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Historique et description du château Cambon.

L'état de la demeure au début du XIXème siècle est représenté par une carte postale qui notamment atteste la présence à cette époque, d'une véranda de la largeur du pavillon central, sur la façade sud.

c.facade

Description :

Situation et composition : au nord de la commune, sur la route de Pauillac, le château Cambon est situé dans le quartier de Cachac. Les bâtiments d'exploitation sont groupés côté nord de la demeure, formant avec celle-ci un L délimitant une cour. Un jardin d'hiver est accoté au petit côté ouest du logis. Un grand parc s'étend côté sud, avec au fond une belle fabrique et des bassins modernes.

Matériaux et leur mise en oeuvre : la demeure est en pierre de taille, les toits sont en tuiles et en ardoises.

La demeure.

- Parti général : Orienté nord/sud, le logis est un corps de bâtiment rectangulaire dominé au centre par un pavillon.

- Élévations extérieures : le pavillon est flanqué au premier niveau par un porche ouvert sur les côtés. Deux colonnes lisses, avec chapiteaux ioniques et bases moulurées reposant sur un socle, assurent le support du grand balcon formant terrasse. Au fond du porche, s'ouvre une large porte cintrée. Au deuxième niveau, une balustrade borde le balcon auquel on accède par trois portes-fenêtres inscrites dans des arcs cintrés. Un élément de moulure horizontale marque le niveau des traverses dormantes, et suggère la partie supérieure de pilastres plats. Une corniche saillante à denticules limite ce deuxième niveau. Les ailes comprennent chacune quatre travées de baies. Au premier niveau, des fenêtres rectangulaires sans chambranle. Au deuxième niveau, éclairant les combles, des lucarnes peu saillantes surmontées d'un demi fronton triangulaire.

c.lucarnes

 

- Façade postérieure : orientée au nord, cette façade s'élève sur deux niveaux. Beaucoup transformée, elle présente des ouvertures irrégulièrement percées au premier niveau. Pas de lucarne à l'étage de comble pour les ailes. Le pavillon central reçoit trois baies qui, sur cette face, sont des fenêtres, accotées ; à sa gauche, une tourelle polygonale émerge du comble.

c.pavillon

- Combles et couvertures : le corps central est couvert d'un toit d'ardoises en pavillon brisé. Les combles sont abrités par un toit à brisis en tuiles sur le faîte et en ardoises au niveau des lucarnes. La tourelle est entièrement recouverte d'ardoises.

c.tourelle

             

 

Le parc et la fabrique : repérée sur le cadastre de 1843 au centre de l'îlot aménagé au fond du parc vers le sud, la fabrique se situe dans l'axe de l'entrée principale de la demeure. Cette construction, en forme de petit temple antique, est en pierre de taille. Le toit à deux versants est couvert de tuiles mécaniques. Côté sud, quelques marches donnent accès à l'entrée précédée par un porche formé de deux colonnes lisses sans base.

c.temple

Les chapiteaux qui supportent l'entablement sont d'inspiration ionique. Les balustres composés de longues feuilles unies par une tresse végétale, se terminent par les volutes du coussinet qui recouvre l'échine décorée d'oves et d'éléments végétaux. L'abaque reçoit une architrave lisse. Surmontant l'ensemble, un élément de corniche rampant est orné de modillons. Au dessus de la corniche une table saillante reçoit un décor dont le vocabulaire désigne l'utilisation du petit édifice : une lyre au centre, une flûte de pan à droite, un instrument à cordes à gauche, sont soulignés par des guirlandes de fleurs attachées sur les côtés de la table à un carquois et à une torche.

