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L’église, centre du village.

Lieu du culte, l'église est aussi le centre de la vie du village. C'est dans le cimetière qui l'entoure que se tiennent les réunions de la communauté des habitants. C'est également sur la place de Leyre toute proche que les marchands ambulants s'installent pour y vendre leurs marchandises.

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Faute de réparation, l’église est en mauvais état lorsque Saincric prend ses fonctions à Blanquefort. Elle est bâtie en pierres, chaux sable et a soixante pieds de longueur. quarante six de large et vingt-sept de hauteur. Plafonnée et carrelée, elle a ses murailles intérieures blanchies à la chaux mais le crépi extérieur se dégrade. Il y a trois chapelles du côté droit en entrant la chapelle Saint-Jean, la chapelle Sainte-Catherine et la chapelle de Notre-Dame de la Pitié qui appartient à la famille Maurian. Du côté opposé se trouvent deux autres chapelles, l'une possède l'autel de Notre-Dame et l'autre, la chapelle Saint-Georges, appartient à Monsieur de Maignol qui, à ce titre, nomme un chapelain qui n'est autre, en 1789, que le secrétaire de l'archevêque. Ce chapelain est tenu de faire dire une messe le jour de la Saint-Georges, après avoir averti le seigneur de Mataplane, et de faire prier pour l'âme du fondateur, Pey de Lisle, (seigneur de Mataplane vers 1520). Sa rétribution consiste en quelques agrières perçues à Blanquefort et à Eysines dont le montant annuel représente quelques dizaines de livres.

Le clocher, couvert d'ardoises, situé au dessus de la chapelle Saint-Georges, est en forme de tour carrée. Les Blanquefortais, comme tous les villageois, sont attachés à leur clocher. Ils en sont fiers aussi et « l’esprit de clocher » n'est pas un vain mot. Leur attachement se porte aussi sur les cloches de leur église qui sonnent l'angélus soir et matin, et à midi en période de Carême. Elles annoncent aussi les délibérations des assemblées de la communauté, sonnent lors des cérémonies et .fêtes religieuses et donnent l'alarme.

Les inhumations se font dans le cimetière clos de murs qui environne l'église et au milieu duquel une croix de pierre est dressée. Les enfants non baptisés n'y sont pas enterrés. Les notables qui ont acquitté le droit de banc et le droit de sépulture s'élevant à plusieurs centaines de livres sont autorisés à être inhumés dans l'église, ce qui est le cas en particulier des familles Maurian et Berninet, le notaire.

mort-3fouilles de 2014, photo fonds privé Bret.

 

Bien qu'une déclaration royale de Louis XVI en 1776 ait interdit la sépulture dans les églises pour des raisons évidentes de salubrité, l'usage persiste encore on ouvre les tombeaux pour y placer de nouveaux défunts, ce qui provoque des émanations pestilentielles qui incommodent l'assistance. La pratique de la religion catholique, religion d'état depuis la révocation de l'Edit de Nantes, est une obligation bien que l'Edit de 1787 assure une certaine tolérance.

Rares sont les Blanquefortais qui ne font pas leurs Pâques. Leurs noms sont communiqués à l'archevêché et ils s'exposent alors à des peines canoniques embarrassantes sur le plan social. Tous les actes de la vie sont consignés sur les registres de catholicité tenus par les curés. Il n'y a pas d'autre mariage que celui célébré par un prêtre. Cependant l'esprit des lumières de cette fin de siècle incite certains Blanquefortais à prendre des distances avec la religion et la proximité de Bordeaux n'y est pas étrangère.

Au culte catholique se mêlent des croyances et des pratiques superstitieuses que la tradition orale, relayée par les almanachs et les colporteurs, maintient bien vivaces. C'est ainsi qu'à Blanquefort, le jour de la Saint-Roch, les bœufs de labour sont amenés à l'église, accompagnés de leur conducteur en habit des dimanches, où le prêtre les bénit ; la cérémonie terminée, il renvoie les bêtes à l'étable. Le « mal donné » fait aussi partie des croyances populaires pour lequel on a recours au prêtre pour un exorcisme ou aussi à un désenvoûteur comme il en existe dans toute paroisse . Les processions sont nombreuses et celle de la Fête Dieu est l'une des plus importantes alors que les processions des Rogations sont peu suivies à Blanquefort.

En plus des dimanches, de nombreuses fêtes religieuses chômées font obligation aux travailleurs de respecter le repos. Monseigneur de Maniban a réglementé pour le diocèse de Bordeaux vingt-deux jours chômés :

- Janvier : Circoncision de Jésus. Epiphanie.

- Février : Purification de la Vierge.

- Mars : Annonciation.

- Avril Vendredi saint et deux fêtes de Pâques.

- Mai : Ascension et deux fêtes de Pentecôte.

- Juin : Fête Dieu. Nativité de Saint-Jean Baptiste. Saints Pierre et Paul.

- Août : Assomption.

- Septembre : Nativité de la Vierge.

- Novembre : Tous les saints. Jour des morts. Saint-André, patron du diocèse.

