Accueil
Le Canton
Blanquefort
Eysines
Parempuyre
Le Pian-Médoc
Ludon-Médoc
Macau
Saint-Médard-en-Jalles
Le Haillan
Le Taillan-Médoc
Saint-Aubin-de-Médoc
Bruges
-------------------------------
-------------------------------
Mode d'emploi
-------------------------------

Lettre d'information




Joomla : Porte du Médoc

Rechercher sur le site

L’histoire du puits commun.

Par donation anticipée de leurs grands-parents du 24 janvier 1924, Céline Cornet, cultivatrice (1859.1942, 83 ans), épouse de Bret Jean dit Justin, cultivateur, (1858.1929, 71 ans) et Cornet Pierre, frère de Céline, époux de Madeleine Lassalle que nous appelions tante Madeleine, devinrent propriétaires de la maison de famille de Galochet et des terres attenantes.

Les deux parts étaient peu ou prou de même importance et le bâti comportait deux appartements distincts, d'apparence similaire. Sur le devant au midi, les deux jardins étaient séparés par une clôture grillagée comportant, à égale distance, entre les maisons et la route, un petit portail en bois. Les terres côté nord étaient séparées par une petite allée commune afin de permettre le passage d'une brouette et autres outils nécessaires à l'entretien des lieux.

Apparemment, il n'y avait donc aucun problème et chacun des deux ménages semblait satisfait. Pourtant, les choses se gâtèrent dès la mort de Pierre, le frère de Céline, pour s'aggraver encore davantage après le décès en 1942 de Justin, le mari de Céline, laissant côte à côte mais aussi face à face les deux belles-sœurs Céline et Madeleine, qui dispute après dispute, pour tout et pour rien, se brouillèrent définitivement et ne se réconcilièrent jamais.

Le motif de cette discorde : le puits commun. En effet, il n'y avait évidemment qu'un seul puits sur l'ensemble de la propriété avant partage et, après ce dernier, le fameux puits se trouvait dans la partie attribuée à Céline, mais, lors de la donation, il avait été convenu que Pierre son frère et bien sûr son épouse Madeleine auraient droit de puisage.

puits-16

Pour ce faire, ils pourraient, au-delà du portail mitoyen, emprunter les allées et une partie de la cour de Céline pour accéder au puits, c'est-à-dire passer sur le territoire de grand-mère et, circonstance aggravante, devant sa porte d'entrée et ses fenêtres de chambre.

De plus, le puits ne comportait qu'une seule installation pour descendre le seau ou l'arrosoir jusqu'à l’eau en utilisant le poteau en bois, la poulie et la chaîne, propriété de Céline.

Pour arranger le tout, le portail était habituellement tenu fermé par une chaîne et un cadenas dont seule tante Madeleine détenait la clé, ce qui revenait à dire que l'une pouvait à tout instant pénétrer sur la propriété de l'autre mais que l'autre ne pouvait bénéficier du même avantage, ne serait-ce que pour aller récupérer tel ou tel objet qui aurait pu franchir la clôture mitoyenne.

Toutes les conditions d'un conflit sans issue étaient donc réunies d'autant plus qu'entre-temps les deux femmes s'étaient vivement opposées au sujet de l'utilisation et de l'entretien de l’allée séparant au nord les deux jardins, l'une accusant l'autre et vice versa de venir piétiner sa terre et même d'avoir déplacé les piquets en bois d'acacia servant de repères.

Je n'entrerai pas dans le détail des échanges verbaux auxquels j'ai pu assister ni de tous les reproches que chacune adressait à l'autre.

Tante Madeleine, en la circonstance, était, à mon avis, beaucoup plus agressive et cinglante que Grand-mère qui, en réalité, n'était pas particulièrement à l'aise dans ce genre d'échange et n'était surtout pas méchante.

Mon père Joseph, à la demande de son épouse Madeleine, fille de Céline, tenta une médiation qui bien évidemment, n'aboutit pas et tout se termina devant la justice de paix en mairie de Blanquefort. Le juge, après avoir entendu toutes explications utiles, décida, dans sa grande sagesse, que tante Madeleine devait conserver l'accès au puits, lui demanda d'adopter désormais une attitude moins provocatrice et exigea que soit installé, à ses frais, à même le puits et face à l'existant, un second poteau avec poulie réservé à l'usage exclusif de la chère belle-sœur de Céline.

Ce jugement n'arrangea nullement les choses, la brouille continua ainsi que les échanges aigres-doux et, finalement, après que la tante Madeleine eut décidé, en raison de son âge, d'aller habiter chez sa fille au Vigean, elle espaça de plus en plus ses visites à Blanquefort pour, un jour, ne plus y revenir du tout. Son gendre, Raymond Claverie, y vint encore quelques années ramasser à la saison les fruits du verger mais c'était un homme affable et de consensus ; Céline retrouva enfin toute sa sérénité et personne ne parla plus ni du droit de puisage ni d'allée mitoyenne... Ouf !

Souvenirs de Jean Pierre Delhomme, La descendance de Justin Bret et de Céline Cornet, Henri Bret, 2002.

joomla template