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Joomla : Porte du Médoc

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Le château Dillon, un précieux témoin menacé.

Le château Dillon se meurt : voici vingt-six ans qu'il n'a plus reçu aucun soin. Depuis 1968 exactement, année où fut appliquée la décision de ne plus l'utiliser comme logement de fonction pour le personnel du lycée agricole de Blanquefort trop grand, trop archaïque, trop cher à entretenir peut-être, il a été délaissé au profit de petites maisons neuves plus confortables. Alors, le temps a fait son œuvre, impitoyable, en une lente et inexorable campagne de démolition, aidé à la fois par les vandales et les intempéries. À la mi-août 1994, une partie de la toiture s'est effondrée, entraînant dans sa chute deux des nombreuses lucarnes de combles qui agrémentent sa silhouette élancée. Cruel et injuste destin pour ce bâtiment de qualité, condamné à l'oubli, alors que le cru de Médoc qui porte son nom ne manque pas, lui, de prestance et se porte à merveille Ce ne sont pourtant pas les atouts qui lui font défaut : exemple parfait de l'architecture bordelaise des XVIII et XIXèmes siècles, avec une origine remontant au premier quart du XVIIème siècle, il est inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1984 ; résidence d'agrément et de prestige, avec une production viticole ayant acquis sa renommée au XIXème siècle, il a évolué au gré de ses nombreux propriétaires, acteurs incontestés de l'histoire régionale. L'ancien domaine seigneurial de Terrefort lui a donné son premier nom, peut-être dès le Moyen-âge, alors qu'il n'était qu'une modeste maison noble. Rebâti au début du XVIIème siècle sous forme de chartreuse basse, il fut surhaussé puis agrandi au XVIIIème. C'est au XIXème siècle qu'il prit son visage définitif alors que le vin produit à ses pieds portait la notoriété de Blanquefort jusqu'aux États-Unis. François Seignouret, négociant à La Nouvelle-Orléans, l'avait en effet acquis en 1829 ; en donnant une impulsion décisive au vignoble de Terrefort, c’est lui qui créa le cru Château-Dillon, ainsi baptisé en souvenir de l'importante famille qui avait possédé le domaine entre 1747 et la Révolution…

En 1956, la dernière héritière de François Seignouret, Marie-Thérèse Filippini, veuve du vicomte d'Arlot de Saint-Saud, vendit le château Dillon au ministère de l'Agriculture qui lui louait déjà les terres du domaine depuis 1923, au profit de « l'école d'agriculture, de viticulture et d'horticulture de Blanquefort » créée en 1919, ouverte en 1923 et devenue « lycée agricole de Bordeaux Blanquefort » en 1963. Malheureusement l'entretien du château-cru, vocation première de cet établissement d'enseignement, s'est arrêté aux portes du château-demeure. Pourtant son plan, sa structure, ses décors en font un témoin précieux de ces « maisons de campagne » bordelaises érigées parallèlement au développement de la culture de la vigne, aux XVII et XVIIIèmes siècles, la construction de pierre, devenue « château », servant alors de faire-valoir au vin produit. De même, les aménagements apportés au XIXème siècle révèlent combien François Seignouret sut mettre la demeure au goût du jour sans altérer pour autant son architecture d'origine. Peut-on ainsi se résoudre à voir disparaître un tel témoin de l’histoire et de l’art de notre région d’Aquitaine, à quelques kilomètres seulement de Bordeaux, à la porte du Médoc.

Alain Tridant, bulletin du G.A.H.BLE n°24, décembre 1994, p.6-7.

Pour mieux connaître l’histoire du château, cliquez ICI.

Les Dillon faisaient partie de ces nombreuses familles catholiques irlandaises qui durent quitter leur île natale, à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle. en raison des troubles religieux et politiques qui ébranlaient le royaume britannique à cette époque. Le monde des affaires n'ignora pas ces riches émigrés irlandais ; bon nombre de châteaux viticoles, en Médoc particulièrement, témoignent encore de leur réussite. Attesté en Irlande depuis le XIVème siècle, ce nom illustre de Dillon donna de nouvelles lettres de noblesse au Château Terrefort, jusqu'à en faire même oublier l'appellation primitive. Né à Bordeaux en 1738, François Seignouret était quant à lui issu d'une famille de tailleurs d'habits ; il fit fortune en Louisiane grâce au commerce de meubles pour lequel il inventait de beaux modèles particulièrement bien adaptés aux besoins locaux à ce titre. il est toujours considéré outre-Atlantique comme un des premiers ébénistes américains Les investissements qu'il réalisa dans son pays natal ne se limitèrent pas à Blanquefort en achetant des lots de terrains constructibles à Bordeaux, il put s'établir dans le déjà célèbre quartier des Chartrons où il se fit édifier un très bel hôtel particulier (actuellement au 51 cours Xavier-Arnozan), de même que plusieurs immeubles de rapport. Aujourd'hui, seule la salle Franklin, utilisée par l'Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine, atteste indirectement de son existence grâce à une plaque apposée sur sa façade (21 rue Vauban) en l'honneur de l'illustre savant et philosophe américain. Par contre, sa notoriété reste très vivace à La Nouvelle-Orléans puisque le circuit historique de la ville conduit immanquablement les touristes à la « Maison Seignouret », au 520 de la rue Royale, là où étaient fabriqués « certains des plus beaux meubles jamais produits » et vendus les meilleurs vins de Bordeaux, par l'intermédiaire de la maison de négoce qu'il avait fondée en 1830 (elle existe toujours à Bordeaux, rue Mandron, rebaptisée « Seignouret-Frères » par deux de ses fils).

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