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Les moulins à poudre du Roy.

Contrairement à ce qu'on serait tenté de croire, le moulin à poudre était une entreprise privée à son début.

Henry de Montaigne vendit au sieur Duperrier par acte du 19 novembre 1660, passé devant Maître Vigier, notaire à Bordeaux, un terrain ainsi que le cours d'eau qui le traversait en vue de l'aménagement de six moulins à poudre, moyennant une rente perpétuelle de 4 francs par an. Un peu plus tard, une explosion détruisit les moulins et tua Duperrier. Il y eut le moulin Saint-Louis détruit par une explosion en 1802 puis en 1835, le moulin Sainte-Barbe qui sauta en 1815, etc.

L'autorité royale ne pouvait manquer de mettre la main sur une industrie si essentielle pour la défense du pays. C'est pour cette raison que Berthelot, Fermier général, adressa à l'Intendant de Guyenne une requête tendant à le mettre en possession des terrains, du cours d'eau et des usines démolies appartenant à Dame Reculé, veuve Duperrier La demande était basée sur un arrêt du Conseil d'État du 12 mars 1666 autorisant le requérant à se rendre acquéreur de tous les terrains utiles pour la fabrication on des poudres et leur commerce. L'Intendant rendit, le 26 mai 1666, une ordonnance donnant satisfaction à Berthelot, à charge pour lui de payer à la veuve Duperrier 500 livres à titre de location. C’est le commencement du monopole des poudres au profit de l'État. Les négociations durèrent quelques temps puisque c'est seulement le 7 février 1671 que Marie Reculé, veuve Duperrier, propriétaire du bien de La Fon, vendit à Berthelot, Conseiller du Roy, commissaire général des poudres, le local où avaient existé les moulins, le cours d'eau et les débris de l'ancienne usine sous condition de remettre les moulins à poudre en état de fonctionnement constaté. L'acte de vente passé devant maître de Ferraud, notaire à Bordeaux mentionne qu'une somme de 3 000 livres sera payée comptant et une rente perpétuelle envers M. de Montaigne de 4 F stipulée dans la vente dudit seigneur de Montaigne à feu Duperrier. Les moulins à poudre furent reconstruits peu après puisqu'en 1683 on trouve mention du parrainage de Jean Ruault « Maître Poudrier », probablement le premier qui ait porté ce titre à Saint-Médard. Un peu plus tard, Pierre Renou, « Garçon Poudrier », achète une maison située sur l'emplacement de la maison Bérard à Gajac, qu'il paie 1 400 livres, en Louis d'argent, de 5 livres pièce (1709).

Au commencement du règne de Louis XV, le directeur du moulin à poudre était Martin Pincemaille, bourgeois de Bordeaux. Bien qu'étant âgé de 80 ans, il remplissait encore ses fonctions au moment de son décès ce qui lui valut d'être enterré dans l'église de Saint-Médard, le 1er juin 1731. Cet important fonctionnaire avait de très hautes relations comme on va le voir. Il maria une de ses filles à Jacques Aziron, bourgeois et marchand de Bordeaux. Le mariage fut célébré dans l'église de Saint-Médard, le 7 janvier 1715 « après la publication des trois bans faite à la messe paroissiale par trois jours de dimanche ou fête sans aucune opposition et après s'y être disposés par les sacrements de pénitence et d'eucharistie. De ce mariage naquit Julie Gabrielle, baptisée dans la cathédrale Saint André, le 16 avril 1716. Le parrain était Louis Gabriel de Pardalian de Gondrin de Bellegarde, Capitaine de Vaisseaux du Roy, et la marraine Mme Julie de Crussol d'Usez, épouse de Mgr Antoine de Pardalian de Gondrin, duc d'Antin. Il y a lieu de remarquer que ce dernier était le fils unique de M. de Montespan. À Saint-Médard, les choses se passèrent plus simplement et ces très hauts personnages n'eurent pas à se déplacer jusqu'ici. On lit en effet dans le registre de baptême « J'ay suppléé les cérémonies de baptême de Julie Gabrielle, etc. Presans : Pierre François Costau, avocat à la Cour du Parlement de Guyenne et seigneur Martin Princemaille qui ont signé... »

En 1739, Princemaille Jean, bourgeois de Bordeaux comme le précédent, était maître poudrier. On ne sait quel était son lien de parenté avec Martin Princemaille. Le parrain de son fils Louis, baptisé le 25 avril 1739, était Louis François de Princemaille de Lestang, bourgeois de Bordeaux, propriétaire de la partie de notre propriété confrontant à la route de Corbiac à Magudas. Comme les noms des fonctionnaires principaux du moulin à poudre sont connus seulement par les mentions figurant dans les registres de baptême, mariage ou enterrements, les renseignements recueillis sont peu nombreux et forcément très incomplets.