               c.frise                          c.tete

Le côté orienté vers le nord s'ouvre vers la demeure par une large baie inscrite dans un arc en plein cintre. De part et d'autre de cette ouverture, un pilastre en gaine soutient un masque. Le visage est rond, peut être féminin malgré une certaine rigueur des traits. La chevelure longue descend en boucles autour du visage. Sur le front les mèches ont une asymétrie naturelle, mais partent d'un point qui se situe sur un grand axe vertical qui détermine la symétrie de l'ensemble de la sculpture. Cet axe est précisément indiqué par l'arête du nez. Les arcades sourcilières, d'un trait net, assurent avec la bouche les éléments horizontaux. Des roseaux se mêlent aux boucles des cheveux, en rappelant que la fabrique est au centre d'un îlot, et que sur les bords des canaux pousse justement cette végétation. Une palmette en léger relief orne la partie supérieure du pilastre.

Au dessus du masque, un chapiteau ionique dont les oves sont ici remplacés par des pignes de pin, reçoit le départ de la moulure en plein cintre. L'intrados de l'arc en plein cintre de la baie, reçoit un décor de caissons. À l'intérieur de la fabrique, une demi coupole est décorée par des tresses de feuillage alternant avec des tresses de fleurs et toute une série de petits animaux aquatiques.

c.coupole

Au pourtour inférieur, dans une arcature, les masques des faunes et des humains ou dieux hommes et femmes, sont tous différents. L'ensemble évoque les décors picturaux pompéiens. Des bancs suivent la forme curviligne des murs. Les pieds en consoles se terminent par des pattes de lions. Le pavement dessine une rosace dont la pointe centrale dirigée vers le sud, indique l'axe principal de la construction.

 

c.masques

Synthèse de l'étude de la fabrique : la finesse de l'exécution assure du talent de l'artiste qui a réalisé cette commande. La qualité du travail laisse imaginer une date qui se situerait dans le courant de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, à une période où les fabriques sont en vogue dans les parcs et les jardins. Époque aussi où les propriétaires les dédiaient à l'amour, l'amitié, à la philosophie, à Bacchus, et où l'on dit que la fabrique n'est pas seulement illustrative, elle possède une forte charge allégorique et symbolique (Jardins en France. 1760-1820, Ed. de la caisse nationale des monuments historiques et des sites, Paris 1978.). La force allégorique de la fabrique de Cambon n'est pas à ce point évidente, et si la sculpture ici plutôt illustrative, c'est peut être que la construction a perdu de son sens symbolique et qu'il faut donc placer l'exécution à une période plus tardive. Une certaine rigueur dans les traits des masques, la forme des pilastres et leur décor de palmettes, I'idée « antiquisante » de l'ensemble évoquent les années où le néo-classicisme est la règle dans toutes les constructions.

Le marquis de Braguelongue, étant propriétaire de 1831 à 1839, pourrait tout à fait avoir commandé cette fabrique.

Note de synthèse : il ne reste rien des aménagements et constructions de l'architecte Michel Laclotte, propriétaire à la fin du XVIIIème siècle. La carte postale ancienne prouve que la marquise a été remplacée par le perron en pierres après 1900, mais la netteté de la taille de la pierre, la facture mécanique des chapiteaux, attestaient déjà du peu d'ancienneté de ce rajout du XXème siècle.

c.entre

Ici, la marquise qui, depuis, a été remplacée par le perron en pierre. L'édition 1982 de « Bordeaux et ses vins » affirme dans le bref historique du château Cambon que : « l'état actuel de la demeure est dû à une reconstruction sous l'Empire et à une restauration par le marquis de Braguelongue ». Ces affirmations, qu'il nous est impossible d'étayer par des devis, factures ou actes, nous paraissent cependant satisfaisantes.

En premier lieu, parce que sous l'Empire le propriétaire était l'armateur Pierre Cambon, et que sa profession pouvait lui assurer les moyens de faire reconstruire un bien de campagne à son goût. De plus, le château a conservé son nom, soit parce que le personnage était célèbre, soit parce que la construction nouvelle se devait d'adopter le nom de son constructeur. Le marquis de Braguelongue a acheté le domaine à Pierre Cambon en 1831, il est alors rentier, sans enfant, et peut comme son prédécesseur, s'occuper de ses biens, et par exemple faire construire une fabrique au fond du parc.

