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Les obus, la poudre et les ambulances.

La production de poudres et d'explosifs est un enjeu crucial. D'où l'augmentation inouïe des effectifs affectés à cette activité : le service des poudres - placé sous l'autorité du ministère de la Guerre - comptait 6 000 salariés avant le conflit. Il en aura 120 000 en 1917. La région s'inscrit dans ce dispositif. En 1914, des poudreries sont déjà installées depuis belle lurette à Angoulême et à Saint-Médard-en-Jalles. La première produit du coton-poudre, principal ingrédient de la « poudre sans fumée », dite poudre B, mise au point dans les années 1880 et qui est élaborée dans une dizaine d'établissements français, dont celui de Saint-Médard. Au fil du conflit, le personnel de ces usines connaît un accroissement extravagant. On compte jusqu'à 18 000 salariés à Saint-Médard-en-Jalles, et 15 000 à Angoulême, où, à partir de 1917, le redoutable gaz ypérite s'ajoute à la liste des activités. Ces prouesses industrielles, qui permettent de décupler la production quotidienne de poudres, vont de pair avec des désastres humains et sociaux.

À Saint-Médard, comme ailleurs, on compte chaque mois plusieurs accidents et incendies, avec des blessés et parfois des morts. Les rapports font état de conditions de travail très difficiles dans les ateliers, où on a dû faire flèche de tout bois pour recruter de la main-d’œuvre. Car si une partie du personnel se compose d'ouvriers mobilisés sur place, il a fallu embaucher massivement des femmes mais aussi des travailleurs enrôlés de façon plus ou moins forcée en Afrique du Nord et en Indochine, et qu'on loge dans des abris en bois installés à la va-vite dans des camps proches des usines.

Entre ces communautés d'hommes arrachés à leur terre natale, les relations sont souvent tendues. En 1916, un Indochinois - on parlait alors d'Annamites - perd la vie lors d'une rixe avec des ouvriers marocains, à l'issue d'une bataille rangée sur la place de Saint-Médard-en-Jalles. Un autre sera tué plus tard un soir lors d'un mouvement de contestation réprimé par la troupe. Les quelque 48 000 Indochinois affectés aux usines d'armement font partie des grands oubliés de cette guerre. Au-delà de la dureté du travail, au-delà des conditions de logement sommaires qui se traduisirent notamment par des cas de typhoïde à Saint-Médard-en-Jalles, ils furent souvent en butte à la xénophobie d'une partie de leurs camarades de travail, et d'une partie de la population, sans que les craintes, fondées ou non, de rivalités sexuelles, soient toujours étrangères à ce sentiment. Ils subissaient donc un racisme qui avançait beaucoup moins masqué qu'aujourd'hui, comme en témoigne par exemple un rapport au préfet du commissaire spécial évoquant « la fourberie et l'hypocrisie inhérentes à la race jaune ». Les Indochinois, dont une quarantaine de milliers ont par ailleurs été envoyés au front, ont comme d'autres coloniaux payé un lourd tribut au conflit. Un monument a été érigé entre les deux guerres dans le petit cimetière des Pins-Francs à Bordeaux-Caudéran, à l'initiative du Souvenir indochinois, association aujourd'hui disparue.

Texte extrait du dossier du journal Sud-ouest « 1914-1918, notre région dans la guerre », Bernard Broustet, Hors série, février 2014, p.80-81.

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