Dans cette période, on trouve mention de plusieurs maîtres poudriers : Bernard Thuron en 1750, Jean Lestage en 1767 ; ce dernier assistant comme témoin au baptême de Pierre Castaing, fils de Pierre et Madeleine Delhomme, déclare ne savoir signer. En 1753 et 1754, Jean Gabourin et Raymond Lindras sont qualifiés de garçons poudriers. Broutin est maître poudrier en 1787, comme on le voit dans l'affaire des « quidams » qui ont coupé du bois dans le fief de Candale. Le même Broutin avait acheté un emplacement dans le bourg sur lequel il avait construit une maison à rez-de-chaussée de plusieurs pièces avec corridor, cave et puits : c'est la partie basse de la maison Chevallereau-Berniard actuelle. Enfin, en 1768, le contrôleur du moulin à poudre est noble Louis de Chevinard de Montfer, écuyer.

La fabrication de la poudre est une industrie fort dangereuse quelles que soient les précautions prises pour éviter les explosions surtout lorsqu'il s'agissait de poudre noire car avec la poudre B ou poudre sans fumée il n'en va plus de même.

Quelques temps après la mise en marche du moulin à poudre, une première explosion tua Duperrier et détruisit les usines. Une deuxième explosion eut lieu en février 1698, faisant 4 victimes qui moururent les unes après les autres, les 20 et 27 février, les 3 et 8 mars. Le 6 juin 1758, une troisième explosion fit plusieurs victimes ainsi que le relatent les actes d'inhumation, en date du 10 juin, « de membres épars trouvés dans les ruines du moulin à poudre représentant trois morts. Inhumation des membres trouvés dans les ruines du moulin à poudre où le feu a pris ledit jour de Jean Labeyrie, Jean Lestage et Jean Groleau. Ont été présents à l'enterrement Barthélémy Cassé et Frontin Gourmeron qui ont déclaré ne savoir signé » (Resplaudy, curé), et du 13 juin « une femme décédée des suites des blessures reçues lors de l'incendie du moulin à poudre le 6 juin. » L'intervalle de plusieurs jours qui sépare le moment de l'explosion de celui de la première inhumation prouve que les recherches ont été très longues parce quelles dégâts ont été considérables ou bien qu'on craignait de s'aventurer près des décombres en redoutant de nouvelles déflagrations. Mais la plus violente déflagration fut celle du 10 février 1783, dont le récit écrit de la main du curé Linars est dans le registre des décès : « Explosion qui a eu lieu dans le grenoir du moulin à poudre dans lequel il y avait des milliers de livres de poudre, occasionnée par le feu du ciel. Il y a eu 6 tués et beaucoup de blessés. Toutes les maisons du bourg ont été endommagées, toutes les vitres, tant de la maison curiale que de l'église et autres maisons, ont été cassées. Et nous curé, nous promenant dans notre appartement, avons été blessé. » 45 mille livres de poudre équivalent à 22 500 kilos ! Ces chiffres font comprendre l'importance des dégâts causés par cette explosion, probablement la plus forte qu'il y ait eu depuis la fondation de la poudrerie, exception faite pour celle qui s'est produite pendant le bombardement du 29 et 30 avril 1944 (produite probablement par l'explosion de 80 tonnes de poudre B en gargousses.) « Le 11 février, écrit encore Linars, on inhuma les restes trouvés dans un champ voisin ». Dans la suite, l'intendant Dupré de Saint-Maur envoya une lettre au Ministre au sujet des secours à accorder aux veuves des ouvriers tués par l'explosion du moulin à poudre. L'Administration actuelle n'agirait pas autrement que ne le fit l'Intendant de l'Ancien Régime.

