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L’emplacement de l’église.

En l'absence de documents, du moins de documents connus en vigueur les raisons qui ont pu faire choisir l'emplacement de l'église, on ne peut donc faire à ce sujet que des hypothèses. Le voyageur, le missionnaire, qui s'acheminaient de Bordeaux vers l'ouest, traversaient d'abord la Grande Forêt, « Sylvam Grossum », des vieux actes qui s'étendait jusqu'aux portes de Bordeaux et que rappellent les noms de plusieurs localités : Le Bouscat, La Forêt, Bosc. Puis, il franchissait le lit très large et beaucoup plus marécageux qu'aujourd'hui de la Jalle pour s'engager dans une vaste plaine de sable nu et mouvant, que le vent faisait voltiger à chaque tempête, La Lumagne. Il en était encore ainsi dans la deuxième moitié du XIXème siècle, comme l'ont rapporté bien des témoins oculaires. Mais, bientôt le sol se relevait, il changeait de nature et devenait fertile, la montée s'accentuait de plus en plus, se prolongeant jusqu'à une croupe allongée en travers du chemin. De l'autre côté de cette croupe, le terrain s'abaissait sensiblement : c'était la « Bache » (La Baisse) de la Joliette puis se relevait encore. En cet endroit, le chemin formait une fourche, dont une branche se dirigeait vers la mer par Lacanau et l'autre aussi vers la mer par Le Porge. Revenons sur nos pas et plaçons-nous sur la croupe déjà mentionnée. Elle s'allonge du nord au sud à peu de chose près et est fortement inclinée dans le même sens, du point culminant de Laros au nord vers la Jalle au sud. Son altitude au pied du clocher étant de 28 mètres en chiffres ronds alors que la halte actuelle du chemin de fer, au passage à niveau de la route de Bordeaux dans l'ancienne Lumagne de Gajac, est à la côte 18,36 mètres, le pont de Gajac à la côte 11 et la gare à la côte 24. D'ici, on domine les alentours assez loin de tous côtés sauf vers Laros, c'est-à-dire vers le nord. De plus, cette croupe est suivie par un chemin qui venant de la région médocaine se continue vers Martignas, puis la Grande Lande. Ce chemin doit être très fréquenté lors des grandes migrations de pèlerins du Haut Moyen-âge. Dans notre région, la voie principale des pèlerins passait par Blaye, Bordeaux, Belin etc. Une autre voie suivait le littoral par Soulac, Vendays, Carcans, Andernos, etc.

Enfin d'autres pèlerins débarquaient sur la côte du Médoc et s'en allaient vers Castelnau, Saint-Médard, Martignas, etc. Et, en effet, Beaurein écrit qu'il y avait autrefois à Martignas « un hôpital pour les pèlerins qui allaient visiter les lieux saints » (Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne). Ce chemin croise ici même celui qui va de Bordeaux à la mer. Nous avons donc à peu de distance l'un de l'autre une bifurcation et un croisement de chemins, ensemble qui constitue un important nœud de communications. En effet, d'ici, on pouvait franchir la Jalle soit au Pas Jallès en aval de la Jalle, soit à Gajac même, soit à la Pénide près du Castéra dans la Poudrerie, soit à Caupian.

De ce carrefour, on pouvait de diriger au nord vers le Médoc, à l'est vers Blanquefort et Bordeaux, au sud vers Martignas et l'Espagne, et à l'ouest vers la mer. Peut-être aussi, les indigènes faisaient-ils relais ici avant de franchir la Jalle car le passage de ce cours d'eau devait être bien difficile surtout en période de crues. On sait par des témoins oculaires qu'avant la construction du premier pont en bois de Gajac en 1832, les charretiers et bouviers se groupaient pour doubler leurs attelages en vue de traverser la Jalle et le marais situé sur la rive gauche de celle-ci. Peut-être, ce nœud de communications servait-il de point de ralliement aux indigènes pour d'autres raisons inconnues de nous. « La forme primitive des groupements humains sur le sol de la Gaule ce furent des « champs » situés à des carrefours, des routes, des embouchures ou des confluents où les Ligures, agriculteurs pacifiques et laborieux, se réunissaient à certaines dates pour tenir des assemblées, échanger des produits, acheter des outils. » (Courtault, Revue Historique, 1917).

