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De nouvelles dispositions royales pour le peuple à la fin de l’Ancien Régime.

C'est pour parer à toutes les difficultés que, dans les dernières années de l'ancien régime, le Gouvernement royal s'efforce de soulager les paysans et de leur venir en aide par diverses mesures notamment la dispense de tirage au sort des milices, le dégrèvement des terres défrichées et l'enquête sur les corvées.

La dispense de tirage au sort pour la milice est accordée en 1788 à cause de la cherté des vivres provenant de la disette des récoltes détruites par la grêle et les inondations. Qu'est-ce que cette milice ? Les habitants des paroisses dont les clochers n'étaient pas éloignés de plus de deux lieux de la mer étaient exemptés dans les milices de terre mais formaient des milices garde-côtes composées d'infanterie et aussi de troupes montées (Dragons de Guyenne) et de cavaliers. Ces troupes, sauf en cas forcé, ne devaient pas être réunies du 20 juin jusqu'au 20 octobre à cause de la moisson et des vendanges « tous exempts du tirage au sort pour la milice les nobles, bourgeois, employés des fermes, ponts et chaussées, domestiques des ecclésiastiques, des nobles, fils de cultivateurs aisés et en général tous ceux qui ont un crédit ou un protecteur quelconque. Les pauvres sont seuls pris, aussi les insoumis sont-ils légion » (Taine). Ces bandes de paysans mal commandés, non permanentes, recrutées sur place étaient de bien médiocres troupes, tel est d'ailleurs 1'opinion de Vauban. En 1676, les paroisses furent divisées en capitaineries. Il y eut 7 capitaineries en Guyenne : Moron, Entre-Deux-Mers sur Dordogne (capitaine M. Montaigne de Ségur), Entre-Deux-Mers Gironde (M. de Verthamont), Bordeaux (M. de Montaillier), Lamarque (M. de Bergeron), Soulac (M. de Villiers), La Teste le Buch (M. Barrot d'Arès). En 1789, Saint-Médard et Saint-Aubin demanderont à être exemptés du service de la milice garde-côte. Cette milice sera supprimée en 1791 est remplacée par la garde nationale.

La pièce suivante provenant des archives de M. Bernard Petiton montre le peu d'empressement des paysans à participer au service de la milice et la punition infligée aux insoumis : « Nous chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, capitaine général de la capitainerie garde-côtes de La Teste de Buch, subdélégué au département de Bordeaux, autorisons en vertu des pouvoirs qui nous ont été donnés le nommé Antoine Renouil qui a tombé au sort pour la paroisse de Saint-Médard dans l'opération faite à Blanquefort le 14 du présent mois pour le remplacement des milices garde-côtes à faire arrêter un des garçons de ladite paroisse qui n'ont pas comparu lors de la ladite opération à 1'effet de lui être substitué conformément au règlement et à l'ordonnance du roi. » Fait à Bordeaux, le 17 avril 1762. Signé : illisible.

Le dégrèvement des terres défrichées. Un arrêt de 1761 et un édit de 1766 dégrèvent de tout impôt pendant 10 ans toute terre auparavant meuble. Le délai de 10 ans pouvant être prorogé suivant la nature et le succès du défrichement. Taine écrit que dans 28 provinces, 400 000 arpents de terre furent défrichés en trois ans. « En quantité d'endroits, sauf le château et la petite ferme y attenant, le seigneur n'a plus que des droits féodaux : tout le reste de la terre est aux paysans. » Il en était ainsi pour les seigneuries de Jallès et de Corbiac.

L'enquête sur les corvées. Le dictionnaire de l'académie en 1786 définit ainsi la corvée : certain travail que le paysan ou tenancier doit à son seigneur, soit en journées de corps, sont en journées de chevaux, de bœufs et de harnois. Le seigneur de Blanquefort avait le droit de corvée dans sa seigneurie ainsi qu'en fait mention la vente du 8 mars 1601 mais aucun document n'indique que son acquéreur et ses successeurs aient usé de ce droit. On peut en dire en dire autant des autres seigneurs de la paroisse, ce qui ne prouve pas qu'ils aient renoncé à s'en prévaloir. On peut à ce propos se demander d'où venait la main-d’œuvre qui a contribué à la construction du château de Gajac, à celle du mur immense entourant l'enclos de ce château existant déjà en 1701, à celle des substructions importantes du moulin de Gajac. Il est impossible de répondre à cette question.