- Décembre : Conception de la Vierge. Nativité et les deux jours suivants.

À ces fêtes religieuses s'ajoutent les fêtes extraordinaires qui marquent les événements nationaux tels que les convalescences du roi, les mariages et naissances intervenant dans la famille royale, les victoires militaires. Des réjouissances sont organisées à ces occasions et on danse alors comme tous les dimanches dès que la messe est terminée. Le jeu de rampeau est pratiqué dans toute la région et les cabarets ne désemplissent pas les jours de fête; le curé Cholet, un prédécesseur de Saincric, se plaint en 1734 de l'ivrognerie de ses paroissiens « surtout les dimanches où les cabarets sont ouverts jour et nuit ». Les jeux de cartes et de dés sont également très populaires dans le village.

Tout tourne donc autour du clocher, cœur du village. Comment concevoir Blanquefort sans son église, sans son clocher, sans ses cloches et sans son curé ? Pourtant, un événement lourd de conséquences va se produire durant l'hiver de 1788-1789. Du 20 décembre 1788 au 20 janvier 1789, une forte vague de froid inhabituelle et prolongée s'abat sur l'Europe, et la région bordelaise est durement touchée. « La rivière est prise dans les glaces jusqu’aux trois-quarts de sa largeur, les navires vont en dérive, entrainés par les glaces… Si ce temps continue, la misère sera grande dans notre ville et le peuple souffre déjà beaucoup…

Le thermomètre Réaumur est descendu en dessous de zéro le 14 janvier (- 18,5° C). La vieille église paroissiale, elle non plus, ne résiste pas à ce froid et, le 21 janvier, elle s'effondre dans un effroyable fracas. Après un premier moment de stupeur, il faut bien se rendre à l'évidence, c'est une véritable catastrophe qui frappe la communauté et qui s'ajoute aux autres dégâts causés par le froid.

Mais comment cet édifice qui venait de subir des réparations a-t-il pu s'effondrer ? En effet, le syndic de la fabrique, Jean Dutasta, nommé à cette fonction en 1776, a fait entreprendre, il y a peu de temps, un agrandissement et des modifications à l'édifice. Ces travaux ont-ils été faits correctement ? C'est la question qui agite les Blanquefortais. Quoi qu'il en soit, Blanquefort ne peut rester sans église et, dès le lendemain, les travaux de déblaiement commencent (23). On estime alors à seize mille livres le montant des travaux de restauration. Mais qui va payer ? Ce n'est pas avec les revenus de la fabrique ou ceux de la communauté que l'on pourra financer cet ouvrage.

La fabrique ne dispose que des revenus de la location du « barrail de l’église, d’un petit pré et d’une petite pièce de terre et de vigne ». La communauté des habitants possède un revenu de mille sept cents livres qu'elle tire des loyers du pré de l'Ile (quatre cents livres) et du tènement de la Bassiolle (mille trois cents livres) qui sont traditionnellement mis en fermage. Sur ces revenus, la fabrique doit assurer les menues réparations d'entretien du presbytère, la fourniture du luminaire et du linge liturgique nécessaires à la célébration du culte ; la communauté a elle aussi des charges et doit participer en particulier aux frais de logement de l'armée lorsqu'un régiment prend ses quartiers d'hiver à Blanquefort. On parle alors d'un emprunt qui serait supporté par tous les habitants. Cette solution n'est pas appréciée par tous et en particulier par Guillaume Dumanes fils, Jean Mondon, Bertrand Fillon, François Coutoula et de nombreux autres Blanquefortais qui estiment que le syndic de la paroisse est responsable de la ruine de l'église et que c'est donc à lui et à lui seul qu'il incombe de pourvoir aux dépenses de reconstruction. D'ailleurs il est patent qu'il a dépassé ses attributions de syndic en ordonnant ces travaux sans avoir au préalable, comme le droit commun et l'usage le prévoient, réuni la communauté des habitants de Blanquefort pour en délibérer.

Le curé Saincric avait bien donné son approbation pour ces travaux mais il n'avait ni droit ni compétence pour donner une telle approbation, c'était à la paroisse seule de l'ordonner. Encore faut-il que les opposants à la solution de l'emprunt fassent la preuve que le dommage est arrivé par la faute de Dutasta, ce qui n'est guère facile à prouver... Le temps passe et on ne peut se permettre d'attendre plus longtemps ; entamer un procès dont l'issue est incertaine tente certains Blanquefortais. Les premiers travaux sont entrepris pour rendre utilisable le cinquième de l’édifice qui est encore debout utilisable mais le sort en décidera autrement et il faudra attendre de nombreuses années pour que Blanquefort retrouve une église digne de ce nom. Par ailleurs, la chapelle de « Saint-Aon » est déjà en ruine depuis quelques années lorsque l’église du bourg s’effondre.

Cette année 1789 commence décidément bien mal !

Extrait du livre « Blanquefort et son canton », 1789-1799 ou « Saincric, curé révolutionnaire », Publications du G.A.H.BLE, 1989, chap 1.

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