Quoi d'étonnant alors qu'un tel emplacement si bien situé ait été choisi pour y construire une église. Le choix de cet emplacement était si judicieux que plusieurs siècles plus tard la mairie, la maison de la commune, fut bâtie près du carrefour, en face de la maison de Dieu. Ce carrefour est devenu le centre de la commune, bien que le centre géographique de celle-ci fût Issac, soit 5 km à l'ouest. « Sur les grandes routes sans cesse parcourues par les soldats, les marchands et les forains il est rare qu'un relais important ne soit pas aussi une station religieuse... C'est une tendance innée à toutes les générations de foi profonde. Les païens l'ont eue qui jalonnèrent les voies de la Gaule de temples et d'édifices innombrables et les chrétiens du Moyen-âge ont satisfait avec la même ardeur à la dévotion itinérante » (Jullian, Revue Historique, 1925).

On peut même se demander si notre église n'a pas été construite sur l'emplacement d'un de ces petits autels qu'on trouvait également au carrefour du temps du paganisme. Ils étaient dédiés aux déesses Biviae ou Triviae (Deux Voies, Trois Voies) suivant le nombre des chemins qui s'y rencontraient, mais c'était une simple hypothèse qui ne s'appuie ni sur un écrit ni sur un monument. On sait seulement que la construction notre église remonte à une époque fort reculée. Lors de la construction de la sacristie actuelle, vers la fin du second empire, les ouvriers mirent à jour des sarcophages. Dans l'un deux, était placé à côté du squelette un petit vase en porcelaine ayant contenu du vin selon une coutume pratiquée dans les premiers siècles du christianisme qui a disparu par la suite. C'est une preuve de plus de l'antiquité de l'édifice. La partie la plus ancienne : le chœur et l'absidiole Saint-Jean remontent au XIème siècle environ. Beaurein écrit à ce sujet : « cette église est très ancienne et pour en dire ce qu'on en pense on croit qu'elle était une des églises qui tenaient dans le principe le premier rang dans leur canton et qui, pour parler ainsi, ont vu naître ou ont donné naissance aux églises des environs, car il ne faut pas s'imaginer qu'au temps de la formation des paroisses dans ce diocèse elles fussent en aussi grand nombre que maintenant. On se borna d'abord à en construire dans les cantons les plus peuplés ce n'est qu'après-coup et à proportion des besoins que les autres ont été érigées. En effet, on lit dans un document de 1429 : « on dit que Salaunes et Saint-Aubin furent autrefois les chapelles de Saint-Médard ». « L'église Saint-Médard était dans le principe le chef-lieu de l'archiprêtré de Moulis » ; c'est ce qui résulte d'un pouillé manuscrit dont l'antiquité remonte à plus de deux siècles, écrit encore Beaurein qui vivait à la fin du XVIIIème siècle. Au cours de la longue discussion sur la reconstruction de l'église et 1864 à 1867 Thévenard et Deleyre disent que notre église existe depuis neuf siècles. Un autre membre du conseil, Maurice Cayrou, déclare tenir de personnes compétentes qu'elle est la plus remarquable du canton.

Il est énoncé ce qui suit dans le Pouillé Général de France imprimé à Paris en 1648 : Archipresbyter de Molinis, rectorque Sanctorum Médardi. Et Saturmini de Molinis etc. Cette énonciation paraît fournir quelque ouverture pour expliquer comment le titre d'Archiprêtre peut avoir été transféré de Saint-Médard à Moulis. L'archiprêtre n'était dans le principe que le curé de la première. On unit dans la suite à cet archiprêtré la cure de Moulis avec ses annexes. L'archiprêtre, étant en cette qualité titulaire de ces différentes cures, préférât vraisemblablement établir son séjour à Moulis et de se rapprocher ainsi du centre de son district. Il y a lieu de penser qu'il abandonna le service de la paroisse de Saint-Médard qui n'était pas à sa portée et qu'il consentit à la désunion. Il est vraisemblable que c'est ainsi que la chose s'est passée ; au moins, est-il certain que la paroisse de Saint-Médard n'est plus décorée depuis longtemps du titre d'archiprêtré et qu'elle n'est plus le chef-lieu » (Beaurein).

