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Pierre Duret, agronome eysinais (1728-1811).

À l'époque de Pierre Duret, qui a vécu de 1728 à 1811, Eysines est un village de vignerons, peuplé de moins de 2 000 habitants. La paroisse fournit aussi des légumes et du lait au marché de Bordeaux tout proche. Pierre Duret est issu d'une dynastie de négociants. Protestants ils sont alliés par des mariages aux autres familles protestantes des Chartrons, les Balguerie, les Baour, etc. En 1720, Benjamin Duret a acheté, à Lescombes, aux Feuillants, le château et son domaine rural, la seigneurie de La Plane. En 1762, son petit fils Pierre Duret en a hérité. Peu après en 1767, l'agronome Mustel a publié à Rouen son « Mémoire sur les pommes de terre et sur le pain économique ».

En 1771, l'Académie des Sciences de Besançon a organisé un prix sur le thème : « quel végétal pourrait remplacer les céréales panifiables en cas de disette ? ». Parmentier, reprenant les idées de Mustel a remporté ce prix : on peut fabriquer du pain de pomme de terre en mélangeant le légume avec de la farine de blé. À la veille de la Révolution, Louis XVI fait distribuer des plants dans les régions les plus touchées par les famines. Les agronomes critiquent sa politique agricole. Elle interdit de cultiver la vigne sur les sols cultivables en céréales. Il encourage le drainage des marais, le défrichement des bois par des exemptions fiscales. En 1787 et 1788, les intempéries ont amené deux mauvaises récoltes de blé et le prix du pain a plus que doublé. Les agronomes proposent en Bordelais, la suppression de la jachère biennale : un an sur deux les champs sont labourés mais pas ensemencés. On peut les exploiter avec des cultures sarclées : la pomme de terre ou le maïs ou encore avec des fourrages pour le bétail, du trèfle ou de la luzerne...

Au lendemain du 14 juillet 1789, la Grande Peur s'empare des campagnes. Il a fallu mettre en place des milices patriotiques pour assurer la sûreté. Le 10 septembre 1789, Pierre Duret écrit dans son livre de raison : « les Eysinais m'ont fait l'honneur de me nommer à la pluralité des voix, président de leur conseil municipal », sans doute parce qu'il a animé la réunion de la milice locale. Il a proposé une pièce du château de la Plane (à Lescombes) pour tenir les réunions du Conseil et distribuer des vivres aux indigents. Il a introduit sur sa métairie de Langlet la culture de la pomme de terre. En 1790, il les a fait récolter trop tard et beaucoup étaient pourries. « Cette année (1791), je les ai cueillies plus à bonne heure. Il faut les ôter de la terre au commencement d'août, les porter au grenier, devant sécher à l'ombre. On doit les remuer de temps en temps sans quoi elles se gâteraient, surtout en pile ».

En 1794, Pierre Duret installe une meule sur la margelle du puits du pigeonnier monumental « pour éviter la friponnerie des meuniers ». Elle est actionnée par un cheval. Pour qu'il puisse entrer dans le bâtiment une deuxième porte est ouverte ; avec sa farine mélangée à de la pomme de terre, Duret fait du pain : « j’y ferai mêler un quart de patates sur trois quarts de farine, ce qui produit un très bon pain et qui se conserve très frais ».

À la même époque, d'autres agronomes bordelais, par exemple le docteur Aymen, préconisent le mélange avec de la farine de maïs qui est toujours en usage.

Sur sa propriété, Duret a introduit d'autres cultures nouvelles : les artichauts, les asperges cultivées par son maître-valet Panchille. Mais l'arrivée de la pomme de terre à Eysines est l'évènement le plus important. À la fin de 1793, le pain manque dans la commune. Duret distribue des patates aux indigents affamés. La culture se répand. Elle va devenir la principale culture d'Eysines.

Pourquoi n'est-il pas resté à la tête du conseil municipal ? Sans doute se considère-t-il comme trop âgé : il a 62 ans, on est alors un vieillard à cet âge. Il veut se consacrer à la gestion de son domaine. À l'époque, le maire dispose de pouvoirs étendus : faire appliquer les nouvelles lois, lever les impôts, tenir l'état civil, contrôler les prix, faire l'inventaire des biens de l'Eglise nationalisée, maintenir l'ordre...

Le successeur de Duret, Étienne Ponson, a dû faire face à la révolte des petits propriétaires d'Eysines, hostiles à la décision de l'Assemblée de supprimer et de mettre en vente les communaux pour mieux les exploiter. Ce sont des prairies inondables, plantées de saules près de la Jalle. Elles appartenaient avant la Révolution au chapitre de Saint Seurin, mais les Eysinais avaient le droit d'y mener paître leur bétail et de récolter leur litière... Lors du conseil municipal du l8 juillet 1790, le maire Étienne Ponson a rappelé « l'interdiction de couper du bois et de faire pacager le bétail sur les communaux ». De fortes amendes sont prévues. Le dimanche suivant, à sortie de la messe, Bernard Dumecq a proclamé que les Eysinais pouvaient continuer à utiliser les communaux et l'arrêté municipal affiché a été arraché. Le capitaine de la garde Georges Guiraud a interdit à Jean Lalumière, secrétaire municipal, de poser d'autres affiches. Il s'est ensuite rendu à la prison pour libérer Pierre Dumecq, que le maire avait fait emprisonner. Les communaux n'ont pas été vendus, du moins pas tout de suite. Pierre Duret est décédé à Lescombes en 1811, son fils Paul lui a succédé.

Michel Cognie, Bulletin du G.A.H.BLE, n°77, février 2015.

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