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Les Sociétés de Secours Mutuels.

À l’origine, la confrérie de Saint-Jean : en 1649, le Concile d’Avignon prescrivit l’organisation d’une confrérie dans chaque paroisse, placée sous le vocable d’un saint avec sa fête patronale, ses banquets, ses processions, ses œuvres de bienfaisance et d’assistance mutuelle. La confrérie de Saint-Jean assure les secours matériels (maladie, accident, décès) et le bénéfice des œuvres de piété. Elle reçoit ses statuts en 1703.

Succédant aux confréries et aux compagnonnages abolis par la Révolution, les Sociétés de Secours Mutuels apparaissent dès 1803 à Lyon et Grenoble, nées d’une volonté d’assistance mutuelle. Elles ont pour but d’aider les adhérents cotisants à rembourser les frais médicaux et pharmaceutiques. Elles portent secours aux veuves et orphelins, assurent les funérailles… Les manuels d’histoire nous enseignent que les famines et épidémies ont été vaincues au début du XIXème siècle en France, grâce aux progrès de l’agriculture et de la médecine. L’étude des archives des Sociétés de Secours Mutuels laisse à penser qu’elles ont joué un rôle essentiel.

La loi du 10 avril 1834 définit leur fonctionnement : elles doivent être déclarées à la préfecture, préciser leur but, leur règlement et le nom des administrateurs. La loi du 15 juillet 1850 octroie des avantages aux sociétés déclarées d’utilité publique : elles pourront recevoir des dons et acquérir des locaux. Le décret du 26 mars 1852 crée les sociétés approuvées : pour être approuvée par le préfet, la société devra faire connaître ses statuts et la liste de ses responsables. La société approuvée peut bénéficier de subventions de l’État.

Napoléon III veut aider les « classes souffrantes » ; il encourage donc les sociétés qui ne sont pas inspirées par les idées socialistes… Les classes laborieuses, les ouvriers surtout se sont opposés au coup d’État du 2 décembre 1851 ; il faut les surveiller de près.

Qu’en est-il à Eysines ? Donc chaque quartier avait sa société. Elle était abonnée à un médecin à l’année. Elle versait une indemnité aux chômeurs, couvrait les frais funéraires. Le jour de la fête du saint patron ou de la Pentecôte, pour la Sagesse, les sociétaires allaient à la messe en procession, bannière en tête. Après la messe, on se retrouvait au restaurant pour le banquet et pour la photo. Les règlements de ses Sociétés de Secours Mutuels étaient très stricts. Elles n’accordaient aucun secours pour les « maladies causées par la débauche ou l’intempérance ». Les amendes pleuvaient pour des détails : par exemple pour l’absence à un enterrement, pour ne pas avoir de crêpe noir et de chapeau noir lors des obsèques… pour avoir quitté l’assemblée sans autorisation du président, etc. Ces règlements appliqués pendant plus d’un siècle ont généré des habitudes sociales par l’exemple, l’assiduité aux funérailles…

Les statistiques annuelles, envoyées au préfet ainsi que les registres confiés à l’association Connaissance d’Eysines par M. Guy Perey, ancien président de la Société de la Sagesse, témoignent de ce que les amendes étaient réellement perçues. La pratique mutualiste a survécu à la loi Loucheur en 1928 qui a imposé une participation aux patrons et à l’État.

La création de la Sécurité Sociale en 1945, n’a pas mis fin aux Mutuelles Unies en Gironde ; dans le cadre du Pavillon de la Mutualité elles disposent d’une caisse médicochirurgicale et d’un service de prévoyance ; elles apportent à leurs adhérents une protection complémentaire.

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Le mouvement mutualiste reste bien vivant pour couvrir les risques sociaux.

D’après le bulletin municipal de 1971, à Eysines, 5 sociétés se partagent la commune : 2 au Bourg présidée par MM. Brignard et Lafon, 1 à Lescombes, les Amis de la Sagesse, présidée par M. Guy Perey, 1 au Vigean, présidée par M. G. Corbal, 1 à la Forêt, présidée par M. Bouey, Société de secours Mutuels des Amis de la Sagesse en l’honneur de Notre Dame. C’est la première société à être créée à Eysines le 2 octobre 1831 par M. Jeantet ainé. En 1852, une lettre anonyme au préfet nous apprend qu’une minorité des membres de la société s’occupe de politique (sans doute dans l’opposition républicaine).

