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Les lettres de son grand-père en 1914.

Professeur de lettres à la retraite, Marie-Claire Latry a bien connu son grand père, Jean Lalumière, appelé Gaston, décédé en 1966 à l'âge de 72 ans (le frère de Gaston, Maurice Lalumière, aujourd'hui décédé, était le beau-père de l'ancienne ministre Catherine Lalumière). « Durant mes études je l'avais interrogé sur la guerre de 14-18 puisqu'il avait été mobilisé. Il refusait d'en parler. J'étais face à un bloc de silence ». Ce sont les lettres retrouvées au sein de la famille, qui, des années plus tard, la renseignent sur la manière dont ce grand-père, âgé de 20 ans en 1914, a vécu la Grande Guerre.

Sauvés, parfois in extremis, ces échanges épistolaires qui ont duré pendant tout le conflit, entre Gaston et les siens, sont le fil rouge de l'exposition présentée à la médiathèque. Sous le titre « Un village pendant la guerre », organisée par la Ville. « Différentes manifestations auront lieu, pendant quatre ans, sur ce thème. Cette année, on commence par 1914 » prévient l'élue Joëlle Dusseau qui dirige l'équipe de bénévoles.

Gaston Lalumière, fils de maraîchers, originaire du quartier du May du Merle, quitte donc Eysines en août 1914 pour revenir définitivement sur sa terre natale en mai 1919. Il est d'abord affecté à Brive où il fait ses classes avant de partir au front.

Voici ce qu'il écrit le 8 septembre 1914 alors qu'il voit les autres s'en aller au combat. « Sous une pluie battante, les réservistes et les volontaires du 126ème Régiment sont partis hier soir à 11 heures. Baïonnettes au canon garnies de bouquets, ils sont passés dans les chambres. Chacun leur donnait un sou ou deux pour boire à la santé du 126ème de ligne ». « Quand à moi, je suis prêt à partir. J'ai fini toutes mes provisions et j'attends que l'on m'annonce mon départ. Dans ma compagnie nous sommes restés 20 mobilisables. Probablement que nous allons partir, mêlés à des anciens. Le plus embêtant, c'est que l'on n'est guère averti qu'un jour à l'avance ». Le lendemain, il se plaint de devoir porter les vêtements des morts. « Nous avons touché une mauvaise capote, des pantalons rouges à peu près, un mauvais mouchoir sale de sang et un fusil à baïonnette avec canon […] C'est tout de même honteux de toucher des choses pareilles. Ca pue à dix pas. »

Gaston écrivait chaque jour à sa famille, à ses amis qui lui répondaient avec la même régularité. « Nous avons retrouvé 1 200 lettres, précise Marie-Claire Latry. 140 pour l'année 1914 dont 60 écrites de la main de mon grand-père ». Ces courriers permettent également d'en savoir plus sur la manière dont on s'organisait « à l'arrière ». « Eysines était alors un bourg de plus de 2 700 habitants » souligne Joëlle Dusseau.

Les lettres envoyées par la famille Lalumière présentent, elles aussi, un intérêt particulier. « Lundi dernier a eu lieu le Conseil de révision du canton de Blanquefort pour les réformés » écrit Gustave, le père de Gaston à son fils, le 25 septembre 1914. « J'ai à te dire que Louis Patou a été pris bon pour le service armé et qu'il va partir prochainement. La classe 1892 est partie aujourd'hui, avec Armand Lacave, Paul Serin, Gaston Mondon, Sansot, Léon Baron, Albert Bos et d'autres. À quand donc la fin de ce terrible cauchemar ! » Plus tard, le père évoque aussi les urgences au travail, les vendanges, la préparation du jardin pour le printemps.

Pour sa part, Marie-Claire Latry est ravie de faire profiter la collectivité de ces courriers. « J'ai découvert mon grand-père en le lisant » confie-t-elle. « Appartenant à une famille républicaine, radical-socialiste il n'était pas militariste. Il faisait son devoir. C'est tout. Il n'était pas un boutefeu. D'ailleurs, il refusait d'être gradé. Il était modeste et résolu. »

L'enseignante à la retraite avoue qu'elle a été touchée par la « liberté de ton » employée par sa famille et par « l'affection qu'ils se portaient les uns aux autres ». Ces missives, dans lesquelles elle se plonge avec autant d'émotion que de curiosité, représentent, à ses yeux, un sacré trésor.

