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Mémoires de Caychac.

Avant toute chose, nous remercions M. Christian Filatreau, M. et Mme Martin, M. Pierre Reyman, M. Louis Vergnault pour le temps qu’ils nous ont octroyé, leur aimable accueil et surtout pour nous avoir ouvert leur mémoire pour la partager ainsi.

Nous tairons leur âge car ils sont toujours jeunes d’esprit. Ils ont vécu à Caychac avant l’arrivée des Allemands dans leur bourg… À l’époque, les veillées prenaient une place importante dans le transfert des connaissances.

Comment était Caychac à cette époque là ? Et avant, selon les dires de leurs pères !

Déjà prenez une carte et imaginez qu’avant la grande guerre la route du Médoc n’est pas celle que vous voyez ! À l’entrée du bourg il y avait une croix, la croix de mission, et cette route montait vers l’église pour aller vers la forge et rejoindre Le Pian-Médoc. Cette croix autrefois était en bois et c’est un particulier qui à pris à sa charge la construction en pierre. À l’entrée du bourg, se situait une auberge et une activité de restauration y perdure. Autour de l’église, et le long de ce chemin, se situaient les commerces. Un autre chemin, très ancien (traces gallo-romaines) reliait Blanquefort à Caychac en passant par Linas et arrivait sur le côté de Caychac pour aboutir vers Peybois en direction de la léproserie située à l’Hermitage Lamouroux du Pian-Médoc.

Un autre chemin ancien, le chemin du foin, reliait Caychac à Salaunes. Avec une charrette tirée par des bœufs, les agriculteurs allaient dans les marais pour récolter « le foin ». Ce chemin, aujourd’hui baptisé Jean-Jacques Rousseau, a gardé son nom dans le reste du parcours.

Au niveau de l’histoire, la paroisse de Caychac est plutôt récente (période de la Révolution Française), ce n’était qu’une chapelle, pas une église. Toujours dans le secteur de la croix de l’entrée du bourg, une construction servait de lieu de culte. Cette chapelle aurait été détruite par un incendie. Elle avait un lien avec Saint-Ahon…


L’église Saint Joseph est récente. Elle a été construite avec des fonds privés. Il y a un presbytère à Caychac, lui aussi plutôt récent, et les mémoires d’anciens indiquent un cimetière à l’entrée du bourg près de la croix de mission mais rien n’est certain.

Quels commerces se situaient au centre du bourg ? Auberges, boulangeries, boucherie, abattoir, épiceries, coiffeur ! À l’emplacement de la maison de services actuelle, il y avait un ombrage pour que les voyageurs puissent se reposer, se restaurer et se désaltérer.

À côté de l’église une épicerie et en face une boucherie, là où se situe le parking à côté du lavoir. Ce boucher pratiquait l’abattage des bêtes, veau et cochon, il avait donc aussi une activité de chevillard. Son fils ne reprit pas la suite sur Caychac et partit s’installer vers Bordeaux.

En haut du chemin, à côté de la forge, en allant à Peybois, une autre épicerie, une autre boulangerie, puis un relais de diligence animaient le quartier. En fait, ce n’est qu’à l’époque des grands travaux d’assèchement des marais médocains que la route actuelle a été réalisée. La déviation du centre a modifié les structures de Caychac et petit à petit les commerçants se sont déplacés vers ce nouvel axe.

La situation vue aujourd’hui correspond à des cartes postales du début du XXème siècle… Caychac était un bourg très actif. Une tuilerie fonctionnait ainsi que deux scieries, deux charpentiers, deux forgerons, un charron, un bourrelier. Le coiffeur fut à côté du bar dans la grand rue, puis un nouveau s’installa avec une petite épicerie près de l’église et enfin il migra à l’entrée du bourg en lieu et place de l’ancien charron.

Quelques noms de commerçants sont cités :

