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Recevoir les honneurs à l’église est un droit honorique.

C'est à l'église surtout que se manifeste la prééminence du seigneur. Les honneurs y sont spécialement dévolus au fondateur ou patron et les successeurs. Celui qui a fait construire, qui a fondé ou doté une église, peut nommer et présenter à l'archevêque une personne de capacité suffisante pour la desservir. Ce droit de patronage peut être personnel ou réel. Le patronage personnel passe du patron à ses descendants : c'est un droit attaché à la famille qui se transmet à la ligne directe ou collatérale selon les intentions du fondateur. Bien souvent, le patronage est attaché à la seigneurie et appartient alors à ceux qui en deviennent possesseurs par succession, achat ou autre procédé. Sous cette forme, la prérogative vient s'ajouter à la liste des droits honorifiques dont jouissent les hauts justiciers.

La présentation à la chapelle de « Vivens de l'honneur de Listrac », fondée en l'église paroissiale Saint-Jacques de Castelnau en Médoc, appartient ainsi à Armande d'Essenaut «  à cause de sa terre et baronnie de Castelnau ».

Haut justicier et seigneur fondateur ont le droit d'avoir un banc situé dans le chœur, « au plus haut lieu de l'église ».

Cet honneur est refusé au simple seigneur de fief. Celui-ci ne peut posséder de banc que dans la nef : encore a-t-il besoin d'une concession expresse des marguilliers pour les églises de la ville ou d'un titre décerné par l'archevêque de Bordeaux pour les églises de la campagne. Avant la célébration de la messe, le curé doit donner l'eau bénite « par présentation du goupillon » et de manière séparée au seigneur et à son épouse. Au prône et aux prières publiques, ils sont nommés « distinctement », et leurs enfants « en nom collectif ». À la grand-messe, le desservant les encense « en se tournant du côté de leur banc », et « lors des encensements ordinaires », en se transportant devant eux.

Dans les processions et à l'offrande, le seigneur et la famille ont préséance sur tous les paroissiens. Le curé doit leur présenter le pain bénit « en premier lieu et en particulier ». Quand le seigneur vient à mourir, on peint à l'intérieur et à l'extérieur de l'église, en signe de deuil, une bande de couleur noire appelée « litre » ou « ceinture funèbre », avec un écusson à ses armes. L'inhumation, enfin, n'a pas lieu dans le cimetière du commun : haut justicier et seigneur fondateur ont droit à la sépulture dans le chœur de l'église.

Les honneurs à l'église sont l'objet de querelles incessantes. Sensibles aux humiliations, les paroissiens acceptent mal la morgue d'un seigneur jaloux de ses prérogatives. Le curé est habituellement le premier opposant aux droits honorifiques, et sa mauvaise volonté est source d'une abondante littérature sur papier timbré.

À Parempuyre, François Joseph de Pichon reproche au curé de la paroisse de lui faire manquer la messe en se vantant de le mettre dehors, lui et son épouse, si quelqu'un s'avisait de les avertir de l'heure de la célébration. Bien plus, le curé chasse sur les terres du seigneur et décime ses perdrix. Le baron le rappelle à ses devoirs et lui interdit ses activités cynégétiques sous la menace de prendre contre lui « la voie de l'information ».

Dans l'église Saint-Martin de Blanquefort, les droits de la dame de la maison noble de Gaujac sont menacés : on a placé dans sa chapelle un confessionnal, « ce qui forme clair le trouble qu'elle a dans la jouissance de ladite chapelle ». C'est là, sans doute aucun, une entreprise du curé et du grand ouvrier qui vise à la dépouiller de ses prérogatives…

Les conflits éclatent souvent à la suite de la vente de la seigneurie, les habitants supportant mal de voir le nouveau seigneur honoré comme l'ancien.

Texte extrait par Catherine Bret-Lépine du livre de Gérard Aubin, « la seigneurie en Bordelais d’après la pratique notariale (1715-1789) », Ed. Université de Rouen n° 149, p 182-183.

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