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Une économie dirigée depuis le XVIIème siècle.

Nos ancêtres ont connus comme nous les beautés de l'économie dirigée. Au XVIIème et XVIIIème siècle, la viande et le vin entre autres produits étaient taxés. Tout allait bien lorsque la taxe était juste et concordait avec la valeur réelle du produit taxé mais lorsqu’elle se trouvait par trop au-dessous de cette valeur et que le marchand, cédant à l'appât du gain, estimait le bénéfice qu'elle lui allouait insuffisant, alors régnait ce que de nos jours on appelle le marché noir, c'est-à-dire un marché où les prix officiels n'étaient pas appliqués. Tout comme maintenant, les autorités s'efforçaient de le faire disparaître mais sans y parvenir car les phénomènes économiques ne sont pas régis par les lois et règlements des hommes. En 1683, comme les bouchers vendaient la viande au-dessus de la taxe, les Jurats leur firent inhibition de continuer à peine de 100 livres d'amende. Mais, malgré cette ordonnance, les bouchers persistaient à faire du marché noir. Aussi, les Jurats constatant « qu'ils abusent de la situation pendant le temps des vendanges » renouvelèrent leur défense le 28 septembre 1703. Cinquante ans plus tard, les Jurats prirent encore une ordonnance établissant la taxe comme suit : « bœuf douze sous, veau douze sous, mouton treize sous. Les bouchers de Bruges, Eysines, Gajac, mandés, firent serment d'observer... » Il en fut probablement de cette ordonnance comme des précédentes, comme des innombrables taxations élaborées par le gouvernement. On voit qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil et qu'à toutes les époques les mêmes causes produisaient les mêmes effets.

Il en fut de même pour les cabaretiers qui trichaient sur la contenance de leur mesure. Le 27 mai 1684, les Jurats ordonnèrent que dans les trois jours tous ceux qui vendaient du vin au détail en ville et en banlieue seraient tenus de se pourvoir de mesures marquées de la marque de la ville sous peine de confiscation et de 100 livres d'amende. Ils devaient se défaire des bouteilles non conformes aux mesures sous peine de les voir saisies et exportées à l'hôtel de Ville pourrait pour y être rompues. L'appât du gain est si grand que les cabaretiers continuent ; aussi, les Jurats prennent une nouvelle ordonnance le 14 octobre 1710 dans laquelle ils constatent que des fraudes se commettent journellement sur la vente et la qualité des vins. Un surveillant est nommé à cet effet qui aura comme prix d'encouragement dans cette lutte contre les fraudeurs « le tiers des saisies valablement faites par lui. » On ignore si cette disposition nouvelle a été plus efficace que les précédentes. En 1669, l'intendant de Guyenne fit défense d'allumer du feu dans les forêts, landes et bruyères à moins d'un quart de lieue à peine, du fouet et galères en cas de récidive. Mais, en 1739, l'intendant Boucher apporta à cette défense la correction suivante « il ne convient pas de défendre de mettre le feu aux Landes pour faire venir de l'herbe pour nourrir le menu bétail car si on ne les brûlait pas deux fois l'année il ne serait pas possible d'élever le bétail non plus que d'avoir du fumier pour les terres ; le gros bétail, bœufs et vaches, étant absolument sauvage et ne pouvant pas être parqué, mais il faut obliger les habitants à brûler avec précaution. » À cet effet, les propriétaires qui voulaient faire incinérer les Landes devaient avertir les consuls ou syndics qui convoquaient l'assemblée de la paroisse pour désigner une personne « de sens » pour assister à l'opération avec les consuls et syndics. Les incinérations ne pouvaient avoir lieu que du 15 mars au 15 mai. Actuellement, les choses se passent de la même manière sauf que le syndic actuel, le maire, ne dérange pas l'assemblée de la paroisse. Quant à l'homme de sens, il est inutile de le désigner car avec la discipline de nos contemporains, nul d'eux ne voudrait lui obéir. Et voici qu'en plein règne de Louis XIV, quelques individus s'étaient permis de chasser dans l'étendue des justices dépendant de la ville. Des Jurats renouvelèrent l'interdiction de chasser à peine de 500 livres d'amende. Ces défenses furent lues et affichées aux portes des églises paroissiales à l'issue de la grand-messe (4 novembre 1702). Les infractions à cette ordonnance durent être nombreuses puisque le 6 avril 1712 les Jurats prohibèrent de nouveau la chasse au fusil, au lacet et au piège dans les paroisses de la juridiction de la ville à peine de 300 livres d'amende pour la première fois. Ils défendaient en outre d'apporter du gibier en ville de mars à août et aux cabaretiers ou revendeurs d'en acheter pendant ce temps. Les dernières dispositions laissent soupçonner l'existence du marché noir du gibier malgré les efforts des autorités pour le faire disparaître. Parmi les pièges dont fait mention l'ordonnance de 1712, il en est un auquel se rapporte une anecdote de la vie de Montesquieu qui était racontée par notre arrière-grand-père, d'après les souvenirs de famille très probablement. C'est la glue. On enduisait de glue des bâtonnets qui étaient ensuite disposés dans des branches d'arbres ou des haies. Dans ce dernier cas, le chasseur, armé d'un bâton, frappait la haie en commençant à l'extrémité opposée à celle où se trouvaient les pièges puis en se dirigeant vers ceux-ci. Les oiseaux, affolés par les coups de bâton, fuyaient vers la partie qui était plus tranquille et finissaient par se poser sur les pièges où le chasseur n'avait plus qu'à les prendre à la main. On appelait cette chasse : la Bouëte et le chasseur : lou Bouëtayre. Donc, Montesquieu étant à la Brède voulut éprouver la surveillance de ses gardes et pour cela, revêtu d'une vieille houppelande, il s'en alla chasser à la bouëte le long d'une haie. Un garde l'aperçut qui de loin, lui donna l'ordre de cesser sa chasse, mais le chasseur, courbé sur sa haie, n'en fit rien et continua à frapper les branches avec son bâton. Le garde exaspéré par cette désobéissance lui asséna alors un coup de canne sur le dos. Montesquieu constatant que son garde remplissait bien sa fonction se retourna et l'on devine la stupéfaction du garde lorsqu'il reconnut « moussu » ! (C'est ainsi que l'appelaient ses serviteurs). Le rapprochement des ordonnances successives sur la vie chère et la chasse montre que l'administration d'alors avait de la suite dans les idées et que, sans manquer d'autorité elle était néanmoins assez paternelle.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.36-37.

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