En 1745, l'adjudicataire général des Poudres et salpêtres « représente au Ministre que le chemin qui conduit du moulin à poudre à Bordeaux est impraticable dans toutes les saisons et principalement pendant l'hiver ». L'Intendant répond le 30 septembre : « Ce chemin a différents mauvais pas que j'avais fait examiner depuis plusieurs mois avant de recevoir votre lettre. J'avais pris des mesures pour la réparation mais les habitants qui doivent y travailler étaient occupés cet été à finir un grand chemin plus nécessaire ; j'avais remis à les y employer après les vendanges. Les chefs l'exécuteront alors et vous pourrez compter qu'à l'entrée de l'hiver la communication de Bordeaux et dudit moulin sera plus facile ». Les travaux ne furent-ils pas exécutés ou l'état du chemin s'aggrava t-il ? Malgré tout, l'année suivante, l'adjudicataire revint à la charge et Tourny lui répondit : « qu'il s'est rendu compte personnellement et qu'il fait travailler sur cette route mais qu'il a dû envoyer les ouvriers sur une autre qui pressait d'avantage ; quant à l'alignement fixé par Trudaine, il n'en tient pas compte parce qu'il est absurde ». Le chemin de Bordeaux passait dans la Jalle au gué qui est en aval du pont de Gajac. Le lit du cours d'eau était bordé de marécages à l'ouest, recouverts d'eau au moment des crues. On conçoit aisément combien le passage de la Jalle lors des grosses eaux était une opération difficile pour les charretiers obligés de doubler leur attelage comme le racontait notre arrière grand-père. Et cependant, il n'est pas question de construire un pont en cet endroit dans la correspondance administrative. Cette construction sera réclamée dans le cahier de doléances mais la mise à exécution se fera seulement en 1832, presque un demi-siècle plus tard.

Ce n'est pas que l'Administration ne s'occupât pas de la Jalle mais elle le faisait seulement dans la mesure de ses intérêts (une ordonnance du Grand Maître des Eaux et Forêts, homologuée par le parlement prescrivait que les meuniers devaient tenir les eaux plus basses d'un pan et demi que les terres riveraines et que les riverains devaient curer les canaux et biefs. (Pan : mesure de Haute-Garonne valant 0,25 cm.) C'est ainsi que Charles Primard, adjudicataire général des Poudres et Salpêtres de France, se plaint du manque d'eau dans la Jalle causé par le mauvais état de son lit, les piquetages, etc. où la mettent les moulins à blé et à foulon. M. l'Adjudicataire omet parmi les causes des basses eaux la sécheresse qui devait se faire sentir attendu la date de sa plainte : août 1745, sans doute parce que l'Intendant, tout puissant pour remédier aux autres causes invoquées, ne pouvait rien à l'encontre de celle-ci.

L'Intendant Aubert de Tourny rendit alors l'ordonnance suivante : « Vu la présente requête et les ordonnances de M.M. de Bezons et de la Bourdonnage, des 7 septembre 1689 et 1er octobre 1700, nous ordonnons que les meuniers ou propriétaires de moulins situez sur la Jalle au dessus et au dessous de celui à poudre appartenant au Roy, seront tenus dans quinzaine du jour de la publication de la présente ordonnance de faire travailler par autant d'hommes qu'ils ont de meules à nettoyer et curer le canal de la dite Jalle, même celui de la Fontaine de Cap de Bos pour en ôter ce qui met obstacle à l'écoulement des eaux et conséquemment à l'exploitation dudit moulin à poudre à charge par le dit suppliant, suivant ses offres de fournir 4 hommes pour s'employer audit curement. Et faute par les propriétaires ou meuniers des moulins de ce faire dans ledit délai, icelui passé, permettons au suppliant de faire faire à leurs frais et dépens le dit curement par des manœuvres qu'il proposera à cet effet pour le payement desquels sera par nous décerné des exécutoires contre les propriétaires ou meuniers sur les états de travail qui nous seront rapportez, arrêtez par le suppliant que nous commettons à la direction d'icelui. Faisons inhibitions et defences audits propriétaires, meuniers et autres, de rien planter, jeter ni mettre dans ladite Jalle, ni dans le canal de ladite fontaine qui puisse empêcher à l'avenir le cours des eaux, à peine contre chaque contrevenant de 30 livres d'amende pour la première fois et de plus grosse en cas de récidive et même de punition exemplaire. À ces fins, permettons au suppliant de faire publier et afficher la présente ordonnance partout où besoin sera. Fait à Bordeaux, ce 30 août 1746. Signé Aubert de Tourny, par Mgr Dupin des Lezes ».

