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Historique et description du château Dulamon.

Historique.

A- Édifices antérieurs.

Nous n'avons pas trouvé de représentations d'un état ancien du château ; cependant É. Guillon le décrit comme : « un corps de logis rectangulaire avec trois pavillons couverts de tuiles plates ». Un acte de 1766 n'ajoute à cette description que le fait qu'à l'époque, les trois pavillons sont couverts d'ardoises. (AD.33 13251)

B- Origines du domaine.

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Le château Dulamon n'est appelé ainsi que depuis quelques années. Le nom ancien était « château du Luc » et aussi « la Taula du Luc ». A. Nicolaï explique que les châteaux féodaux pouvaient porter le nom gascon de Taule, du latin « tabula » la table, synonyme de tribunal, juridiction. Le dictionnaire du Béarnais et du Gascon signale que « luc » est un bois ou un bocage. Une reconnaissance féodale de 1427 mentionne que Jehan de Lalande est seigneur de la Taule du Luc, paroisse d'Eysines. M. Paul Roudié rapporte, dans « L'activité artistique à Bordeaux de 1453 à 1550 », que : « Jean Dubernet, marchand et bourgeois, fit construire en 1537 à la maison noble de la Taule du Luc à Eysines, un corps de logis et des dépendances ».

De plus, le répertoire des Terriers note pour la seigneurie de la Plane à Eysines, les extraits de reconnaissances de cette seigneurie en faveur de messire Dubernet, seigneur de la Taule du Luc (1556-1559), et Gratian Mullet seigneur de la Plane et la Taule du Luc (1603). (AD.33 Répertoire des terriers (187, tl 437).

Aucun acte n'évoque Blanquefort ; pourtant l'abbé Baurein est certain que la maison noble du Luc à Blanquefort appartenait aux seigneurs de Lalande, ainsi que la Taüla du Luc de la paroisse d'Eysines. É. Guillon cite les affirmations de l'abbé Baurein, mais ajoute à la confusion des origines, en retraçant l’histoire du château de la Plane à Eysines qu'il dit anciennement appelé la Taule du Luc et au XVème siècle appartenant aux seigneurs de Lalande. La carte de Belleyme montre la proximité de tous ces lieux. Il est intéressant de constater que les voies routières actuelles suivent le tracé des voies du XVIIIème siècle qui desservent Eysines, le Taillan, Blanquefort, pour aller vers le Médoc. De même, les jalles qui partent de l'ouest et viennent se jeter dans la Garonne, marquent encore à peu près les limites des communes. Ainsi, cette carte de Guyenne au XVIIIème siècle, établit que la route de Bordeaux vers le Médoc passe par le lieu-dit « la Taule du Luc », situé près de l'église d'Eysines. Vers le sud, une route mène au village de Lescombes et à la seigneurie de la Plane matérialisée par le signe indiquant un château. Vers le nord, deux jalles pouvaient comme aujourd'hui marquer la séparation entre la commune d'Eysines et celle de Blanquefort.

Sur la carte, apparait le signe marquant l'emplacement d'un château entouré d'un grand domaine nommé le Luc. Pierre Meller note « pour servir à l'histoire de la famille de Pontac » que : « Léon de Pontac seigneur du Luc, baptisé en 1656, rend hommage au roi en 1697 pour la maison noble du Luc ». Mais l'acte notarié le plus ancien que nous avons trouvé concernant la maison noble du Luc, date du 28 février 1738 et informe que : « Jean-Baptiste Lecomte, châtelain de Saint-Médard et de Lisle Saint-Georges, baron de Beautiran, seigneur de la maison noble du Luc, en sa qualité de seigneur et propriétaire de la maison noble du Luc, appartenances et dépendances, a vendu à Claude Ange Marraquier conseiller du Roy en la cour des Aides, la directité noble, rente foncière et directe sur tous les biens que le seigneur Marraquier posséde à Blanquefort et au Pian ». (AD.33 3E 10841).

