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Les commerçants de la rue Victor Hugo en 1926.

Au commencement de la rue Victor Hugo, c’est l'atelier de M. Dulaurier. Ce dernier a créé un grand atelier de mécanique fort bien équipé. Il répare les sulfateuses, faucheuses et pompes. Il est toujours à l'affût d'idées neuves. Il y a quelques années encore, nos maisons étaient sombres et les rues aussi.

Tous les ans, la municipalité faisait un appel d'offre ou plutôt attendait de nos ferblantiers et autres, leur devis pour l'entretien annuel de l'éclairage public. En 1892, M. Saboureau, ferblantier lampiste à Macau, s'est engagé à maintenir tout le matériel d'éclairage en bon état de fonctionnent et à assurer l'allumage des lanternes. L'allumage de nos réverbères devait se faire à partir du quatrième jour après la pleine lune du mois d'octobre pour se terminer le quatrième jour après la nouvelle lune du mois de mars, pendant 6 mois. Les lampes devaient être éteintes tous les soirs à 10 heures sauf le dimanche, où elles n'étaient éteintes qu'à minuit. Les jours de fêtes locales ou nationales elles n'étaient alors éteintes que le lendemain. L'huile des lampes devait être de première qualité. Le travail de M. Saboureau et les matières premières étaient payés au trimestre par la commune, pour un montant de 570 francs par an.

En 1897, c'est M. Désiré Dulaurier, serrurier, qui avait remporté le contrat d'entretien annuel pour la somme de 590 francs, contre MM. Pierre Puibasset (598 francs) et Saboureau Léon (597 francs), tous les deux ferblantiers. L'hiver, dès 3 heures de l'après midi (15 h), il fallait allumer une bougie pour aller d'une pièce à l'autre et elle s'éteignait au moindre souffle d'air frais. Les rues étaient étroites et obscures, on avançait une lanterne à la main, se balançant au bout du bras. En 1903, M. Dulaurier a tout changé. Il a installé l'acétylène... d'un coup d'allumette, une vraie clarté bien blanche. Les rues et les carrefours brillent. Ces travaux ont pu voir le jour grâce au conseil municipal de l'époque. Ce dernier a donné son accord afin que M. Désiré Dulaurier, serrurier mécanicien, installe l'éclairage au gaz acétylène. Moyennant la somme de 800 francs par an, M. Dulaurier s'est engagé à assurer l'éclairage de 32 lanternes environ, disséminées dans un périmètre comprenant le bourg, la gare, le chemin de la Grillade et le port. Pendant les travaux, le consei1 municipal décida de passer de 32 à 37 le nombre des lanternes, afin d'améliorer le service à la population. Les habitations situées sur le tracé de la canalisation pouvaient obtenir l'éclairage à très bon compte. Cet avantage était d'autant plus assuré à la population que l'entreprise fonctionnait sous le contrôle de l'administration municipale. Cette idée avait déjà été débattue au sein du conseil municipal en date du 3 février 1901. Avant cette ère, et pour la première fois le 18 mars 1866, le conseil municipal vota une somme de 400 francs, pour permettre à tous les Macaudais d'avoir, par 15 becs au gazogène, l'éclairage des rues principales de la commune les nuits les plus obscures. Un homme était payé pour allumer, éteindre et nettoyer les lanternes. C'était « notre allumeur de réverbères ». En 1914, la société Énergie Électrique du Sud-Ouest, avait pris l'engagement d'installer l'éclairage électrique dans la commune. Malheureusement, en raison de la Grande Guerre, cette installation n'a pas vu le jour, entrainant de fait la résolution de l'engagement en juillet 1921. En 1916, M. Dulaurier indiqua qu'il ne pouvait plus continuer à éclairer la commune aux conditions précédentes. Il devait augmenter le prix de sa prestation de 50 francs par mois par rapport à son contrat initial. La commune n'étant pas d'accord avec les prétentions de M. Dulaurier et n'admettant pas le prix de 150 francs par mois, l'allumage fut suspendu. Lors du conseil du 30 mai 1926, le conseil municipal donna son accord pour la constitution d'un syndicat ayant pour objet d'assurer la construction et l'exploitation d'une distribution d'énergie électrique sur le territoire de la commune.

Notre garde champêtre, c’est Gaston, mais en réalité il se prénomme Jean Gastaud. Il n'a plus à faire la même police qu'au moment de la révolution, comme y étaient obligés les gardes de l'époque. Fini le temps où il fallait faire la police aux poules et aux chiens dans les vignes, à la saison des vendanges. Le garde champêtre devait même tuer le chien ou la poule qui s'aventuraient dans les vignes. Le propriétaire, en plus de la perte de son animal, devait payer une amende au profit des pauvres de la commune. Vers 1793, le fait de grappiller avant la vendange était un délit. Toute personne prise sur le fait, comparaissait devant le conseil et dans tous les cas, avait une amende et faisait de la prison. Une fois, ce fut le tour de Jeanne Cric. Cette dernière fut attrapée le matin par le garde champêtre et jugée immédiatement, par le conseil. Elle fut condamnée à payer 6 livres d'amende et dut faire de la prison jusqu'au soir 5 heures.

Le syndicat de chasse fut créé en 1923 ! En 1847, sur le permis de chasse qui était valable un an, figuraient l'âge, la taille, la description des cheveux, du front, des sourcils, des yeux, de la bouche, de la barbe, du menton, du visage et même du teint de chaque chasseur. Il faut dire que la photographie n'était pas, alors, chose fort répandue.

