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Les débuts de la Révolution.

Les archives de la mairie ne possèdent pas de documents sur les dernières années de l'ancien régime. De plus, les papiers de la commune depuis la fondation jusqu'en 1795 ne sont pas à la mairie à l'exception des pièces relatives aux impôts du directeur du moulin à Poudre et de la matrice pour la contribution foncière établie en 1791. Une source très précieuse de renseignements pour une période très importante de notre paroisse fait défaut : nous ne savons rien de ce qui s'est passé à Saint-Médard aux environs de 1789 ou par une tradition transmise par notre arrière-grand-père veut que les papiers de la commune fussent confiés au début de la Révolution à la famille Peychaud, faute de Mairie. Les descendants de cette famille ont gardé ses papiers jusqu'à ce jour. En 1850, une pétition de plusieurs propriétaires parmi lesquels Estrac de Bos dénonça cet état de choses au préfet : « La maison de Peychaud servait de maison commune comme elle sert encore… il est depuis longtemps dépositaire de documents ... » Et demanda de faire restituer à la commune les documents qui appartenaient à cette dernière. Mais cette démarche resta sans effet parce que le Peychaud de cette époque était un mouchard de la préfecture (le texte de cette pétition est aux Archives Départementales).

Voici le peu de renseignements qu'on possède sur cette époque. Au mois de mars 1789, les habitants de Saint-Médard, comme tous ceux des autres paroisses, se réunirent pour remettre leurs cahiers de doléances à leurs délégués. Le procès-verbal de la réunion des habitants de Martignas, plus explicite que celui de Saint-Médard donne des renseignements importants : le 24 janvier 1789, le Roi avait donné à Versailles des « lettres » pour la convocation et la tenue des États Généraux en conformité desquelles le Grand Sénéchal avait rendu une ordonnance. Le curé avait donné lecture du tout au prône de la messe de paroisse le premier mars, puis lecture, publication et affichage avait été pareillement faite le jour à l'issue de la messe devant la porte principale de l'église. » L'élection des délégués avait été faite comme à Saint-Médard puis ajoute le procès-verbal « les habitants leur ont donné pouvoir » :

1° - Faire toutes les propositions et remontrances pour la réforme de tous abus et pour l'établissement d'un droit fixe et durable dans toutes les parties de l'Administration.

2° - Aviser à tout ce qui se peut concerner les besoins de l'État, la prospérité du royaume et le bien de tous et chacun des sujets du Roy.

Voici le procès-verbal de l'Assemblée de Saint-Médard : Le 2 mars 1789 a eu lieu l'assemblée convoquée au son de la cloche, en la manière accoutumée, au devant de la porte de l'église paroissiale de Saint-Médard-en-Jalles en Haut-Médoc où se tiennent ordinairement lesdites assemblées par devant : Jean Houneau, lieutenant civil, criminel et de police des juridictions de Corbiac, Gajac, de celle de Saint-Médard et pareillement la juridiction de Belfort également dans la paroisse de Saint-Médard, Ecrivant J.B. Rivière, par nous près d'Office.

Sr F. Thévenard, notaire royal, Pierre Lasserre, maître chirurgien, Bernard Abeillé aussi maitre chirurgien, Jean Peychaud, Pierre Dugay, Louis Eyquem marchand, Arnaud Dénigès, François Poirié tailleur de pierres, Jean Maisonnobe aubergiste, P. Castaing, etc. Tous nés français, âgés de 25 ans au moins, habitants de cette paroisse composée de 331 penses (soit 1 324 à 1 489 habitants suivant qu'on multiplie le nombre de pense par 4 à 4,5 comme l'indique Beaurein, une moyenne de 1406), réunis conformément au vœu de sa Majesté, lesquels ont rédigé les cahiers de doléances signé par ceux qui savent signer et ont élu : J. Peychaud, Guillaume Gravey, Pierre Guitard et Bertrand Laporte, ils ont en remise lesdits cahiers afin qu'il les porte à l'assemblée générale qui se tiendra le 7 mars devant le Grand sénéchal de Guyane et leur en donner tout pouvoir à l'effet de les représenter à cette assemblée. Le présent sera déposé aux archives du greffe de cette juridiction et paroisse observant que lesdits habitant n'ont voulu insérer dans le pouvoir donné aux députés le mot « généraux » quoique par nous interpellés de le faire. Signé Jacques Dumas, maître d'école, Houneau, Rivière, Thévenart, Lasserre, Abeillé, Dugay, Laporte, Peychaud, Gravey, Eyquem, Bérard, Thuron, Montignac, Poirie, Guitard, etc. (Archives départementales Livre L carton B.)