Article du journal Sud-ouest du 7 novembre 2014, Christine Morice.

L’année 1915 est au cœur de l’exposition sur la Grande Guerre, qui se tiendra dès vendredi à la médiathèque municipale.

Jean Lalumière, dit Gaston, avait 20 ans en 1914. Son voisin, Paul Amédée Guérin, 22 ans. Les deux copains vivaient dans le quartier du May du Merle, rue Parmentier, à Eysines, avant que la guerre de 1914-1918 n'éclate. Puis, lorsqu'ils furent mobilisés, chacune de son côté, ils se sont écrits. Leur amitié est mise à l'honneur ce mois-ci dans le cadre de la manifestation « Un village pendant la guerre », consacrée cette année à 1915

L'exposition qui se tiendra à la médiathèque du 6 au 28 novembre, à l'initiative de la Ville, propose quelques morceaux choisis des lettres d'Amédée à Gaston. Car celles de Gaston à Amédée, le matelot, n'ont pas été retrouvées. Elles ont coulé.

Amédée Guérin, en effet, servait sur le cuirassé d'escadre, « Le Bouvet », lorsqu'il est décédé le 18 mars 1915 dans le combat des Dardanelles. « Lorsque Le Bouvet a sauté, les lettres de Gaston ont disparu », souligne Marie-Claire Latry, petite fille de Gaston Lalumière, qui conserve, cependant de nombreuses autres missives envoyées par son aïeul à ses proches restés à Eysines. Son grand-père, mobilisé à Brive dans un premier temps, est décédé en 1966. Contrairement à son ami Amédée, il a survécu à la Grande Guerre. « J'ai reçu ta lettre hier, qui m'a donné le plaisir de te savoir parmi les tiens » écrit le 6 mars 1915 Amédée Guérin à Gaston Lalumière, en permission pour cause de blessure. « Je te désire un bon mois de plaisir, malgré la tristesse qui doit planer sur le pays ». « Je ne songe qu'au moment qui nous réunira tous, parents et amis, et il me tarde que cela arrive ». Amédée, vient d'apprendre le décès de sa tante qui l'a élevé comme son fils. Il dit sa tristesse et son impatience de retrouver son oncle.

« J'espère que ma jeunesse ne sera pas perdue et que nous passerons encore ensemble de joyeux moments » confie-t-il encore, avant d'en venir aux « opérations ». « Nous ne sommes pas encore à Constantinople. Il faut attendre et protéger les dragueurs qui enlèvent les mines car c'est ces dernières qui sont à craindre et il ne doit pas en manquer dans le détroit » précise encore Amédée, de manière tristement prémonitoire, dans la dernière lettre qui est parvenue à Gaston, datée du 6 mars 1915

Ce précieux document fait partie de ceux qui seront lus par des collégiens lors de la cérémonie du 11 novembre. Une classe de troisième du collège Albert-Camus, s'est en effet tout particulièrement intéressée à cette époque. Elle présentera d'ailleurs ce mois-ci une partie de son travail au public de la médiathèque

L'exposition « Un village pendant la guerre », pour sa part, est le fruit d'un partenariat entre les élus Joëlle Dusseau et Nicolas Ong, les historiens locaux de l'association Connaissance d'Eysines et des habitants.

Sur le thème « la guerre s'installe », elle évoque aussi les soldats décédés au cours de l'année 1915, les prisonniers de guerre, la manière dont on s'organisait, à l'arrière, à Eysines.

Il est question des travaux maraîchers, de l'extension du tramway jusqu'au Taillan, de l'effort de guerre ou encore de sept mariages célébrés sur la commune cette année-là.

Article du journal Sud-ouest du 3 novembre 2015, Christine Morice.

 

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