En 1744, Jean-Baptiste Lecomte vend au même Marraquier la directité noble, le droit de lods et vente... etc. pour la seigneurie de la maison noble du Luc. (AD.33 Fonds Ferradou).

L'ambiguïté de l'appellation du château réapparaît dans un acte de 1758, par lequel Louis de Verthamon, chevalier, conseiller du Roi, vend à Christophe Gernon, négociant : « toute icelle maison noble et Taula Duluc » située en la paroisse de Blanquefort, pour 114 000 livres. (AD.33 3E 13243).

Cet acte rapporte également que messire Léon de Pontac, capitaine aux gardes et seigneur de la maison noble et Taula Duluc, a déposé devant le trésorier de France au bureau du domaine du Roi à Bordeaux, un dénombrement des biens contenus dans le château, vérifié le 5 mai 1700. (AD.33 3E 13243). Christophe Gernon ne reste propriétaire que huit années ; en août 1766, il vend le domaine à Julien-Gabriel de Flavigny, chevalier mousquetaire du Roi. Pour la prise de possession réelle, ancien et nouveau propriétaires se rendent sur les terres et visitent les différents bâtiments : le château, mais aussi le moulin du Gua, la maison de Pey-Astruc et une métairie. (AD.33 3E 13251)

Avec la vente certifiée par les minutes de maître Guy le 27 mai 1773, le domaine du « Luc » va prendre le nom du nouvel acquéreur : Philippe Dulamon. (AD.33 3E 13258). Vendu, puis passé en héritage, le vieux château finit son existence dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Joseph Prom, riche négociant, l’achète en 1862 et le fait démolir quelques années après. L'architecte Jean-Baptiste Lafargue est choisi pour donner les plans d'une nouvelle demeure, qui est construite en 1865. La fille de J. Prom hérite du domaine à la mort de son père en 1871 ; elle est l'épouse de Jean-Gustave Piganeau, banquier. G. Piganeau est le frère d’André Piganeau, alors propriétaire du château Bourran construit par Lafargue à Mérignac. Les boiseries et la décoration intérieure du château Dulamon, dans son ensemble, auraient été installées lorsque G. Piganeau était propriétaire. Il en est de même pour le parc de Majolan aménagé au flanc de la colline face au château.

Description.

Situation et composition.

À l'entrée de Blanquefort vers le sud par la route de Pauillac, le domaine s'étend à gauche depuis le bas du coteau jusqu'au sommet dominé par le château. Le plus imposant château de la commune se compose de différents corps de logis disposés symétriquement de part et d'autre d'un pavillon central.

Matériaux et leur mise en œuvre.

Pierres de taille pour les murs et ardoises pour les toitures.

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Le château.

A- Parti général.

Un pavillon central en avancée sur la façade antérieure domine deux ailes de plan rectangulaire, flanquées de deux pavillons en retour d'équerre sur les deux façades.

B- Élévations extérieures.

Façade antérieure.

La façade antérieure est orientée vers le nord ; elle s'élève sur trois niveaux comprenant un étage de combles. Le pavillon central reçoit l'entrée principale entre deux colonnes qui soutiennent un balcon. À ces colonnes répondent au deuxième niveau, des pilastres de chaque côté d'une large baie en anse de panier. Ces ordres superposés sont repris aux angles où deux pilastres cannelés, jumelés au deuxième niveau, correspondent avec deux pilastres plats jumelés au deuxième niveau aussi. Le deuxième niveau est surmonté d'une balustrade qui règne devant la haute lucarne au niveau des combles.

Les ailes comportent trois travées, chacune comprenant au premier niveau une baie large en anse de panier surmontée d'un fronton cintré. Un garde-corps à balustres sert d'appui. Au deuxième niveau, une fenêtre, inscrite dans un chambranle mouluré, est bordée de deux pilastres. Chaque travée est couronnée par une lucarne cintrée pour les travées latérales, et rectangulaire pour la travée centrale. Les pleins du mur sont animés par un décor de trumeaux.