Le 17 octobre 1858, Yves Piet est réélu président de la société par 40 voix seulement contre 39. Il déclare : « J’ai proclamé la société sous le patronage de sa Majesté l’Empereur Napoléon III ». Elle va pouvoir bénéficier des subventions de l’État mais on est loin de l’unanimité !

L’année suivante, en 1859, le maire d’Eysines, Louis Petit, par courrier au préfet, sollicite pour Y. Piet, président de la société, une médaille d’honneur. Extrait de lettre de M. Jeantet ainé, maire d’Eysines : « J’ai réuni les sociétaires les plus influents de l’association… Les intentions philanthropiques dont ils sont animés m’ont fourni la preuve que bien dirigée cette institution peut dans certains cas devenir très utile sans que jamais il en puisse résulter le moindre inconvénient »… Extrait de la lettre de Louis Petit, maire d’Eysines au préfet, le 16 octobre 1859 : « En 1831, le Sieur Piet Yves a fondé à Eysines la 1ère société de Bienfaisance dite des Amis de la Sagesse et depuis il n’a cessé de la diriger. En 1832, le choléra qui sévit si cruellement à Eysines fit plusieurs victimes parmi les membres de la Société… Le Sieur Piet prodigua nuit et jour ses soins aux malades et encouragea ses co-sociétaires à l’imiter. En 1834, il conseilla aux communes voisines d’Eysines de former des sociétés de bienfaisances et ses conseils furent suivis. En 1835, pendant les grands froids du rigoureux hiver de cette année, il a distribué 125 kg de pain aux sociétaires indigents et du bois aux malades. En 1848, les travaux de tout genre ayant été suspendus par suite des évènements (la Révolution de février et la proclamation de la IIème République), il a distribué 1 kg de pain par jour aux sociétaires sans travail et dans le besoin. En 1854, l’hiver ayant été long et rigoureux et une neige abondante ayant fait cesser l’ouvrage, il a fait distribuer 188 kg de pains aux sociétaires indigents et leur a fourni des vêtements. En 1857, la subvention d’1,50 F allouée par règlement (chaque jour aux sociétaires malades) n’ayant pas suffi à plusieurs sociétaires malades, il a fait voter une somme de 122 F pour leur procurer du vin et de la viande. Il a exposé à la société tous les avantages qu’il y aurait pour elle d’être placée sous le patronage d’un gouvernement et il est parvenu à avoir l’assentiment de ses sociétaires. Le 5 septembre 1858, il a déclaré qu’à partir de ce jour la Société dite des Amis de la Sagesse d’Eysines était placée sous le patronage du gouvernement… C’est à ces titres nombreux que je sollicite de votre bienveillance la médaille d’honneur pour le Sieur Piet Yves… Je crois devoir ajouter qu’il a toujours joui de l’estime et de la considération de ses concitoyens. J’ai l’honneur… »

Le document ne manque pas d’intérêt ; il évoque les avatars des villages d’Eysines ainsi que leurs noms révolutionnaires : en l’An II de la République (convention montagnarde), les villages ont été rebaptisés : Le Bourg est devenu la Montagne, Lescombes a été remplacé par l’Union, le Vigean s’est appelé la Sagesse et La Forêt Marat…

- Fondée le 1er janvier 1846 et autorisée par le préfet le 7 mars 1846, la société de Secours Mutuels des Amis de l’Union en l’honneur de la Fête-Dieu et de la Saint-Martin avait pour but de subvenir aux frais médicaux et pharmaceutiques de ses adhérents. La société versait aussi une indemnité de chômage et couvrait les frais funéraires. Tout cela moyennant une cotisation mensuelle de 1,50 F par mois. La société paie les frais d’enterrement et les retraites. Les retraités ne versent que 11 F par an au lieu de 20 en 1892. Il n’y a pas d’âge de la retraite, on la touche quand on ne peut plus travailler ou lorsque les membres deviennent infirmes !