En ce qui concerne le jet d'objets dans la Jalle et la plantation de piquets dans son lit, l'ordonnance de Tourny a été observée jusqu'en 1920, mais depuis lors chacun agit à sa guise et le service hydraulique ne veut pas s'en apercevoir. Il n'est guère de monopole qui n'excite l'ingéniosité et l'audace des fraudeurs. Le monopole des poudres n'y fit pas exception sous l'Ancien Régime. En 1751, Claude Durier, fermier général des Poudres et Salpêtres, déposa une plainte contre un nommé Poncet, accusé d'avoir vendu de la fausse poudre et fait faire de fausses empreintes. L'enquête prouva que la poudre ne sortait pas des fabriques royales de Saint-Médard, Limoges ou Toulouse. On ignore la suite donnée à cette affaire mais il est fort probable que le corps des Poudres a défendu avec énergie son monopole. De tout temps, le corps des Poudres a constitué une caste travailleuse, fermée, hostile à toute idée qui n'émane pas d'elle. À l'intérieur, cette caste est tiraillée par des dissentiments personnels mais elle fait front unique aussitôt qu'un « philistin » a l'audace de toucher aussi peu que ce soit au sacro-saint monopole des Poudres. On peut s'y créer des amitiés solides, même durables, d'autres agréables ou passagères mais dans tous les cas, à une profondeur variable suivant le caractère de l'intéressé, on retrouve ce trait commun.

L'immunité fiscale dont profitaient les employés des Poudres blessaient les gens du Tiers qui étaient les seuls à supporter les charges fiscales. D'autant plus que ces nés privilégiés ne faisaient pas partie de la noblesse mais étaient au nombre des possesseurs de ces innombrables charges ou fonctions qui procurait l'immunité fiscale à leurs détenteurs. Un conflit ne pouvait qu'éclater un jour ou l'autre, l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789 fournit l'occasion tant attendue. Les collecteurs de la paroisse de Saint-Médard pour l'année 1789 inscrivirent sur le rôle supplémentaire des ci-devants privilégiés pour les six derniers mois de l'année le régisseur des poudres pour une somme de 108 livres ; on voit que ces collecteurs ne perdaient pas de temps et qu'ils entendaient faire profiter sans retard la collectivité de la suppression de cette exonération fiscale tant désirée et depuis si longtemps attendue. Le Commissaire des Poudres et Salpêtres du département de Guyenne en résidence à Bordeaux, en fonction déjà vers 1783, était un seigneur Du Camp, né près de Lescar (Basses-Pyrénées). Il discourait volontiers à la société des Amis de la Liberté et de l'égalité de Bordeaux et publiera en 1793 « Les réflexions à méditer au moment où la Constitution sera présentée à la sanction du peuple ». On voit que Du Camp qui ne signait plus que Ducamp, tournait avec le vent. Le commissaire prit fait et cause pour ses subordonnés et adressa aux administrateurs du district (arrondissement) de Bordeaux la requête suivante : Du Camp « expose tout d'abord que les collecteurs de la paroisse de Saint-Médard-des-Landes (sic) ont inscrit le régisseur des poudres pour une somme de 108 livres due pour les six derniers mois de 1789 à raison sans doute de la fabrique de poudre établie dans la paroisse. Mais cet établissement est non imposable comme appartenant à la Nation, régi exclusivement pour son compte, protégé par elle ; son exploitation a pour but unique la défense et la sûreté de l'État. La municipalité est la première à donner un exemple bizarre et le donne moins en suivant ses lumières qu'en agissant d'après l'esprit de déduction de quelques redevables intéressés qui sont parvenus à colorer à ses yeux d'une manière attrayante. La poudrerie est comme une place forte au point de vue des impôts. La municipalité de Saint-Médard a trop écouté les maximes des propriétaires intéressés à l'égarer ; elle leur a donné contre toutes les règles une influence décidée dans une répartition dont ils ont arbitré les proportions, ce qui d'après les saines maximes de la raison devrait leur être interdit à cause de leur intérêt personnel et ce qui à cause de l'intérêt public devrait être l'opération de la municipalité seule... Personne pour les régisseurs n'a été appelé aux assemblées de paroisse relatives à l'imposition cependant que tous les privilégiés y ont discutés avec raison leurs droits avant que les charges fussent fixées. Les régisseurs des Poudres ne sont point contribuables à Saint-Médard, puisqu'ils n'ont sur la paroisse ni domicile, ni propriété ni usufruit.

