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L’Orphéon et plus tard l’Harmonie de Macau en 1926.

Toute la commune parle encore du « Vas'y en beuglant » qui s'est déroulé le jeudi 18 février dernier. La fête débute par le Carnaval, qui se déroule toujours le mercredi des Cendres. Pour commencer la matinée, tous les chars se garent dans l'allée du Port et défilent devant le jury, installé devant la mairie. Ces chars tous plus beaux les uns que les autres arrivent de Macau et des communes environnantes. Dans l'après-midi, après le banquet, les chars effectuent un passage sur la place Carnot et le bal masqué débute vers 17 heures, afin que les participants des communes les plus lointaines puissent profiter du bal avant de repartir chez eux. C'est une fête très renommée. Le jour suivant que l'on appelle plus communément le « lendemain des Cendres », c'est la fête du « Vas'y en beuglant », c’est la fête du bœuf gras. Un bœuf est choisi par les bouchers quelques jours avant la fête et, le jour « J », il défile dans les rues, installé dans un char. Quand vient le soir, il termine dans l'un ou l'autre des abattoirs de nos bouchers et tous les participants à la fête se réunissent autour d'un bon banquet. Le dimanche suivant, le jeudi des cendres, il y a un bal masqué avec de très beaux costumes. Le jeudi de la semaine suivante, c'est le carnaval des enfants. C'est le mouton gras qui défile dans les rues. Cette tradition est tout aussi ancienne que celle du bœuf gras. Un beau matin, les musiciens de l'Orphéon qui, après un jour de carnaval, une nuit de bal et un bon festin n'en avaient toujours pas assez, recommencèrent leur tournée dans les rues de la commune pour aller jusqu'à la gare, tout en jouant de la musique. Les Macaudais, pour les remercier, leur donnèrent des victuailles et la troupe de musiciens put ainsi de nouveau se restaurer.

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Depuis ce jour, tous les carnavals furent suivis par le défilé du « Vas y en beuglant » qui se déroulait toujours le jeudi des Cendres. Le carnaval ainsi organisé était donc accompagné de chars décorés, qui arrivaient de tous les villages voisins et même d'un peu plus loin : Eysines, Caychac ou Parempuyre. C'était un régal des yeux, ces grandes charrettes tirées par de beaux chevaux et remplies de jolies filles; fleurs naturelles, fleurs artificielles et confettis. On décerne des prix même pour les travestis individuels, surtout cocasses ; deux hommes sous une peau de bœuf, l'homme poulet, celui qui, en caleçon était roulé dans une couette, enfin « Poutiane » qui tète son biberon de vin rouge, dans une voiture d'enfant poussée par Juillac.

Les musiciens, qui sont aussi des commerçants, artisans, agriculteurs ou viticulteurs de Macau ont revêtu pour ce jour de fête la jaquette queue-de-pie ou redingote, gibus ou chapeau melon, longs rubans qui volent au vent. Les faux nez ne les gênent guère pour faire retentir de leurs vieux flonflons leur aubade qu'accompagne la quête. Visites aux notables, aux châteaux puis festin et vers 4 heures, bal sur la place. Le soir re-banquet. Au dessert, chaque année, le « Parisien » revient au pays et fait profiter l'assistance de ses talents de chanteur de métier. Après le souper, retraite aux flambeaux dans les rues, puis on brûle Carnaval devant l'église. Il ne faut pas oublier que le bœuf qui avait tourné toute la journée dans les rues et environs de Macau, le soir terminait sa route dans l'abattoir de M. Dejean et l'année suivante dans l'abattoir de M. Vergès, ce dernier se trouvait sur la place Pinton.