Les élections du tiers se firent à deux degrés :

1er degré : les électeurs choisirent à haute voix deux électeurs pour 200 penses, trois pour 300 feux et ainsi de suite.

2ème degré : les délégués des Paroisses élirent les députés au scrutin secret, mais l'Intendant, après avoir visé les comptes des frais de route et les journées passées au chef-lieu par les mandataires des paroisses chargés d'apporter les cahiers de doléances et d'élire les députés, les fit supporter par les paroisses. L'administration qui se sentait menacée par le mouvement populaire s'efforçait de le contrecarrer.

Le cahier de doléances de Saint-Médard ne se trouve pas aux Archives Départementales, peut-être existe-t-il au palais de justice car les archives des juridictions particulières supprimées à la révolution, furent transportées aux greffes des tribunaux en 1792.

On n'en connaît que ce qui écrit O'Reilly dans son histoire de Bordeaux : « Dans le cahier du Tiers-État de Guyenne, résumé des cahiers des paroisses, on lit : Saint-Médard réclame le curage de la Jalle et l'établissement d'un pont à Gajac, Saint-Médard et Saint-Aubin demandent que les impôts soient mieux proportionnés et qu'il soit tenu compte dans leur établissement des biens des privilégiés. Saint-Médard et Saint-Aubin demandent à être exemptés du service de milice et de garde-côte car ces deux paroisses doivent fournir journellement 10 hommes pour la garde du moulin à poudre de sa Majesté. »

Deux de ces doléances sont d'ordre particulier, l'autre est d'ordre général :

1° - on a vu plus haut que, sur plainte de l'Adjudicataire Général des Poudres, l'Intendant de Tourny avait prescrit le curage de la Jalle en 1746. Il est probable que par suite du relâchement de l'autorité qui a marqué les dernières années de l'ancien régime ces ordres n'ont pas été renouvelés et que les assujettis se sont bien gardés de suppléer de leur propre initiative à cette carence. La situation n'a pas manqué de s'aggraver d'où la plainte des habitants. Mais comme l'émission d'un vœu de curage ne suffit pas pour empêcher une inondation, le 4 ventôse an III, pendant une grande crue, la Jalle fit une brèche de 30 pas de long, sur la rive gauche de la Jalle à 400 pas en amont du moulin de Gajac. « Ce qui occasionne une grande perte audit moulin », comme vient le déclarer à la municipalité la veuve Castaing, fermière de ce moulin. La municipalité reconnut l'urgence de réparer cette dégradation tant pour le bien public que par la nécessité dudit moulin. », En 1945, nous nous trouvons dans une situation analogue. Pendant un siècle, l'autorité préfectorale s'est occupée du curage de la Jalle avec ponctualité mais depuis 1920 elle a complètement délaissé ce cours d'eau malgré tout ce qu'on a pu faire pour vaincre cette apathie. Il faudra que les particuliers reprennent en main cette question du curage de la Jalle tout comme leurs ancêtres mais il faudra que les crues leur causent de grands préjudices pour les réveiller et les sortir de l'insouciance où ils sont à ce sujet. L'histoire n'était qu'un éternel recommencement.

Des travaux d'entretien étaient effectués chaque année sur le chemin de Bordeaux à la mer comme on 1'a déjà vu car son importance allait en augmentant constamment par suite des transports de poudre ou de bois. Mais jusqu'en 1789, rien n'avait été fait pour faciliter le passage de la Jalle par les charrettes en aval du moulin de Gajac. Comme autrefois, il fallait traverser le guet ce qui n'allait pas sans grande difficulté, surtout au moment des crues. On était alors obligé de doubler les attelages mais malgré cette précaution et ce renfort, le passage était impossible pendant les très hautes eaux. Les cavaliers et piétons passaient sur le chemin dit de pieds et de cheval qui franchissait la Jalle sur le pont appuyé contre la façade du moulin construit probablement au XVIIème siècle. C'était un palliatif mais bien insuffisant néanmoins ; il faudra attendre 1832 pour que soit réalisé ce vœu des paroisses de Saint-Médard et Saint-Aubin.

2° - L'exemption du service de milice garde-côte s'imposait puisqu'il constituait une charge supplémentaire aux deux paroisses fournissant déjà une importante corvée royale permanente. La création de la garde nationale permit de donner satisfaction sur ce point aux deux paroisses.