En second lieu, en supposant que la fabrique des poudres pût être sujette à l'imposition, celle fixée par le rôle de Saint-Médard est si vexatoire et si fortement viciée par un arbitraire odieux, qu'elle devrait être annulée avec indignation. En effet, le territoire de la fabrique de poudre est composé d'environ 8 journeaux, plus de moitié se trouve clos de murs et assigné aux usines et autres bâtiments nécessaires à l'exploitation. Cette partie est sans culture, autant parce que la nature du sol se refuse à toute végétation utile que par les dispositions exigées par des travaux importants, la partie hors des murs est presque toute composée de sable aride et coupée par divers chemins qui la sillonnent en tous sens. On voit pourtant sur cette portion de terrain environ un journal de bois-taillis, reste des tentatives faites en divers temps pour fructifier le tout, dont le plant rare et continuellement ravagé par les voisins atteste la stérilité. Ce taillis donne comme produit annuel moins de 5 livres. Les terres dont il s'agit ont été affranchies avec raison d'une charge qui ne se mesure que sur des valeurs réelles... La disproportion est donc forte et serait sans doute incroyable si on ne savait à quel degré d'aveuglement peuvent être conduits quelques hommes que de fausses idées et l'esprit de cupidité égarent.

En conclusion, demande que soit ordonnée la radiation de l'imposition à la charge de l'État sur le rôle des six derniers mois de 1789 concernant les privilèges de Saint Médard avec défense à la municipalité du lieu d'en faire suite. » Bordeaux, le 15 septembre 1790, Du Camp.

La municipalité de Saint-Médard, par la plume de Dumas, secrétaire-greffier et maître d'école, fit la vigoureuse réponse suivante au plaidoyer de Du Camp : « Les privilégiés de la paroisse de Saint-Médard ayant négligé de faire leur rôle de supplément pour l'année 1789, la municipalité se trouva priée pour obéir aux décrets de l'Assemblée Nationale de s'occuper de la confection dudit rôle et si elle s'est déterminée à imposer la fabrique de poudre c'est qu'elle a considéré : - Que tous les privilèges ayant été détruits, toute personne devrait être imposée à raison de ses biens et industrie. - Qu'il n'existe aucune loy qui exempte de l'imposition les biens nationaux et que de fait ils ont été imposés partout. - Que l'ordonnance veut que tout fermier ou régisseur doit être imposé à raison de son bail à ferme où profit de régie. Et appliqués à présent, ces trois principes à l'imposition faite au préjudice du sieur Ducamp ou des régisseur, on se convaincra que les prétentions dudit sieur sentent encore les abus de l'Ancien Régime. Jamais, dit le sieur Ducamp, les régisseurs des Poudres n'ont été imposés, ce n'est pas une preuve qu'ils ne devaient pas l'être. Les préposés à l'exploitation des manufactures royales ou domaines royaux croyaient avoir le droit d'exercer toute espèce de vexations et de faire leurs affaires sans contribuer en rien aux charges de l'État, il serait aisé de prouver au sieur Ducamp que la paroisse a souffert des dommages considérables par le fait des moulins à poudre et qu'ils n'ont jamais été réparés ou seulement d'une manière très arbitraire et en faveur des protégés des Agents et Commissaires... On ne doit pas imposer les moulins à poudre parce qu'ils sont situés sur une très petite étendue de terrain qui ne porte aucune espèce de revenu ? Mais s'il en est ainsi, les moulins à blé ne doivent donc pas être imposés. Nous avons dans cette paroisse quatre moulins à farine qui sont imposés plus de 400 livres et qui certainement à eux quatre n'occupent pas autant de terrain ni de bâtiment que le seul moulin à poudre ; cependant, les propriétaires n'ont pas réclamé contre l'imposition. Le sieur Ducamp croit peut-être que ces moulins sont ainsi taxés parce que la farine qu'ils font est blanche et que celle du moulin à poudre est noire ; dira-t-il que la poudre est utile mais sans contredit la farine ne l'est pas moins et ce n'est que l'usage de celle-cy qui donne de la force à l'autre. Les moulins à poudre fournissent non seulement la poudre de guerre mais encore toutes celles qui sont nécessaires au commerce dont elles tirent un bénéfice considérable et cela est sy vray qu'une partie des profits des régisseurs, commissaires etc. dépendent du plus ou du moins de la consommation et manipulation des dites poudres. Bien qu'habitant Paris, les régisseurs doivent être imposés au rôle des paroisses comme les propriétaires des moulins sont imposés au rôle des paroisses où ils sont situés quoyque lesdits propriétaires habitent ailleurs. Or, qu'il mette la main sur la conscience et le sieur Ducamp conviendra qu'il n'y a nulle proportion entre l'imposition dont se plaint ledit sieur avec celle qu'il devrait supporter; partant l'imposition sera conservée. À quoy concluent les Officiers municipaux de la paroisse de Saint-Médard, Dumas, Secrétaire-greffier. »