À l'appui de cette situation, on lit dans les comptes de l'archevêché pour l'année 1364 : « le chapelain de Saint-Médard dont l'église est annexée à l'archiprêtré de Moulis », mais le titre d'archiprêtré est resté longtemps attaché à l'église de Saint-Médard. En 1588, l'archiprêtre de Saint-Médard était Pierre de Brach, conseiller et secrétaire du roi en la chancellerie de Bordeaux. Ce prêtre, qui fut aussi avocat est quelque peu poète, était ami de Montaigne. Né en 1547, mort vers 1604 il reçut les lettres de vicaire général en 1594 et la cure d'Eysines en 1600. Dans un document de 1610, on lit : il est dit dans un livre que possède le curé de Saint- Médard que les curés de Salaunes, Saint-Aubin, Le Taillan, Eysines, Blanquefort et Mérignac ont reconnu que Saint-Médard était un archiprêtré. Pierre Montmaur, décédé en 1709, est qualifié d'archiprêtre de Saint-Médard. C'est la dernière fois que ce titre est donné un curé de notre paroisse. Peu de documents relatifs à la paroi de Saint-Médard ne sont parvenus et par suite son histoire est inconnue à l'exception de quelques rares et peu importants. (Voir la donation de G. d'Aspremont du 10 décembre 1272). Édouard III, Roi d'Angleterre et duc de Guyenne, déclara la guerre à Philippe VI, Roi de France, le 7 octobre 1337, ce fut la guerre de 100 ans. Deux ans plus tard, les troupes françaises qui avaient pris Bourg et Blaye, repoussèrent vers Bordeaux et faillirent 1'enlever. On se bâtit à Saumos, Saint-Aubin, Saint-Médard, etc. Les cimetières clos étaient d'excellents points d'appui que les combattants se gardaient bien de négliger. Lorsque les opérations eurent pris fin, les habitants remirent tout en ordre et firent bénir les champs de repos souillé par les soldats : cette cérémonie s'appelait la réconciliation du cimetière. Une délégation d'habitants de Saint-Médard se rendit à l'archevêché le 1er septembre 1339 et s'engagea à payer le jour de la Toussaint la somme de 10 livres bordelaises pour réconciliation du cimetière « souillé par effusion de sang. » 10 livres valaient 300 Francs or. Cette délégation était composée de : Dominus Daniel Belenguarï, Presbiter (Maître D. de Belenguey, prêtre, probablement curé de la Paroisse), Gaucelinus Molinerü (Gaucelin du meunier) Arnaldus de Fonte (Arnaud de Lafon), P. Castanh (forme gasconne de Castaing), Ayquelinus de Putes (Ayquem du Puy), Ramondus Bogesü (R.de Boges) et Ramundus Arganh gener Ayquelini Ramundi de Camayrodefuneti (R. Argaing gendre d'Ayquem de Ramond décédé).

Un renseignement donné par le capitaine de Grailly provenant des archives du Grand séminaire d'Auch indique qu'en 1368 Jean de Grailly, Captal de Buch, donna par testament 5 000 Livres sur la dîme possédée par eux, soit 150 000 Francs or, à l'église de Saint-Médard dont il était fondateur avec Ancelot de Grailly. Il y a là une erreur car l'église de Saint-Médard avait été fondée plus de deux siècles auparavant : le chœur ainsi que l'absidiole sont bien du XIème siècle ; peut-être a-t-on voulu dire quelle avait été restaurée par Ancelot de Grailly. Le legs fait par Jean de Grailly a permis de bâtir le clocher qui est bien du XIVème siècle ; on sait que la famille de Grailly possédait des biens dans Saint-Médard dont l'un est devenu « le fief de Candale ». Il n'est donc pas surprenant que deux de ses membres aient faits des legs à l'église de la paroisse.

Notes du docteur Arnaud Alcide Castaing sur la paroisse de Saint-Médard-en-Jalles sous l’Ancien Régime et sur la commune de la Révolution au XXème siècle, dossier familial, 1946, 270 pages, p.31-33.

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