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Un droit coutumier du seigneur de Blanquefort en 1302.

Concernant les événements de la vie des habitants de cette époque, la traduction d'un acte de la sénéchaussée de Guyenne écrit en Gascon, cité dans le livre « Voyage dans les Landes » de Boudon de Saint-Aman (1818), relate un droit coutumier du seigneur de Blanquefort.

Sentence de la Sénéchaussée d'Aquitaine, le 30 juillet 1302 : « Ceci est la charte et le statut du droit de priorité et de défloration que le seigneur de la terre et de Blanquefort a et doit avoir sur toutes et chacune des filles non nobles qui se marient dans ladite seigneurie, le premier jour des noces.

Agissant suivant le droit et les coutumes anciennes, le puissant seigneur de la terre et seigneurie de Blanquefort, Le Taillan, Cantenac, Margaux et autres lieux, a le droit de priorité et de défloration sur toutes et chacune des filles non nobles qui se marient en ladite terre et seigneurie de Blanquefort et autres ci-dessus nommées, le premier jour des noces, le mari étant présent et tenant une jambe de la mariée pendant que le seigneur usera de sa priorité et procédera à la défloration. Celle-ci étant réalisée, le seigneur ne peut plus toucher à la mariée et doit la laisser au mari.

Dernièrement, au mois de mai passé, Catherine de Soscarola, de la paroisse de Cantenac, allait se marier à Guillaume de Becaron. Le jeune, le puissant seigneur Jean de Duras, chevalier, voulut user de son pouvoir de priorité et de défloration sur ladite Soscarola. Celle-ci refusa d'obéir au dit seigneur et ledit Becaron également et de plus proféra de mauvaises paroles envers ledit seigneur. À la suite de ce refus d'obéissance de la mariée et des paroles mauvaises du mari, le seigneur les fait mettre en prison séparément et dépose une plainte au criminel, auprès du Grand Sénéchal de Guyenne, pour l'informer de son droit et lui demande une enquête sur les coutumes anciennes de la seigneurie de Blanquefort.

À la suite de cette enquête, une sentence de la cour du Sénéchal de Guyenne confirma le droit du seigneur. Le tribunal ayant fait comparaître les deux parties, déclare que ledit seigneur est bien fondé en droit et par coutumes anciennes, de prendre le droit de priorité et de défloration.

II condamne Catherine de Soscarola et Guillaume de Becaron à obéir au seigneur. En ce qui concerne les mauvaises paroles de Guillaume, ladite cour le condamne à faire amende honorable et à demander grâce au seigneur à genoux, la tête nue, les mains en croix sur la poitrine, ceci en présence de tous les présents à la noce. De plus, ladite cour ordonne pour ce qui touche le droit, que la présente sentence servira de loi et statut pour le temps présent et à venir, pour ledit seigneur. Elle sera publiée par le notaire royal et public, affichée par un appariteur à la porte de l'église de Cantenac, à la sortie de la messe et aussi dans toutes les paroisses de la seigneurie de Blanquefort. Le seigneur pourra également faire proclamer son droit, par tous les moyens qu’il lui plaira ».

Texte extrait de : Le Taillan-Médoc, hier, aujourd’hui, Point Info du Taillan, 2 000, p. 75-79.

Le droit de défloration du seigneur de Blanquefort.

La langue d’oc était en outre, on l’oublie trop souvent, la langue écrite publique, administrative de l’Aquitaine. Peu à peu, elle s’était substituée au latin. La plupart des textes juridiques était rédigés dans cette langue. On dispose d’ailleurs dans les archives d’un certain nombre de chartes et d’actes ayant trait à Blanquefort, dont une sentence assez curieuse relative au bien-fondé du droit de défloration de son seigneur «  lo primier jorn de las nopsas » (« le premier jour des noces »), sur « cascunas las filhas no noblas que se maridan en la deita terra et senhoria de Blanquefort » (« sur chacune des filles non nobles qui se marient en la dite terre et seigneurie de Blanquefort »). Autre temps, autres mœurs. Le texte complet de cette sentence se trouve dans le livre de Jean-Florimond Boudon de Saint-Amans, Voyage dans les landes, 1818, réédité en 1988 par l’Horizon chimérique, Bordeaux… Quoi qu’il en soit, la langue d’oc était bien le mode d’expression oral et écrit de notre région.

