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Étude des comportements démographiques de la population de Blanquefort et du Taillan au XVIIIème siècle et au XIXème siècle.

Voici la conclusion de ce mémoire universitaire : « Essayons d’aller au-delà des tableaux accumulés dans cette étude pour faire le point. Qu’avons-nous appris sur cette population rurale d’un village et d’une petite ville se situant à une dizaine de kilomètres de Bordeaux du XVIIIème au XIXème siècle ?

La reconstitution des familles a permis d’aller beaucoup plus loin qu’une étude démographique sommaire ne l’aurait permis. Elle a révélé une population assez mobile géographiquement, beaucoup plus à Blanquefort qu’au Taillan. La mobilité est plus grande chez les hommes que chez les femmes car la coutume est de se marier dans la commune de la femme.

Au XVIIIème siècle, l’aire des échanges matrimoniaux du Taillan est limitée aux paroisses limitrophes ; au XIXème siècle, elle s’étend au-delà de la Garonne mais ne dépasse guère l’Aquitaine. En outre, ces migrations lointaines ne concernent que peu de conjoints.

À Blanquefort, la situation est tout à fait différente ; dès le XVIIIème siècle, l’aire des échanges matrimoniaux s’étend au-delà de la Gironde, vers l’Aquitaine. La mobilité s’accroit avec la Révolution : le nombre des conjoints étrangers augmente et l’aire des échanges s’élargit à tel point que, entre 1850 et 1880, 10 % des garçons qui se marient à Blanquefort sont originaires de départements se situant au-delà de l’Aquitaine. Ces mouvements migratoires touchent surtout la France du Midi et plus particulièrement la région Midi-Pyrénées. Le département de la Charente fournit aussi des contingents assez importants. La France du Nord est absente.

Mais surtout, les familles du XVIIIème siècle s’opposent à celles du XIXème siècle. Au XVIIIème siècle, on se marie tard, l’âge moyen des garçons est de 25,7 ans en 1750-1769 ; pour les filles, il est de 24,2 ans et on se marie avec un conjoint guère plus âgé. Au contraire, après 1810, les filles se marient beaucoup plus jeunes et la différence d’âge entre mari et femme augmente ; elle passe de 1,5 ans en moyenne au XVIIIème siècle à 4 ans au XIXème siècle. On a donc l’impression qu’au XIXème siècle, la femme n’est plus seulement une compagne de travail avec laquelle on est associé, mais qu’elle devient plus féminine, qu’on la veut plus jeune. L’attrait physique parait plus grand.

L’étude de la fécondité et des familles nous a permis par diverses observations, en particulier, les taux de fécondité par âge, le nombre d’enfants par famille complète, l’âge de la femme à la dernière maternité et les intervalles entre naissances, d’apprécier l’évolution de la limitation volontaire des naissances. De 1750 à 1809, la fécondité des femmes reste forte dans les premières années du mariage, mais elle diminue sensiblement quand la femme a dépassé 30 ans, premier signe d’une limitation volontaire des naissances dès que la famille a atteint une certaine dimension. Les changements ont donc précédé la Révolution. Toutefois, et il est important de le souligner, ces changements ne se sont accentués qu’après la Révolution et non pendant. De sorte qu’au début du XIXème siècle, la fécondité conserve beaucoup de ses traits anciens.

À partir de 1810, la baisse de la fécondité est brutale, elle se manifeste à tous les âges et intervient dès le début du mariage, les Blanquefortais et les Taillanais ont donc acquis en 100 ans, une surprenante maitrise des « funestes secrets » dont le résultat est la diminution de moitié de leurs descendants. De 5,44 en 1750-1769, le nombre moyen d’enfants par famille complète passe à 2,36 en 1830-1849.

Nous avons, en outre, signalé la concordance de nos résultats et de ceux publiés par L. Henry dans « Fécondité des mariages dans le quart du Sud-ouest de la France de 1720 à 1829 ». Cela contribue à dégager le tempérament propre d’une France du Sud-ouest qui s’oppose à la France du Nord. Des naissances nombreuses et rapprochées dans la France du Nord, des taux de fécondité moins élevés et des intervalles intergénésiques plus longs pour le Sud-ouest. Différence biologiques ou différence de comportement ?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la reconstitution des familles de facilite pas l’étude de la mortalité. Nous avons même du renoncer à étudier la mortalité des adultes. En ce qui concerne la mortalité des enfants, nous avons là, encore, souligné la concordance de nos résultats avec ceux publiés par d’autres démographes, en particulier par Agnès Fine-Souriac dans « Mortalité infantile et allaitement dans le Sud-ouest de la France au XIXème siècle ». Cela contribue à nouveau à dégager le tempérament propre d’une France du Sud-ouest par opposition au reste de la France, du moins en ce qui concerne nos résultats jusqu’à la Révolution.

Jusqu’en 1790 en effet, la mortalité infantile à Blanquefort et au Taillan, et plus généralement dans le Sud-ouest, est plus faible que dans la plupart des autres régions françaises, tandis que celle des enfants de 1 an est plus forte, ceci en raison d’un sevrage plus tardif. La baisse de la mortalité à 1 an, à partir de 1790, résulte d’un changement dans les coutumes d’allaitement, désormais le sevrage est plus précoce, ce qui explique la hausse de la mortalité infantile par rapport au XVIIIème siècle.

Au XVIIIème siècle, la mortalité juvénile est considérable ; les enfants nés en 1750-1769 n’avaient qu’une chance sur deux d’atteindre l’âge adulte. À partir de la Révolution, la mortalité juvénile baisse régulièrement. En 1830-1849, 19 % « seulement » des enfants n’atteignent pas l’âge adulte.

Cette étude nous a donc révélé une population qui a profondément changé en 130 ans, du XVIIIème siècle, où apparaissent les premiers signes de la limitation volontaire des naissances au XIXème siècle, époque de la grande révolution démographique.

En face de cet actif, on est toutefois tenté d’inscrire au passif, la longueur des opérations de reconstitution des familles. En fait, la longueur du travail tient à la durée de chacune de ses phases : relevé des actes, reconstitution des familles et exploitation des données ainsi rassemblées.»

Caroline Andrasik Pekar, Étude des comportements démographiques de la population de Blanquefort et du Taillan au XVIIIème siècle et au XIXème siècle à partir de la reconstitution des familles, sous la direction de Mme Pontet, 1990, Mémoire, Bordeaux III.

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