3° - En ce qui concerne la troisième doléance il faut bien dire que bon nombre de privilégiés eux-mêmes avaient admis qu'un changement s'imposait à ce qui concernait l'égalité des charges. Mais Louis XVI, bien qu'animé de bonnes intentions à l'égard du Tiers-État, n'eut pas le courage d'imposer sa volonté aux Parlements lorsqu'ils se firent les porte-parole : « Des nombreuses catégories de personnes presque toutes aisées qui jusque-là échappaient à l'impôt ou ne payaient que ce qu'elles voulaient payer. Et parmi ces personnes les plus nombreuses appartenaient à la bourgeoisie, au Tiers-État, détenteur de ces offices, de ces charges de magistrature qui procuraient l'exemption. » (Bainville) mais la volonté populaire finit par l'emporter car, écrit Gaxotte : « Dans les cités comme dans les villages il est une revendication qui dût être adoptée d'enthousiasme : L'éternelle doléance contre l'impôt. Partout on demandait un système de contributions égales pour tous, déterminées d'après des indices simples, laissant peu de place à la fraude et respectant le secret des fortunes. » Que diraient nos ancêtres s'ils voyaient que sous prétexte de fiscalité démocratique on a rétabli un siècle et demi plus tard ce système universellement abhorré l'impôt personnel et le despotisme du fisc qui n'a plus de frein! La Bastille est encore debout !

L'assemblée constituante décida le 12 novembre 1789 que dans chaque paroisse, il y aurait un maire, un procureur syndic, des officiers municipaux et un conseil général de la commune. Les officiers municipaux remplissaient les fonctions des adjoints actuels, c'était en somme le conseil exécutif, le conseil général ne faisait que délibérer. Le procureur syndic, nommé par l'assemblée électorale, était chargé de faire appliquer les lois et de défendre les intérêts de la communauté. Enfin, un secrétaire greffier devait être nommé par le conseil général.

Étaient électeurs les citoyens actifs c'est-à-dire les hommes âgés de 25 ans, domiciliés depuis un an dans la paroisse, payant une contribution directe de la valeur de trois journées de travail, fixées à 20 sous l'une, soit trois livres. Pour être éligible, il fallait outre les conditions ci-dessus payer l'imposition directe de la valeur de 10 journées, soit 10 livres. Les élections eurent lieu le 28 février 1790, immédiatement après la messe paroissiale. La disparition des registres ne permet pas de donner des détails sur ce qui se passa alors on sait seulement que les premières municipalités étaient composées en partie de : Laporte Maire, Ramond, Peyneau, Dugay, Montignac, Baquey officiers municipaux, Bérard procureur syndic. Dumas maître d'école fut le premier secrétaire greffier, Étienne Fournier le remplaça par la suite. Laporte Jean, laboureur, fut le maire pendant toute la durée de la Révolution. En effet, l'arrêté du représentant du peuple Bordas qui le remplaça par Louis Eyquem, le 10 pluviôse an III, contient le passage suivant : « considérant que la municipalité de Saint-Médard-en-Jalles n'a pas été organisée depuis 1792 et qu'il est essentiel de procéder à son renouvellement partiel. » On ne sait où habitait Laporte : il semble que ce soit à Corbiac d'après l'enquête sur les corvées. Peu après sa constitution, la nouvelle municipalité entra en lutte contre le commissaire des poudres qui, au nom des régisseurs des poudres, se refusait à payer le rappel d'impôt réclamé aux privilégiés pour le deuxième semestre de 1789. Comme on l'a vu dans la notice consacrée au moulin à poudre du roi, l'Administration du district donna raison à la municipalité contre cette mauvaise volonté des ci-devant privilégiés. Fait à Saint-Médard le 28 mai 1792.

En conformité avec le nouvel état des choses le rôle de la contribution foncière pour l'année 1791 fut établi. On relève entre autres les noms suivants :

Le sieur Chasseing Jérôme, citoyen, demeurant à Bordeaux

La Dame Daujard, veuve du sieur Basterot

Le sieur Sébastien Lebrun, homme de loi

Le sieur Ségur, citoyen, demeurant à Bordeaux

Le sieur Delmestre, courtier royal à Bordeaux

Le sieur Linars, curé de Saint-Médard

La fabrique de l'église de Saint-Médard

Le sieur Gréli (ses héritiers)

Le sieur Peres, courretier

Ancien seigneur du Thil

Aussy seigneur de Gajac, Saint-Médard, etc.

Propriétaire de la maison noble de La Fon

Ancien seigneur de Belfort

Privilégié comme courtier royal

Ancien seigneur d'Hastignan

Propriétaire et courtier d'un bien appartenant maintenant à MM. Boutet et Verdier.

Tous anciens seigneurs ou privilégiés parmi plusieurs autres.

À la fin du rôle, on lit : le total des revenus est de 39 264 Livres 12 sous. L'impôt étant de 8 096 Livres 7 sous nous avons reconnu que la cotisation revenait à 4 sous et 1 denier par livre du total des impositions. Signé : Laporte maire, Ramond, Peyneau, Montignac, Baquey officiers municipaux, Bérard procureur de la commune.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.51-56.

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