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La construction du blockhaus de Gajac.

Au commencement du mois de juin 1943, sans aucun avis ni réquisition, sous la direction d'officiers allemands, des sondages furent effectués par les ouvriers de la Société Métropolitaine d'entreprise, de Paris, sur la pelouse du moulin de Gajac et jusqu'au chemin de la Lande. Le 16, le gazon fut enlevé par plaques soigneusement empilées pour recouvrir le terrassement en fin de travaux. Puis, on creusa une profonde tranchée pour évacuer à la Jalle l'eau qui gênerait les travaux comme l'avaient appris les sondages. Le drainage commençant dans la propriété Chaumet aboutit à la Jalle au mur de pierres sèches qui soutient la terre de notre jardin. Pendant ces travaux, la canalisation naturelle de notre source fut coupée le 11 juillet définitivement et il fallut prendre des mesures d'urgence pour alimenter la fabrique de glace en plein travail à ce moment. Une tonne d'arrosage de la commune transportait chaque jour l'eau prise à la borne fontaine de la mairie jusqu'à ce que la canalisation de la Société Lyonnaise fournît l'eau de Cap de Bos. Grâce à l'obligeance de la Société, de l'entrepreneur Lalanne et à l'activité de notre personnel, ce résultat a été obtenu en 5 jours ; aussi, le 16 juillet dans l'après-midi l'eau arrivait dans la maison.

De leur côté, les Allemands travaillaient ferme ; par suite d'une modification dans les travaux, ils arrachèrent un platane, précisément celui qui sert de repère pour la canalisation de notre source, puis ils creusèrent jusqu'à 4 m de profondeur sur tout l'emplacement de la future construction. On trouve d'abord une couche de pierres plates, rousses, bien connues, puis une couche grisâtre extrêmement dure et en dessous une couche plus molle, le tout imbibé d'eau qui coulait par un grand nombre de petits canaux surtout du côté de Gajac.

Les travaux de construction commencèrent le 8 août. En premier lieu, on étendit une couche de ciment, dite couche de propreté, qui dessinait la base de l'ouvrage et une fois sèche elle fut recouverte d'un enduit de goudron. La couche de propreté fut encadrée sur ses 4 faces par une canalisation en terre cuite complètement enrobée d'ophile cassée (un wagon), et destinée à drainer les eaux vers le gros drain installé en premier lieu. En même temps, étaient arrivés les boisages et la ferraille nécessaires si bien que la pelouse avait été transformée en un dépôt de matériel et de déblai. Quelques chiffres puisés à bonne source donnent une idée de l'importance des matériaux employés : 70 tonnes de tiges métalliques ou poutres d'acier, 480 tonnes de ciment et autant de gravier de rivière ! Puis, on coupa la tête du premier platane situé du côté de la route pour établir un énorme échafaudage sur lequel seraient installées les bétonneuses. Un immense plancher en plan incliné commençant à la route se continuait par dessus le premier platane et atteignait le second qui ne fut pas mutilé. 6 bétonneuses alignées sur ce bâti paraissaient encore plus volumineuses ainsi vues en l'air. Le treillis en fil de fer était enfin achevé avec un soin extrême car on ne voyait pas de tige tordue ou oblique, en même temps des camions des camions défilant sans arrêt transportaient sable et gravier de la gare au chantier.

Le 13 septembre, dans la soirée, eut lieu une répétition générale : on mit toutes les bétonneuses en marche et le personnel se trémoussa en vue de la coulée qui devait commencer le lendemain, le travail de coulée se continua sans interruption du 14 au 17. Le chantier était couvert de manœuvres : prisonniers, nègres ou civils, qui jetaient sans cesse ciment et gravier dans le monte-charge. La nuit, la lumière des projecteurs éclairant ces hommes qui s'agitaient, ces machines qui tournaient avec fracas au dessus de l'énorme échafaudage la vision du chantier était infernale. À remarquer que les Allemands si exigeants pour l'occultation des lumières privées, éclairaient a giorno leurs chantiers... Le lendemain 18 commencèrent le déménagement des bétonneuses et la démolition de l'échafaudage, le 23 le décoffrage était achevé, les panneaux soigneusement empilée pour servir sur un autre chantier, l'énorme masse grise apparaissait dans toute sa laideur.

La terre provenant des fouilles effectuées chez Mme Chaumet et chez nous fut ensuite transportée sur la face supérieure du blockhaus ainsi que contre les faces nord, ouest et sud, puis on recouvrit le tout de plaques de gazon sur lesquelles de la graine de foin fut jetée pour dissimuler l'ouvrage aux vues de l'aviation. Cette terre a été enlevée plus tard pour dégager la vue autant que cela pouvait se faire. Mais l'énorme masse demeure et la fontaine n'a pas été encore reconduite à son orifice primitif sous la fenêtre. En janvier 1947, la clôture enlevée par les Allemands et partie par la poudrerie a été rétablie sur son emplacement d'avant-guerre. Quant à l'énorme blockhaus, Dieu seul sait quand nous en serons débarrassés.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.114.

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