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1914, Debout, les femmes !

En 1914, les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les hommes.

En 1914, grâce à l’école primaire obligatoire, la génération qui combat sait lire et écrire : il y a 4 % d’illettrés, deux fois moins qu’aujourd’hui. Dès le mois d’août, l’État décide de franchiser le courrier à destination des soldats. Celui-ci aura une grande importance durant la guerre : en attendant les permissions, peu nombreuses, il permettra de maintenir le lien avec les proches et de s’informer de la situation agricole. 6 millions de lettres seront échangées chaque jour.

Le 7 août, l'offensive française débute au sud de l'Alsace contre les Allemands qui ont envahi la Belgique. Ce jour-là, on lit dans « La Petite Gironde » l'appel « Aux femmes françaises », lancé par le président du Conseil, René Viviani. Dans le département, près du tiers des paysans est mobilisé. Dans les villages viticoles, les bras manquent pour la vendange à venir, mais aussi les tonneliers, les fabricants de bouchons et de bouteilles. La moitié du corps enseignant est au front. À Arcachon, plus de pêcheurs pour sortir le bateau et lever les filets. En ville, plus d'employés dans les commerces, plus d'ouvriers dans les usines… La Gironde et la France ont besoin des femmes. « Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'an prochain », s'enflamme Viviani, qui conclut : « Debout donc, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie ! Debout, à l'action, à l'œuvre ! ».

Et la mobilisation continue. À Bordeaux, on « acclame les coloniaux » qui défilent : tout un département en armes gagne les frontières de l'Est et du Nord, par trains entiers. La mécanique est bien huilée, grâce au réseau ferroviaire dense et très développé. Dans la région, sur les centaines de convois affrétés, on ne déplorera qu'un seul accident grave. Le 12 août, un train qui amène le 12ème Régiment d'infanterie à Bordeaux déraille à Grenade-sur-Adour, dans les Landes. Bilan : un mort et 90 blessés.

Dans le journal, rien ne filtre de la réalité des opérations militaires, ce qui ajoute à l'angoisse des familles. Les seuls faits d'armes relatés jouent en défaveur des Allemands : le 8 août, « la défense héroïque de Liège », en Belgique et le débarquement des Anglais font la une. « Première victoire française en Alsace » fanfaronne, le 9, « La Petite Gironde », qui doit annoncer le 10 que les Allemands envahissent Liège. À l'arrière, on prépare activement l'accueil des blessés. Les comités de secours de la Croix-Rouge girondine installent des dizaines d'hôpitaux militaires temporaires à Bordeaux, Talence, Floirac, au Bouscat, à Pessac, Arcachon, Arès, Gujan-Mestras, Sainte-Foy-la-Grande, Saint-André-de-Cubzac, La Réole, Langon, Libourne, Macau… Les premiers convois finissent par arriver. Le 25 août, un train passe en gare Saint-Jean en direction de Pau ; un second s'arrête à Bordeaux. On répartit les blessés dans les différents établissements médicaux de la ville. Toujours dans « un ordre parfait »…

C'est aussi le 25 août que le journal annonce « son » premier mort bordelais : René Cousteau, « intrépide brigadier des dragons » et fils du premier maire socialiste de la ville de Bordeaux, avait 20 ans. Bien plus tard, on saura que le cavalier est tombé au champ d'honneur vers Lunéville, le 13 août, avec Albert Caron, de Libourne, André Pujol, un Médocain de Valeyrac, et un autre Bordelais, Édouard Lamouche. Trois semaines après le début du conflit, Français et Britanniques reculent devant l'ennemi et, le 23 août, la bataille de Lobbes en Belgique sera, pour les poilus girondins, l'une des plus meurtrières de la guerre. « La situation est bonne sur le front », écrira pourtant le quotidien, le 28 août… 1,25 F : c'est le montant de l'allocation journalière pour les femmes privées du salaire de leur mari mobilisé (loi du 5 août 1914).

Sans les hommes, on s’organise : en Gironde, la vie se réorganise vite. À chacun sa mobilisation : les hommes se battent au front et les femmes à l’arrière, où elles n’ont pas attendu l’appel de Viviani pour les remplacer au travail. À Libourne, on découvre des factrices en chignon et jupe longue. À Bordeaux, les femmes des receveurs de tramway mobilisés sont « autorisées » à les remplacer et dans les usines d’armement, les « munitionnettes » revêtent salopette et pantalon : c’est une révolution qui annonce les jupes raccourcies et la fin du corset. Efficace, le maire, Charles Gruet, joue la carte de la solidarité. Dès le 8 août, il quadrille la ville de garderies, une par groupe scolaire, et de crèches, comme celle des Docks. Il ouvre encore « des demi-colonies de vacances gratuites » aux Chartrons et à Bacalan. Objectif : libérer la main-d’œuvre féminine de ses obligations maternelles… Pour aider les plus modestes, le 11 août, la ville fixe le prix du pain à 0,45 F le kilo et distribue des bons de pain.

Quant aux dames « riches », on les prie de laisser « les pauvres » confectionner dans les ouvroirs chemises de soldats et blouses de médecins, car on les rémunère 1 franc par jour à cet effet. Nombre de femmes deviendront aussi infirmières bénévoles dans les hôpitaux militaires où les « anges blancs » rencontreront parfois l’homme de leur vie.

Si toutes ces dames travaillent dur, on souhaite qu’elles n’oublient pas pour autant d’entretenir leurs charmes. Une réclame le leur rappelle : « Toutes les femmes votent pour la crème Berthuin qui est pour elles un indispensable talisman de beauté »…

Ont-elles le sens de l’humour ? En tout cas, pas rancunières, les Girondines à qui l’on a précisément refusé le droit de voter aux législatives de 1914, sauveront l’économie aux champs, à la vigne, dans les usines et les commerces, et la feront tourner durant quatre ans. Avant d’être priées de retourner gentiment à leurs fourneaux pour n’obtenir le droit de vote qu’en 1949.

Article du journal Sud-ouest du 11 août 2014, Cathy Lafon.

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