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Le parler local : dites-le avec l’accent.

Comment parvient-on à identifier un accent ? On commence par collecter des enregistrements auprès de sujets ayant un lien affirmé avec une localité ou une région. Ensuite, je passe par la perception des traits de prononciation que l'on peut attribuer à un espace géographique. La démarche consiste à faire une expérience perceptive pour savoir avec quel degré de finesse on distingue un accent. Par exemple, il nous paraît évident que l'on ne parle pas pareil dans le Sud-est que dans le Sud-ouest. Or, l'expérience montre que notre imaginaire a tendance à surestimer la capacité à identifier les accents, car lorsque l'on sollicite les auditeurs indépendants, ils peuvent assez facilement confondre un Marseillais et un Basque.

À quoi reconnaît-on un accent ? Bien évidemment, à la prononciation. Le Basque est par exemple marqué par la façon de prononcer les « r » qui est très spécifique. Le « r », qui est la consonne la plus fréquente, est au demeurant un bon marqueur de l'accent.

Sait-on pourquoi on a un accent ? Pas vraiment. Si on prend des gens nés dans une même ville et qui y vivent toujours, certains ont un accent, d'autres pas. On pense cependant que l'attachement plus ou moins conscient à nos origines constitue un des facteurs. L'apprentissage ou l'audition d'autres langues jouent également un rôle. Par exemple, au sud, on s'aperçoit que des traits d'occitan marquent l'accent français. En même temps, des gens qui n'ont jamais entendu l'occitan ont tout de même adopté l'accent.

Pour le public, un des accents les plus caractéristiques est celui de Marseille. Mérite-t-il sa réputation ? Cet accent est réputé pour d'autres raisons que pour ses spécificités de prononciation. Dans l'imagerie, il incarne le soleil, la mer et les cigales. C'est l'emblème de l'accent méridional. Mais il est peut-être moins identifiable qu'on ne le croit. En fait, dès qu'une personne ne trouve pas l’origine d'un accent méridional, elle cite facilement Marseille.

Les accents ne sont-ils pas en train de se perdre avec le développement des transports et des flux migratoires, y compris à l'intérieur de nos frontières ? L'accent demeure, mais il évolue et n'est plus forcément typique d'une zone géographique. Souvent s'y substituent les accents sociaux. On peut, par exemple, considérer qu'à Marseille il y a trois types d'accent : celui de César et Panisse, celui de la classe bourgeoise, qui est beaucoup moins marqué, et celui des jeunes des quartiers qui développent leur propre prononciation.

Est-ce qu'à terme ces accents sociaux ne vont pas remplacer les accents géographiques ? Peut-être ; mais c'est plus délicat à approcher. Cela pose, en outre, des problèmes éthiques aux chercheurs, avec le risque d'appliquer une échelle sociale aux accents.

Article du journal Sud Ouest du 26 mai 2010. Entretien avec Philippe Boula de Mareüil, chercheur au Limsi (Laboratoire d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur) qui vient de publier un ouvrage intitulé « D'où viennent les accents régionaux ? » aux éditions Le Pommier.

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