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Albert Lajus.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’interprète Albert Lajus est cité à plusieurs reprises comme interprète, il assiste à de nombreux actes administratifs, il représente parfois le maire… On trouve plusieurs fois des signatures dans les actes de la mairie aux archives municipales par exemple dans les états des lieux sous la mention : Albert Lajus, représentant  le maire de Blanquefort.

« Mon père est né en 1883 au Brésil où mon grand père faisait du commerce, mon grand père Lajus était de Paris et ma grand-mère de Lyon. Mon père était correspondancier en langues étrangères dans une grande maison de Bordeaux, la maison Turpin, cours Balguerie Stuttenberg. Il parlait 5 langues, allemand, anglais, espagnol et portugais. Pendant la guerre de 1939.45, il a été nommé officiellement par la Préfecture interprète à la mairie de Blanquefort et il a donc servi d’intermédiaire avec les officiers allemands. Il leur a souvent menti, par exemple les Allemands disaient que les fils électriques coupés près de chez nous étaient liés à un sabotage, il a expliqué que c’était une charrette avec du foin qui les avait coupés par inattention et ils l’ont cru (à cette époque, les fils téléphoniques couraient le long des rues par terre…)

Il est arrivé à faire restituer des objets volés dans tel ou tel château. Autre exemple, il y a eu écrit sur un mur : « Vive de Gaulle », mon père a dû s’expliquer avec les Allemands : il  n’y a jamais eu de collaboration chez moi. Mon père n’a jamais voulu recevoir d’officiers chez lui. La Kommandantur de Dulamon lui a demandé de devenir l’interprète de la Kommandantur en doublant ses appointements, il a refusé en répondant qu’il était exclusivement au service de la Préfecture et de la France. Les Allemands ont apprécié sa droiture et lui ont dit qu’il était un bon français. On a eu un hangar réquisitionné (j’ai encore l’ordre de réquisition). Mon père traduisait les documents en allemand que les femmes de prisonniers recevaient. C’était un juste. Au départ des Allemands, Duvert l’a nommé secrétaire adjoint à la mairie en remplacement de Marcel Béreau. Le drame est arrivé avec le gendarme Ducasse qui était souvent ivre, qui a été rétrogradé, est devenu garde-champêtre à Bruges. Il devait retrouver une fille mineure, de la famille Dupont, qui était chez les officiers de Dulamon, les parents de cette fille ont porté plainte. Il y a eu une sorte de tribunal à Dulamon et on a demandé à mon père de servir d’interprète, ce qu’il a fait. D. bégayait, mon père a expliqué qu’il était infirme. À la fin, certains ont dit : est-ce qu’on arrête aussi l’interprète. Réponse négative. D. a fait de la prison et quand il est sorti, un jour, à la Libération, place de l’église il a cherché à étrangler mon père en le traitant de salaud. On commençait à revivre, j’avais 15 ans. Mon père ne s’est jamais remis de cette agression. Le docteur Castéra a trouvé mon père très choqué, il l’a fait examiner par un spécialiste qui a confirmé la gravité de son état et qui disait qu’il lui faudrait un autre choc aussi fort pour le faire réagir. Il a eu 6 mois de demi-salaire, puis plus rien, aucune aide sociale. Personne ne l’a aidé, il lui a fallu vendre du bien. J’ai fait une dépression à partir de là, un psychiatre m’a expliqué que c’était de voir mon père ainsi touché. Mon père tremblait beaucoup, et à la fin en 1948 il s’est supprimé. Ma mère et moi, nous ne sommes jamais vraiment remises. Après l’agression, D. s’était excusé et avait dit qu’après sa convocation il avait été en colère de voir mon père parler allemand ! Mme Jeanjean qui faisait le ménage chez lui rapportait qu’il était souvent ivre et souvent violent.

En fait, mon père a fait de la résistance passive. À la libération, je me souviens qu’on a peint sur les murs devant chez le maire Fillon et chez l’adjoint Miquau des croix gammées et par la suite ils ont été internés au camp de Mérignac. J’ai vu aussi, ce qui n’était pas bien beau à voir, la dizaine de femmes tondues que l’on promenait dans une carriole. On leur avait dessiné en rouge une croix gammée sur le crâne. De quel droit ont agi ces justiciers de dernière minute ? On crevait de faim, on avait un petit jardin, ma mère élevait des lapins. Mon grand-père Ornon était charpentier, il y avait écrit : cuves et pressoirs. Il travaillait dans les châteaux dont Dulamon, il a eu jusqu’à 40 ouvriers. Je me rappelle de mes premiers bals à 15 ans, on dansait place de l’église, chez Destic, à Galochet… ». Monique Lajus.

« L’interprète, M Lajus, était au service de la mairie, il n’a pas fait de mal, il accompagnait toujours l’adjoint au maire, M. Miquau…

Au sujet de l’épisode de Ducasse, M. Dupont, marchand de graves à Bruges (où Ducasse avait été muté comme garde-champêtre), a demandé à ce Ducasse d’aller à Dulamon récupérer la fille Dupont qui était mineure. Cette dernière ne voulant pas quitter Dulamon a dénoncé Ducasse aux Allemands qui l’ont emprisonné 7 à 8 mois (à Mérignac ?). Il s’en est pris par la suite à Lajus qu’il accusait d’avoir mal parlé aux Allemands (en allemand….) et sans doute de ne pas l’avoir assez défendu ». Témoignage d’habitants.

 

Cette rubrique s’inspire en grande partie du livre : « Années sombres à Blanquefort et ses environs 1939-1945 », Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Publications du G.A.H.BLE, 304 pages, 2009., p.189.190.

 

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