Texte écrit par Christian Coulon, 2 avril 2014.

L'une des prérogatives du seigneur de Blanquefort sur ses vassaux non nobles était la Marquette, droit honteux qui pouvait se racheter moyennant de l'argent. Il est parlé de ce droit dans Regiam majestatem, de Skeneus, dans le Glossaire de Droit français d'Eusèbe de Laurière, et dans le Dictionnaire de Trévoux (1752, tome V). Le nom de marquette provenait du mot marc, parce que le droit de Marquette se rachetait contre un demi-marc d'argent.

Un seigneur de Durfort voulut exercer ce droit sur une jeune mariée de la paroisse de Cantenac. Le mari, Guillaume de Beccaron le jeune, s'y opposa et injuria son seigneur et maître. Celui-ci fit jeter séparément en prison les deux époux et porta plainte devant la cour du grand sénéchal de Guyenne. Voici la sentence rendue : « Après l'information et les enquêtes faites, fait rendre par la cour sénéchale de Guienne, une sentence dont la teneur suit mot pour mot. Entre le noble et puissant seigneur de Duras, chevalier seigneur de la terre de Blanquefort, etc., demandeur du droit de prémices et de défloration le premier jour des noces, dans et sur toutes et chacune des filles non nobles qui se marient dans ladite seigneurie de Blanquefort et autres terres, cependant le marié étant présent et tenant une jambe de la mariée, pendant que le seigneur prendrait les prémices et prendra la défloration. Et Catherine de Soscarole, de la paroisse dudit Cantenac, nouvellement mariée avec Guillaume de Beccaron le jeune, défenseur dudit droit, d'autre part. Et le même seigneur également demandeur en réparations et châtiment des mauvaises paroles contre ledit Beccaron ici même défenseur au susdit droit encore et d'autre part. A été examinée par la cour sénéchale l'accusation criminelle dudit seigneur de Duras. Ensemble, les informations, enquêtes par écrit et par réunions ou assemblées de témoins et autres pièces de la contestation entre les parties, en raison de ladite accusation criminelle et de tout ce que dessus est dit ; la susdite cour faisant droit aux dires des parties, a dit et déclaré ledit seigneur en droit et en raison et par coutume ancienne, d'avoir et pouvoir prendre les prémices et faire la défloration le premier jour des noces dans et sur toutes et chacune des filles non nobles qui se marient dans ladite terre, mais le marié présent et tenant la jambe de la mariée pendant que ledit seigneur prendra les prémices et fera la défloration. Et, cela fait, ledit seigneur ne peut plus toucher la mariée. Et par raison de ce que dessus est déclaré, ladite cour a condamné ladite Catherine de Soscarole et ledit de Beccaron à obéir audit seigneur pour qu'il prenne son droit en la mariée susdite. En ce qui touche les mauvaises paroles que ledit Guillaume avaient dites audit seigneur, ladite cour l'a condamné à s'amender envers ledit seigneur et de lui demander grâce, un genou en terre, la tête nue et les mains en croix étendues sur la poitrine, en présence de tous ceux qui furent assemblés à ses noces. En plus, ordonne ladite cour en ce qui touche le droit susdit, la présente sentence servira de loi et de statut tant pour le temps présent que pour le temps futur, pour ledit seigneur la faire proclamer et publier soit par un notaire royal, soit par un appariteur, au-devant de la porte de l'église dudit Cantenac à la sortie de la messe de la paroisse et pour toute l'étendue de ladite seigneurie de Blanquefort et de faire dresser actes, chartes, de la proclamation en tant qu'il lui plaira. »

Cette sentence fut rendue dans l'audience du sénéchal de Guyenne, le mercredi 1er juillet 1302. M. C. Pellereau nous dit que cette pièce fut retrouvée à la Révolution d'une façon curieuse. En exécution du décret ordonnant de brûler publiquement tous les vieux titres féodaux, on transporta sur la place Dauphine à Bordeaux une charretée de ces titres auxquels on mit le feu. « Un vent violent s'éleva sur ces entrefaites et un grand nombre de paperasses furent emportées loin du bûcher. Un voyageur ramassa l'acte dont il s'agit qui voltigeait avec les autres et le remit à M. de Saint-Amand, lequel en fit copie, en remit une à M. le Président Duprat, duquel la tient Albert Delpit. » (Société historique Pays de Buch, n° 13, p. 3.)

