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La dure vie quotidienne au XVIIIème siècle

Cette année 1747 et la suivante, la famine fut terrible. Aux portes de Bordeaux, les gens moururent de faim (Revue historique, 1912). « Les graves perturbations atmosphériques dérangent le cours normal des saisons pendant la deuxième moitié du XVIIIème siècle : gelées, sécheresse, pluies, orages, grêles, débordements se succèdent sans répit. Ainsi, une disette suit l'autre si bien que l'on finit par ne plus savoir quand l'une commence et 1'autre finit : famine en 1770, mauvaises récoltes en 1771, 1772, famine en 1773 marquée par des troubles et des agitations populaires. » (Revue historique, 1918). En 1773, on doit envoyer des troupes à Blanquefort à cause des troubles survenus en Médoc. La disette fut encore très grande en 1777. À cause de cette disette et des inondations, il y eut dispense de tirage au sort des miliciens en l'année 1778.

D'après un vieux dicton datant peut-être de cette époque : « quand Pasques soun marselines signe de mortalitat va dé hamine » (lorsque Pâques tombe en mars c'est un présage de mortalité ou de famine) ; à défaut de document local, voici une note de Sinyé, curé de Martignas et de Beaurain, prêtre lieutenant de Martignas, sur les inondations : « 1764 : depuis près de cinq ans, les hivers ont été très pluvieux. Il y a résulté des crues de la Jalle depuis le commencement de novembre qui emportèrent les deux ponts. Les Landes furent inondées comme il arrive dans toutes les crues d'eau que nos paysans appellent des « Eygats» (crues). Les brebis ne pouvant y pacager et manquant d'herbe mouraient de faim. Il en résultait un grand préjudice tant pour la mortalité du bétail que pour la diminution des grains de toutes espèces. C'est ce que j'ai éprouvé depuis cinq ans » (archives, cure de Martignas). Le Lignan, Issac, Magudas, qui se trouvaient à peu près dans la même situation topographique que Martignas ont dû subir des désastres du même genre des inondations.

Après chaque calamité, l'intendant prenait des mesures pour porter secours aux malheureuses populations sous forme de distribution de riz (1747), de secours en argent par don du Roi, d'arrivage de grains venant de l'étranger (1777). En 1769, il fit venir des pommes de terre et écrivit au ministre : « cette denrée a été reçue avec plaisir et s'est trouvée dans quelques paroisses des curés originaires des provinces où cette plante est cultivée, j'ai lieu d'espérer beaucoup de leurs encouragements. » À propos de la culture des pommes de terre dans notre paroisse, notre arrière-grand-père, rapportant une tradition familiale racontait que ce tubercule avait été cultivé tout d'abord à Gajac. L'Intendant se procura aussi des graines de pin. De son côté, l'Académie de Bordeaux mettait l'étude les principes dans les le mélanges des terres pour les rendre fertiles (1764), et demandait qu'on lui indiquât la plante qui pourrait suppléer au défaut de grains en temps de disette (1761). Elle s'occupait des prairies artificielles (1758) et des déboisements en 1788.

En outre des secours et des mesures mentionnées, Tourny organisa les ateliers de remuement de terre appelés plus tard ateliers de charité. Dans la suite, Dupré de Saint-Maur les agrandit « de manière que les journaliers et les pauvres agriculteurs qui manquent de pain et d'occupation puissent y trouver l'un et l'autre. On doit accueillir toute personne, même femme ou enfant qui se présentera », écrit en 1786 l'intendant Dupré de Saint-Maur au subdélégué (sous-préfet, le secrétaire général actuel). Ces travaux, commencés en 1756, étaient exécutés sous la direction de sous-inspecteurs, de constructeurs et de piqueurs sur le chemin de Bordeaux en Médoc par Saint-Médard et dans la partie de ce lieu à Sainte-Hélène. » Les vestiges de ces travaux paraissent encore.

Le vieux chemin de Saint-Médard à Lacanau depuis son entrée dans les bois des Escarrets et jusqu'à Monteillon et plus loin jusqu'à Vignaux sur 1 km environ fut redressé, élargi et la chaussée était large d'une dizaine de mètres, bordée de chaque côté par de profonds fossés. C'est le chemin du roi dont l'axe arrive juste au clocher. Lors de la construction de la nouvelle route postérieurement à 1844, ce tracé fut abandonné et la chaussée établie à l'ouest de la précédente. Un autre tronçon de voie avait été construit au XVIIIème siècle à partir des lagunes de Picot en direction de Vialade. Celui-ci fit partie de la nouvelle route.

On ne possède pas de renseignements locaux de ces malheureuses périodes. Seul, un document des archives de Bérard Magine rapporte la note mélancolique suivante : « aujourd'hui, premier de l'an (1760), il ne fait pourtant pas beau temps car la pluie nous accable de tous côtés. Ça ne fait pourtant pas du bien au blé ». Et plus bas : « aujourd'hui 24 septembre, Antoine Bérard il a décédé étant dans l'hôpital de Bordeaux, il y a été enterré audit « porge » (cimetière) du dit hôpital qui est vis-à-vis l'église Sainte-Eulalie du côté de la Mère, au pied de la croix aussi du même côté de la Mère. » L'hôpital Saint-André était en façade sur la rue trois coins de la rue de Ruat à la rue Beaubadat actuelle. Son cimetière qui occupait une partie de la place Dauphine (place Gambetta actuelle) fut, lors de la création de cette place, transféré chemin du Tondu à hauteur de la rue de la Kater, par conséquent à l'ouest de l'église Sainte-Eulalie. Ces deux phrases, dont la dernière contient des indications d'une exactitude absolue d'autant plus remarquable que leur auteur n'habitait pas Bordeaux et y était allé fort rarement, font regretter qu'il n'ait pas laissé d'autres impressions lui qui observait si bien et notait avec tant d'exactitude ce qu'il remarquait.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.44.

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