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Le chef de notre harmonie, c’est Yvan Coudourniou, le beau père de M. Raymond. Il est habile clarinettiste et anime le « Vas'y en beuglant » avec nombre de musiciens et entre autres M. Jean Gastaud, notre garde champêtre que tout le monde appelle Gaston et qui joue de la basse. M. Rondeau dit « Pipot » tient lui aussi le pupitre de basse. Ali Joly et Léontin Muzil ont tous deux un talent extraordinaire, tant à l'écriture musicale qu'à l'instrument. En juin 1905, M. Léontin Muzil a obtenu la deuxième mention au concours de composition de l'Express Musical de Lyon pour « Musique et Poésie ». Ce dernier, Macaudais et tonnelier de profession, profite de son métier pour exercer son art en tapant sur le fond des barriques. Il est aussi un clarinettiste averti et un talentueux compositeur qui a écrit de nombreuses œuvres. Il habite presque en face du « Clos de May», Route de Bordeaux, propriété de M. Mercé. On pourrait dire de M. Ali Joly que c'est un homme « complet » ! Il est d'abord agent des chemins de fer, grand musicien et compositeur, et tout récemment il vient de nous subjuguer par la revue, qu'il a intitulé « Manu Militari » et « Hypnotiseur malgré lui », au cours de laquelle musique et théâtre sont à l'unisson. Elle fut jouée au Café Gaudry. Cette revue a donc été écrite et mise en scène par ses soins. La troupe qui exécute cette revue est composée de macaudaises et macaudais : Mlles Duboscq et Dejean, MM. Gaudry, Richard, Lamouroux, Milpied, Martin et Biteaubec pour le spectacle, et MM. Avinien, Bertin et Donio pour la musique. En outre, ce jour-là, nous avons pu entendre pour la première fois, une chanson composée par M. A. Joly sur notre commune et intitulée « C'est Macau ».

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Acteurs et musiciens sont tous regroupés dans l'association « Les Canaris » qui est une jeune association créée en décembre 1925, dont M. Barateau fils est le président et M. Ali Joly, le vice-président. Le succès de la revue a même dépassé la limite de notre commune car, tout dernièrement, la troupe s'est déplacée pour une représentation à Ludon-Médoc. Nous espérons que M. Ali Joly se remettra vite au travail et que nous aurons la chance d'être émerveillés par un autre spectacle. C'est également lui qui a fait l'éloge de Léontin Muzil, à l'occasion de sa nomination d'officier de l'Instruction Publique, récompense qui, aujourd'hui, serait comparable aux palmes académiques. Dernièrement, lors de la création du monument aux morts, il a également écrit une satire en quatre épisodes et une chanson : C'est Macau.

Refrain :

C'est Macau

Brillante cité Girondine

C'est Macau

Pays de la Liqueur divine

C'est Macau

Qui rend à chacun sa gaité

C'est Macau

Pays d'amour, de liberté.

1er couplet :

De notre beau village

Avec félicité

Tu vas pouvoir beau page

Admirer les beautés

La vaillante jeunesse

Dont le charme est connu

Te donnera l'ivresse

A toi qui es venu.

2ème couplet :

Les produits dans le monde

Sont connus et goûtés

De cent lieux à la ronde

Les artichauts vantés

De ses grands vins de graves

On goûte avec ferveur

Le parfum si suave

Et l'exquise saveur.

3ème couplet :

De valeureux athlètes

Des musiciens fameux

Ici je le répète

C'est le pays glorieux

On cite sa largesse

Pour l'hospitalité

On l'aime avec tendresse

Ce pays de bonté.       Paroles d'Ali Joly.

Tous les musiciens font aussi partie de l'Harmonie de Macau, qui, autrefois, se nommait « l'Orphéon ». Les Macaudais et la musique, c'est une longue histoire. Le 13 octobre 1857, M. le préfet de la Gironde a entériné la demande de M. Elias, Macaudais, lequel avait demandé l'autorisation de créer une société philharmonique. Cette société nouvellement créée avait pour but d'enseigner la musique vocale et des morceaux religieux et harmoniques à l'ensemble des intéressés. À cette époque, ils avaient décidé que le nombre de membres ne devrait pas dépasser vingt personnes.