Guy Dabadie, Blanquefort et sa région à travers les siècles, Imprimerie Samié de Bordeaux, 1952, p. 37-39.

La rumeur concernant le droit de cuissage.

Le « droit de cuissage » est devenu un tel poncif que se poser la question de sa réalité historique est, pour certains, à la limite du risible. Il semble attesté, pour tout un chacun, que le seigneur médiéval possédait le droit de passer la première nuit de noces avec l'épouse de ses sujets et de ses vassaux. L'image d'un Moyen-âge, guerrier et « machiste », diffusée par les manuels et les films, a beaucoup contribué à ancrer une telle croyance dans nos esprits. La pratique contemporaine du « harcèlement sexuel » (un patron salace qui abuse de sa situation pour faire à ses employées soumises un chantage au licenciement) n'est probablement pas étrangère à la diffusion (et à l'acceptation) de cette idée. Les plaisanteries traditionnelles portant sur la défloration des vierges ont fait le reste. Et le malheur veut que certains de nos érudits, ceux qui devraient être les premiers à balayer de nos têtes les idées préconçues, entretiennent le doute…

N'ayant pas trouvé d'argument décisif, Delpit se contenta d'ajouter deux quart de preuve à une moitié de preuve en espérant produire un effet auprès de son lectorat, suivant la bonne vieille recette éprouvée par le temps. Il n'hésita pas à reprendre à son compte des faux patents et à s'appuyer sur des légendes. Il brandit la charte de Blanquefort, faux du début XIXème, cita sans vergogne le cas du roi Evénus, apocryphe du XVIème siècle, etc.

Alain Boureau émet une hypothèse qui mérite que l'on s'y attarde. Pour qu'une telle croyance s'ancrât dans les mentalités, pense-t-il, il fallait que celles-ci y soient prédisposées (c'est une règle jamais mise en défaut). Il rappelle que l'instauration du sacrement du mariage naît au XIIème siècle et qu'elle s'accompagne d'un principe corollaire développé par l'Église, celui du droit égal pour tous à la liberté « d'une vie matrimoniale sans entraves ». Or ce principe, devenu sacré, était violé en pratique par les taxes liées à la dépendance personnelle. Dans le cas du mariage, lieu privilégié de l'intimité, l'opposition entre les principes déclamés par l'autorité ecclésiastique et la réalité des impôts féodaux créait un malaise profond dans la population. L'apparition, vers cette époque, du caricatural « droit de cuissage » (qui ne s'appelait pas encore ainsi), qui poussait la contradiction dans ses derniers retranchements, s'expliquerait alors comme un effet d'une réaction populaire et ecclésiastique contre les abus des seigneurs. C'est assez vraisemblable, en effet. Boureau parle de mystification pure et simple ! Il conclut fort pertinemment : « Le droit de cuissage, donc, n'a jamais existé dans la France médiévale. Aucun des arguments, aucun des faits insinués, allégués ou brandis, ne résiste à l'analyse ; à chaque fois que l'enquête a pu cerner le contexte précis d'un cas qui ne relevât pas de la falsification ou du contre-sens, elle a repéré un pur effet de discours, ressortissant à l'insinuation tactique, à la dénonciation stratégique ou la hâblerie d'intimidation, sans que ces énonciations unilatérales soient jamais intimées, ni ne produisent la moindre interaction de droit ou de fait. »

Texte extrait  du site Z où vous trouverez un violent réquisitoire sur la rumeur concernant le droit de cuissage.

Pour voir ce site, cliquez ICI.

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