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Les commerçants de la place Duffour-Dubergier en 1926.

Elle est dénommée ainsi depuis 1902 en l'honneur de M. Lodi Duffour-Dubergier (1797-1860).

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Ce dernier fut maire de Bordeaux de 1842 à 1848, et propriétaire du château de Gironville pendant plusieurs années. À ce titre, il faisait partie des propriétaires les plus « forts imposés » de la commune. Les trottoirs qui bordent cette place ont été bâtis en 1865, grâce au financement de tous les riverains qui ont participé aux travaux. Ces travaux ont permis à la municipalité de l'époque de faire disparaître toutes les rigoles qui traversaient la place de l'église. C'est aussi ici que le 15 octobre de chaque année se déroulait la foire aux bestiaux, car Macau est un centre d'élevage important. Depuis 1915, cette foire se déroule le dimanche précédent le 25 novembre. À l'occasion de la foire du 25 novembre 1918, 315 porcelets avaient été amenés par des producteurs et 260 avaient trouvé preneur. Ce fut une bonne année pour cette foire. L'année dernière encore, le marché a été une réussite. En 1899, M. Saintou, maire de l'époque, proposa à son conseil municipal, qui accepta, d'établir un marché hebdomadaire aux veaux nourrissons. Cette manifestation facilitait la vente ou l'achat des bêtes, pour les éleveurs macaudais. Depuis le dimanche 11 juin 1899, le marché hebdomadaire se déroule sur notre place. En 1912, M. Daniel Bascle, maire de la commune, fit planter et entretenir les arbres qui bordent l'allée du port et ornent cette jolie place, et qui nous permettent, en été, de rester à l'ombre. En août 1900, nous avions déjà des amoureux de la Petite Reine. M. Coudourniou avait créé une association de vélocipède « La pédale macaudaise », dont les membres se réunissent au domicile de ce dernier. Cette association existait encore en 1904. À Bordeaux, on ne parle que du tour de France. Les coureurs sont partis hier matin de Bordeaux pour rejoindre Bayonne : 189 km, ce n'est pas rien ! C'est le Luxembourgeois Frantz qui a remporté l'étape en 7 heures 38 minutes 19 secondes.

Sur la droite en entrant sur la place, nous avons le fameux « Hôtel et Café du Midi » qui se trouve juste à côté de la pharmacie de M. Del Pelegrino. Le 25 novembre, jour de la Sainte Catherine, ce café tenu par les dames Dechans, régale, réchauffe et désaltère tous les gosiers secs des cochonniers et de leurs clients, lors de notre très grande et célèbre foire aux cochons. Cette foire se prépare déjà la veille. Dans l'après midi, il faut installer des barrières pour faire les enclos pour les bêtes et ensuite, dans la nuit, les cochonniers arrivent avec leurs animaux pour être prêts le matin, car il ne faut pas manquer une vente. Cette nuit-là et toute la journée qui suit sont bien longues pour Mmes Dechans, car le café reste ouvert jusqu'au 25 au soir, très tard. Les cinq serveuses ne chôment pas ! Il n'est pas rare que les ventes se concluent dans ce café, devant un verre de vin blanc. C'est aussi ce jour, que « Cadichon », le colporteur, vient nous rendre visite. Il passe dans la foule avec sa grande valise, une anse en cuir autour du cou et vend ses couteaux, des « pradel ». On attend aussi Claude notre banastraïre (un vannier) pour lui faire clisser des cantines. M. Joseph Del Pelegrino se promène toujours à bicyclette avec son singe sur l'épaule et quand les enfants vont dans sa pharmacie, son singe leur donne toujours un bonbon. Le pharmacien saigne aussi les malades, pose des sangsues ou encore arrache parfois les dents avec des pinces qu’il faut aller chercher dans l'atelier de M. Raymond, notre horloger. Cette façon d'arracher les dents, le docteur Amanieu la pratique lui aussi. Il n'est pas nécessaire pour lui d'aller chercher des pinces chez M. Raymond car il possède tout le nécessaire dans sa trousse médicale. Quant à la technique d'arrachage... c'est tout comme !