En voici les membres fondateurs : MM. Elies, J. Pontet, G. Boudeaux, P. Ribaud, P. Faux, J. Pineau, B. Semedeaud, J. Sudres aîné, J. Sudres jeune, M. Pincon, J. Laroza, Constantin jeune, J. Camus. Le règlement de la société philharmonique était très strict. Pouvaient être exclus de la société ceux qui ne payaient pas la cotisation mensuelle, ceux qui avaient une conduite notoirement scandaleuse, ceux qui avaient commis un préjudice à l'encontre des intérêts de la société, ceux qui avaient chanté en dehors de la société des morceaux en voie d'exécution. Cette exclusion était prononcée par les membres du bureau, qui n'avaient à rendre de compte à personne concernant le motif de leur décision. Les musiciens avaient des punitions telles qu'avertissement, rappel à l'ordre, exclusion temporaire. Ces sanctions avaient pour but de remettre dans le rang les musiciens qui étaient absents aux répétitions ou qui diffusaient dans les rues sans autorisations. En réalité, la musique à Macau est née le 12 juin 1857, date à laquelle les statuts de la société ont été déposés auprès de M. Chadeuil, le maire de l'époque et de M. le préfet de la Gironde.

Le 24 décembre 1862, la Société Philharmonique de Macau s'est réorganisée. De nouveaux statuts ont été déposés sous le nom de « Orphéon de Macau ». Ce « groupe choral » édite des règlements qui reprennent en partie les textes anciens. À cette époque les musiciens pensaient déjà à créer une fanfare qui, avec l'Orphéon, ne ferait qu'une seule société. En 1878, M. Liauzun, directeur de la Société Musicale Fanfare et Orphéon de Macau, donna gratuitement des leçons de solfège aux élèves des divisions supérieures de l'école communale.

Le conseil municipal de Macau, vota un crédit de 100 francs à titre de subvention à la Société Musicale Fanfare et Orphéon de Macau. Le 1er juin 1863, Macau eut sa fanfare et nous avions donc « L'Orphéon et Fanfare de Macau ». Ce sont ces musiciens qui, à compter du 1er juin 1863, représentent, le groupe musical de notre village. À cette époque, « L'Orphéon et fanfare de Macau » édita de nouveaux statuts, le 1er janvier 1877. Il fut rappelé aux musiciens que, lors des réunions, il était interdit de faire état de leurs idées politiques et religieuses. Dans le courant de l'année 1877, une nouvelle société musicale apparut à Macau. Elle se dénommait « L'Avenir de Macau ». Par ces temps troubles dans tout le pays, Macau n'était pas épargné. Nous avions deux sociétés de musique. En 1877, « L'Avenir de Macau » était plutôt formée par des bonapartistes et s'opposait à « L'Orphéon et fanfare de Macau » qui, quant à elle, était plutôt dans le camp des républicains. Dans les deux cas, ces messieurs faisaient apparaître dans les statuts de leur société la notion d'enseignement musical. Les premiers concours internes permettant de récompenser les élèves les plus méritants datent également de cette époque. Je ne sais pas très bien pourquoi mais, le 19 janvier 1881, la « Société l'Avenir de Macau » fut dissoute par un arrêté de M. le préfet. Après tous ces conflits petits ou grands et ces guerres de clocher « l’Harmonie de Macau » fut fondée. L'harmonie était également revenue entre les habitants de Macau pour le plus grand bonheur de tous les amoureux de la musique. La vocation de l'Harmonie de Macau était basée sur l'enseignement gratuit et individuel de la musique. « Apprendre la musique, c'est agrandir son existence d'une dimension nouvelle. C'est s'accomplir soi-même et prendre conscience de L'Harmonie universelle ». « Sainte Cécile », sainte patronne des musiciens, est fêtée tous les ans et associe une fête religieuse à une coutume profane. André Tabuteau, également membre de 1'Harmonie a, quant à lui, écrit la fameuse chanson patriotique « Connaissez-vous les trois couleurs » ainsi que « Prirnerose ». Cette dernière est une grande valse pour piano, piano et violon ou flûte. Il composa également une mazurka pour piano, intitulée « Rayon d'Amour ».

Chez Mme Coudourniou étaient organisés des bals et, à cette occasion, un franc était retenu sur le prix de l'entrée. C'était ce que l'on appelait « le droit des pauvres », dont le montant était fixé tous les ans par le conseil municipal (cette information date d'un conseil municipal du 03 février 1901).

Texte et photographies extraits du livre : Une pensée de Macau, Marie-Christine Corbineau, Les Enrasigaïres, 2012, p.82.92.

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