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Le soldat Henri Guérin.

Vous allez découvrir un morceau de la correspondance d’Henri Eugène Guérin, soldat, caporal, sergent, puis adjudant au 2ème régiment de tirailleurs marocains, combattant de la guerre 1914-1919. Son récit est émouvant jusqu’à ses dernières lettres pleines d'espoir : une vraie leçon de courage, d'amour. Ce sont les mots d’un homme commençant ses narrations par « Biens chers Parents » « toujours en bonne santé », mots pour rassurer les siens mais aussi pour atténuer sa souffrance et sa peur, mots pour raconter son quotidien tout en dissimulant par pudeur l’atrocité de la guerre, « je vous raconterai de vive voix », écrivait-il, ne pouvant coucher sur le papier les horreurs des combats.

Il est écrit sciemment dans le texte « 1919 », car la guerre ne s’est pas arrêtée pour tout le monde le 11 novembre 1918, jour de l’armistice.

Les troupes françaises retournées au Maroc attendaient la signature du traité de Versailles, suppression définitive des possessions allemandes au Maroc, dans l’espoir tant attendu de démobilisation.

Guérin Henri Eugène : 262ème Régiment d’Infanterie, 2ème Rgt. Tirailleurs Marocains. Né le 18 mars 1895 à Paris 16ème - Fils de Désiré Victor Agénor Guérin et de Marie Louise Augustine Grillot. Profession : Télégraphiste - Son père était Facteur des postes. Appelé Classe 1915. Bon pour le service armé Matricule : 2373. Signalement : Cheveux : Châtain foncé - Front : Ordinaire - Nez : Fort - Visage : Ovale - Yeux Gris - Taille : 1 m 62. Instruction générale : certificat d’étude.

Campagne : le 262eme d’infanterie, régiment dissous, trop nombreuses pertes, effectif insuffisant). Nouvelle affectation au 2ème Tirailleurs Marocains, pas de secteur, part vers la Marne. Contre l’Allemagne en France du 19 décembre 1914 au 3 février 1919. Contre l’Allemagne au Maroc du 4 février 1919 au 29 aout 1919. En 1914, le régiment portait le nom de « Régiments de Chasseurs Indigènes à pied ».

Citations : * À l’ordre de la division n°87. Caporal radio, au cours des combats des 20, 21 et 22 août 1918 a su assurer sur le champ la liaison télégraphique avec le commandement au moment où celui-ci se trouvait privé de toute autre liaison et lui permettant d’être renseigné sur la situation de plusieurs régiments. Blessé au cours de l’action, a continué son service

* À l’ordre du régiment n°49 : A assuré les liaisons du régiment avec une bravoure remarquable pendant les combats du 31 août et 1er septembre 1918. Citation n°49 sur livret militaire et certificat

Le 2ème RTM a participé aux combats sur l'Aisne, à partir du 20 août, puis en Argonne, en octobre. Lui aussi paye un lourd tribut à la victoire : en deux mois, il a perdu 18 officiers, 876 hommes et compte 1 823 blessés !

* A l’ordre de la division n°62. Caporal télégraphiste courageux et des plus dévoués, s’est prodigué dans son service au cours des attaques du 26, 27 et du 28 septembre 1918 assurant la liaison de première lignes sous les plus violents bombardements.

* À l’ordre du 2ème Régiment de tirailleurs Marocains n°67 (original).

Le 11 novembre 1918. Biens chers parents. Suis en bonne santé, apprends à l’instant la signature de l’armistice. Désormais, nous sommes surs de notre vie. La joie est immense ici. C’est que pour nous, c’est le plus beau jour de notre vie. Bons baisers, votre fils dévoué Henri. Malheureusement pour Henri, la guerre n’est pas terminée.

Le 23 janvier 1919. Suis à Belfort après avoir stationné à Dijon, Besançon. Ce soir, je pars pour Bordeaux, écrirai en cours de route, Bons baisers. Henri.

Passage de 4 jours du soldat Guérin dans la commune d’Eysines.

Le 26 janvier 1919. Que devez-vous penser ? Rassurez-vous, je suis arrivé à bon port après un voyage de 5 jours, ai passé successivement à Dijon, Besançon, Belfort, Dijon, Chagny, Beaune, Le Creusot, Nevers, Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux où je suis à Eysines aux environs. Régiment parti à Casablanca, je vais les rejoindre dans quelques jours. Suis terriblement fatigué. Je mange avec les officiers et suis bien. Lettre plus longue suivra. En raison de mes déplacements, ma solde va se trouver retardée, recevrais avec plaisir 20 F, adresse provisoire, 2ème Régiment Marocain, Bordeaux, Gironde. Faire suivre à Casablanca en cas de départ. Bons baisers, Meilleurs pensées. Henri.