Les pavillons latéraux : un premier niveau est orné d'un décor de bossage continu, renforcé aux angles par des chaînes formant pilastres. La face nord est percée de deux baies jumelées de forme rectangulaire, tandis qu'au deuxième niveau les baies jumelées sont cintrées. Au niveau des combles, la lucarne précise un axe vertical amorti par des pots à feux.

Sur la face intérieure du pavillon, une petite construction occupe l’angle. Cette construction abrite le départ d’un escalier qui descend au sous-sol, et en même temps reçoit la rampe sculptée des quelques degrés qui permettent d'accéder à la porte du pavillon.

Façade postérieure.

Sur cette façade, le pavillon central est sur le même alignement que les ailes, les pavillons latéraux sont moins saillants que sur l’autre façade. Un porche accessible par une rampe de quelques marches, précède l’entrée sur le pavillon central. Ce porche est soutenu par deux colonnes cannelées aux angles, et par deux colonnes et deux pilastres adossés, contre le mur.

Au dessus : une terrasse avec un garde-corps en fer forgé. La large baie en anse de panier, qui donne sur cette terrasse, est ornée d'un masque de femme dans un cartouche. Les ailes et les pavillons répondent à une description semblable à celle de la façade antérieure.

Façade latérale droite.

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La face latérale montre que les pavillons nord sont plus imposants que les pavillons en retour sur la face postérieure. Ces pavillons sont reliés par une travée percée d’une large porte sur un perron. Au dessus de la porte, un fronton cintré, brisé, met en valeur la tête d'une femme aux traits jeunes.

Combles et couvertures.

Les toitures en ardoises sont hautes, aménageant de vastes combles. Le pavillon central est couvert par un toit à l'impériale, les ailes par des toits à deux versants avec croupes, et les pavillons reçoivent des toits en pavillon.

C- Distribution intérieure.

Rez-de-chaussée.

Le pavillon central est occupé par un grand vestibule contenant dans une partie sud une imposante cheminée d'esprit Renaissance, adossée au mur est, et un petit escalier en colimaçon qui monte à la mezzanine. Séparée par un vitrage coloré, l'autre partie du vestibule s'ouvre sur un porche, et reçoit face à l’entrée du grand salon, la cage d'escalier. Soutenu par des colonnes cannelées, le plafond du grand salon est orné d'un décor peint. Dans l'aile droite, il y a une chapelle, puis des pièces aménagées en bureaux.

Premier étage.

Au premier étage du pavillon vers le sud, une mezzanine règne devant les ouvertures des trois faces du pavillon. Une chambre de maître occupe la partie nord de l'étage du pavillon. Les ailes et les pavillons latéraux abritent des chambres.

L'escalier.

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L'escalier comprend cinq volées : une première de quelques marches pour accéder à un repos d'où partent les deux montées divergentes de la deuxième volée. De nouveau, un repos, puis une volée double à montée parallèle ; en retour d'équerre, suit une volée double à montée convergente, pour arriver à une montée centrale qui mène au palier. Au départ de l'escalier deux piliers en bois, flanqués d'une colonne engagée, soutiennent la cage. La rampe est composée de balustres en alternance avec des petits piliers sculptés.

Le décor intérieur.

Le grand salon situé dans l'aile ouest s'ouvre sur la façade postérieure vers le parc. Deux colonnes sont habillées de boiseries sculptées de cannelures rudentées ; elles marquent la limite du grand et du petit salon. Ces colonnes, de couleur brune rehaussée par un filet doré sur le listel, soutiennent un plafond peint. Un ciel clair en occupe la plus grande surface délimitée par une balustrade en trompe l'œil, sur laquelle évoluent des oiseaux aux couleurs vives. Boiseries et décoration peinte sont de style Régence. Boiseries également pour le vestibule d'entrée qui occupe toute la partie antérieure du pavillon central. Une belle et haute cheminée d'un goût Renaissance, une mezzanine bordée d'un garde-corps à balustres en chêne, donnent à l'entrée une ampleur remarquable. Une cloison composée de vitrages colorés sépare cette partie du pavillon, de la partie postérieure contenant la cage d'escalier. La cage et l'escalier, entièrement en bois sculpté, sont un magnifique travail de menuiserie effectué vers 1875 dans un style Renaissance.

