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Les ténèbres.

« Les ténèbres sont un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de la lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIème siècle dans la Chanson de Roland » (Wikipédia).

Les dictionnaires de Maurice Lachatre et de Pierre Larousse respectivement édités en 1881 et 1933, donnent tous deux sensiblement une définition identique des ténèbres : dans l’église catholique, office des matines et laudes qui se chantent l’après-midi des mercredi, jeudi et vendredi de la semaine sainte, parce que, à la fin de cet office, on éteint toutes les lumières dans le chœur.

Concrètement, aller à ténèbre, était s’unir d’intention avec une croyance religieuse, en assistant aux vêpres du jeudi saint où, à l’issue de la cérémonie, les enfants cassaient les ténèbres. Cette coutume d’origine inconnue, mentionnée par Camille de Mensignac dans son ouvrage « Coutumes, usages, croyances de la Gironde », édité en 1886-1887, était pratiquée au cours des XIX et XXèmes siècles et jusque dans les années cinquante, mais uniquement dans quelques communes du département.

La ténèbre était un rondin de bois, généralement en aubier, terme rural désignant le saule, qui croît dans les lieux humides et dont l’écorce vert-amande, sans aspérité au toucher, permet d’être travaillée facilement au couteau, arme de poche des gamins de l’époque. La ténèbre pouvait également être taillée dans de l’aulne appelé aussi vergne, dans du châtaignier, du hêtre, du buis ou encore du noyer. D’environ un mètre de long et d’une dizaine de centimètres de diamètre, le rondin était façonné essentiellement par les enfants fréquentant le patronage et les leçons de catéchisme avec la bénédiction du curé Monfort, prêtre de la commune de 1919 à 1954. Suivant l’inspiration et le talent artistique des exécutants, les sculptures présentaient des motifs religieux, croix, cœurs, couronnes enjolivées d’entrelacs, plus simplement des spirales ou sinueuses arabesques. Aux deux extrémités de la ténèbre, fendues préalablement en quatre, deux morceaux de bois cruciformes et en saillie, étaient introduits afin d’en faciliter ultérieurement le bris. Les drôles s’enorgueillissaient des décorations de leurs ténèbres ; ils gardaient très précieusement leurs petits chefs-d’œuvre durant la solennelle cérémonie du jeudi saint, attirant regards, convoitise et admiration des fidèles de l’office. Face au parvis de l’église, une commerçante organisait même un simulacre de concours, récompensant uniformément les jeunes lauréats par des confiseries.

Le jeudi saint, dans notre vénérable église des siècles passés, les statues des chapelles, de la nef centrale et du bas-côté étaient, pour la circonstance, enveloppées d’un voile violet, couleur liturgique du temps de Carême. Dans cette virtuelle pénombre, les croyants silencieux, profondément recueillis, assistaient aux vêpres dans une atmosphère étouffante, pénible, lugubre même. Après le sermon, l’office se terminait par la bénédiction des bois de ténèbres ; les cloches demeurent muettes, elles ne carillonneront de nouveau qu’à la fin de la semaine sainte.

Le dernier cierge expirait… C’était l’instant où, rompant leur impatience juvénile, après cette pesante et interminable attente, les gamins se ruaient vers le porche de l’église. Ils frappaient leur bâton de ténèbres à coup redoublés, parfois sur les marches de l’église, mieux sur les bords graniteux des trottoirs ou sur les pavés de la grand-rue, faisant fi des rares passages des tramways et des véhicules, à cette époque, plus hippomobiles qu’à moteurs. Dans un assourdissant vacarme, ils les fracassaient grâce aux fentes pratiquées aux deux extrémités, détruisant en morceaux ces chefs-d’œuvre, auxquels ils avaient consacré une patiente et minutieuse préparation et ce, devant un parterre de fidèle et de curieux massés sur le parvis de l’édifice. Puis, les garçonnets distribuaient généreusement ces éclats de bois à l’assistance, tout en ayant soin d’en conserver comme il se doit, pour leur famille. Ces éclisses bénites, conservées précieusement comme amulettes, talismans, étaient censées posséder de nombreuses vertus. Ainsi, les cultures seraient protégées des gels printaniers, des orages grêleux ; les récoltes, des incendies meurtriers causés par le feu du ciel… Ces éclats de bois de ténèbres pouvaient également conjurer le mauvais sort et les esprits malfaisants… Avouons que tous ces maléfices évités valaient bien un petit sou glissé subrepticement dans la poche de nos gamins.

Le Patrimoine de Saint-Médard-en-Jalles Mai 2013 n° 38, article non signé.

La même pratique a été décrite à Blanquefort ; pour la lire, cliquez ICI.

Un autre article en présente les origines, cliquez ICI.

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