La réponse de la municipalité est parfaite. Elle contient une réfutation précise point par point des arguments de Ducamp, une pointe d'ironie vient renforcer l'argumentation, enfin le rappel des abus de l'Ancien Régime en train de disparaître, dont profitait Ducamp ainsi que les autres privilégiés, est bien fait pour achever la conviction des administrateurs du district. On lit en effet en marge de la pétition de Ducamp la décision suivante : Vu les observations de la municipalité, le directoire du district considérant que le terrain sur lequel la manufacture est assise ne peut être exempt de sa portion dans l'imposition. Que les régisseurs doivent également être assujettis soit pour le traitement dont ils jouissent, soit pour les bénéfices qu'ils retirent pour leur place. Est d'avis qu'ils soient déboutés de leur demande en décharge, qu'en conséquence la municipalité de Saint-Médard soit authorisée d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour procurer au collecteur de 1789 le payement de la somme de 108 livres à laquelle les régisseurs du moulin à poudre ont été imposés sur le rôle des six derniers mois de ladite année. Délibéré oui ; M. le Procureur Syndic À Bordeaux, le 26 septembre 1790, Latour Lamontagne De Meyres, Président et vice-Président.

Forte de la décision favorable des Administrateurs du District, la municipalité entrée en fonctions depuis quelques mois, et dans l'ardeur de ses convictions égalitaires, fonça sur son adversaire et fit effectuer la saisie des fruits. Le document est ainsi libellé : Saisie de fruits. Généralité de Bordeaux. Élection de Bordeaux, année 1789, paroisse de Saint-Médard, de par le Roi. L'an 1790 et le 21 novembre à la requête des collecteurs de la paroisse de Saint-Médard, année 1789, habitans d'icelle, Nous Louis Roy aîné, huissier aux Tailles, avons saisi et mis sous la main du Roi les fruits pendants par branches et par racine de toute espèce que le

régisseur des Poudres pour propriété et droits d'exploitation : des biens situés dans ladite paroisse doit recueiller dans ladite paroisse... faute de paiement de la somme de 108 livres imposée sur le rolle du supplément des ci-devants privilégiés de ladite paroisse due au Roi par ledit régisseur, pour Taille, capitation vingtièmes et autres impositions... Lesquels fruits nous avons établi par ces présente pour commissaires, séquestre, gardien et régisseurs Pierre Dugay, forgeron, et Jean Romefort, vigneron, auxquels nous avons enjoint de les régir en bons ménagers et pères de famille... fait dans ladite paroisse parlant auxdits séquestres qui ont reçu la présente copie par nous Roy aîné, huissier aux Tailles.

Ici s'arrêtent les renseignements sur cette affaire mais il est fort probable que les régisseurs de poudres ont payé leurs impôts tout comme leurs successeurs le font aujourd'hui.