Note de synthèse.

Les emprunts au vocabulaire architectural de la Renaissance pour l'ordonnancement et la décoration des façades, les toitures en rapport avec l'époque Louis XIII et Louis XIV, mais aussi la composition de l'élévation dans une tradition classique, font du château Dulamon un bel exemple du style éclectique qui, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, incommode l'esprit classique des architectes conformes aux idées d'avant la période romantique. La Renaissance a inspiré Jean-Baptiste Lafargue pour les arcs en anse de panier, les pilastres ornés, les médaillons d'où sortent des têtes, les frontons rompus, et pour l'amortissement des lucarnes. Les toits en troncs de pyramides évoquent les monuments que Lemercier bâtissait lorsqu'il était le premier architecte de Louis XIII. La décoration abondante ne fait pas oublier l'organisation rigoureuse des élévations et du plan général du château. Ailes, pavillons latéraux en symétrique par rapport à un pavillon central, figurent une clarté et une régularité dans l'agencement des volumes et des espaces, en un ensemble qui dessert les idées des architectes épris des conventions de l'architecture classique.

Annexes. l

Jean-Baptiste Lafargue.

Sa vie. Dans l'ouvrage intitulé « Biographie », Féret signale que J.B. Lafargue est né en 1801 et mort en 1866. D'une famille originaire de Tonneins, il est le premier maître de ses fils qui reçurent ensuite les leçons de Constant Dufeux.

Ses fils : Jules 1825-1881 et Paul 1842-1876.

Son œuvre. Monseigneur Laroza indique dans son « Guide touristique, historique et archéologique de la Gironde que J.B. Lafargue est le constructeur des châteaux Bourran à Mérignac, Dulamon à Blanquefort, Pape Clément à Pessac, Grenade à Saint-Selve, Carayon-Latour à Virelade.   DOC.N°l N°2 N°3 N°4

Les archives départementales du Lot-et-Garonne à Agen possèdent des projets pour des châteaux effectivement construits : Cambes à Montflanquin pour M. de Védrines, projet signé le 12 aout 1860 à Bordeaux par J. Lafargue, architecte. Ce « J. Lafargue » doit être Jules, le fils de Jean-Baptiste qui cependant lui-même a signé un plan conservé actuellement au château de Cambes, et daté du 25 mars 1842. Un des Lafargue a construit le château de Martel pour un M. de Védrines, suivant des plans faits à Bordeaux le 3 avril 1862. Il existe un fonds Lafargue très important aux archives municipales de Bordeaux, mais qui pourtant ne fournit pas de renseignements sur les châteaux.

Annexes. II

Les propriétaires.

1697 Léon de Pontac. AD.33 9J 816

1738 Jean-Baptiste Lecomte. AD.33 3E 10841

1747 Lecomte fils. AD.33 sac à pro.7761

1758 Louis de Verthamon. AD.33 3E 13243

1766 Christophe Gernon. AD .33 3E 13251

1773 Gabriel de Flavigny. AD .33 3E 13258

1820 Philippe Dulamon

1820 Famille Dariste. AD.33 Q5/d6 p.97

1840 Philippe Albrecht. É. Guillon.

1862 Joseph Prom Mtre. Huilhem. Paris.

1871 Josephine-Abélina et Gustave Piganeau.

1920 Joseph Louit. Mtre. Gargaud. Bordeaux.

1933 Les Orphelins d'Auteuil. Vente au tribunal. Bordeaux.

Texte et photographies extraits de : Châteaux et maisons de campagne de Blanquefort, mémoire de maitrise de Bertrand Charneau, Université de Bordeaux III, 1984.

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