La Fête-Dieu située à la mi-juin était marquée par une procession dans les rues d’Eysines avec les premiers communiants de l’année. Elle a été interdite en 1882. Le jour de la Saint-Martin, les sociétaires allaient à la messe en procession, bannière en tête. En 1868, la Société a offert à l’église la statue de Saint-Martin qui s’y trouve toujours et porte l’inscription : « don fait par la Société de l’Union de Saint-Martin, 1868 ». Le règlement précise : « chaque sociétaire reconnu malade jouira pendant le cours de sa maladie, d’une indemnité de 9 F par semaine, aux frais de la Société ». En 1852, 100 membres, 150 en 1865, 200 en 1883, 195 en 1898.

En 1852 : président Bert Étienne, cultivateur. Membres : 4 bouchers, 3 tonneliers, 8 vignerons, 16 jardiniers, 1 cantonnier, 1 meunier, 1 musicien (Durgeon Jean né en 1829), 14 journaliers, 2 charpentiers, 1 fileur (Saintout), 1 garde sangsues (Brouard), 1 tailleur de pierres, 1 sabotier, 1 chasseur, 1 forgeron.

Quelques présidents : de 1891 à 1896, Durgeon. De 1882 à 1885, Bert Étienne ainé. En 1900, Dignan.

- Société de secours Mutuels des Amis de la Sagesse du Vigean : l’éloignement où se trouve le Vigean du chef lieu de la commune d’Eysines et le grand nombre de membres composant les autres sociétés qui ont déjà été établies font reconnaître l’utilité de la nouvelle société, approuvée par la préfecture selon le décret du 26 mars 1852. Lettre 13 juillet 1869 du maire d’Eysines au préfet de la gironde à propos de M. Carrère : « … Le sieur Carrère, agriculteur demeurant au Vigean, me parait remplir toutes les conditions de moralité et d’intelligence nécessaires pour occuper les fonctions qu’il sollicite. Ses sentiments politiques sont bons et je pense que l’auteur de la lettre anonyme qui vous a été adressée vous induit en erreur au sujet de ce candidat… » Lettre anonyme : « J’ai été témoin de sa haine pour les candidatures administratives (bonapartistes). Le 19 décembre 1869, lettre d’Édouard Saint Jean, préfet de la Gironde : «… Sa Majesté l’empereur a nommé Président de la Société de Secours Mutuels des Amis de la Sagesse du Vigean, M. Carrère Louis cultivateur… ». En 1887, Carrère est encore président. Société n° 447 : 100 membres, 1er président M. Carrère et dernier M G Corbal.

- L’Union fraternelle des Enfants de la Forêt. Sa création, le 5 août 1886, a été approuvée car «… toutes les autres sections possèdent une société sauf La Forêt qui est éloignée du Bourg de 3 km environ… ». Société n° 33-638 : 50 membres environ jusqu’à la fin du XIXème siècle et 68 en 1906 et 100 au XXème siècle : 1er président : Fourton J. et dernier : M. Bouey. Trésorier : Bareau. Secrétaire : Larue.

D’autres sociétés de secours mutuels :

- Les Amis de la Sagesse en l’honneur de Saint-Marc en 1856 à Lescombes, Société n° 34 : 150 membres, 1er président M. Guiraud et dernier M. G. Perey.

-Société de Secours Mutuels, de la Saint-Jean : Au bourg, 200 membres. Présidents : M. Brignard à la Société n° 39, M. Lafon à la Société n° 153.

- La Société de Secours Mutuel de la Sagesse en l’honneur de la Pentecôte est crée en 1833.

- La Société des Amis de l’Union en l’honneur de la Fête-Dieu et de Saint-Martin est fondée en 1856 par Etienne Bert.

Texte écrit par J. A. Campet et M. Cognie, 25 février 2015, extrait du blog de l’association Connaissance d’Eysines.

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