Le Roi possédait lui aussi le droit de corvée et on a vu qu'il en avait usé dans le courant de l'année 1623 pour la démolition des châteaux de Fronsac et Caumont, mais c'était, semble-t-il, à titre exceptionnel. Du moins, ne connaît-on pas d'autre cas de corvée royale, ce qui ne prouve pas qu'il n’y en a pas eu. Vers la fin du XVIIIème siècle, le royaume avait connu 150 ans de tranquillité intérieure presque absolue, depuis la Fronde aucun événement grave n'avait troublé le pays ; de plus, la prospérité était devenue très grande après la guerre d'Amérique. Aussi, les intendants furent-ils amenés à s'occuper du bien-être des paysans et en premier lieu de l'amélioration des chemins. Tourny fit construire la levée qui supporte la route du Médoc en travers des marais de la Jalle entre le Le Vigean et Blanquefort ; on a déjà vu qu'il ordonna de travailler au grand chemin de Bordeaux à Saint-Médard et à Sainte-Hélène. Mais pour exécuter ces travaux il fallait de l'argent et des bras, c'est pour cette raison que la corvée royale exceptionnelle devint annuelle. Elle fut dès lors établie par un processus identique à celui de la taille. L'Intendant fixait la quote-part de la paroisse puis les syndics élus par les habitants faisaient la répartition entre ceux-ci, à l'exception des privilégiés bien entendus. Les syndics avaient en outre la charge de convoquer les corvéables et de les conduire sur le chantier désigné par le piqueur (surveillant). La convocation imprimée est ainsi libellée : Corvée de par le Roi… il est ordonné au nommé habitant… de la paroisse de se rendre avec les… sur la route… de pour y être employé par corvée à la confection de la tâche conformément à l'ordonnance de monseigneur l'intendant… suivant ce qui lui sera prescrit par le conducteur ou piqueur à peine de désobéissance. Sera ledit… tenu de se rendre précisément les jours ci-dessus indiqués, sans qu'il lui soit permis d'en choisir d'autres, attendu le dérangement qui en résulterait contre l'ordre établi pour le travail par corvée. Fait à…

Voici un fragment de liste provenant des archives de M. Bérard Petiton : état des membres des corvées année 1783

Première corvée le 7 juin - Jean Bénérat, brassier - Jean Seguin Couchard - Bertrand Bérard - Guillaume Gravey.

Seconde corvée le 11 Juin : le prixfaiteur du Seigneur de Grailly - la veuve d'Antoine Seguin - la veuve de Ramon Seguin.

Au total, 30 redevables. La fête de Saint-Médard avait été respectée.

Pour l'année 1782, le rôle de la paroisse s'élevait à 200 livres neufs sous. La quote-part des quartiers de Gajac, Corbiac et Magudas est respectivement à 40 livres 8 sous, 14 livres initiaux, 31 livres trois sous. Il faut bien dire que cette même année peut accorder une remise à cause de la grêle qui avait enlevé les récoltes. Le syndic des corvées pour les quartiers de Gajac, Corbiac et Magudas, Laporte, représenta au commissaire Desmarais requête pour ces quartiers. Le commissaire les dispensa de faire les corvées pour cette année et Laporte ajoute : ceux du quartier du bourg firent tout ce qui pouvait les « compéter ». Ce Laporte, tout laboureur et tout habitant de Corbiac qu'il fut, s'exprimait bien : on ne sera pas étonné d'apprendre qu'il fut le premier maire de Saint-Médard.

