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Notre-Dame de Macau, son histoire d’après Baurein.

Le jour de l'Assomption de la Sainte-Vierge est celui où l'on célèbre la fête de la paroisse. L'église de Macau est grande, sa structure est belle ; elle est, dit-on, très ancienne, son clocher en prouve l'antiquité : on ajoute qu'elle a été construite par les Anglois. Le préjugé leur attribue, dans ce pays-ci, bien des édifices, mais il y a plus que lieu de douter si ce préjugé a le moindre fondement. Il y avait sans contredit une grande liaison entre l'Angleterre et la Guienne, puisque celle-ci était sous la domination de la première ; mais faut-il s'imaginer pour cela que ce pays était peuplé d'Anglois, que c'étoient eux qui y faisoient, comme on dit, la pluie et le beau temps, ou qui fussent les architectes de toutes les constructions qu'on y faisoit, ou qui fournissent aux dépenses pour l'élévation des édifices publics ? C'est sur quoi il est bon de se désabuser.

En premier lieu, il n'existoit des troupes Angloises dans cette Province, que dans des cas très-extraordinaires. Ce pays n'était pas assujetti aux subsides, mais il était tenu de pourvoir à sa défense. Il n'y avait habituellement dans Bordeaux qu'un très-petit nombre d'Anglois ; et si on en excepte quelques particuliers, qui par prédilection pour ce climat, y avaient fixé leur séjour, il n'y avait ordinairement, dans cette ville, que les équipages des navires anglais, qui y abordaient pour fait de commerce. Comment s'imaginer après cela que ce sont eux qui ont élevé la plupart des anciens monuments qui existent dans cette province ? Mais qu'entend-on lorsqu'on dit que tel édifice a été fait du temps des Anglois ? Veut-on dire qu'ils en ont été les architectes ? On se trompe, il ne fallait pas traverser la mer pour s'en procurer. Entend-on qu'ils en ont assumé sur eux les dépenses. C'est comme si dans cinq cents ans d'ici on disait que tous les embellissements pratiqués dans Bordeaux depuis environ quarante ans ont été faits aux dépens de l'État. On sait que celui-ci ne contribue en rien à ces sortes de dépenses, et que tout au plus il autorise les villes à établir des octrois pour subvenir à ces sortes de dépenses. Mais l'église de Macau a-t-elle été construite dans le temps de la domination des Anglois ? On la croit plus ancienne, et on a lieu de penser ou que son existence précède les ravages des Normands dans ce pays, ou qu'elle a été construite dès aussitôt qu'ils ont pris, il paroit, par un titre du 9 août 1379, que cette église jouissoit anciennement d'un droit de sauveté.

« Suivant un acte du 19 juin 1536, retenu par Contat, ancien notaire de Bordeaux, les habitants du bourg, terre, seigneurie, juridiction et isle de Macau, ayant été imposés à une somme de soixante-huit francs Bordelois pour leur portion de celle de douze mille cinquante livres tournoises, octroyée par les états de la Sénéchaussée de Guienne au Roi de Navarre, pour son nouvel avènement en la ville de Bordeaux, comme gouverneur de Guienne, certains habitants du lieu de Macau ayant été trouvés à Bordeaux, furent arrêtés et mis en prison à défaut de paiement de cette somme ; ce qui obligea Me Ogier de Lanta, docteur ès droits, conseiller au Parlement et abbé de Sainte-Croix, de faire un acte à noble Galiot Mandet, secrétaire du Roi et de la Reine de Navarre, et par eux préposé pour faire la recette dudit octroi. Ce seigneur lui déclare, par cet acte, qu'il est très obéissant serviteur du roi de Navarre, prêt à lui faire très-humble service et subir à son mandement, mais qu’en vertu des privilèges accordés par les ducs de Guienne aux abbés et religieux de Sainte-Croix, leurs sujets justiciables et membres dépendants de leur abbaye, ils étoient exempts de toutes contributions et subsides, nommément les habitants dudit Macau et isle d'icelui, qui de plus étoient sous la protection et sauvegarde du Saint-Siège Apostolique. Sur quoi, ledit Galiot Mandet, vu les dits privilèges, en vertu des pouvoirs à lui donnés à Blaye le17 novembre 1530, signés Henri et de Pons, scellés du sceau dudit Seigneur Roi, quitte ladite somme tant audit sieur Abbé qu'auxdits manans et habitans de Macau et Isle d'icelui. »­