La fabrique de poudre donnait annuellement à la fin de l'Ancien Régime :

Poudre de chasse : 100 000 Livres

Poudre de traite : 30 000 Livres

Poudre de guerre : 15 000 Livres

La production fut intensifiée bien vite à partir de 1792 et la production de poudre de guerre atteignit 150 000 Livres peu après le début des hostilités. Les municipalités furent chargées d'assurer la coupe des bois de Bourdaine, coudrier, osier, etc., de les faire brûler et de transporter le charbon à la poudrerie. Le soufre fut fourni abondamment pendant toute la Révolution par les raffineries de Marseille.

Quant au salpêtre il provenait des fabriques de Tours, de Saumos et des raffineries de Bordeaux jusqu'en 1792. Plus tard, il fallut se mettre à l'emploi de produits de démolition et les terres qu'on pourrait trouver sur place. La loi du 14 frimaire an II établit la fabrication révolutionnaire du salpêtre. Elle fut complétée par une instruction qui devait « être lue sous l'arbre de la liberté trois décades consécutifs ». Des agents spéciaux furent chargés de la recherche du salpêtre. On les appela « lécheurs de murailles » à cause de la méthode dont ils se servaient pour reconnaître les terres « fulminantes ». La richesse des matériaux se révèle par la dégustation. Une pincée de poudre placée sur la langue détermine une saveur plus ou moins piquante et amère qui caractérise les nitrates de potasse et de chaux. Neuf mois après la publication de la loi du 14 frimaire, 100 406 livres de salpêtre avaient été récoltées dans l'étendue du district (arrondissement) de Bordeaux. Le 13 germinal an II, la citoyenne Cabarru Fontenay (Mme Tallien) fait remettre sur le bureau du Directoire du district de Bordeaux une commission provisoire de direction d'un atelier de salpêtrerie délivrée à son nom et à celui de Martel fils. Le 4 floréal suivant : réclamation de la citoyenne Fontenay, directeur d'un atelier de salpêtre qui a fait demander au dépôt un cheval pour le transport des terres salpêtrées ; le directeur du dépôt refuse de livrer ce cheval sans un ordre du district. Renvoi de la réclamation au citoyen Ducamp qui demeure invité à dire si ce cheval est nécessaire à l'atelier dirigé par la citoyenne Fontenoy et Martel fils. Il est probable que le citoyen Ducamp et le district après ne refusèrent pas à la belle maîtresse du représentant du peuple en mission à Bordeaux, le cheval qu'elle désirait (Revue Historique 1916 p.301).

Les poudriers avaient été mobilisés dès août 1793, ceux qui avaient été appelés sous les drapeaux furent renvoyés dans les ateliers. Le salaire qui était, en 1790 de 36 livres par mois fut augmenté de 18 livres puis porté à 60 livres, somme qui représentait un salaire d'environ 2 F 20 par jour pour 27 journées de travail. Néanmoins, il y eut des mouvements grévistes mais on emprisonna les meneurs. Le représentant Garnier (de Xaintes) fit publier un règlement d'après lequel l'ouvrier qui s'absenterait de son travail pendant 2 heures sans autorisation perdrait une demi-journée de salaire. Une absence d'un jour faisait perdre tous les salaires, plus cinq jours de prison. En cas de récidive, venait la réclusion jusqu'à la paie. Quant aux mutins, c'était la peine de mort. Les Jacobins connaissaient la manière forte. La première Révolution n'a pas été tendre pour les ouvriers (Les Industries de Guerre à Bordeaux pendant la Révolution, Revue Historique 1915).

Le salaire journalier en mai 1945 est de 17 à 20 F par heure de présence (ce qui ne signifie pas nécessairement heure de travail), soit de 136 à 160 F par jour ; ce prix que rien ne justifie, attire tellement les ouvriers que bientôt les particuliers ne trouveront plus de main d'œuvre pour faire les bois ; quant aux terres, il y a beau temps qu'elle s'en est détourné. Il n'y a plus en culture que les terres travaillées par leurs propriétaires.

Nota : Une délégation du conseil municipal de la commune de Fulminante estima des pins à Berlincamp pour le Service des Poudres et les vendit 6 et 9 livres pièce, le 30 thermidor.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.82-90.

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