers de la Commune à l'époque Révolutionnaire. Pour toutes ces raisons, un côté de l'histoire, pas le moins intéressant, est inconnu de nous alors qu'il s'agit d'hommes ayant vécu à une époque rapprochée car cinq générations à peine s'intercalent entre eux et nous. Il faut espérer que quelque chercheur futur sera plus heureux si du moins la famille susnommée a décidé de remettre à son légitime propriétaire des papiers qu'elle détient indûment.

L'opinion de notre arrière-grand-père était que la révolution avait été néfaste à la France en plongeant celle-ci dans l'anarchie dont seul Napoléon avait pu la sortir au prix de guerres interminables saignant le pays à blanc. Il n'est pas de meilleur moyen pour faire ressortir la sagacité ainsi que la justesse d'appréciation de notre bisaïeul que de reproduire le passage suivant de Nolhac : « Détruire les abus de l'ancien régime n'était pas une besogne très difficile puisqu'elle était déjà commencée mais en démolissant très aisément cet édifice vermoulu les constituants ont eu le tort de n'en pas laisser subsister les éléments encore stables, encore utilisables qui demeuraient en très grand nombre et qui auraient permis à la France de traverser cette période de réformes sans s'exposer comme elle l'a été par leur faute, aux plus grands périls du dehors et à cette anarchie intérieure interminable qu'il a fallu la main de la dictature pour arrêter. » « On avait déraciné l'arbre qu'il eût fallu émonder, écrit Rivarol » qui, décédé en 1801, ne connut pas l'empire.

Bien que le passage ci-après de Beaurein décrive les mœurs et coutumes des habitants de La Brède, il est reproduit en appendice parce que les mœurs et coutumes des habitants de Saint-Médard devaient leur ressembler beaucoup. Les mœurs des habitants de La Brède varient beaucoup comme ailleurs selon la fortune et la profession des individus. Dans les villages qui ne sont guère peuplés que par des laboureurs et des vignerons, elles sont assez pures. Les femmes y sont laborieuses, frugales et sages en général. Dans le bourg qui n'est peuplé que de bourgeois et d'artisans, la corruption et le luxe ont fait beaucoup de progrès depuis une trentaine d'années. Les filles s'y refusent aux travaux de la terre et préfèrent l'état de domesticité que le voisinage de Bordeaux et leur goût pour le luxe rend très dangereux pour elles (le bourg de La Brède était beaucoup plus important que celui de Saint-Médard).

La nourriture commune des paysans est le pain de seigle, la cruchade ou bouillie de maïs et quelquefois mais très rarement celle du blé sarrasin (la mique). Le cochon et la morue sont les mets favoris. Le vin est la boisson des paysans pauvres ou riches, aussi l'ivrognerie est le vice par excellence. Les Brédois sont très infatués des esprits, des loups-garous et surtout des sorciers au point que les mariages sont très difficiles dans certaines familles qui ont ce qu'ils appellent « l'accuse » c'est-à-dire qu'on accuse de sorcellerie... Je ne remarque ici toutes ces bêtises si communes dans les campagnes que pour que messieurs les curés qui liront cecy y fassent attention. Eux seuls peuvent rectifier les erreurs populaires en ce genre et en beaucoup d'autres. » T. III p. 23. Ces réflexions de Beaurein sont encore d'actualité ainsi que les suivantes : Il faut rendre cette justice aux habitants des landes, qu'ils usent de beaucoup d'économie dans leur façon de vivre... Ce n'est pas un pays fréquenté et où les étrangers cherchent à s'établir. On ne préfère pas ordinairement le pain de seigle au pain de froment. Ce n'est pas que les landes n'aient leurs agréments ainsi que tout autre lieu mais ils ne sont pas du goût de tout le monde. Nous ne sommes pas plus riches par cela précisément que l'argent est devenu commun qu'il n'était anciennement. Indépendamment des denrées, les vivres ont augmenté à un prix excessif, les objets de luxe se sont multipliés et sont devenus des occasions de dépenses, inconnues de nos devanciers. Nous serions beaucoup plus riches que nous sommes si, réduits à la modicité de leurs revenus, nous eussions conservé la simplicité de leurs mœurs et que nous n'eussions pas contracté le goût des dépenses frivoles et superflues. T. III p.111.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.59-62.

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