Il va de soi que ce nouvel impôt, atteignant seulement ceux qui étaient déjà lourdement chargés et laissant indemnes les privilégiés, bien qu'ils fussent usagers des chemins comme tout le monde, suscita les véhémentes protestations des paysans déjà fort atteints par les pluies ou la grêle. Les réclamations furent telles que l'Intendant Dupré de Saint-Maur crut devoir user de moyens dont se servent les administrations embarrassées pour gagner du temps : il prescrivit une enquête. Le commissaire qui en fut chargé s'appelait M. de Gobineau, il était conseiller au Parlement. Ce personnage important fit construire en 1786 l'immeuble situé à l'angle des allées de Tourny et du cours du 30 juillet qu'on appelle encore « maison Gobineau ». L'architecte était Gabriel Durand, auxiliaire de Louis qui construisit le Grand Théâtre. Gabriel Durand devint propriétaire de notre domaine de Gore à Corbiac quelques années plus tard, en 1790. L'enquête fut faite selon la forme adoptée pour les enquêtes judiciaires : les déposants prêtèrent serment puis signèrent leur déposition. Toutes les précautions avaient donc été prises en vue de la véracité et de la sincérité des témoignages. Cinq habitants de Saint-Médard comparurent à cette enquête: Un marchand, un laboureur, un forgeron, un vigneron et un boulanger, ces deux derniers ne sachant signer. Tous déclarèrent que les corvéables faisaient leur travail chaque année sur le chemin de Saint-Médard à Bordeaux parce qu'ils préféraient s'acquitter en nature, comme ils l'avaient fait de tout temps, plutôt que de donner de l'argent. Néanmoins, on voulait les obliger à se libérer en espèces et pour y arriver on leur cherchait toute espèce d'ennui. Sous prétexte que le travail était mal fait, sans vérification aucune, on levait un impôt pour le rachat des corvées, parfois on doublait ou triplait le nombre de toises à faire, ou bien on faisait passer toute la grave à la claie ce qui était bien inutile, vu que cette grave étant très bonne n'avait nul besoin d'être passée. Il arrivait aussi que les ordres pour le travail fussent envoyés trois semaines seulement avant les vendanges, la brièveté du temps et l'immensité du travail mettaient les corvéables dans l'impossibilité de faire tout ce qui était prescrit. Enfin, le piqueur Johannès rebutait parfois la grave après l'avoir accepté ou refusait de donner un certificat du travail effectué sous prétexte qu'il n'y avait pas d'ordre d'en délivrer. En résumé, les cinq notables, collecteurs d'impôts ou syndics des corvées depuis plusieurs années, étaient unanimes à déclarer que les habitants préféraient la libération en nature à la libération en espèces probablement par manque de confiance à l'égard de l'Administration. Ils craignaient que celle-ci n'emploie pas leur argent sur les chemins qui les intéressaient ou qu'elle l'utilisât autrement et dans un cas comme dans l'autre, sans qu'aucun avantage n'en résultât pour eux. Quant aux mesures vexatoires prises pour les contraindre à se libérer en espèces ainsi qu'aux abus de pouvoir des fonctionnaires, on peut constater que les notables s'expriment librement et ne se gênent point pour les dénoncer tout en signant leurs déclarations. On peut en conclure que nos ancêtres jouissaient d'une liberté de parole et d'opinion dont on ne se douterait guère en lisant certains livres d'histoire. Quant au bien-fondé de ces doléances il est impossible de se prononcer faute de connaître la réponse de l'administration d'une part et d'autre part en sachant bien que les contribuables ont pour habitude de demander le plus pour obtenir un peu. À en croire les manuels, la révolution aurait supprimé les corvées. C'est inexact : elle abolit l'impôt établi pour l'entretien des chemins qui est toujours exigible en argent ou en nature au choix du contribuable. Elle a simplement remplacé le nom de corvée, qui rappelait par trop l'ancien régime, par celui des prestations, moins compromettant parce que nouveau. La meilleure preuve qu'on en puisse donner est que le libellé de la convocation est resté le même qu'autrefois à quelques mots près comme le prouve le texte reproduit plus haut trouvé dans les archives des frères Bérard. Il faut reconnaître cependant que certains vœux des corvéables ont été réalisés ; ainsi, les descendants des privilégiés paient leur quote-part de cet impôt comme les autres d'habitants. En outre, les syndics ont été remplacés par des fonctionnaires nommés par l'État pour établir les rôles, le piqueur a changé son titre en celui de chef cantonnier, d'agent-voyer, ou bien d'ingénieur du service vicinal. On voudrait être certain que les abus du pouvoir, dont se plaignaient nos ancêtres, n'ont pas survécus à ces changements de titres.

Voici quelques renseignements sur les notables qui ont déposé à l'enquête de 1785 : Noël Auclair, boulanger, ancien collecteur de la paroisse de Saint-Médard-en-Blanquefort, déclare être âgé de 60 ans ou environ. D'après son acte de décès, le 14 février 1806, il était né à Moulins-en-Bourbonnais et mourut à l'âge de « cent dix ans », ce qui paraît inexact. En effet, d'après sa déclaration à l'enquête des corvées, sa date de naissance se plaçait entre 1720 et 1725, ce qui lui donnerait de 80 à 85 ans au moment de sa mort, et non 110 ans ! Auclair possédait l'immeuble ou se trouve le café du centre et qui est contigu à notre maison. Louis Eyquem déclarait être âgé de 30 ans ou environ, il est marchand et collecteur de la paroisse de Saint-Médard-en-Blanquefort, (on trouvera dans la notice des impôts l'explication de cette dénomination). Louis Eyquem fit bâtir la maison que nous habitons peu de temps après cette enquête.

Jean Laporte, laboureur, et syndic des corvées de ladite paroisse, pour les quartiers de Corbiac, Gajac et Magudas. Laporte fut le premier maire de la commune. Il habitait probablement Corbiac mais on ne sait rien de précis à ce sujet. Jean Lestage, 48 ans ou environ, vigneron, ancien collecteur de la paroisse pour les quartiers de Corbiac, Gajac et Magudas, Jean Peychaud, 35 ans ou environ, syndic des corvées pour le quartier du bourg. Il habitait place de la Pompe côté nord et avait sa forge à l'encoignure de la place de l'église avec la rue du Camp appelée aussi rue Jean-Jaurès.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.47-51.

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