La cure de Macau qui est séculière, mais qui n'a le titre que de vicairie perpétuelle, est à la collation de M. l'abbé de Sainte-Croix. Celui-ci est curé primitif de la paroisse, et en cette qualité il lève les trois quarts de la dîme dans la grave, et le quint dans la palu. Mais ce droit est seigneurial. La palu de Macau forme environ la tierce partie de l'étendue de la paroisse. Celle-ci est située dans la contrée du Médoc et dans le district de l'archiprêtré de Moulis. Les principaux villages de Macau sont : Les Nores, Bern, Fronton, Labrie et Cantalaude en partie. Sur quoi, on observera que le nom de Labrie est un peu défiguré ; on devrait dire Labrit, qu'on employoit anciennement au lieu d'Albret. Ce village était placé dans le fief du seigneur d'Albret. Il dépend maintenant de la directivité de M. le comte de Ségur Cabanac, comme seigneur d'Arsac. À l'égard du village de Cantalaude, comme ce sont de nouveaux établissements qui ont été faits dans un terrein qui n'avoit pas de nom particulier, on lui a attribué la dénomination du village le plus voisin, quoique celui-ci soit placé dans Labarde. Ainsi, il existe deux villages de ce nom, un dans cette dernière paroisse, et l'autre dans Macau.

Il y a quatre esteys dans cette paroisse; 1° celui de la Maqueline, dont on parlera dans un article séparé ; 2° celui de la Mouline qui est plutôt un ruisseau d'un estey ; il prend sa source dans les Landes, et va se décharger dans l'estey de la Maqueline ; l'estey ou ruisseau de Gouys, qui prend naissance dans l'étendue de la paroisse et qui se décharge également dans la Maqueline ; 4° le ruisseau des Arrouchs, qui reçoit presque toutes les eaux du bourg, et qui coule au derrière et au midi de celui-ci. Le ruisseau des Arrouchs décharge ses eaux dans l'estey de la Maqueline.

La paroisse de Macau est en plaine ; les deux tiers de son territoire sont en grave et l'autre tiers en palu. Celui-ci est bordé par la Garonne jusques vis­-à-vis le bec d'Ambez, et au-delà de ce Bec, par le fleuve de Gironde. La principale denrée de cette paroisse est en vin rouge. Macau est borné vers le couchant, par la paroisse de Labarde ; vers le midi, par celle de Ludon, et des autres cotés, par la Garonne et la Gironde. Il existe à Macau un bureau de petite Poste ; c'est par cette voie qu'on peut y faire parvenir les lettres. Cette paroisse est distante de quatre lieues de Bordeaux. Elle en a environ autant de circuit. Le village le plus éloigné de l'église est à la distance environ demi-lieue. Le chemin royal qui conduit à Pauillac, et de là dans 1e bas-Médoc, traverse cette paroisse du midi au nord. Il y a un port public où l'on embarque les denrées, non seulement dans la paroisse, mais encore de toutes celles qui sont dans le voisinage. La principale occupation des habitans est l'agriculture. Ils sont au nombre de deux cent soixante-quatre familles dans le bourg ou dans palu, et de cent trente dans la grave. Il y a deux foires, l'une qui se tient le 24 juin, et l'autre le 16 août de chaque année. Saint-Jacques du Bec, paroisse nouvellement érigée, est placée vis-à-vis Macau, ainsi que l’isle de Cazeaux appartenant à M. le président Pascal, qui dépend, à la vérité de la paroisse de Bayon en Bourgez pour le spirituel, mais qui pour le temporel dépend de Macau. L'isle des Vaches, qui borde le territoire de la paroisse de Labarde, est néanmoins une dépendance de celle don il est question ici. On ne parlera point ici de la Seigneurie et jurisdiction de Cantemerle, Macau et Ludon-Dehors, il en est question dans un article séparé. On dira seulement que certain canton de cette paroisse peut être situé dans la juridiction et fief de cette seigneurie. Nous avons placé Cantemerle dans la paroisse de Ludon ; il semble que les mémoires qu’on a reçus sur Macau insinuent qu’il appartient à celle-ci ; mais ils ne s'expliquent pas assez clairement pour nous faire changer d'opinion. Il existe dans Macau une maison noble appelée de Gironville, qui appartient à M. Dufour, secrétaire du Roi. On prétend qu'il y existoit anciennement une ville qui a été détruite; au moins est-il certain qu'on retrouve d'anciens fondements : dans les dépendances de cette maison, et même d'anciennes médailles, ce qui annonce­roit son antiquité. Il existe aussi une autre maison noble appelée de Maucamp, qui appartient à M. Lalanne, avocat au Parlement. M. l'abbé de Sainte-Croix de Bordeaux est seigneur haut-justicier du bourg et de la palu de Macau. L'auteur du Dictionnaire universel de la France se trompe en assurant qu'il y a dans Macau une juridiction Royale. M. l'Abbé Expilly se méprend bien plus, lorsque dans son Dictionnaire géographique de la France, il dit qu'il y a : 1° deux paroisses dans le Médoc sous la dénomination de Macau... 2° qu'une de ces paroisses est placée dans la juridiction de Blanquefort... 3° lorsqu'il compte cent trente feux, y compris ceux de Ludon ; on a déjà vu que Macau, dans toute son étendue, en comprend trois cent quatre-vingt-quatorze... 4° lorsqu'il assure qu'il existe vis-à-vis Macau, une isle de la Garonne, qui porte le même nom de Macau. Il paroit que cet auteur confond deux différentes isles, celle qui porte ce nom, et qui depuis longtemps est jointe au continent, et à laquelle on communique par un pont appelé de la Maqueline, avec l'Isle de Casaux, qui est effectivement placée vis-à-vis la paroisse de Macau.