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La place est très commerçante, il y a la très belle quincaillerie de M. et Mme Sabouraud, l'horlogerie de M. Lucien Raymond qui, à ses heures, est chauffeur pour les Macaudais avec sa Ford à 2 vitesses. Mme Raymond est la fille d'un de nos grands musiciens, M. Yvan Coudourniou. Elle est aussi l'une des maîtresses de l'école de Macau. Depuis 1920, M. Raymond exerce son métier d'horloge : Sonnez réveils, horloges et carillons. Vous êtes surveillés par son oreille attentive, tournez petites roues des montres et cartels, il vous regarde avec son œil loupe, tourbillonnez, volez poussières, feuilles et branchages des arbres de la place, il vous contemple de sa fenêtre. Il y a aussi la boucherie de M. Verges et, de l'autre côté de la rue, il y a l'épicerie de M. Phénix qui élève et tue ses cochons juste à côté. La maison de notre docteur, M. Amanieu, se trouve tout près de l'Hôtel et Café du Midi. M. Amanieu est le médecin des pauvres, si tu n'a pas « un radis », il te soigne comme si tu es le roi ; aussi sa vieille guimbarde contient des tas de choses hétéroclites. Par exemple, un hérisson en boule, un lapin entravé, des nèfles enfilées dans des aiguilles de pin, un couple de poulets ou de pigeons, des salades, des carottes et des radis noirs. Parfois, on lui promet bien un Louis, mais quand on le trouvera. Il s'accommode de la vieille jument qui le traîne depuis des années et de sa guimbarde, pourvue de roues très hautes, car l'hiver les chemins sont souvent inondés. Sa voiture est raccommodée, un peu partout, la capote attachée avec des fils de fer et des bouts de corde, seul, son siège est moelleux car bien souvent il roupille quand la route est rectiligne. D'ailleurs, la bête connaît tous les chemins de Macau. Quand elle rentre à l'écurie, elle accélère le pas, les gosses accourent, ce sont deux petits voisins, les Poutiane, Alban et Ulysse qui détellent l'animal. Le docteur leur donne une pièce avec la recommandation expresse d'aller chercher une miche, leur père est grabataire et leur mère souvent en cavale. Il faut insister sur le fait que le vieux médecin est un excellent praticien, connaissant de longue date les maladies de la région. Les épidémies dues à l'insalubrité des eaux, les résultats de l'intempérance des hommes. Il n'a pas peur de se hasarder à faire une intervention de chirurgie : les abcès, les kystes et même quelques tumeurs. Sans endormir : un grand coup de gniole, de l'eau bouillie, de l'alcool et voilà votre malade groggy. Il lui fait le pansement, le lendemain l’homme va mieux, huit jours après il peut reprendre le travail. La vie est dure, les salariés très peu payés, les petits propriétaires économisent pour vivre avec leur maigre récolte. Le docteur possède la plus belle demeure de la place Duffour-Dubergier, ainsi qu'une terre où il plante toutes sortes d'arbres fruitiers. Sa femme et sa fille s'accommodent de leur vie campagnarde. Très gaies, très rieuses, elles sont les amies de toutes les châtelaines et de tous les propriétaires des alentours.

Une des familles les plus populaires de Macau : surélevée par trois ou quatre marches de pierres blanches toujours bien astiquées, la pharmacie Coudures domine la Place Duffour-Dubergier. De partout, on aperçoit trois magnifiques bombonnes qui brillent comme un très gros rubis, comme un énorme saphir entourant une monstrueuse émeraude. En entrant, on est agréablement surpris par les bocaux coloriés, rangés en demi-cercle, sur de belles étagères. En haut des bustes de savants depuis Esculape jusqu'à Pasteur : M. Coudures est le papa de tout Macau, il prodigue les conseils et les remèdes. Qui n'a pas été ravigoté par son fortifiant miracle ! Son secret est contenu dans des barriques de vin très vieux qu'il fait venir parfois de très loin. Avec son vieil ami du coin, ils soignent et ils mélangent ces excellents vins. Notre savant pharmacien y fait macérer de nombreuses herbes qu'il trouve en allant le matin, dans les bois et dans les prés. Parfois, il s'éclipse un ou deux jours pour aller à l'étranger chercher des connaissances nouvelles. À l'arrière de sa maison, il y a un cadran solaire qu'il a réalisé lui-même, car notre pharmacien s'intéresse à toutes les sciences.