Le 30 janvier 1919. Carte postale d’Eysines (Gironde) « Grande Rue ». Biens chers Parents, En bonne santé, n’ai pu écrire ces jours-ci, fort occupé, ai passé dans plusieurs compagnies, demain embarquement pour le Maroc. Bateau le Figuiés. Enverrai télégramme à mon arrivée. Beau temps ici, tout va bien. Vous embrasse de tout cœur, pensées affectueuses. Henri.

Le 31 janvier 1919. Carte postale d’Eysines « château Lescombe » « château Lescat » Mes chers parents. Ci-joint la vue du bateau qui m’a amené à Casablanca, parti le 31 de Bordeaux, arrivé le 4 après-midi, traversée assez pénible, bonne mer à Casablanca.

Casablanca le 5 février. Il fait ici un temps splendide, très chaud dans la journée, malheureusement la nuit est fraiche, nous couchons sous les tentes. Ai vu à Bordeaux mon capitaine, qui ne vient pas ici, ai fait voyage avec le colonel. Les lettres mettent au moins 11 jours à parvenir et pour partir, les départs n’ont lieu que tous les 8 jours. Aucune nouvelles depuis mon départ de Santeny. J’ai été ennuyé à Bordeaux, il m’a fallu m’occuper des Marocains, puis sur le bateau du matériel. Légère compensation, j’ai eu une couchette dans une cabine et eu droit à la salle à manger de 3ème classe. Mal de mer pendant 1 jour. On ne débarque pas au port, il n’existe pas mais en pleine mer, quelle histoire. J’ai trouvé ma compagnie à 3 km de Casablanca. Nous ne resterons pas là. Je suis fatigué, aussi ne comptez pas avant quelques jours sur une longue lettre. Enverrai vues de la ville et détails. Tout va bien, tranquillisez-vous. La solde n’est pas ce que je croyais, elle atteindra 4 F par jour au plus. D’ailleurs, la solde mensuelle au Maroc ne se donne que rigoureusement après 5 ans de service. Des ordres sont demandés au ministre pour bénéficier de la solde de France.

Comment allez-vous ? bien, j’espère. Je n’ai vu aucun journal depuis 8 jours, si vous savez quelque chose pour les sursis, faites m’en part sur votre prochaine lettre. Vous embrasse de tout cœur ainsi que Renée. Quand aurez-vous ma lettre ? Le plus vite possible, tel est le souhait que je formule dans l’attente de vos bonnes nouvelles. Sergent 2ème Tirailleurs Marocains, Compagnie Hors Rang, Dépôt de Casablanca, Maroc.

Prix de la vie ici : Vin Blanc le litre 1 F, 1.2 F, 0.9 F - Nourriture moitié prix de France : Restaurant 6 plats café 3.9 F - Tabac paquet de cigarettes 0.9 F - Apéritifs, digestifs 0.3 F Vêtements 150 à 200 F. Bonne pensées, Henri.

Mardi 24 juin 1919 ». Biens chers Parents. Enfin, la T.S.F. nous apprend la nouvelle tant attendue, c’est fini. Le cauchemar est dissipé pour toujours. Et maintenant, il faut espérer que la démobilisation va marcher rapidement. Ici, la chaleur augmente tous les jours, ce n’est pas tenable. Le Maroc, même Tadla, est en fête et pavoise, mais comme c’est loin du beau jour où nous remettrons le pied sur la terre de France. Rien de nouveau, toujours du travail pour ne pas changer. Très peu de courrier, santé bonne pour le moment. J’espère qu’il en est de même pour vous, dans l’attente de bonnes nouvelles je vous quitte mes chers parents, dans l’espoir des prompts beaux jours en vous embrassant bien affectueusement ainsi que Renée, votre fils dévoué, Henri.

D’autres lettres suivent qui parlent de chaleur, de fièvre, de fatigue… et surtout pleines d’espoirs de revoir le pays. Des nouvelles d’Henry ? Il n’y en a plus, Henry est décédé à l’hôpital militaire de Casablanca le 29 août 1919, soit 15 jours après sa dernière lettre.

Christian Paslier et P. Laguerre, 23 mai 2014. Extrait du blog association-connaissance-eysines.overblog.com

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