M. Paillasse, forgeron dans la grand rue,

M. Maleyran, réparateur de cycles dans un atelier en bois en face de l’épicerie,

M. Priou, artisan charron,

Mme Paillasse, épicerie en face de la forge,

M. Camus, épicerie en angle de rue, en face du réparateur de cycle,

M. Martin (1912), M. Deyre, M. Filatreau : bar, billard, cinéma puis salle de bal dans la grand rue,

M. Conte, M. Laporte : pharmaciens à l’entrée du bourg,

M. Faugère, garagiste angle rue de Bigorre,

M. Jacquin, scieur rue de la forge, et son frère, scieur et fabricant de cercueils,

M. Labadie, éleveur de chevaux, était installé à l’entrée du bourg juste avant le ruisseau,

M. Tallet, fabricant de colle près de l’église, sur l’emplacement de l’ancienne auberge,

M. Duverdier vendait le lait en porte à porte avec une petite carriole tirée par sa bicyclette,

M. Gravier, charpentier installé derrière le réparateur de cycle, rue Olivier,

M. Rivière, bourrelier,

M. Couturas, boulanger à Peybois,

M. Berlan, successeur de M. Couturas, déplace son activité sur la grand rue face aux platanes,

M. Filatreau, épicier à Peybois,

M. Olivier, forgeron à Peybois,

M. Clemenceau, boucher et chevillard tenant l’abattoir,

M. Bonnet, bar en face de la place des platanes,

M. Martin, puis M. Filatreau, bar dans la grand rue.

Au niveau des grandes exploitations, comme toujours, il y a eu des bouleversements économiques. M. Dupuy, propriétaire de Saint-Ahon, a vendu des vignes à cause de revers de fortune. Mort plutôt jeune, c’est sa mère Mme Dupuy qui a poursuivi l’exploitation avec principalement de l’élevage et de la culture. Les cultures étaient arrosées par le « vivey », petit ruisseau qui descendait depuis le château Cambon. Les systèmes d’irrigation avec barrails étaient mis à sec lorsque le château Cambon remplissait ses bassins. Les vignes étaient plantées dans les terres en direction de Parempuyre vers les gravières actuelles, puis en face du bâtiment en lieu et place du lotissement. Le château de Saint-Ahon a vendu des terres aux habitants de Caychac. Ainsi, de mémoire, M. Martin produisait près de 45 barriques de vin, son fils une vingtaine selon la mémoire du conteur. M. Boignère, avant dernier propriétaire, a replanté de la vigne. Sur le côté de la demeure, deux ailes ont été démontées lors de la guerre de 1940 et les matériaux vendus. Les ailes que nous voyons sur les anciennes cartes postales n’auraient jamais été terminées. En face de Saint-Ahon, M. Castagnet exploitait une sablière, juste à côté de l’ancienne grange « Ducamin et Dupuy »

Le château Morton, autrefois « Lanselo puis Perin », a toujours été une résidence « non agricole » entourée de bois et de près. Le nom provient d’une belle dame entretenue dans le domaine. Pendant la guerre de 1940, il a été occupé par les Allemands. M. Perin était un fabricant de confiseries. Son successeur était opticien, lui aussi installé à Bordeaux.

Bel-Air a eu aussi une activité très diversifiée. Les vignes que nous voyons autour du domaine n’étaient pas sa principale activité.

N’oublions pas que la vigne avait subi de grosses pertes au milieu du XIXème siècle à cause du phylloxéra. Les tonnelleries aussi ont souffert et celle de Caychac a dû fermer. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que la vigne reprend sa place dans notre commune.

Les marais étaient proches de Caychac. Les digues ont été montées au milieu du XIXème siècle pour protéger le secteur inondable (secteur Ravezies à Bordeaux, la forteresse à Blanquefort, l’entrée de Parempuyre). C’est à cette époque que fut bâti le château Grattequina, dans un ancien marais. L’élevage trouvait bien sa place dans nos terres humides.

En parlant de forteresse, le moulin de Canteret avait une activité de scierie grâce à sa turbine et les agriculteurs y allaient avec des charrettes tirées par des bœufs depuis Peybois pour fendre leurs arbres.

Des divergences de mémoires nous amènent à rapporter une activité de ramassage de lait puis de transport pour la vente de ce lait vers la ville et ce jusqu’à l’arrivée d’une coopérative laitière. Cette coopérative n’était pas installée sur Blanquefort. En ces temps-là, il n’y avait pas de tracteurs et pour travailler les terres il fallait des animaux de trait. Les Allemands avaient réquisitionné les chevaux pendant la guerre de 1940 et les bovins ont pris leur place. En plus, il fallait compter avec les restrictions, la population avait des difficultés pour se nourrir et travailler la terre. Le lait ne se conservait pas, il se consommait de suite ou se transformait en beurre et fromage. Les troupeaux étaient composés de 5 à 6 têtes.