Il est question de cette paroisse dans les rôles gascons (t. I, p. 120), à l'occasion de la protection que l'abbé de Sainte-Croix de Bordeaux deman­doit au roi d'Angleterre en l'année 1348, pour les différentes églises dépendantes de son abbaye, au nombre desquelles étoit la paroisse de Macau, dont le nom y est entièrement défiguré. Nec non, y est-il dit, aput loca est plateas de Machan, etc. C'est incontestablement de cette paroisse dont il est question. La prononciation angloise a d'abord altéré cette dénomination, et la difficulté de distinguer l'u avec l'n dans les anciennes écritures, et surtout lorsqu'il est question de noms propres ou de ceux de lieux, a fait qu'on a écrit Machan au lieu de Macau.

Le château actuel de Cantemerle est situé sur l'emplacement de la maison noble de Sauves, qui dépendait de Cantemerle, et dont une tourelle datant du XVIéme siècle subsiste encore. La baronnie de Cantemerle étendait ses droits féodaux sur divers fiefs, paroisses et repaires nobles. Les souvenirs historiques, entremêlés de légendes remontent au Xéme siècle. À partir du XIIIéme siècle il a eu successivement pour seigneurs : Pons de Cantemerle, Gaillard de Cantemerle, Raymond de Cantemerle  Au milieu du XIVéme siècle, cette seigneurie appartint à Edouard III, roi d'Angleterre qui, en 1367, en fit don au chevalier Louis Chabot. En 1579, un haut magistrat, Jehan de Villeneuve, acquit cette terre seigneuriale qu'il transmit à ses héritiers. Les Villeneuve ont conservé Cantemerle pendant trois siècles ; actuellement, cette belle propriété appartient aux héritiers Pierre J. Dubos. Le château Cantemerle dont les vins comptent parmi les plus anciennement connus du Médoc, a été inscrit en 1855 dans la liste officielle des crus classés de la Gironde.

Combien d'aloses et de coulacs ont été pêchés à Macau depuis que le premier « colac » fut apporté sur un plat d'argent par les Bénédictins de l'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux au seigneur de Cante­merle ? Cet hommage, qui rappelait l'ancienne domination de Cantemerle sur les eaux de la Garonne, imposait aux moines propriétaires des alluvions que délaissait le fleuve en s’éloignant des graves de Macau, de présenter le premier « colac » pêché « chascun an » dans les eaux de leurs îles. Ainsi, au XIéme siècle, ils pêchaient à l'aide d'engins de bois. Au XIVème siècle, le jour des Rameaux, les novices et jeunes moines de l’abbaye de Sainte-Croix étaient particulièrement bien traités : ils recevaient chacun une alose provenant des pêcheries de la Maqueline. En 1546, on plantait des « paults » (pieux) et des « compnas » qui n'étaient que de « petites pescheries diminutives de grandes nasses ». Actuellement encore, les pêcheurs capturent aloses, mules, carrelets, anguilles, crevettes, piballes (civelles) parfois saumons et esturgeons. Au port de Macau, dimanches et jours fériés, règne une intense activité ; le visiteur s'y détend en dégustant crevettes et bigorneaux, il peut acheter du poisson frais et, à la saison, des artichauts de Macau et même du vin vieux. Si l'activité économique s'est diversifiée, de nos jours le bourg de Macau connaît toujours une grande animation chaque fin de semaine et le dimanche matin grâce aux commerces très bien achalandés qui peuvent rivaliser avec ceux de la grande ville.

Cantemerle, Cantelaude (chante-alouette), Canteloup, vous chantez toujours dans notre langue d'oc pour nous rappeler qu'il fait bon vivre chez nous.

Extrait des Variétés Bordelaises (Abbé Baurein) 1784/85. Tome II, livre 3, p.102. Réédition 1876 (Féret). Texte communiqué par Martine Cypel.


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