En second lieu, il est possible d'accepter les conclusions de Féret à cause de la nature même de l'architecture de la demeure. Les trois baies cintrées du pavillon central sont dans le style néoclassique qui s'officialise sous la révolution. La forme allongée, l'importance du rez-de-chaussée qui est ici l'étage principal, rappellent la disposition des chartreuses communes dans le bordelais, avec un pavillon central qui donne à l'ensemble un « air » de château indispensable à la vocation viticole du domaine.

Pièce justificative : Acte de vente du domaine de Cambon. 5 mars 1793. Mtre. Delavile AD. 33 3 E 19197. M. Laclotte, architecte, vend à J.B.J.M. Cassières, directeur des subsistances militaires : (extraits) « ledit Laclotte vendeur, se charge de faire à la maison et bâtiments dudit domaine, les augmentations et réparations d'après le devis ci-après, et conformément au plan de la dite maison et bâtiments sur lequel sont projetées les augmentations et réparations, lequel plan a été fait en double... [orthographe respectée].

- Il sera fait deux portails dont l'un pour entrer dans la principale cour, sera à clairevoie à deux battants, en bois de chêne peint, avec sa ferrure nécessaire et sera supporté par deux pilastres en bonne pierre. Et l'autre pour entrer dans la cour du parc à bétail, sera le même qui était ci-devant à deux pentes bien ferrées et bien arrêtées.

- Le mur de clôture qui sépare les possessions du présent domaine, d'avec celles d'Antoine Hosteins, sera continué, à prendre depuis l'endroit ou il a été conduit jusques au mur qui conduit aux ormeaux, sur le même alignement, de même construction pour les matériaux, hauteur et épaisseur.

- La source où tombe l'eau sera entourée de quatre petits murs, il y sera fait un petit escalier pour y descendre ; le fond ou dessous, sera carrelé et un petit tuyau en terre cuite sera placé pour donner l'eau.

- Il sera fait un petit pont pour traverser le ruisseau qui sépare les possessions qui appartenaient ci-devant au sieur Dutasta, d'avec celles dudit domaine, il sera cependant libre audit acquéreur de renoncer à ce pont et sur l'indication qu'il en fera audit vendeur les frais qu'il aurait pu coûter, seront employés à un autre ouvrage.

- Il sera construit dans la cour d'entrée, une remise en forme d'angard adossé au mur de la chambre des valets, de vingt pieds de longueur sur quatorze de largeur communiquant dans la seconde cour ; elle sera fermée sur la longueur par un mur en moellon recrépi, et les deux resteront ouvertes.

- Il sera fait le corps de logis, tel qu'il est lavé en rouge sur ledit plan, dont les distributions seront exactement observées, il sera fait deux grandes croisées sur la façade, au levant, deux pareilles et une petite au nord, en bois de chêne, les ferrures en espagnolettes, les fiches à brocher, vitrées, des volets en dedans, brisés s'il est nécessaires ; le tout bien peint ainsi que les portes de communication qui seront garnies de chambranles, ferrés avec des fiches à brocher et serrurer à tour et demi.

- Les pièces de ce corps de logis seront plafonnées, ainsi que celles du corps de logis de l'autre aile, qui ne le sont pas, et les plafonds du vestibules et du salon, seront ainsi que les encoignures, réparés à neuf.

- Les cloisons du corps de logis à construire seront en briques, revêtues de plâtre des deux côtés, les jambages et manteaux des deux cheminées marquées sur le plan, seront en pierre de Fumel, le cadre en plâtre.

- En contrebas dudit corps de logis, il sera pratiqué une cuisine et une dépense, plafonnées en gros plâtre et mortier, ladite cuisine sera pourvue d'un évier et d'un fourneau à quatre places garnies de leurs réchauds.