Cette grande maison, ensuite, qui est presque un ornement de la place Duffour-Dubergier, c'est la maison de M. et Mme Sabouraud. Face à l'église, en belles pierres, sa vitrine est en permanence garnie de suspensions et de lampes en cuivre, verre et opaline aux couleurs diverses. Mme Sabouraud trône dans un bureau ancien, entouré d'une haute défense de bois. Elle vend pointes, vis, crochets, fil de fer. Au fond de la maison, l'atelier du patron, il répare tous les seaux et arrosoirs du pays. Ces objets-là ne se changent pas, ils servent toute une vie. Une grande baie éclaire la pièce, devant la maison, un grand banc de pierre, tout contre, un tronc d'arbre noueux qui monte jusqu'au toit. C'est la glycine de M. Sabouraud.

Cette place, cœur de notre village, accueille toutes nos manifestations. Pour la première fois cette année, à l'occasion de notre fête de la Saint Roch (15 et 16 août 1925), un manège s'y installera. Pour cette manifestation, le conseil municipal a octroyé une subvention de 250 francs. Ici, tout le monde s'entraide et, les soirs d'été quand il fait très chaud, presque tous les habitants de la place vont se promener jusqu'au port pour boire un verre ; ils prennent le temps de vivre !

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M. Pierre Bordes, surnommé par tous Henri, est maréchal-ferrant. Tout comme M. Pierre Joyeux et son fils Pierre, apprenti, il ferre les chevaux, mules et mulets des Macaudais et des communes environnantes. La forge de la famille Joyeux, se situe dans la rue Thiers. La principale activité de nos maréchaux-ferrants est de ferrer et occasionnellement de soigner les animaux. En effet, depuis 1825, il existe des vétérinaires. Le maréchal-ferrant effectue également tous travaux de forge et de serrurerie. La plupart des outils agricoles de la commune sortent des forges macaudaises. De tout temps, le forgeron (qui était aussi le maréchal-ferrant), était considéré comme l'artisan le plus important du village. En général, la forge (ou l'antre) du maréchal-ferrant est l'endroit où la lumière du jour ne franchit pas le seuil et dont le son rythme la vie du village. Une forge ronronne en exhumant d'impressionnantes gerbes d'étincelles. La main du maréchal-ferrant frappe, à l'aide d'un lourd marteau, sur le fer rouge retenu sur la grosse enclume avant de le plonger dans la fameuse trempe qui le fera durcir. Tous ces gestes font de cet atelier un lieu entouré de mystère. En même temps, arrivent des effluves émanant du fer chaud, de la houille, de la corne brûlée. En général, au fond de la forge, se trouve le soufflet et la hotte au-dessus du foyer auprès duquel, dans un baquet d'eau, trempe la panouille dont on humecte les charbons autour du feu pour concentrer la chaleur. Le maréchal-ferrant s'occupe d'entretenir les charrettes, de ferrer les bêtes (vaches, bœufs, chevaux, ânes et parfois mulets), de réparer les charrues et brabants, d'aiguiser les pioches, les faux et lames de faucheuses, et bien d'autres choses encore

Après M. Del Pelegrino et M. Sabouraud, voici M. Guillaud. Sans lui, point de sabots ou d'esclops aux pieds des Macaudais ! Le petit Guillaud, devant la porte de sa maison, remue, scie, travaille ses morceaux de bois. Dans la rue du milieu, ou la rue Gambetta, les Guillaud possèdent une grande maison en belles pierres, avec deux vitrines contenant toutes sortes de chaussures. À l'intérieur ; des chaises bien alignées, face à face, et une vieille personne qui, inlassablement, essaye chaussures et sabots. Que de grands et petits pieds sont chaussés ici ! Au fond, dans la cour, des ouvriers confectionnent des sabots. Marie Guillaud est, quant à elle, la plus habile cuisinière du village. Pas de mariage, de baptême, ou de première communion sans Marie Guillaud. Même le cordon bleu de M. le curé a besoin de ses talents.

Une pensée de Macau, Marie-Christine Corbineau, Les Enrasigaïres, 2012, p.74.81.

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