Le domaine de Clapot avait une activité diversifiée qui s’est orientée vers l’élevage et la production de lait. Avec les propriétés de Bel-Air, Saint-Ahon, Bernatet, Dubourdieu et de Peybois, une coopérative laitière a été constituée dans les années cinquante. Avant, le lait était ramassé et distribué rapidement vers la ville par MM. Duverdier, Rernard. M. Filatreau partait à l’aube avec son lait et profitait de ses contacts pour vendre des légumes. Les domaines avaient des viviers. Les beaux étangs n’étaient pas destinés qu’à l’embellissement ! La nature et les animaux avaient aussi besoin d’eau !                                                                    

Cambon avait un vignoble important. Le boulanger situé dans le virage, à côté du presbytère, travaillait la vigne du domaine. On n’imagine pas l’emprise des terres du domaine qui est à ce jour encerclé d habitations.

À cette époque, Caychac était peuplé essentiellement d’agriculteurs. Tous produisaient ce dont ils avaient besoin et les échanges étaient coutumiers. Ainsi, l’abattage du porc se faisait en tournant d’amis en amis et ce qui ne se conservait pas se partageait.

M. Delobe avait une belle porcherie à Caychac dans la zone du Neurin. Son successeur M. Laguillonie n’a pas eu de repreneur.

Rien ne se perdait ou très peu. Ainsi, les peaux de lapins étaient séchées puis vendues quelques sous. M. Chicaille, habitant de Linas, en faisait commerce avec les tanneurs. La petite déchèterie du quartier était située dans le terrain du lotissement Terrefort, mais on n’y mettait pas grand-chose car tout ce qui était réutilisable était précieusement conservé.

Les lavoirs, il y en avait au moins quatre, étaient de hauts lieux de rencontres. Aujourd’hui, on ne repère que celui devant l’église Saint-Joseph. Celui des Tuilières avait un grand pré sur lequel les draps étaient « étendus », et les enfants jouaient. Il n’en reste qu’un point d’eau avec une pompe de relevage. Un autre lavoir était enclavé dans la clôture du château Cambon en descendant vers la petite mare. On y trouve à sa place une fontaine d’où coule une source. Le quatrième se trouvait dans les terres en face de Saint-Ahon.

Le quartier donne toujours l’impression d’être une commune du fait de son dynamisme, son école, son église, ses commerces, ses artisans, ses exploitations et ses fêtes ! Il n’en est rien ! Ce n’est qu’un quartier de Blanquefort. L’école que nous voyons aujourd’hui n’est pas celle d’origine. Cette dernière était située vers le presbytère, y était-elle ? C’est possible. À ce propos, dans les années 20, par dérogation accordée par l’Académie, l’école de Caychac gardait l’heure solaire alors que les écoles de Blanquefort étaient soumises à l’heure d’été.

À une certaine époque, il y a même eu « un mouvement,  la commune libre de Caychac », une pantalonnade ! Les habitants de Caychac ne se rendaient pratiquement pas à Blanquefort. L’inverse était fréquent et  particulièrement lors des fêtes. Quelles fêtes ? Depuis des temps reculés, le feu de la Saint-Jean attirait du monde, ainsi que la fête du quartier. La société carnavalesque créait le char, la première cavalcade se tenait à Macau, le mardi-gras. Le lendemain, il se tenait à Saint-Médard-en-Jalles puis à Caychac. Le char rendait visite aux communes qui s’étaient déplacées chez eux. Le char reposait sur un grand charriot de 6 mètres et il était tiré par 2 chevaux. Cette activité a perduré quelques années après la guerre de 1940. Pendant la fête du quartier, le 1er lundi du mois d’août, il y avait une course de chevaux. Pas n’importe quels chevaux, des chevaux de trait ! Un grand champ servait pour ce rodéo, c’est celui où se situe la résidence Saint-Ahon. Au fond du pré, il y avait un petit passage et une sorte de potence à laquelle était pendu, par les pattes, un canard vivant. Le 1er arrivé arrachait le canard de sa potence ! La course était rude ! La monte se faisait à cru et les chevaux de trait peu entrainés pour ce type de course mettaient du piquant dans le spectacle. Des cavaliers se trouvaient pris au piège dans la clôture ou les taillis car tous ne pouvaient passer sous la potence ! Un carrousel, venant de Bacalan, celui de la « mère Capelle », tournait avec ses chevaux de bois. Le patron était toujours dessous avec des courroies pour freiner le manège ! Une chenille s’installait sous les platanes.

Près de 20 communes participaient à cette fête, mais petit à petit, elle a perdu ses animateurs et son public pour ne plus exister dans les années cinquante. Avant-guerre, plus de 90% de la population était composée d’agriculteurs, mais après-guerre nombreux sont ceux qui partaient travailler à la ville dans les huileries (il y en avait quatre sur les quais près des bassins à flots), ou à la poudrerie. Au fil du temps, certaines traditions se sont effacées, d’autres ont vu le jour.