- Au lieu de deux croisées qui sont sur la façade au midi, il en sera fait quatre, en tout semblables à celles dont a été ci-dessus parlé, pour la façade au levant, au nouveau corps de logis.

- Il sera fait à la façade nord, une galerie en poteaux, bois de chêne, couverte et carrelée pour communiquer aux appartements, et à chaque extrémité de cette galerie il sera fait deux cabinets de latrines qui seront à six pieds de hauteur, au-dessus de ladite galerie. …fait et passé à Bordeaux en l'étude de Léonard Delavile le cinq mars mil sept cent quatre vingt treize, l'an second de la République. »

Bertrand Charneau nous donne la liste des propriétaires de Cambon et va décrire le château avec grande précision : « Pierre Planeau, bourgeois, demeurant rue Fondaudège [à Bordeaux], vend le 10 novembre 1771 : un bourdieu à l'architecte Michel Laclotte, son beau-frère, à savoir : « une maison composée de deux chambres de maître, cuisine, chai, cuvier, chambre pour le valet, cour, jardin, vignes, terres labourables, etc. pour 21 000 livres ». (A.D. 33 3 E 19197, Duprat, notaire Bordeaux). À son tour, Michel Laclotte vend le domaine en 1793 à J.B.J.M. Jacquin Cassières directeur des subsistances militaires, pour 60 000 livres. Non seulement le domaine a été agrandi par des achats de terrains faits par M. Laclotte, mais à la vente, l'architecte s'engage à faire des travaux de réparations et d'augmentations des bâtiments, énoncés précisément dans un acte notarié daté du 5 mars 1793. Notamment, un nouveau corps de logis doit être construit, deux grandes croisées percées sur la façade ; les cloisons seront en briques revêtues de plâtre et les manteaux des cheminées en pierre de Fumel ; les portes garnies de chambranle, ferrées avec des fiches à broches... Le directeur des subsistances militaires J. Cassières ne conserve la demeure ainsi restaurée qu'à peine cinq ans, puisque le contrat de vente passé le 13 germinal de l'an VI (avril 1798 environ) rapporte que le bien de campagne et domaine quartier de Cachac est vendu à Pierre Cambon armateur de corsaires, cela pour 22 200 livres.

La maison de maître, bâtiments d'exploitation, chai, cuvier, écurie, parc, agrément, pièce d'eau, vignes, prairies, bois, acacières… sont revendus en 1831 à Charles-François de Braguelongue. Hermance Gaschet, la veuve du marquis de Braguelongue, se remarie avec le vicomte de Bosredon. Elle vend le château en 1839 à un propriétaire rentier, avec en plus une métairie au lieu de « Morin » et une pièce d'acacias. Ensuite, différents propriétaires se succèdent à intervalles relativement courts.

Liste de différents propriétaires :

Pierre Planeau, marchand, vend en 1771

Michel Laclotte, architecte, vend en 1793

Jacquin Cassières, directeur des subsistances militaires, vend en germinal de l'an VI

Pierre Cambon, armateur de corsaires, vend en 1831

Marquis de Braguelongue, rentier, (sa femme) vend en 1839

Jean Larrieu vend en 1865

Paul Denucée (sa femme) vend en 1885

Pierre Many cède en 1908

Many frères vend en 1914

Jean Baptiste Victor Mathieu vend en 1947

M. Tesseron vend en 1956

La famille de Padirac actuellement.

[Le château a été dénommé Mathieu à une certaine époque, nom du propriétaire de 1914 ; à noter l’importance des achats-ventes de ce domaine, phénomène toutefois assez fréquent à Blanquefort ainsi que le relève Bertrand Charneau].

Texte et photographies extraits de « L’inventaire des châteaux et maisons de campagne de Blanquefort », Bertrand Charneau TER d’histoire de l’art Bordeaux III, 1984.



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