En 1865, le conseil municipal délibérait pour améliorer la circulation dans les rues de Macau. Une opposition de la part de certains élus s'éleva alors pour une question pécuniaire. Le maire démontra que la commune ne perdrait pas d'argent pour l'exécution des travaux et la décision d'adopter le nouveau tracé des voies communales fut définitivement votée. Le 16 février 1879, M. Dechans appelait l'attention du conseil municipal sur le grand nombre de charrettes que les habitants du bourg laissaient la nuit sur la voie publique. Le maire de l'époque s'engagea alors à veiller à l'exécution de l'arrêté du 1er juin 1866 concernant le stationnement des charrettes sur les voies communales. Dans cette rue, il y a aussi l'atelier de bourrelier de M. Lamouroux. Il fabrique des colliers et des harnais pour tous les animaux. Le mot de bourrelier est apparu en France au IVème siècle. Le bourrelier confectionne des brides, mors et œillères, licols, colliers et bricoles, sellettes, sous-ventrières, dossières, croupières, rênes, guides, cordeaux et traits et bien entendu des selles. Il travaille pour toute la population. C'est également lui qui fabrique les fouets, les capotes des calèches, les sièges des cochers et des voyageurs. Lorsque le bourrelier fabrique un collier, par exemple, c'est une pièce unique, adaptée à l'animal. Dans la famille Lamouroux, tous les membres participent au travail, en particulier les femmes qui cousent les harnais. Lorsque l'on rentre chez les deux bourreliers de Macau, la même forte odeur de cuir nous envahit. Un peu plus loin, c’est la boulangerie Robert : ce dernier pétrit et fait cuire du bon pain pour une grande partie de la population de Macau.

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Entre ces deux commerces, vit Mme Claude Journiac. Elle vit bien misérablement malgré une vie bien riche culturellement. Claude Journias est née à Macau, le 18 novembre 1850. Elle a obtenu son brevet et une place d'institutrice dans une famille espagnole à Sarragosse. Quand les jeunes filles furent mariées, grâce à son petit pécule économisé en Espagne, elle rentra à Paris. Ayant quelque talent pour écrire, elle collabore à un journal. Elle rencontre alors, Émile Zola, « son soleil, son Dieu ». Elle fait connaissance de Louise Michel. Survint la Commune. Elle prend peur ; elle fuit Paris, en faisant peut-être une partie de la route à pied. Elle revient dans sa maison natale, à Macau, démunie de tout. Pour subsister, elle commence par vendre de l'ail et des oignons. Peu à peu, elle reprend goût à la vie ; à la nuit tombante, elle donne des leçons d'espagnol. Inoubliables leçons ! Sur sa robe sale, elle revêt son bel habit de taffetas puce qui datait des réceptions dei Duque, à Saragosse. Elle porte avec respect son Don Quijotte de la Mancha, qui contient, à son avis, toute la langue espagnole. Par exemple, il ne faut pas insister, elle ne parle plus à âme qui vive, de politique. À ce jour [1926], Mme Claude Journiac vit toujours. Son état de santé n'est pas des meilleurs, elle a 75 ans, elle est malade et sans force. Elle ne peut plus remuer. Ses petites élèves, malgré l'invraisemblable désordre et la saleté, la soignent. Elle est végétarienne, mais qu'il est bon, le bouillon que lui portent les enfants. « Buvez, Mme Claudia... non. Je vous assure qu'il n y a pas eu de viande »... Elles vont en bande l'après-midi chercher le docteur Rudeau, qui, muni d'un bon cigare panse ses escarres.

Il y a aussi la quincaillerie de M. Puibasset, bien utile pour toutes les fournitures de la maison. Tout près de la place Carnot, à l'angle de la rue du Général du Preuil et de la rue Thiers, M. et Mme Lapeyre tiennent une bonne pâtisserie. On y trouve des chouanes qui sont des petits pains ronds. En 1793, la farine était rare, si rare, que la municipalité avait décidé que les boulangers devraient s'entraider. Si la farine venait à manquer, il fallait aller à l'un des trois Moulins : celui de Mme veuve Jeantet, celui de M. Bouscarrut ou celui de M. Clément Noé. Il était une pratique pour les meuniers de l'époque, que les boulangers n'appréciaient guère, qui consistait à faire un mélange avec du blé et du « blé despaignes ». Cela permettait à certains meuniers d'avoir plus de produit à vendre et d'utiliser le blé pour leur consommation personnelle et aux boulangers de faire tout simplement un mauvais pain. À Macau, on ne plaisantait pas avec la fraude sur la farine. Un beau jour, un des boulangers vint se plaindre au conseil municipal car il avait vu, au moulin, des sacs qui n'étaient pas remplis que de blé. Il était facile de voir que ces sacs étaient pleins d'un mélange non conforme. Immédiatement, le conseil municipal s'était déplacé sur les lieux et avait constaté les faits. Après discussion avec les meuniers et ayant regroupé tout ce petit monde à la maison commune (mairie), un jugement fut prononcé à l'encontre des meuniers incriminés qui durent payer une amende de 15 livres chacun.

Une pensée de Macau, Marie-Christine Corbineau, Les Enrasigaïres, 2012, p.97.109.

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