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Les scieurs de long.

Les scieurs de long, ou sitaïres, originaires des hauts plateaux du Massif Central, Combrailles, Livradois, Artense, se dirigeaient vers les grandes forêts de France : Ardennes, Morvan, Jura, Bourbonnais ; mais ils pouvaient, suivant les besoins du moment, faire leur campagne en n'importe quelle région du territoire. Ils quittaient leur village à Notre-Dame de septembre, le 8 du mois, pour y revenir à la Saint-Jean d'été. Ils voyageaient par couples, comme les gendarmes, car il devait exister dans chaque paire une bonne entente au travail.

Une fois sur place, ils construisaient d'abord pour toute l'équipe une cabane de planches, recouverte de mottes de terre, l'herbe en dessous. Ils fabriquaient les lits : simples caisses de planches remplies de paille, installaient leur poêle. Ils s'efforçaient de faire leur maison étanche aux vipères qui grouillaient dans le sous-bois, avec les dernières chaleurs de l'été ; aux pluies de l'automne ; aux neiges de l'hiver. Un jeune était chargé de préparer la soupe au lard qui constituait l'essentiel de leur pitance. Le couple de sitaïres comprend le chevrier et le renard. Le nom du premier vient de la chèvre (ou mouton), sorte de chevalet composé d'une poutre solide, longue de quatre à cinq mètres, reposant sur le sol par la queue, tandis que l'autre est supporté à hauteur d'homme par deux pieds écartés.

Là-dessus, les scieurs installent le tronc à débiter, préalablement écorcé à la hache, de façon qu'une moitié dépasse la tête de la chèvre. Ensuite, au moyen de chaînes, ils lient ensemble la poutre et la seconde moitié. L'assemblage ressemble alors vaguement à une grosse pièce d'artillerie, pourvue d'un canon carré, braqué vers l'horizon. Le chevrier procède au lignage : à l'aide d'un cordeau, il trace les traits que la scie devra suivre. Il quitte alors ses sabots et monte sur le tronc en chaussettes pour mieux se tenir. Il empoigne la beycho, la scie, formée d'une lame fixée en médiane dans un cadre de bois ; à une extrémité, un tendeur à écrou lui donne la raideur voulue. Les dents sont recourbées vers le bas, en becs de perroquet, de sorte qu'elles ne mordent qu'en descendant. Sous le chevrier, se tient son compagnon, le renard, coiffé d'un large chapeau qui le protègera de la pluie de sciure. L'homme d'en haut ne fournit guère d'effort : sa tâche consiste à guider la lame de façon qu'elle suive les lignes parallèles, sans moindrement s'en écarter. Après chaque descente de la scie, il l'éloigne légèrement du bois, et elle remonte quasi d'elle-même. L'homme du bas doit au contraire la tirer à pleins muscles, des bras, de l'échine, des jambes.

Quand la première moitié du tronc est ainsi découpée, on la délie, on la fait pivoter sur la poutre et l'on entame la seconde moitié, l'un avançant, l'autre reculant, dans un accord parfait de leurs gestes. Ainsi, les charges se trouvent réparties : au renard l'ahan, la sueur sur tout le corps, la poussière dans les yeux (le chapeau n'arrête pas tout), au chevrier l'aplomb à conserver sur son arbre, la responsabilité de l'ouvrage, l'incommodité des pieds déchaux. Ils s'échinent ainsi de l'aube à la nuit. Quand l'ombre vient, ils ne cessent pas cependant de travailler : ils changent simplement d'outils. À la lueur des étoiles ou de la neige, ils préparent l'ouvrage du lendemain, tronçonnent les baliveaux au passe-partout, les écorcent, les équarrissent grossièrement afin que chacun trouve bien son assise sur le chevalet. Après douze ou treize heures de cette galère, ils s'arrêtent enfin, s'enferment dans leur isba.

À la rage de l'hiver, le froid pénètre malgré la double épaisseur de planches ; à tour de rôle un des scieurs monte la garde pour entretenir le feu du poêle. Et parfois le pain gèle quand même. La soupe se prépare à la neige fondue. Le dimanche, ils font toilette, se rasent, endossent leurs meilleures nippes. Au bourg le plus proche, ils vont entendre la messe, puis fréquentent les cafés, les bals qui se donnent dans les granges. Les filles les regardent, parce qu'ils sont les plus beaux hommes du pays, avec leurs épaules larges, leur cou vigoureux, leur figure tannée, leur personne svelte, leurs muscles qu'on devine partout, sans une once de graisse. Ainsi, les mois se succèdent.

De temps en temps, il leur faut changer de chantier, démolir la baraque pour la transporter ailleurs. Certains jours, le gel est si fort que la sciure devient une gélatine qui encrasse les lames. De leurs mains sortent les planches, les madriers, les chevrons et surtout les traverses de chêne dont il se fait une grande consommation pour construire les chemins de fer. Leur besogne nocturne cesse après le Mardi gras, quand les jours allongent. C'est pour eux l'occasion d'une petite fête où ils boivent quelques chopines. Vers la Saint-Jean, ils reprennent le chemin de leur ferme natale, où les attendent les travaux de l'été.

L’Auvergne et le Massif central d’hier et d’aujourd’hui, Jean Anglade, ed JP. Delarge, 1981, p. 117.

Des siècles durant, en effet, beaucoup d’hommes du Forez, de la Margeride et du Livradois sont partis à pied, pour s’en aller travailler comme scieurs de long dans les forêts de France. L’automne et l’hiver, ils vivaient dans des cabanes de bois et découpaient des planches dans les troncs, qu’ils sciaient dans la longueur. Ils travaillaient à deux, l’un grimpant, pieds nus, sur la bille de bois, l’autre resté par terre, faisant ensemble lentement progresser la longue scie, souvent appelée la « beiche » ou la « niargue ».

Certains villages, très pauvres, en fournissaient des légions. Annie Arnoult a ainsi remarqué dans les archives de la paroisse de Sauvain (Loire), qu’en 1776, pour 43 baptêmes célébrés, le curé a 43 fois noté « père absent ». L’homme était un de ces scieurs de long, parti travailler à 100 ou même 300 km de chez lui et qui, parfois, ne revenait pas…

Source : périodique Notre temps février 2000 p.13.


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