Pendant la guerre, les jeunes se rencontraient la nuit chez le forgeron de Peybois, juste à côté de la batterie DCA allemande. Après-guerre, le bar de Caychac, acheté par M. Filatreau à M. Martin, sonnait musette, et des bals y étaient donnés avec le fils Filatreau à l’accordéon et Picot à la batterie. Pour ceux qui n’ont jamais connu les bals de cette époque, imaginez la salle entourée de bancs avec un beau parquet. Chaque demoiselle était accompagnée au bal par sa mère. Les mères restaient là, assises sur le banc, pour tout contrôler et surveiller. Une salle de billard fidélisait les habitants au lieu de rencontre. Quelquefois, des films y étaient projetés… Imaginez, c’est l’actuelle pharmacie de Caychac ! Il n’y avait pas de comité des fêtes à Blanquefort en ces temps là ! Encore que la fête du bœuf gras, sorte de collecte de fonds pour financer l’animation locale, pouvait ne pas être que du quartier.

Pour la petite histoire, deux estaminets, le bar des platanes et le bar tabac du coin de la rue Olivier, attiraient des groupes opposés du bourg. L’un, les républicains, et l’autre, les bonapartistes. Ils étaient séparés par une épicerie et une boulangerie. Le bar des platanes attirait aussi les soldats de Tanaïs.

À titre d’anecdote, le facteur avait un crayon à « encre ». Pour faire signer les gens, il mouillait la mine. Il faisait la tournée en vélo.

Les transports en commun étaient le tram (voir le réseau tram sur Wikipédia) depuis chez « Gégé » jusqu’au centre de Bordeaux et toutes les communes avoisinantes, ou le train avec une gare à Eysines pour aller à Lacanau, et une gare à Blanquefort pour le Médoc et Bordeaux Saint-Louis. En « petite reine », il n’y avait aucun souci pour aller à l’école, quai de Paludate, le matin et revenir le soir se souvient un conteur. Toujours selon ce conteur, il fallait se lever à 4 h du matin pour prendre le train à Eysines et aller faire trempette à Lacanau. Jusque dans les années 60, les jeunes allaient en vélo sur les plages océanes.

Parlons un peu de Peybois ! C’est comme Linas, La Rivière, Maurian, bref un quartier dans le quartier. Peybois comptait 15 à 20 foyers au début du XXème siècle et la route du Médoc passait par Peybois. Un relais de diligence « les voitures Brédoises » s’y trouvait. C’était le chemin vers la léproserie de Lamouroux située au Pian-Médoc. Il y avait une boulangerie, épicerie, scierie, bourrellerie, forge.

Vers 1850, une grande propriété a été remembrée à Peybois. Le propriétaire, M. Avril, détenait Tanaïs, Campo et Clapeau. Ce haut personnage était dans la construction des chemins de fer. Au retour de la guerre 1914, M. Vergnau lui achète des terres pour réaliser son rêve : cultiver des fruits. La forge actuelle était l’ancienne étable du domaine, vendue à M. Olivier en ce début du XXème siècle.

Le camp militaire de Tanaïs a été construit pour les troupes allemandes, pendant l’occupation. À la fin de la guerre un régiment de tirailleur s’y est reposé. Les jeunes du quartier s’y rendaient à pied et un jour le conteur a découvert un méchoui ! Plusieurs bêtes enfilées de la barbe au cul, le long d’une grande barre, cuisaient au dessus d’un grand « feu ». Après leur départ, un régiment du Train est venu occuper le camp. Des officiers et sous officiers y vivaient. Avec la guerre d’Algérie, vers 1956, le camp s’est vidé et seuls quelques gardes y demeuraient. Le camp fut ensuite utilisé pour des manœuvres. La désaffection du camp militaire de Tanaïs, dans les années 60, a été l’amorce du déclin économique de Caychac. Bon, tout n’est pas dit, tout n’est pas retranscrit, mais tout ce qui est écrit a été dit !

Plus tard nous reprendrons notre recherche sur les mémoires orales du quartier en particulier Linas, éloigné du centre et proche du Taillan, ou la Rivière zone proche des marais et loin du reste ! Nous reprendrons le bâton de pèlerin pour rencontrer les anciens de Linas et La Rivière et compléter cette histoire de Caychac.

Propos recueillis en 2015 par Patricia Dureau et Pierre-Alain Leouffre.

 

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